‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 2)Chapitre 9 sur 65 · DESCRIPTION DES APPAREILS DE MONTAGE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES APPAREILS DE MONTAGE

« Galeries des Machines. — La Compagnie de Fives-Lille avait une des galeries de machines à construire. Elle se servait d’un échafaudage se composant d’un plancher de 39m,50 de largeur, sur 6“, 60 de longueur, à 23m,00 de hauteur, et sur lequel roulait un chariot surmonté d’un treuil. Ce chariot portait une flèche de 8m,00, sur laquelle étaient deux poulies : une près du treuil, montant tous les tronçons de ferme sur un plancher, épousant à peu près la forme intérieure de la ferme, situé à l’arrière de l’échafaudage, une autre, à 7m,50 montait les pannes qui étaient saisies par le milieu. Les piliers étaient montés à l’aide de poulies de renvoi fixées à l’échafaudage et à leur tête ; huit hommes à un treuil situé à la partie inférieure effectuaient cette opération en 40 minutes. Les deux piliers étaient levés en même temps ; pour cela ils étaient couchés perpendiculairement à l’axe de la galerie ; leur pied était muni d’un axe en fer boulonné dans des trous de rivets et reposant sur deux coussinets fixés à un cadre en charpente de sorte qu’il pivotait autour de cet axe. Le chéneau était levé par la première poulie du treuil supérieur et un palan fixé à un cheval et situé dans le chéneau de la travée précédente. La sablière et les pièces de la muraille vitrée étaient levées au moyen de palans et de poulies fixés au chéneau qui servait de poutre résistante. Les pièces étaient boulonnées par des ouvriers montés sur des ponts volants.

La galerie extérieure était montée avec une grue roulante, et un petit échafaudage suivant la grue servait] à la mise en place des pannes et au rivetage. La quantité de métal levé était de 20 tonnes par jour.

MM. Schneider et Cie, du Creusot, qui avaient l’entreprise de la seconde galerie

(1) Communication faite par M. Rudler à la Société des Ingénieurs civils dans sa séance du 1« mars.

des machines, ont employé un échafaudage composé d’un vaste plancher de 23m,00 de largeur sur 20m,00 de longueur, situé à 16 mètres du sol. A l’avant de ce plancher se trouvait un dos d’âne sur lequel on faisait le réglage de la ferme. Deux chèvres étaient également situées sur ce plancher; enfin deux autres petits planchers latéraux portant également une chèvre étaient établis à 13“, 00 de hauteur.

Les piliers étaient couchés à peu près parallèlement à l’axe de la galerie et levés à l’aide de deux palans fixés aux angles du grand plancher supérieur. Ils étaient levés l’un après l’autre ; l’opération durait 45 minutes par pilier.

Les tronçons de fermes et les pannes étaient amenés à pied d’œuvre par une grue roulante à vapeur, qui allait les chercher à l’estacade de déchargement, le transport du Creusot s’étant fait par eau. Ces pièces étaient montées sur la plate-forme à l’aide d’un fort palan, et là, elles étaient coltinées et mises en place par les deux chèvres dont nous avons parlé. Les deux pannes extrêmes et le chéneau étaient levés par les deux chèvres des petits planchers latéraux.

Toutes les autres pièces étaient alors montées comme nous l’avons vu faire à la Compagnie de Fives-Lille. La différence n’existe que dans la réception des pièces au chantier. Ainsi la sablière inférieure arrivait en onze pièces, qui étaient assemblées et rivées à pied d’œuvre, pour être levées d’un seul morceau.

Le montage de la galerie extérieure se faisait d’une façon analogue, avec cette différence que la grue roulante était ici remplacée par une chèvre et par un mât maintenu dans la position verticale par trois haubans servant au levage des pannes.

La quantité de fer levée par jour était d’environ 17 tonnes. Le montage des pièces de la muraille vitrée s’étant fait ultérieurement, il est difficile de donner des chiffres exacts.

Grands vestibules. — MM. Cail et Cie, qui ont construit le vertibule du côté de l’École Militaire, ont employé deux échafaudages. Le premier se composait d’un plancher à 4m,500 de hauteur au-dessus du sol et sur lequel étaient établis deux treuils Mégy, mus par la vapeur, ainsi que la chaudière verticale.

De chacun de ces treuils partaient deux chaînes, l’une montant à 18m,00 de hauteur, et là obliquant entre deux moises pour aller trouver l’angle de l’échafaudage au-dessus de la fondation des piliers. Ceux-ci étaient couchés parallèlement à l’axe de la galerie, le pied était muni d’une paire de galets roulant sur un plancher en madriers. Le point d’attache de la chaîne était pris à la tête du pilier, de façon qu’à la fin de l’opération il se trouvât suspendu, et que deux ou trois hommes pussent le guider dans la descente. A la fin de cette opération, l’assemblage et le rivetage des trois tronçons composant la ferme étaient terminés. Ce travail se faisait à terre sur un plancher, au pied et à l’arrière de l’échafaudage.

Les deux autres chaînes, partant des treuils au lieu de prendre la direction oblique, montaient à 2im,00 de hauteur pour redescendre saisir la ferme à

4m,00 de chaque côté de l’axe. La ferme ainsi levée était boulonnée sur les piliers, et le second échafaudage venait alors se coller contre le premier, pour procéder immédiatement au montage des deux sablières supérieures et des pannes.

Il se composait de trois planchers de 12 mètres de longueur : un au centre à 18 mètres de hauteur et deux latéraux à 15 mètres au-dessus du sol, sur lesquels étaient établies deux grues tournantes servant au levage de toutes les pièces. Les pannes de la partie haute de la ferme étaient mises en place à l’aide de petits chevalets fixés aux arbalétriers. Ces deux planchers inférieurs servaient également au rivetage de la ferme avec les piliers.

De même que dans les galeries des machines, on se servait du chéneau comme point d’attache des palans pour le montage de la partie vitrée; ici c’est la sablière supérieure qui a rempli cet office.

Le montage de la marquise se faisait au moyen d’un chariot à 4 roues, sur le plancher duquel étaient fixés une chèvre et un petit treuil.

MM. Eiffel et Ci# ont construit le vestibule du côté de la Seine ; ils ont adopté à peu près la même marche. Ils avaient deux échafaudages; le premier, pour lever les piliers et la ferme, se composait d’un plancher unique à 24 mètres de hauteur, sur lequel se trouvaient disposées deux volées en fer double T, pivotant autour d’un axe, de façon à pouvoir lever les piliers et la ferme; de cette façon il n’y avait à chaque treuil qu’une seule chaîne au lieu de deux. Le montage des piliers différait en ce que ceux-ci arrivaient en deux parties, et par suite étaient levés en deux fois. Le tronçon inférieur, dont la base reposait sur un petit chariot monté sur rouleaux, était mis en place, puis on venait y déposer le tronçon supérieur. La ferme était boulonnée à terre, montée d’une seule pièce, comme chez MM. Cail, et assemblée avec les piliers. Le second échafaudage, composé de cinq planchers, venait lever les sablières supérieures, les pannes et servir au rivetage des divers joints. La partie vitrée était montée comme nous l’avons vu pratiquer jusqu’à présent.

Pavillons d'angles . — Pour ce montage, MM. Cail et Cie ont employé un échafaudage fixe, qui se composait d’un plancher à 20m,50 de hauteur, et d’un autre couvrant tout l’échafaudage, à 33 mètres au-dessus du sol, sur lequel était installée une grande grue tournante.

Les piliers arrivaient au chantier en deux parties. Le tronçon inférieur était amené sur sa fondation, de manière que le côté de la base reposant sur la chape coïncidât avec sa position définitive. Alors, au moyen de deux forts palans fixés sur les moises à 20m,50 et de deux treuils, on élevait ce tronçon. Le tronçon supérieur était élevé de la même façon ; il était maintenu avec un second palan pour l’empêcher de heurter le tronçon inférieur. Les entretoises, d’un poids de 19.000 kilogrammes, arrivaient de l’atelier en cinq morceaux. Elles étaient montées toujours au moyen de palans fixés aux même moises ; elles étaient boulonnées et attachées à l’échafaudage, de manière à éviter tout renversement du pilier. Lorsque la clef était montée, on pouvait river ces différentes parties.

Le montage des arcs des verrières et des arêtiers commençait alors, et pour

cela on se servait de la grande grue tournante, qui levait toutes les pièces qui étaient définitivement boulonnées. Arrivé au niveau du plancher à 33“,00, pour le montage de la partie supérieure, on élevait un petit échafaudage : il se composait de quatre pièces de bois verticales entrecroisées par des croix de Saint- André. La chèvre, devenue fixe, continuait à lever toutes les pièces de la partie supérieure, les déposait sur le plancher, et de là elles étaient coltinées et mises en place par de simples chèvres.

Pour le montage des pavillons, MM. Eiffel et Cie se sont servi d’un échafaudage roulant, composé de deux planchers de 24 mètres de longueur sur 8 de largeur ; le premier à 18“, 500, le second à 38 mètres.

Le levage des piliers se faisait également en deux parties, avec cette différence que la base roulait sur un petit chariot au lieu de pivoter autour d’un de ses côtés. Les entretoises étaient montées en trois parties, deux extrêmes et une clef. Ceci posé, on levait deux piliers, une entretoise complète et deux parties extrêmes. Cet ensemble était arc-bouté par de solides pièces de bois ; l’échafaudage était transporté de l’autre côté pour effectuer la même opération, et sans le déplacer, au moyen des mêmes volées en fer double T, on les ripait sur le plancher, car ici, elles ne pivotaient plus autour de l’axe, de manière à lever les deux clefs; la partie inférieure de la construction était ainsi terminée. On procédait d’une façon analogue pour les arcs de verrières en se servant d’un plancher à 38 mètres. Enfin, toute la partie haute était montée à l’aide de chèvres.»

« Galeries intérieures. — M. Baudet avait monté deux échafaudages roulants sur le plancher en fer. Ils se composaient d’une plate-forme ayant la même inclinaison que les arbalétriers et pouvant se replier de manière à passer sous les tirants. A l’avant, deux pièces verticales montant jusqu’au niveau de la panne la plus élevée; sur cette pièce pouvaient pivoter deux moises horizontales formant le T. Aux pieds de ces pièces étaient deux treuils mus par une locomobile ; de chacun d’eux partait une chaîne montant verticalement, allant jusqu’à l’extrémité de la potence et redescendant chercher toutes les pièces dans le sous-sol.

M. Moisant n’avait qu’un seul échafaudage, roulant également sur les fers du plancher; c’était une plate-forme de 13 mètres sur 24 mètres, qui permettait aux ouvriers de travailler en toute sécurité, à l’avant de laquelle étaient deux treuils montés sur des tréteaux à flèches saillantes servant à lever les colonnes et toutes les pièces de la ferme. Toutes ces pièces étaient assemblées sur un traiteau-milieu à l’aide de deux palans différentiels et la ferme était déposée sur les colonnes*

M; Rigolet avait cinq échafaudages ; deux pour les passages, de 5 mètres, roulant sur les fers du plancher, et trois pour les galeries, de 25 mètres. Les deux premiers se composaient d’une plate-forme sur laquelle était un treuil levant toutes les pièces de cette galerie. Les trois autres, roulant dans les sous-sols, formaient pour ainsi dire deux chèvres entretoisées et servaient à lever les fermes de 25 mètres, toutes assemblées dans les sous-sols*

M. Roussel avait quatre échafaudages roulant tous dans les sous-sols. Les deux des passages, de 5 mètres, présentaient une grande analogie avec ceux de M. Rigolet. Les deux des galeries, de 25 mètres, se composaient d’une plate-forme

passant sous les tirants, et dont la partie centrale était indépendante, de manière à pouvoir s’élever à l’aide de deux treuils, de cette façon les pannes, étant déposées sur ce plancher mobile, étaient élevées à hauteur, à la demande des ouvriers.

La ferme était montée des sous-sols toute assemblée à l’aide de deux petites chèvres pivotantes à l’avant de l’échafaudage. »

Dans un de nos premiers fascicules nous espérons pouvoir donner une étude complète sur les échafaudages en général et notamment sur les méthodes qui ont été employées pour l’érection des échafaudages à l’Exposition.

E. Lacroix.

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