DEUX NOUVEAUX INSTRUMENTS DE MUSIQUE
Dans un autre groupe se trouvaient réunis les brancards, les boîtes d’instruments de chirurgie, les boîtes de pharmacie, les sacs à pansement, les modèles de literie et les appareils pour fractures.
Les voitures adoptées par la Société sont construites de façon à pouvoir recevoir six blessés couchés et quatorze assis; nous avons aussi remarqué des voitures dont les roues s’enlèvent une fois à destination, et forment une tonie pouvant contenir plusieurs lits.
Un fourgon d’une utilité incontestable est celui de la cuisine, qui se porte jusque sur le champ de bataille; un fourneau avec deux marmites de cuivre et plusieurs robinets d’eau chaude, permet de tenir toujours prêt le bouillon qui reconfortera le blessé, et l’eau chaude qui servira au premier pansement.
Les brancards mobiles qu'on peut adapter à la première charrette qui passe nous semblent appelés aussi à rendre de grands services.
Le train sanitaire qui s’approche sur les voies ferrées le plus près possible de l’action engagée recueille les blessés que les voitures et les brancards ramènent.
Il se compose de plusieurs wagons servant aux approvisionnements de lingerie, de pharmacie, de salle des operations, de cuisine, de réfectoire, de salle affectée aux médecins, et de salles dans lesquelles sont couchés les blessés suspendus ou assis.
Les gares d’ambulance sont destinées à recevoir les blessés, dont l’état ne permet pas d’être dirigés immédiatement sur un hôpital ou une ambulance construite dans un centre éloigné des opérations militaires.
Cette installation donne une juste idée des services que peut rendre celte Société, alors qu'en temps de guerre le service sanitaire de l’armée est souvent insuffisant.
On nous a insinué pourtant que, lors de la malheureuse campagne de 1870, un dissentiment très-grave avait existé entre ces deux corps, luttant de dévouement et se disputant nos pauvres blessés.
Il serait donc utile d’établir d’une façon nette la situation de la Société vis-à-vis de l’autorité militaire, en déterminant les conditions dans lesquelles elle serait autorisée à prêter son concours au service sanitaire de l’armée, pour éviter une récidive pernicieuse aux blessés. Il est consolant de voir, non loin des engins qui tuent, ceux qui contribuent à sauver la vie des hommes.
Notre collaborateur, M. le docteur Gruby, nous prépare un article très- intéressant, illustré de nombreuses vignettes représentant le matériel des diverses Sociétés de secours aux blessés. — Cet article paraîtra dans le tome VIII de la présente publication.
Deux nouveaux instruments de musique à l’Exposition il).
La facilité relative avec laquelle il est possible d’acquérir une grande virtuosité sur le piano, fait que le nombre des pianistes s’accroît de jour en jour, tandis que certains instruments arrivent à être délaissés; ainsi, la harpe, le hautbois, la flûte, la clarinette, le cor d'harmonie.
(1) Voir le Rapport sur la musique, de M. Heryr, publié dans le tome VII de la présente publication, pages 29 et suivantes.
L’absence d'exécutants amène dans les orchestres des lacunes regrettables ;
Il arrive souvent qu’on doit supprimer la partie de certains instruments ou de la confier à des artistes inexpérimentés ; dans les deux cas, la partition est défigurée.
Afin d’obvier à cet inconvénient, les luthiers et les facteurs d’instruments ont cherché à construire des instruments à clavier qui pussent permettre aux pianistes de prendre dans les orchestres la place des instruments manquants.
Ces essais, qui n’ont réussi que médiocrement pour la harpe, ont eu de meilleurs résultats pour la flûte et le hautbois.
La Flûte-harmonique, de M. Baduel, que l’on pourrait appeler une flûte de Pan à clavier, se compose d’une série de tubes de diamètre égal et de longueurs différentes. Ces tubes, en nombre suffisant pour donner deux octaves et demi chromatiques, sont ouverts ou bouchés par de petits pistons qui sont mis en mouvement par les touches d’un clavier analogue à celui [d’un jpiano. L’embouchure est la même que celle du flageolet, le doigté celui du piano, tout pianiste peut donc jouer la flillte-harmonique sans avoir à la travailler spécialement. Le son est au grave celui de la flûte, et à l’aigu, le son adouci de la petite-flûte, les deux registres ne sont peut-être pas suffisamment unis.
Le système du clavier appliqué à un instrument à embouchure n’est pas dû à M. Baduel, qui n’a fait que l’appliquer à la flûte ; il fut employé pour la première fois, il y a déjà une quinzaine d’années, dans l’ Harmonie-Cor , dû à M. Jaulin.
L’ Harmonie-Cor ou mieux, hautbois- Jaulin, était primitivement en cuivre. Comme le dit notre collaborateur, M. Hervé, dans son article sur les instruments de musique, la sonorité était un peu aigre ; elle a été totalement modifiée par la substitution du pavillon en bois au pavillon de cuivre.
Depuis près de dix ans, M. Jaulin a complètement abandonné le premier système, et ne construit plus que des instruments en bois bien plus assimilables au hautbois qu’au Cor d’harmonie malgré le nom qu’il leur a conservé.
Sur le pavillon, viennent s’ajuster de petits tubes métalliques contenant des anches libres également en métal, que fait vibrer le vent introduit par l’embouchure semblable à celle du flageolet. Ces tubes sont ouverts ou bouchés à volonté par le mouvement des touches disposées comme celles d’un piano, de sorte que de même que pour la flûte-Baduel, il ne faut aux pianistes aucune étude spéciale pour jouer le hautbois- Jaulin.
Le son, à la fois doux et pénétrant, se prête également bien au chant d’expression, aux traits de délicatesse et à l’accompagnement de la voix. Cet instrument aurait depuis longtemps une place dans les orchestres de nos théâtres s’il était plus pratiqué. C’est pour le hautbois-Jaulin qu’Offenbach écrivit bon nombre de couplets dans la Belle Hélène. Malheureusement, l’insuffisance de l’artiste qui tenait l’instrument le fit disparaître de l’orchestre où sa partie fut confiée au liautbois- Verroust, qui ne le remplaça qu’imparfaitement, les qualités de ces deux instruments bien qu’analogues n'étant pas tout à fait les mêmes.
L’étendue du hautbois - Jaulin, de deux octaves et demi chromatiques à partir du la grave de la clef de sol, seconde avec une grande égalité de son et une parfaite union des différents registres.