TOME II. — NOUV. TECH
SYLVICULTURE.
Nous ne nous arrêterons pas à chaque question d'un programme aussi vaste, il nous suffira d’exposer simplement des notions générales sur l’aménagement des forêts et ensuite de décrire avec quelques détails ceux des travaux qui présentent, au point de vue de leur importance et de l’utilité générale, le plus d’intérêt.
EXPLOITATION DES FORÊTS
I. — Un champ de blé est un espace de terrain de plus ou moins détendue, dans lequel se pressent les unes contre les autres des tiges de même âge et de même hauteur; quelle que soit l’étendue du champ, l’aspect n'en varie pas, c’est l’uniformité cf’un bout à l’autre : tout le terrain a été semé dans le même jour et dans moins d’un an on le moissonnera; à part les soins de détail que réclame toute exploitation agricole, la seule préoccupation de l'agriculteur sera de ne confier ses semences qu’à un terrain Lien préparé et propre à la culture pour laquelle il se décidera.
Une forêt exige une définition bien autrement compliquée; c’est un ensemble ayant en quelque sorte une individualité particulière, une physionomie changeant avec les circonstances qui influent sur la vie des arbres; or, le caractère de l’individualité c’est précisément la dissemblance des parties en même temps que l’harmonie dans l’ensemble. On voit donc que plusieurs arbres groupés sur une surface donnée, quelque nombreux que soient ces arbres et quelqu’étendue que soit cette surface, ne suffiraient pas pour constituer une forêt; ils devraient encore satisfaire à certaines conditions d'âge et de groupement nécessaires à l’existence indéfinie de la forêt.
Livrée à elle-même, la forêt peut se perpétuer indéfiniment; chaque arbre y accomplit son évolution, germe, vit et meurt en passant par toutes les vicissitudes qu’impose généralement aux êtres vivants la lutte pour la vie. L’arbre qui meurt assure au jeune arbre voisin ses moyens d’existence en lui cédant l’espace, l'air, la lumière; l'arbre dans la force de l’âge protège le jeune plant trop délicat, après lui avoir préparé un sol fertile par les détritus de ses feuilles accumulés d’année en année. Les arbres vivant en forêt peuvent donc, se suffire à eux-mêmes; à l’état isolé, sans doute, ils peuvent également vivre dans de bonnes conditions, mais ils meurent sans produire autour d’eux de nouvelles générations.
Les arbres sont donc incontestablement de vraies plantes sociales; ils ne peuvent se régénérer naturellement qu’à la condition de vivre en société, c’est-à-dire en massif. Dans cet état, les causes favorables à la végétation l’emportent généralement sur les causes nuisibles, ces dernières toutefois, ne sont pas sans exercer une action sensible. Les arbres en effet sont en lutte continuelle pour se disputer l’espace, surtout dans l’atmosphère; ainsi celui qui reçoit le plus de rayons lumineux croît plus vite, domine les arbres voisins moins favorisés à cet égard, et empiétant de plus en plus, finit par tout étouffer autour de lui; souvent ce sont des plantes envahissantes, nuisibles qui apparaissent parmi les jeunes plants et, poussant plus vite, ne tardent pas à mettre leur existence en péril. Outre ces causes défavorables qui résultent de la vie des arbres en société, il en est d'aulres dont les elfets ne sont pas moins à craindre; ainsi les animaux et les insectes nuisibles causent parfois des ravages considérables, en s’attaquant aux jeunes pousses, aux feuilles ou à l’écorce. 11 est facile de se débarrasser, par la chasse, des lapins, des chevreuils, des cerfs; mais contre les invasions de chenilles, de hannetons, etc.
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il y a peu de moyens efficaces. L’homme, dans tous les cas, en intervenant peut toujours prévenir ou atténuer le mal, favoriser la croissance des arbres en écartant les causes nuisibles, et en observant certaines règles qui sont du domaine de la sylviculture.
D'un autre côté, les arbres qui constituent l’élément principal des forêts, subissent l’influence de deux milieux : le sol et l’atmosphère; dans le sol, ils puisent une partie de leurs aliments, dans l’air atmosphérique, ils trouvent ce que le sol ne peut leur fournir; mais tous les sols ne se ressemblent pas, et les influences atmosphériques ne sont pas les mêmes partout, du moins au point de vue physique; les sols sont susceptibles de modifications chimiques et physiques nombreuses et présentent, à ces deux points de vue, des variétés infinies; on sait aussi que les climats varient sensiblement d’un point à un autre souvent fort rapproché. Enfin les arbres n’ont pas tous les mêmes exigences, leurs conditions d’existence varient selon les espèces. Voilà donc, en résumé, trois éléments variables, les arbres, le sol, le climat entre lesquels il faut autant que possible établir l’harmonie, pour que la végétation puisse se produire dans les conditions les plus favorables.
Ce rapide examen des éléments constitutifs des forêts et des conditions essentielles] à leur existence et à leur prospérité montre suffisamment quelles doivent être, en général, les préoccupations du sylviculteur; cet examen explique en outre l’importance des matières comprises dans la première [section de l’exposition de l’administration des forêts. C’est par l’étude de la botanique, de la zoologie, de la géologie, de la minéralogie, de la chimie agricole et de la météorologie, dans leurs rapports avec la culture et l’aménagement des forêts, qu'on parvient à s’éclairer sur la plupart des causes ayant de l’influence sur la végétation; toutefois ces causes agissent d’ordinaire spontanément, et il n’est possible d’intervenir que pour donner à leur action une plus grande force, quand elles sont favorables, ou pour en atténuer les effets quand elles sont nuisibles. C’est dans la découverte de ces causes et dans le choix des moyens propres à les utiliser ou à les combattre que consiste l'habileté du forestier.
Faire prospérer une forêt, abstraction faite de toute autre considération, traiter le sol comme un instrument destiné à produire du bois et de manière à en obtenir le maximum d’effet utile, ce n’est là en quelque sorte qu’une question de sylviculture rationnelle. Mais dès qu’on assimile un domaine forestier à une exploitation agricole par exemple, sa gestion exige des opérations d’un autre ordre. C’est là le côté réellement pratique de l’économie forestière que nous allons maintenant examiner. Nous avons déjà étudié en détail la question de l'aménagement des forêts dans notre Traité de sylviculture générale (1): nous nous bornerons ici à en exposer brièvement les principes fondamentaux.
Les forêts exploitées ne peuvent l’être que de deux manières différentes, en futaie ou en taillis. Nous avons déjà fait connaître, dans les Études sur l'Exposition de 1807 (2), les caractères de ces deux modes de traitement des forêts. C’est la nature qui, après chaque exploitation, fait à peu près tous les frais du repeuplement du sol, et le forestier n’intervient que pour favoriser ce travail de la nature. Si la forêt est traitée en futaie ce sont les graines mêmes des arbres de la coupe qui doivent ensemencer le sol dépouillé ; si l’on exploite en taillis, ce sont les rejets de souche et les drageons des racines qui doivent reconstituer un nouveau peuplement à la place de celui qu’on a coupé. Quelque soit d'ailleurs le traitement suivi, si l’on veut obtenir un revenu annuel, ce qui
(1) Librairie Eugène Lacroix, 54, rue des Saint-Pères, Paris. 1877.
(2) vol. III, p. 18.
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est la combinaison la plus ordinaire, il faut préalablement résoudre ces deux importantes questions :
1» A quel âge convient-il d’abattre le bois?
2° Quelle quantité de bois pourra-t-on exploiter chaque année, pour que les revenus annuels soient toujours à peu près d'égale importance et aussi élevés que possible?
L'âge auquel il convient d’exploiter pour obtenir, dans les meilleures conditions, c’est-à-dire dans le minimum de temps, un résultat déterminé, est ce qu’on appelle Y exploitabilité du bois. On désigne par le terme possibilité la quantité de matériel ligneux que peut produire annuellement une forêt supposée exploitée à son âge d'exploitabilité.
La théorie de l’exploitabilité a été étudiée avec beaucoup de soins; on s’est livré sur ce sujet à une analyse d’autant plus approfondie, qu'il s’agissait par là de prouver que les futaies, c’est-à-dire les forêts soumises à de longues révolutions, ne peuvent être conservées avantageusement que par l’État, ou toute communauté d’une existence indéfinie; que ce mode d’exploitation au contraire serait désavantageux aux particuliers, parce que la durée de la vie humaine est trop restreinte eu égard aux longues révolutions qui font les futaies, et que les arbres de fortes dimensions ne sont pas payés par le commerce de manière à rémunérer le propriétaire (1).
Dans l'examen des conditions particulières de la forêt à la suite duquel on fixera l'exploitabilité, on doit s'attacher avant tout à déterminer les limites d’âge, en dehors desquelles on ne peut pas exploiter le bois sans risquer de compromettre l’existence de la forêt. Ainsi, s’il s’agit d'une futaie, on ne doit pas abattre avant l'âge où les arbres peuvent produire une semence abondante et de bonne qualité, ni après l’époque où les massifs commencent à dépérir; s’il s’agit de taillis, comme il faut avant tout se préoccuper d’obtenir des souches les rejets les plus vigoureux, on recherchera les conditions d'âge qui satisfont le mieux à cette exigence. Ces limites ne sont pas les mêmes partout et pour toutes les essences; en sorte qu’il faut presque toujours chercher à les déterminer par des expériences spéciales sur les lieux mêmes.
Voici, à cet égard, quelques indications générales qui résultent d’une longue observation : dans les bons fonds, l’exploitabilité des taillis de chêne, orme, charme, frêne, érables, doit être comprise entre vingt-cinq et trente-cinq ans; dans les fonds de qualité inférieure, l'exploitabilité des mêmes essences pourra être réduite à vingt ans; enfin pour les essences de qualité moindre, telles que bouleau, tilleul, aune, alisier, sorbier, mérisier, ces limites extrêmes sont vingt et vingt-cinq ans dans les terrains de qualité médiocre. Quant àl'exploilabilité des futaies, elle ne peut être atteinte que dans la période où les arbres sont parvenus à l’âge de fertilité; or, les arbres, en général atteignent cette période dès qu’ils ne croissent plus en hauteur, et la dépassent dès qu’ils sont dépérissants, couronnés, déshonorés par les branches mortes, couverts de mousse, de lichens, de lierre. Il est d’ailleurs assez facile de constater à quel âge un arbre cesse de croître en hauteur, par l’examen et le décompte des couches ligneuses dans le sens longitudinal.
Tout en se tenant dans les limites que nous venons d’expliquer, il n’est pas indifférent d’exploiter à un âge plutôt qu’à un autre; mais alors on ne doit plus
(1) Cette question a été traitée avec tous les développements qu’elle comporte dans notre Traité de sylviculture générale , ouvrage déjà cité, et dans les. Etudes sur T aménagement des forêts, parM. Tassy.
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se laisser guider que par des considérations économiques, attendu qu’on peut tirer parti des bois de plusieurs manières dili'érentcs. Ainsi, si l’on veut obtenir d’une forêt le plus grand revenu net possible, il faut qu’à l’âge auquel on exploite, le prix de la coupe augmenté des intérêts de ce prix et de la valeur qu’aurait acquise le recrû, après la coupe, au bout d’un certain nombre d’années, soit supérieur au prix qu'on obtiendrait de la même coupe retardée de ce même nombre d’années. Par exemple si une coupe vaut à vingt-cinq ans 1000 fr. il y aura plus davantage à l’exploiter à cet Age qu'à trente ans, si sa valeur alors devait être inférieure à 1331f,80.
Voici le calcul à faire, en admettant le taux d'intérêt de 4 °/o> (taux de placement ordinaire pour les propriétés en bois).
1° Valeur actuelle de la coupe . 1000f
2° Intérêts pendant 5 ans de 1000 fr. : intérêts composés . 216 ,70
3° Valeur de recrû au bout de 3 ans ou 3 annuités : intérêts composés. 133 ,10
Total . 1331f,80
Ce résultat nous fait connaître que pour qu’il y eût prolit à exploiter à trente
ans plutôt qu'à vingt-cinq ans, il faudrait que les accroissements de la valeur de la coupe d’année en année se produisent, à partir de vingt-cinq ans, à raison d'au moins 6 °/0. On sait par expérience qu’un taillis peut quelquefois acquérir jusqu’à trente ans un prix satisfaisant à ces conditions, que généralement cependant les accroissements n’ont pas cette importance, et que pour consentir à n'exploiter qu’à trente ans, il faudrait se résigner à n’admettre dans les calculs qui précèdent que le taux de 3 °/o 011 même un taux inférieur,
1° Valeur de la coupe . 1000f 1000f »
2° Intérêts pendant 3 ans de 1000 fr. à 3 %• • • 130 ,30 à 2 °/0 104 ,10
3° Valeur du recrû à 3 ans . Id. 130 Id. 163 ,60
car à mesure que le taux d'intérêt diminue, la valeur attribuée au recrû augmente; mais dans une proportion moindre que celle dans laquelle les intérêts décroissent. Enfin si le taux d’intérêt devenait nul, il suffirait évidemment pour qu’il y eût intérêt à exploiter à trente ans, que le prix de la coupe pût être à cette époque
supérieure à 1000-f-oX-!-^^- — 1200 fr. seulement.
Ainsi, dès qu'on veut ne maintenir les bois sur pied qu’autant que le rapport du revenu net à 'la valeur du capital engagé n'est pas inférieur à un taux d’intérêt déterminé, on est amené à exploiter les bois à un âge d’autant plus faible que le taux adopté est plus élevé. I)e là cette tendance des propriétaires particuliers à couper leurs bois prématurément, et à un âge où les produits ne peuvent être que de qualité inférieure,
Quand on ne fait pas intervenir le taux d’intérêt dans' les calculs, on se trouve dans des conditions toutes différentes; il y a alors avantage à retarder l’exploitation jusqu'au moment où la coupe acquiert une valeur telle, qu'en divisant cette valeur par l’âge de la coupe, le quotient ou accroissement annuel moyen de la valeur de la coupe, soit le plus élevé possible; or, cette condition se trouve réalisée quand la plus-value annuelle cesse d’augmenter et quand le bois a atteint en général un assez grand âge. La valeur d'une coupe en effet varie non-seulement en raison du matériel ligneux qu’elle renferme, mais aussi
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en raison de la qualité des produits, or l’expérience prouve que les produits ligneux se vendent d’autant plus cher qu’ils proviennent d'arbres de plus fortes dimensions; il suffira pour obtenir ce résultat de couper, comme nous l'avons dit, au moment où les accroissements annuels deviendront faibles, ce sera en même temps, au point de vue cultural, l’époque la plus favorable pour exploiter.
Les résultats de l’application de ce genre d’exploitabilité où, négligeant le taux d’intérêt, on prend en considération simplement la nécessité d'obtenir les produits les plus utiles, les plus rares, les plus recherchés sont :
1° Conséquences d’une culture intensive, c’est-à-dire, maximum de production dans un temps et sur une surface donnés.
2° Création d'une plus grande valeur dans un temps donné; augmentation dans une plus forte proportion de la richesse nationale; puisque les arbres de grandes dimensions peuvent seuls fournir les produits les plus utilos et les plus précieux.
3° Moyen de satisfaire le mieux aux exigences de la sylviculture, en ce qui concerne la conservation du bois et sa prospérité.
Ce sont ces considérations qui amènent les états à adopter pour leurs bois de longues révolutions, et à aménager leurs forêts en futaie. Il ne serait pas impossible que dans deux cents ans d’ici, en Europe, le prix des bois de service et d’industrie atteignit un chiffre assez élevé, que ces produits ligneux spéciaux devinssent assez rares pour faire apprécier la haute prudence de ceux qui, songeant à cette éventualité, se sont préoccupés d'en atténuer les effets dès le moment où on le peut faire efficacement, c’est-à-dire dès le début de la période que les arbres doivent parcourir avant d’être bons à rendre les services qu’on en attend.
L’exploitabilité est l’âge auquel il convient d'exploiter, pour obtenir un résultat déterminé dàns le plus court délai possible; la révolution est le nombre d’années nécessaires pour que la forêt soit exploitée dans toute son étendue. Quand on exploite périodiquement, mais en une seule fois, la totalité d’un bois, il n’y a pas de révolution : on attend uniquement chaque fois que le bois soit bon à couper. Mais dès que le bois est aménagé de façon à donner tous les ans ou tous les deux ans une coupe, le nombre d’années nécessaires pour exploiter la totalité du bois, dans les conditions prévues par le plan d’aménagement, c’est-à-dire la révolution de l’aménagement, sera tantôt égal, tantôt moindre que l’âge d’exploitabilité adopté : cela dépendra de l’âge des peuplements au début de l’aménagement, quand on entreprendra les exploitations.
On appelle coupe une étendue déterminée de forêt, dont l’exploitation doit porter sur la totalité ou sur une partie des bois qui s’y trouvent ; cetLe exploitation ayant en général pour objet de satisfaire aux conditions d’un revenu annuel ou périodique d'une durée indéfinie. Asseoir une coupe, ou procéder à l’asxfeîle d’une coupe, c’est déterminer sur le terrain, en tenant compte des règles de sylviculture, et par des opérations d'arpentage dans les taillis et de cubage dans les futaies, l’étendue de forêt qui doit constituer la coupe.
Pour répondre à la condition du revenu annuel, la forêt doit renfermer autant de coupes qu’il y a d’années dans la révolution adoptée.
Les coupes assises dans les massifs exploitables ou réputés tels sont dites coupes principales ; on appelle coupes d'amélioration celles comprenant des massifs en voie de croissance et non parvenus à l'âge où l'on doit les exploiter en coupes principales, onyfait simplementdes abatages partiels pour arriver à des éclaircies ou à des nettoiements et favoriser ainsi la croissance des peuplements.
L’assiette des coupes d'une forêt ne doit pas être effectuée sur je terrain
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d’une façon arbitraire; abstraction faite des conditions d’âge des différents massifs, il faut tenir compte de certains principes connus sous le nom de règles d’assiette, savoir :
1° Les coupes doivent être assises dans l'ordre où elles devront être exploitées, de manière il se succéder de proche en proche; leur forme, en outre, devra être aussi régulière que possible.
2° On devra disposer les coupes de manière à éviter que les bois d’une coupe ne puissent être transportés qu’à travers d’autres coupes récemment exploitées.
3° Les coupes devront se succéder de telle sorte qu’en passant de l’une d’elles à la suivante, on se dirige toujours du nord ou de l’est au sud ou à l'ouest.
4° Dans les pays de montagnes, l'ordre des coupes doit être établi de façon à pouvoir, dès le début de la révolution, commencer les exploitations dans les terrains inférieurs et n’arriver à exploiter les terrains supérieurs qu'en dernier lieu.
;j° Les coupes en montagne doivent être aussi longues et étroites que possible, et disposées de façon à ne donner prise aux vents dangereux que dans le sens de la largeur.
On tend, par l’application de ces règles, à obtenir les résultats suivants : Surveillance des exploitations plus faciles; peuplements d’âges gradués ne se portant pas ombrage réciproquement; travaux d’exploitation s’exécutant avec plus de régularité, et matériel de ces exploitations n’ayant pas à subir de grands déplacements; transports des bois s’elfectuant dans les meilleures conditions, sans nuire à la forêt; enfin, effets des vents violents de l’ouest ou du midi, ou ceux des hautes montagnes rendus moins dangereux.
En admettant que, dans une forêt donnée, la fertilité du sol soit sensiblement la même partout, pour obtenir chaque année des coupes ayant même valeur, et en retirer par conséquent un revenu annuel, uniforme, ne variant que suivant les fluctuations des prix du commerce, il faut non-seulement que celte forêt soit partagée en autant de coupes qu’il y a d’années dans la révolution; mais encore que le peuplement de chaque coupe soit dans des conditions d’âges telles, qu'à l’époque de son exploitation il atteigne l’âge correspondant à l'exploitabilité adoptée.
Il y aurait deux cas à examiner, celui où l'application de toutes ces règles et la réalisation de toutes ces conditions sont possibles, et celui où elles ne le sont pas immédiatement et dans tous leurs détails. Nous n’examinerons que le premier cas, parce qu’il suffit de bien le connaître, pour résoudre les difficultés que peut présenter le second.
La détermination de la possibilité avec un degré d’approximation suffisant dans la pratique est un problème simple, quand il s’agit des forêts de la première catégorie, traitées en taillis, de peu d'étendue et assises sur un sol d'égale fertilité à peu près partout : il suffit de diviser la contenance totale de la forêt par le cliilfre de la révolution adoptée; le quotient exprimera l’étendue de chacune des coupes annuelles. C’est ce qu’on appelle la possibilité par contenance, parce qu’on suppose qu'à des peuplements de même âge, de mêmes essences et d’égale étendue correspondent des produits de même importance, de même valeur.
On appelle plan d'exploitation le document où sont inscrits les renseignements nécessaires à la mise à exécution de l’aménagement, c’est-à-dire les époques auxquelles les coupes annuelles successives devront être faites; l'importance que devra avoir chaque coupe pour satisfaire à la condition de revenu constamment égal; les règles particulières à observer pour répondre aux exigences du mode de traitement adopté.
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Pour que les exploitations soient toujours en harmonie avec le plan d’exploitation, on fait figurer sur un plan topographique de la forêt la série des coupes annuelles dans l’ordre et avec l'étendue qu’elles doivent avoir; puis on ouvre sur le terrain, d’après les données de ce plan topographique, des lignes séparatives délimitant chaque coupe; ces lignes sont ensuite défrichées sur un mètre de largeur pour qu’elles restent bien apparentes, et à chacune de leurs extrémités on place une borne portant les numéros d’ordre des coupes contiguës qu'elle sépare. Ces lignes de séparation de coupes sont désignées par les termes laies ou layons. Les lignes séparatives auxquelles aboutissent un certain nombre de coupes (toutes ou plusieurs) et qu’on peut utiliser pour les transports, sont ouverte.? sur une largeur de 3 ou 4 mètres et sont appelées laies sommières.
L’aménagement des forêts traitées en futaie est un peu plus compliqué. On ne peut plus dans ce cas opérer comme dans des taillis, c'est-à-dire exploiter chaque peuplement en une seule fois et de proche en proche; les règles suivant lesquelles doivent être faites les coupes de régénération dans les forêts traitées en futaie s’y opposenL (1). En effet, pour régénérer -le sol naturellement, il faut revenir deux ou trois fois sur le même point, et n’abattre chaque fois qu’une partie du peuplement existant au début du traitement dans la parcelle à régénérer. Si l’on peut préciser l’époque où l’on fera les premières coupes d'ensemencement dans une forêt de futaie, on ne le peut pour les suivantes, parce que l’époque de leur exécution dépend du succès plus ou moins immédiat des ensemencements provoqués, et du développement plus ou moins rapide des jeunes repeuplements qui en résultent ; on ne peut se prononcer sur l'époque où chaque opération doit se faire, qu'à mesure que les résultats de la régénération provoquée se produisent.
On ne saurait donc régler d’avance l’assiette de chaque coupe annuelle principale dans les forêts aménagées en futaie, mais on peut du moins déterminer exactement sur le terrain les peuplements qui devront pourvoir à des séries de vingt-cinq ou trente coupes annuelles, et opérer pour l’assiette de ces groupes de coupes comme on opère pour les coupes aunuelles de taillis.
Prenons pour exemple une forêt régulière, pour laquelle on aurait adopté pour terme d’exploitabilité l’âge de cent ans, et admettons qu'on puisse lui appliquer immédiatement une révolution de même durée. Pour établir le plan d’exploitation on commencera par diviser la révolution, de façon que le quotient corresponde au nombre d’anpées nécessaires pour regénérer complètement la moindre étendue possible de forêt, tout en permettant d’effectuer les coupes selon les règles de la sylviculture; ce délai est généralement compris entre vingt et trente ans; admettons vingt ans pour notre forêt; la révolution devra donc être partagée en cinq portions, qui forment ce qu’on appelle les cinq périodes de la révolution. La première période comprendra les vingt premières années de la révolution; la deuxième période, les vingt années suivantes, et ainsi de suite. On divisera également la forêt en cinq parties égales; la première comprendra les peuplements âgés de cent à quatre-vingtun ans, la seconde ceux de quatre-vingts à soixante-et-un ans, et ainsi de suite. La première portion devra être exploitée et régénérée en totalité pendant la première période, on la désigne sous le nom de première affectation", la seconde portion à exploiter pendant la deuxième période est la deuxième affectation, et ainsi de suite. Dans l’hypothèse que nous avons admise en supposant
(1) Voyez les Etudes sur /'Exposition de 1867, 3e vol. p. 18 et suiv. Lib. scientifique et industrielle, Eugène Lacroix.
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que nous opérons dans une forôl régulière, les alfectations telles que nous venons de les constituer formeront chacune un seul massif, et seront disposées suivant les règles d’assiette. Les coupes principales, dites de régénération, seront pendant la première période assises dans la première affectation; pendant cette même période, on fera des coupes d’éclaireie et des nettoiements dans chacune des autres affectations, selon les exigences des peuplements.
Nous savons jusqu’à présent ce qu’on pourra exploiter sous forme de coupes principales en vingt ans; mais nous ignorons la mesure de chaque coupe annuelle. Ici encore on ne peut plus appliquer le procédé employé dans les taillis, c’est-à-dire mesurer l’importance de la coupe en en mesurant la contenance, parce que la quantité d’arbres à couper sur une surface donnée exploitée sous forme de coupes de régénération, varie suivant une foule de circonstances qu’on ne peut pas préciser à l’avance. Aussi dans les forêts de futaie la possibilité se calcule-t-elle directement, c’est-à-dire en déterminant le volume des arbres à couper chaque année. C'est ce qu’on appelle la possibilité par volume. Si on suppose que les affectations d’égale contenance produiront la même quantité de matériel, hypothèse que nous avons déjà admise au sujet des coupes de taillis, il suffira évidemment pour obtenir le chiffre de la possibilité par volume de la forêt, de calculer le volume des arbres compris dans la première affectation, c’est-à-dire le volume actuel du matériel de cette affectation ; de supputer l’accroissement que .prendront ces arbres depuis le début de la première période jusqu’à l’époque de leur abatage, c’est-à-dire le volume futur, d’ajouter ces deux volumes et d’en diviser la somme par le nombre d’années de la période. On obtient le volume actuel des arbres par les procédés ordinaires de cubage des bois sur pied. Le volume futur est la différence entre le volume des arbres de l’affectation à l’époque où ils seront exploités et le volume actuel, mais comme on exploitera tous ces arbres pendant le cours de la période en proportion égale chaque année, on peut les considérer comme devant être exploités tous en moyenne à l’expiration d’une demi-période ; dans le cas choisi comme exemple le volume futur serait donc celui qu'acquerraient tous les arbres de l’affectation en dix ans. Cela posé, on admet que l’accroissement annuel futur sera égal à l’accroissement annuel moyen passé, ce qui donne toujours un résultat plutôt trop faible que trop fort. Soit donc un matériel de 15000 mètres cubes, ti’ouvé dans la première affectation de notre forêt au moyen des procédés de cubage individuel des arbres de cette affectation, l’ensemble de ces arbres ayant en moyenne quatre-vingt-dix ans, puisque les plus vieux ont cent ans et les plus jeunes quatre-vingts ans, l'accroissement annuel moyen sera évidem- 15000
ment — — — = 166mc,7 et le volume futur 166,7 X 10 = 1667 m. c. Le volume
total à exploiter pendant la première période sera donc 15000-)- 1667 = 16667 m.c.; ce dernier volume divisé par le nombre d’années de la période donnera le
chiffre de la possibilité de la forêt, ce sera par conséquent -i^iL = 833mc,35.
En résumé, l’établissement du plan d’exploitation d’une forêt traitée en futaie, c'est-à-dire l’assiette des coupes, la détermination de leur nature, réclame deux opérations distinctes. La première est celle qui a pour objet la formation des affectations, lesquelles doivent avoir sur le terrain une forme et une disposition satisfaisant aux règles d’assiette, être constituées d’un seul tenant, présenter une égale étendue et comprendre des peuplements dont l’âge soit en rapport avec le numéro de la période pendant laquelle on les exploitera en coupes de régénération. C’est ce qu’on appelle établir le règlement général des exploitations pour toute la durée de la révolution. La seconde opération est celle qui a pour objet la détermination de la possibilité annuelle; on en
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résume les résultats dans un document appelé règlement spécial des exploitations pour la première période.
On complète ces deux opérations fondamentales, en dressant un plan topographique de la forêt, donnant l'indication de chaque affectation, de ses limites, des chemins qui la traversent; on fixe ensuite sur le terrain les limites des affectations par des bornes convenablement numérotées.
Il faut remarquer qu’un plan d'exploitation de forêt de futaie ne peut pas contenir les détails des opérations à faire, pour arriver à la régénération naturelle, il ne peut qu’indiquer les limites dans lesquelles on devra les exécuter. Aussi l'assiette des coupes de régénération sur le terrain est-elle une des opérations les plus délicates de sylviculture.
II. — Les notions qui précèdent se rattachent à cette partie de la sylviculture que nous appelons plus spécialement la culture des bois; elles ont pour objet de faire connaître les principes à observer pour favoriser la production ligneuse, en régler et en quelque sorte en diriger la marche. La nature, l’importance et la situation de chaque coupe étant déterminées, il ne reste plus qu’à appliquer effectivement les règles tracées. Cette application comporte un ensemble d’opérations, ajrant pour objet la réalisation du revenu et l’entretien de la propriété, dans les conditions prévues par l'aménagement établi et supposées les meilleures.
Réaliser le revenu, en exploitant les coupes selon les dispositions du règlement des exploitations; entretenir la forêt et l’améliorer par des travaux de diverses natures; telles sont les opérations principales d une gestion forestière. 11 y a par conséquent un triple résultat à obtenir; la réalisation du revenu par les opérations relatives aux coupes; l’entretien de la propriété par les travaux d’amélioration; et sa conservation au moyen de la surveillance. Nous n'avons aucune explication ;Y donner sur cette dernière partie de la gestion; il suffit d’en signaler l’importance. Sur les deux autres, nous nous bornerons à des indications générales, suffisantes pour en faire saisir la nature, et mettre le lecteur à même de comprendre la destination et d’apprécier l’utilité des objets exposés dans la section forestière.
Le propriétaire d’une forêt peut réaliser son revenu de trois manières principales : en vendant ses coupes sur pied et en bloc; en les vendant sur pied et par unités de produits; ou enfin en en vendant les produits après les avoir fait exploiter à ses frais.
La vente sur pied et en bloc, qui parait au premier abord une opération fort simple, est cependant, au point de vue pratique, le procédé le plus compliqué, parce qu’elle nécessite d’une part le choix préalable de tous les arbres à réserver ou le balivage et d’autre part l’évaluation en bloc de la coupe, deux opérations beaucoup plus difficiles avant la vente qu’aprôs. On ne peut en ell’el se rendre bien compte exactement du rendement d'une coupe qu’après l'abatage; quant au balivage, il est d'expérience qu'on le fait dans des conditions bien plus favorables, et qu’on arrive à un bien meilleur résultat, en opérant au fur et à mesure de l’exploitation. Quand on vend les produits de la coupe après l’avoir fait exploiter, il est clair qu’on acquiert les facilités quion n'a pas dans le premier cas; mais il y a là encore deux inconvénients; d’abord celui de faire une avance de fonds, pour faire face aux frais de l’exploitation ; ensuite, celui plus grave d’être lié par cette nécessité de conclure un marché dans un bref délai après l'abatage, sous peine de voir la chose dépérir, c’est-à-dire les produits se détériorer par un trop long séjour en forêt.
La vente sur pied et par unités de produits consiste à vendre, avant l'exploitation, les produits de la coupe ; mais sous la condition qu'on n’en réglera le
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prix définitif qu’après dénombrement, par nature de marchandise, des produits façonnés, en prenant pour hase une série prix convenue au moment de la passation du marché; dans ce cas le propriétaire se réserve la faculté de désigner, au cours de l’exploitation, les arbres qu’il entend réserver pour rester sur pied; et l’acquéreur s’engage à payer tous les frais d’exploitation. Par cette combinaison ingénieuse, on s’épargne les difficultés et les embarras qu’entraînent les deux modes précédents. Cependant toute difficulté n’est pas écartée; à celle de prévoir toutes les catégories de marchandises que pourra fournir la coupe et de leur assigner à chacune un prix convenable, s’ajoute l’inconvénient de restreindre jusqu’à un certain point l’initiative de l’acquéreur, en ce qui concerne la forme à donner aux produits, à moins d’établir une échelle de prix extrêmement compliquée.
En effet, un chêne de dimensions suffisantes peut être débité en bien des manières différentes, en bois de charpente ou en madriers, en planches, en merrains, en lattes, etc. ; il faut donc, avant de façonner un pareil arbre, connaître la situation du marché, l’état de la place, les marchandises qui y sont le plus demandées ; il y a de la part de l’exploitant une détermination à prendre suivant les conditions du moment, et la coupe rendra d’autant plus que le débit des bois aura été fait de la manière la plus judicieuse. L’exploitation des coupes, en général, contitue une industrie, où il ne suffit pas de mettre en œuvre des coupeurs de bois, elle exige encore pour être fructueuse la connaissance parfaite des affaires, des transactions commerciales, des industries particulières qui emploient le bois; elle comporte certaines combinaisons, où les prévisions, l’attente calculée, l’aléa du commerce enfin jouent leur rôle.
Ces considérations sont d'un grand poids; aussi déterminent-elles le plus souvent les propriétaires, généralement étrangers à tous les détails de l’industrie du commerce des bois, à vendre leurs coupes sur pied et en bloc. Mais il n’en reste pas moins établi que les deux autres modes de vente ont leurs avantages et que, dans .des circonstances particulières, il convient de préférer soit l'un, soit l’autre à] la vente en bloc sur pied.
Il est nécessaire de fixer d’une manière indiscutable les limites d’une coupe. Quand elle n’est pas entièrement limitée par des routes, des chemins ou des fossés, on ouvre des tranchées en ligne droite; en ayant soin de les fixer par des arbres de limite, pieds corniers et parois, auxquels on rattache ses deux extrémités et un ou plusieurs points intermédiaires suivant sa longueur. Quand la possibilité est par contenance, il faut déterminer la surface de la coupe par une opération d’arpentage, opération inutile au contraire s’il s'agit d'une possibilité par volume.
On entend par balivage l’opération qui consiste à rechercher et à désigner, pour être marqués de l’empreinte d'un marteau spécial, les arbres compris dans l’enceinte d'une coupe à vendre sur pied, et qui devront être respectés par l’acquéreur. Ce sont, dans les taillis, les baliveaux, les modernes et les anciens; dans les futaies, les arbres destinés à provoquer l’ensemencement du sol, ou à protéger les semis ou les jeunes plants.
On se sert pour marquer les arbres dans les coupes d'un marteau dont la partie antérieure est tranchante et en forme de hache, et dont la partie opposée présente le chiffre du propriétaire gravé en relief; la hachette du marteau sert à enlever une partie de Y écorce de l’arbre, de façon à faire un blanchis, sur ce blanchis, qui laisse le bois apparent, on imprime les lettres du marteau; cette empreinte constitue la marque authentique.
Dans les opérations de balivage, on ne se contente pas généralement de procéder au choix des arbres à réserver ou à exploiter, suivant les règles de la sylviculture; on recueille encore, et en même temps, les renseignements néces-
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saires pour arriver à l’évaluation du matériel à vendre. Ces renseignements consistent, pour les taillis, dans l’estimation à vue d’œil ; pour les arbres de futaie, dans l’appréciation ou le mesurage des dimensions de chaque arbre (grosseur et hauteur); enfin quand la possibilité est par volume , il faut calculer le volume des arbres (tige et houppier) au fur et à mesure de l’opération ; afin de fixer l'importance de la coupe, et de s’arrêter quand le volume à exploiter chaque année est atteint.
11 y a toujours dans les opérations relatives aux coupes des opérations do cubage à effectuer. On sait que le cubage des arbres, c’est-à-dire la détermination du nombre d'unités cubiques correspondant à leur volume, serait une opération très-longue et fort délicate, si l’on tenait à une grande exactitude. Cette opération serait surtout d’une extrême difficulté pour les arbres sur pied; par ce qu'on n’en peut obtenir alors les dimensions (hauteur et grosseur moyenne) que par des procédés indirects. Aussi dans la pratique les forestiers se contentent-ils d’approximations assez grossières, pourvu que l'erreur ne dépasse pas un centième, un dixième de mùti’e cube et même quelquefois davantage l'opération est réputée bonne. Cette latitude, assez grande en définitive, permet d’avoir recoui’s à des procédés rapides; on évalue les hauteurs au dendromètre ou à vue d'œil, et la grosseur moyenne en faisant subir une certaine réduction à la grosseur mesurée à hauteur d’homme; cette réduction varie avec les conditions de végétation et avec les essences; le taux de décroissance se détermine par des mesurages sur des arbres abattus dans la forêt même, où l'on appliquera la décroissance trouvée, pour déterminer la grosseur moyenne des arbres à cuber sur pied. Les plus faibles réductions ne sont pas au-dessous de o °/0 les plus fortes peuvent aller jusqu'à 3a °/0. Quand on connaît la grosseur moyenne (tour ou épaisseur) il est aisé de calculer la surface de section correspondante, celle-ci multipliée par la hauteur de l’arbre donne le volume cherché. Dans cette opération, on assimile la tige de l’arbre à un cylindre géométrique, et l’on obtient ce qu’on appelle eu terme de cubage le volume cylindrique. Mais voici une manière plus simple encore d’opérer : on prend le quart du tour moyen de l’arbre, on élève ce quart au carré, puis on multiplie le carré par la hauteur de l’arbre; c'est le procédé de cubage dit au quart sans déduction ; le volume qu'on obtient ainsi n'est que les trois quarts environ du volume ci/lwdrique, (la proportion exacte est 0,78); toutefois ce procédé est généralement adopté, en voici les raisons. Pour obtenir le volume cylindrique on mesure la tige revêLue de son écorce; cette partie de la tige n'a aucune valeur; un cubage qui n'en tient pas compte no saurait présenter un grave inconvénient; outre l’écorce proprement dite, une partie du bois tombe nécessairement comme déchet pour des raisons diverses, en sorte qu’en définitive on a admis que l’erreur en moins commise par le cubage au quart sans déduction est négligeable, et que ce cubage donne sensiblement le volume de la matière réellement utilisable.
Certains arbres tels que le chêne, renferment de l’aubier, c'est-à-dire une zone de bois de formation récente encore imparfaite; cette partie du bois est dépourvue complètement des qualités de résistance, de solidité et de durée qui font rechercher le bois de chêne pour les grandes constructions navales et militaires et différents ouvrages de l'industrie. Dans les devis des ingénieurs et des architectes, les volumes des bois employés sont déterminés d'après les dimensions qu’ils doivent avoir en place, ils sont sans aubier ; en sorte qu'une bille de chêne en grume, c’est-à-dire non équarrie et encore revêtue de son écorce, a un volume tout différent de celui qu'auront les pièces de bois sans aubier qu’on en tirera. Pour tenir compte de ces différences, on a recours à un mode de cubage particulier, que l'usage a consacré et dont l'exactitude a été
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constatée h la suite d’une longue expérience. Ce mode de cubage est connu sous le nom de cubage au cinquième ou au sixième déduit. Voici la manière de procéder : on retranche du tour moyen le cinquième ou le sixième de ce tour, on prend le quart du reste, on élève ce quart au carré et ce carré multiplié par la longueur de la tige donne le volume cherché. Le volume au cinquième déduit est sensiblement la moitié du volume cylindrique, celui au sixième déduit est un peu supérieur à cette moitié; les proportions exactes sont 0,503 et 0,545.
Quelques simples que soient les calculs qu’impliquent les différents modes de cubage que nous venons d'indiquer; leur exécution dans le cours d'une opération forestière, où l’on a souvent plusieurs milliers d’arbres à cuber en un jour, exigerait encore un temps beaucoup trop considérable.
Aussi a-t-on recours k tous les procédés de nature à abréger le plus possible ces calculs. On classe les arbres par catégories de grosseur et de hauteur, et l’on attribue k tous les arbres d’une même catégorie le même volume. Les volumes correspondant k chaque catégorie sont calculés d’avance et disposés, pour en rendre la recherche plus facile et plus prompte, sous forme de table k double entrée, comme la table de Pylhagore; on inscrit les hauteurs sur la première ligne horizontale ; les grosseurs (diamètres ou circonférences) dans la première colonne verticale k gauche, et chaque volume sur la ligne et dans la colonne auxquelles il correspond. C’est ce qu'on appelle un tarif de cubage. Au moyen de ces tarifs tous les calculs de cubage se réduisent k de simples additions.
Toutes choses égales, l'exactitude que donnent ces tarifs varie avec le nombre de catégories qu’on y introduit. On compte généralement les diamètres de 10 en 10 ou de 20 en 20 centimètres, et les hauteurs de 25 en 25 centimètres, mais le plus souvent de 1 en 1 ou de 2 en 2 mètres. Ce qu'on gagne en exactitude, on le perd en rapidité dans les calculs; il y a une limite intermédiaire k observer. Pour concilier le mieux ces deux conditions, on a cherché k résoudre le problème autrement que par les tables numériques.
Les tableaux graphiques d'un emploi continuel, notamment dans les administrations de chemins de fer, donnent dans ce sens des résultats très-satisfaisants. Tout récemment M. de Montrichard, sousinspecteur des forêts, a imaginé une application très-ingénieuse de la règle k calcul aux calculs de cubage.
La règle de cubage de M. Montrichard se compose, comme la règle k calcul ordinaire, de deux parties; d'une règle fixe et d une réglette mobile, engagée k plat dans une coulisse pratiquée dans l’épaisseur de la règle et pouvant glisser parallèlement k celle-ci, lig. 1 et 2 ; elle porte trois échelles affectées, l’une aux circonférences (partie inférieure de la règle), l’autre aux hauteurs (partie supérieure de la réglette), la troisième aux cubes (partie supérieure de la règle); en outre, vers le milieu de la réglette, et au-dessous de l’échelle des hauteurs, sont marquées des divisions, qui constituent ce qu’on peut appeler Yêchelle des repères.
L’échelle des hauteurs et celle des cubes sont graduées suivant la loi d’accroissement des logarithmes des nombres naturels de 1 k 100 ; seulement les cotes de l’échelle des volumes expriment des nombres cent fois moins forts, que ceux
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portés sur l'échelle des hauteurs. Sur l'échelle des circonférences la graduation est établie suivant la loi d'accroissement des logarithmes des surfaces de cercle.
Cette échelle est cotée de O®, 35 il 3m, 60. Enfin l’échelle des î repères porte une série de traits, qui servent à placer la \ réglette mobile dans la position voulue pour obtenir le \ volume cherché , suivant le mode de cubage dont on a fait ; choix. Si l’on veut cuber des arbres abattus en grume au . volume cylindrique, au quart sans déduction, au sixième ? ou au cinquième déduit, on choisit pour repère le trait ■ au-dessus duquel est inscrit le mode de cubage adopté;
. ce trait amené au-dessus de la division qui exprime la circonférence sur l’échelle inférieure de la règle, place la ré- J glette mobile dans une position telle que la hauteur de » l'arbre, lue sur l’échelle des hauteurs, coïncide avec la division qu'il faut lire sur l’échelle des cubes pour connaître le ? volume cherché; ce volume est précisément celui en grume ou cylindrique, au quart sans déduction, au sixième ou au - cinquième déduit, selon le repère dont on s'est servi. 11 faut avoir soin dans cette opération de se donner la circonfé- 2 rence moyenne de l’arbre. S'il s’agissait de cuber des ar- „ b res sur pied, on lirait sur l’échelle affectée aux eirc.onfé- ° rences le nombre correspondant à la circonférence de l'arbre ». mesurée il hauteur d’homme; seulement on choisirait pour repère 0,90 ou 0,80... suivant qu’on serait convenu d’attriî buer aux arbres à cuber une circonférence moyenne égale
aux 90 ou 80 centièmes . de la circonférence à hauteur
° d’homme; on procéderait d'aillôurs pour trouver le cube, comme précédemment. La règle n’est disposée, pour les » cubages sur pied, que de façon à fournir le volume cylindrique.
Le maniement de la règle de M. de Montrichard est au * moins aussi simple que celui de la règle à calcul ordinaire; „ ce petit instrument de 20 centimètres environ de longueur sur 4 de largeur, très-portatif, est destiné, croyons-nous, à se répandre rapidement; il pourra rendre aux marchands de bois et à toutes les personnes qui s’occupent, à un titre quelconque, d’estimations forestières, de précieux services.
Les soins que l'on prend dans les opérations relatives aux coupes, pour que les exploitations soient faites dans les meilleures conditions, demeureraient à peu près stériles si l’on ne dirigeait pas avec vigilance les travaux mêmes de l’exploitation. Ces travaux ne peuvent être bien faits que par des ouvriers spéciaux : bûcherons, équarrisseurs, scieurs de long, fendeurs, charbonniers. Ceux de ces travaux qui intéressent particulièrement la sylviculture sont effectués parles bûcherons proprement dits, qui sont chargés de l'abatage du bois, et, une fois le bois abattu, de tous les travaux préliminaires du façonnage, dépouillent les tiges de leurs branches , rameaux et ramilles, opèrent la découpe de la tige et laissent en grume la partie propre à la charpente ou à l'industrie, convertissent tous les autres bois en bois de corde, bois à charbon, fagots, bourrées, etc., qu’ils empilent sur des emplacements choisis en terrain sec, horizontal et à proximité des chemins de vidange, et cela au fur et à mesure de l’avancement des travaux.
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Tous ces travaux s’effectuent encore par des procédé» bien primitifs, imparfaits et dispendieux. L’exploitation des bois comine celle des produits agricoles, exige,
• à mesure que le prix du travail s'élève, que les procédés se modifient, se perfectionnent; l'emploi des engins mécaniques pourra seul donner à l’industrie forestière tout son essor. Il y a là une mine à exploiter, des progrès considérables à tenter, une voie nouvelle que la nécessité comme toujours, finira par ouvrir aux exploitants. Depuis plusieurs années on a fait des efforts dans ce sens; nous porterons volontiers notre attention de ce côté-là; il ne s’agit encore que d’une question spéciale et accessoire, mais d’une question fort importante cependant eu égard aux intérêts divers et considérables auxquels elle se rattache. Nous voulons parler de l’écorcement des bois. L’écorce qu’on enlève des tiges et des branches des chênes constitue une matière première des plus précieuses et un produit des plus importants de nos forêts, recherché non-seulement en France pour le taunage des cuirs; mais encore à l’étranger où l’on en exporte pour la millions de francs environ par an.
En hiver et même en été par la sécheresse, l’écorce adhère tellement au bois, qu’il serait impossible de l’en détacher autrement qu’à l’aide d’instruments tranchants, et non sans efforts. Mais au retour du printemps, à l’époque où les journées deviennent chaudes et où la terre est humide, la végétation se ranime, la sève s’élève avec vigueur entre l’écorce et le bois et y établit un courant, qui rend presque nulle l’adhérence de ces deux parties de la tige. On peut alors très-facilement écorcer, il suffit simplement de soulever l’écorce pour la détacher. C’est à cette époque qu’on fait l’écorcement dans les coupes; aussitôt le moment de la sève venu (c’est-à-dire généralement du mois d’avril au mois de juin), on commence l’opération; on doit se hâter, parce que les heures favorables ne sont pas de longue durée; il suffit que le vent vienne à souffler du nord ou de l’est pour ralentir et même rendre impossible l'écorcement; on est forcé dans ce cas de suspendre l’opération et de laisser le bois sur pied jusqu’à ce que les conditions redeviennent favorables; c’est uniquement une question de température.
Quand le bois est abattu on fait sur lecorce, à l'aide d’une sorte de spatule en fer ou en os, une ou plusieurs incisions longitudinales suivant la grosseur du brin; on introduit ensuite la pointe de l’outil sous l’écorce, que l’on soulève et enlève rapidement sur toute la longueur; une fois l’écorce enlevée sous forme de fourreaux plus ou moins longs, on l'étale au soleil pour la faire sécher. L’opération est fort simple, seulement il faut la faire rapidement et en temps favorable.
Cette manière d’opérer l'écorcement dans les coupes est loin d’être satisfaisante; les inconvénients qu’elle présente sont nombreux et faciles d’ailleurs à énumérer. En premier lieu, le travail, quelle que soit la quantité de bois à écorcer, ne peut s'effectuer que pendant une période très-courte, souvent interrompue, de là la difficulté d’écorcer tout le bois propre à cette opération; et encore doit-on y employer une grande quantité d'ouvriers et les demander à une époque où précisément les travaux de culture réclament de leur côté tous les bras disponibles pendant la morte saison ; il en résulte un renchérissement du prix de la main d’œuvre, et ce renchérissement, en outre, peut s’aggraver par la crainte d’une mauvaise température pour l’écorcement. Cette méthode nécessite une dérogation formelle aux règles de sylviculture, qui prescrivent de n'abattre qu’en hiver, avant l’ascension de la sève. L’abatage en temps de sève est eu effet préjudiciable à un double point de vue; il y a d’abord perte de la pousse qui se serait produite si le bois avait été abattu en hiver, ensuite le recrû obtenu au mois d’août est toujours incomplet et insuffisant; en sorte que l’avenir du taillis peut être compromis dans une mesure plus ou moins forte, si l’on n’y pourvoit par des opérations spéciales telles que semis ou plantations.
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Subordonner la question d’abatage à la nécessité d'écorcer, et subir les caprices de la température pendant l'opération de l’écorcement, telles ont été jusqu'à ces derniers temps les conditions sans lesquelles on ne pouvait tenter de tirer parti dans les coupes de l'un des produits les plus appréciés. En 1864, M. Maître, de Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) imagina, pour se soustraire à ce double inconvénient, de réaliser artificiellement les conditions favorables à l'écorcement, en soumettant] le bois à l’action dé la vapeur d'eau. Quelques
morceaux de bois suspendus sous le couvercle d’une marmite purent, au bout d’un quart d’heure, être écorcés avec la plus grande facilité; telle est l’expérience qui le mit sur la voie. L'appareil employé à cette époque était fort simple : une caisse destinée à recevoir le bois à écorcer, un générateur de vapeur quelconque et un conduit pour faire pénétrer la vapeur dans la caisse ; tout cela constituait un matériel sinon compliqué du moins assez lourd et difficile à déplacer. Depuis cette époque la question a progressé et les procédés se sont perfectionnés.
En étudiant de plus près les phénomènes dus à l’action de la vapeur sur le bois, M. de IN’omaison, ingénieur civil, fut. amené à constater qu'en portant rapidement du bois encore vert à une température suffisante, les liquides qu’il contient entrent en ébullition et s’en échappent; alors la décortication n’olTre aucune difficulté , et elle est d’autant plus aisée que la température est plus élevée. Ce résultat peut être atteint soit par l’action directe du calorique, soit par l'intermédiaire de la vapeur, considérée simplement comme véhicule de la chaleur.
Les données du problème ainsi déterminées, il ne s’agissait plus que de satisfaire aux conditions suivantes : construire un appareil peu compliqué et portatif; adopter comme véhicule du calorique un corps qui ne dissolve pas le tannin, substance qui fait tout le prix de l’écorce de chêne; se maintenir toujours dans les limites de chaleur où les liquides contenus dans le bois commencent à entrer en ébullition, et où le bois lui-même commence à se décomposer; c’est-à-dire au-dessus de 100° mais au-dessous de 200 degrés centigrades.
La vapeur d’eau surchauffée convenablement et employée au fur et à mesure de sa production donne le résultat cherché; elle est sèche et sans pression, ce qui permet de mettre en œuvre des générateurs légers, à parois minces, sans le
Fig. 3. — Cotipo verticale du générateur du l'appareil de M. de Nomaison.
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moindre danger d’explosion. Voici comment M. de Nomaison a résolu le problème. Son appareil (fig. 3) consiste en une chaudière tubulaire, verticale, cylindrique, il foyer intérieur, de lm,70 de hauteur sur 0m,80 de diamètre. Quatrevingt-dix tubes en cuivre donnent une surface de chauffe considérable. L’eau descend au fond du générateur et entoure le foyer; son niveau s'élève peu audessus du ciel du foyer, en sorte que les tubes émergent de moitié environ de leur hauteur; dans ces conditions ils échauffent et sèchent rapidement la vapeur; celle-ci arrive à la partie supérieure de la chaudière à travers un surchauffeur pour en sortir à une température de 170°.
L’alimentation se fait il l’aide d'une pompe à main fixée sur l’appareil, cette pompe fait pénétrer dans la chaudière l’eau contenue dans un réservoir qui entoure la boite à fumée; la consommation d'eau est d'environ six hectolitres par jour, on chauffe généralement au bois;dans cecas il en faut environ un stère.
Les bois à écorcer sont placés dans des cuves, au nombre de quatre généralement, disposées autour de la chaudière sur des chevalets (fig. 4.) La vapeur surchauffée pénètre dans ces cuves parla partie inférieure, au moyen d'un tuyau partant de la machine et muni d’un robinet permettant de régler la sortie de la vapeur.
Les cuves peuvent varier de dimensions comme les bois à écorcer, mais généralement elles ne doivent pas contenir en volume plus de trois quarts de stère environ; elles sont en bois et cylindriques; sujettes à de fréquentes avaries, elles peuvent être réparées facilement par les tonnelliers.
L'appareil que nous venons de décrire rapidement a obtenu le prix de 1000 francs, décerné en 1876 par la société des agl’icul- Fig. 4. — Ctianlier d'écorcemcnt (syslèmo do Nomaison). teurs de France, comme l’ésol-
vant le mieux le problème de l'écorçage des bois hors du temps de sève.
Nous allons établir, d'après le rapport présenté par M. Pissot à la société des agriculteurs de France, le prix de revient des écorces obtenues. Pour cela indiquons d’abord de quelle manière fonctionne le système. Le temps pendant lequel le bois doit être soumis à l’action de la vapeur varie avec l’intensité de la chaleur, et aussi avec les dimensions du bois; il est généralement de deux heures pour la première opération, quand les cuves n’ont pas encore été échauffées, et d’une heure et demie dans les autres cas. Quatre hommes peuvent écorcer la quantité de bois contenue dans une cuve en vingt minutes, et il leur en faut dix pour recharger la cuve; c’est donc en tout une demi-heure pour vider, écorcer le contenu d’une cuve et la recharger; et deux heures pour les quatre cuves. 11 est facile de comprendre qu’avec un chantier de quatre cuves il s établit une sorte de roulement, qui fait que le travail n’est jamais interrompu de toute la journée et qu’en dix heures on peut écorcer 4x6x0,75 = 15 stères de bois.
M. Pissot admet que les 15 stères rendent 1500 kilogrammes d’écorce, ce qui ferait ressortir le prix de revient des mille kilog. à 26 fr. Mais calculer le rendement à raison de 100 kilog. d’écorce par stère nous parait exagéré, on ne compte TOME II. — NOUV. TECH. 5
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guère en moyenne plus de 50 à 60 kilog. par les procédés ordinaires, et nous croyons qu’en admettant un rendement de 70 kilog. on se tient plutôt audessus de la réalité qu’au dessous, avec ce dernier chiffre le prix de revient calculé plus haut monterait à 37f,i4. 11 faut reconnaître toutefois que les prix de journée sont comptés, dans l'analyse qui suit, à un taux assez élevé, et en admettant que pour l’écorcement ordinaire en temps de sève, on emploie des ouvriers exigeant des salaires aussi forts, on arriverait certainement à des prix de revient approchant de 40 fr. L’écorcement des 15 stères coûte d’après M. Pissot :
Un chauffeur .
Quatre hommes à 3 francs . 12
Une femme. . . . • . 2 ,50
Un enfant . 1 ,50
Combustible (200 kilog. de houille) . 10
Transport de l’eau . 2
Frais généraux pour empiler le bois, lier les écorces, et amortissement . 6
Total . 39f
L’appareil de M. de Nomaison, quelque simple qu’il soit, n’est pas sans présenter d’assez graves inconvénients. La nécessité, pour obtenir de la vapeur surchauffée, sans pression, de maintenir les tubes mi-partie hors de l’eau, oblige à n’employer comme combustible, à défaut de houille ou de coke, que du bois vert; le bois sec aurait l’inconvénient de développer trop brusquement une chaleur intense, qui pourrait brûler les tubes de cuivre; il résulte de là une déperdition de calorique égale à la quantité de chaleur nécessaire pour vaporiser l’humidité contenue dans le bois. D’un autre côté, la vapeur dans son trajet de la chaudière aux cuves perd nécessairement une partie de son calorique. Toutes ces déperditions sont évidemment des défectuosités, qu’il faudra chercher à détruire par de nouveaux perfectionnements. Le transport de la machine et des accessoires (600 à 700 kilog. environ) ne se fait pas non plus, d’une coupe à une autre, avec toutes les commodités désirables; il faut démonter les quatre tubes extérieurs de la machine, les rajuster ensuite, éviter avec soin, sous peine de perte de temps considérable, toute avarie aux tubes de chauffe, etc.
Malgré ces imperfections, que nous ne croyons pas d’ailleurs irrémédiables, l’appareil Nomaison nous semblerait justifier complètement les éloges qu’on lui a décernés; si l'on pouvait affirmer que le principe sur lequel il est fondé, est d’une exactitude rigoureuse. On a tout récemment (1) révoqué en doute cette hypothèse acceptée peut-être un peu trop facilement; que les bois verts soumis à une température suffisante { s'ècorcenl facilement , parce que les liquides qu'ils contiennent entrent en ébullition. En soumettant du bois vert à un courant d'air chauffé artificiellement, l’écorce devrait, au bout d’un certain temps, se détacher avec facilité; or, c’est le contraire qui arrive, l’adhérence de l’écorce devient d’autant plus grande que le courant est plus chaud. Ce résultat, d'ailleurs, est en parfaite harmonie avec cette remarque, faite par tous les forestiers, qu’à l’époque delà sève, par des temps secs et chauds persistants l’écorcement se fait mal et parfois pas du tout. Ce n’est donc, pas l 'ébullition dcsliquidesdubois,c’estlad)5so/u(i'on des matières qui constituent cette
(i) Revue des eaux et forêts, mars 1878.
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partie de la tige, appelée zone génératrice, interposée entre l’écorce et le bois, c’est cette dissolution, obtenue parla vapeur renfermant une certaine humidité, qui produirait le détachement de l’écorce. Toutefois l’appareil Nomaison prouve que la quantité d’humidité nécessaire et suffisante doit être assez faible, puisque de la vapeur réputée sèche, mais qui évidemment ne Test pas d’une manière absolue, au moins lorsqu’elle est en contact avec le bois, produit 1 écorcement en une heure et demie. Mais si le bois est soumis à la vapeur à haute pression, suivant le système Maître, quinze minutes suffiront pour le préparer. Dans ce cas la proportion d’humidité est beaucoup plus grande, et Ton a craint dans l’origine, sans beaucoup de raison, qu’une partie du tannin des écorces ne fût dissoute. Entre la vapeur humide qui pourrait provoquer cette déperdition de tannin et la vapeur surchauffée il y a assurément une marge très-large. C’est donc en définitive à déterminer la proportion d’humidité qu’il conviendra d’admettre pour réaliser un écorcement rapide, sans risquer de diminuer la valeur de la matière première, que les recherches paraissent devoir consister désormais. Peut-être pourra-t-on sacrifier moins à la nécessité de surchauffer la vapeur, rendre ainsi les appareils moins fragiles et aussi moins coûteux, réduire les prix de revient, et s’engager enfin dans la voie qui .conduira à la solution définitive.
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I. — Les travaux dont nous avons parlé précédemment se rapportent à l’exploitation des bois proprement dite; ils ont pour résultat la réalisation des produits dans des conditions économiques plus ou moins avantageuses. Les travaux forestiers dont nous allons nous occuper sont de toute autre nature; ils ont pour objet soit l’entretien, soit l'amélioration, soit même la création du bois.
Les travaux d’entretien sont obligatoires; le propriétaire ne peut, sous peine de voir sa propriété dépérir, se dispenser de les exécuter. Les travaux d’amélioration doivent avoir pour effet d'élever le revenu de la propriété; cette élévation de revenu sera réalisée dans les meilleures conditions, quand les, travaux, exécutés avec discernement, produiront leur maximum d'eifet pour une dépense déterminée; alors, on pourra, dans une certaine mesure, admettre que le revenu du bois s’élèvera proportionnellement à l’importance des améliorations qu’on y aura faites; ces améliorations équivaudront par conséquent à un placement de capitaux. Tandis que les travaux d’entretien, qui ne sont généralement que de simples réparations, sont de peu d’importance ; les travaux d’amélioration, au contraire, occasionnent toujours d'assez fortes dépenses.
Quant aux travaux de création, ils se rattachent par un certain côté aux travaux d’amélioi’ation, mais par le petit côté pourrions-nous dire. Généralement ce n’est pas le profit qu’on en retirera directement qui détermine à les exécuter; ces grands et utiles travaux répondent à des vues plus hautes : ils ont bien plus pour objet de sauvegarder, que d’améliorer; leur rôle est moins de produire du bois que de protéger des territoires menacés de ruine complète. On reboise les montagnes, par exemple, pour éteindre les torrents,, on plante les dunes pour arrêter l’envahissement des sables.
Au point de vue technique de l’exécution, il n’y a aucune distinction à faire entre les travaux d’entretien et ceux d'amélioration; ce sont les travaux ordinaires des forêts. Les travaux de création présentent, eux, des conditions d'exécution et des difficultés particulières qui imposent l’obligation d’en faire une
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étude à part, étude où tout eu quelque sorte est spécial, et que les notions forestières ordinaires ne facilitent que médiocrement.
Les travaux forestiers ordinaires sont relatifs au sol, ou aux peuplements, ou aux voies de transport. Nous passerons en revue ceux de ces travaux qui offrent le plus d'intérêt.
Travaux relatifs au sol. — En sylviculture, on améliore le sol en y maintenant des peuplements en bon état, c'est-à-dire assez complets pour y entretenir la fraîcheur et y favoriser la décomposition lente, sur place, des feuilles et autres substances végétales qui tombent chaque année. Dans un massif d’arbres complet les détritus ainsi formés ne sont pas sujets à se dessécher et à disparaître, ils constituent une couche d’engrais fixe, qui va s'accumulant d’année en année, restituant amplement au sol les éléments que la végétation lui enlève pour ses besoins et le préparent ainsi à reproduire, sans interruption, une nouvelle génération. Mais les massifs sont rarement à l’état complet, aussi le sol est-il souvent, surtout aux expositions de l’Est et du Midi, sec, dur, couvert de mousses, de bruyères ou autres plantes inférieures dont on se débarrasse difficilement. Quand ces mauvaises conditions se présentent au moment des coupes, c’est-à-dire lorsqu’il faut que le sol se regarnisse du semis naturel destiné à reconstituer un nouveau peuplement à la place [de celui qui a été exploité, il y a lieu de craindre que le sol ne produise que de mauvaises plantes. 11 faut intervenir pour prévenir un tel résultat, en faisant, par exemple, subir au sol une préparation, une culture.
Le durcissement du sol étant le principal obstacle à la germination de la graine et à la venue des jeunes plants, c’est par des labours qu'on doit préparer le terrain; mais non par des labours comme on en fait dans les terres arables; les frais de culture sei’aient beaucoup trop considérables; il n’est pas nécessaire d’ailleurs que l’ameublissement du sol soit aussi complet. On a tenté d’employer pour ce travail une charrue spéciale, ayant à peu près les mêmes dispositions que le scarificateur; avec cet instrument aratoire le sol est plutôt déchiré que retourné, cela suffit pour que les semis puissent se produire dans de bonnes conditions. Mais cette charrue ne peut être utilisée que dans des cas assez rares. En montagne, sur les pentes un peu rapides et telles que les régions boisées en présentent d’ordinaire, il faut renoncer à cet instrument. On laboure ordinairement à la houe, et pour rendre ce travail moins coûteux, on se contente de pratiquer des sillons de 15 à 20 centimètres de largeur et de les espacer de 25 à 35 centimètres. En terrain incliné, on dirige les sillons perpendiculairement à la ligne de plus grande pente. Le plus souvent il suffit de peler simplement le terrain.
La préparation serait imparfaite après le labour, si en cas d’humidité excessive on n’assainissait pas. Les forestiers ne peuvent pas, ici non plus, imiter les agriculteurs et se débarrasser de l’humidité en excès par le drainage; indépendamment de la dépense qui serait exorbitante, l’opération serait matériellement impraticable, on le conçoit du reste. 11 faut se borner à provoquer l’écoulement de l’eau par des fossés bien dirigés. Quand on a à étudier un projet d’assainissement comprenant une grande forêt, on doit, au préalable, établir un plan et des profils de nivellement parfaitement exacts, pour y déterminer d’avance le tracé du réseau des fossés de différentes catégories nécessaires pour assainir convenablement le terrain dans toutes ses parties.
Les travaux dont nous venons de parler, ameublissement et assainissement, ne tendent qu'à modifier les propriétés physiques du sol, le rendent plus apte à l’absorption de l’air et par conséquent de l’oxygène, à la décomposition des éléments minéraux, plus favorable enfin au développement des racines; mais sa
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composition n’en est nullement améliorée. En agriculture, on améliore surtout les terres par des amendements et des fumures, en sylviculture on ne peut guère se permettre des améliorations de ce genre. Ce n’est pas qu’en bien des circonstances le sol n’eût besoin, pour produire avec plus d’intensité et de vigueur, de quelque engrais. De ce que les arbres réclament une moindre quantité de substances azotées, on n’en doit pas conclure qu’il ne leur en faut pas du tout; la vérité est que l’engrais naturel des forêts sont ces détritus en voie de décomposition dont nous parlions en commençant; mais les arbres ne produisent pas tous de ces détritus en égale quantité, ni de même qualité comme engrais. Aussi qu'arrive-t-il? C’est que des cantons de forêt peuplés de certaines essences s’appauvrissent peu à peu, le sol n’emmagasinant pas la quantité d’humus nécessaire aux besoins d’une végétation prospère. Cet appauvrissement se produit lentement, comme tous les phénomènes soumis à l'observation du forestier, mais quand il est complet, grande aussi est la difficulté d’y apporter un remède prompt, efficace, et qui ne soit pas trop coûteux.
Si le sol à régénérer est d’une grande étendue, on ne peut songer à pratiquer des améliorations du -genre de celles qu’on entreprend parfois dans les terres labourables; cependant on n’est pas contraint pour cela de vouer une si vaste étendue de terrain à une stérilité indéfinie et de l'abandonner complètement. Parmi les essences forestières, il en est de moins exigeantes que d’autres sous le rapport du sol ; et l’on peut à défaut d’essences de choix se rabattre sur des arbres de qualité moindre mais 'plus rustiques ; en outre , parmi ceux-ci quelques-uns présentent l’inappréciable avantage de rendre au sol, au bout d’une ou deux séries de 20 à 30 années, sa fertilité primitive ; ce sont par exemple pour les terrains siliceux les plus sujets à la dégénérescence, les pins sylvestres, les pins maritimes, etc. En substituant ces essences, A titre de culture transitoire et améliorante, aux chênes et autres arbres trop difficiles à satisfaire, on fait une opération à peu près semblable à celle que les agronomes désignent sous le nom d’assolement, bien que théoriquement, chimiquement si l’on veut, l’analogie soit à peu près nulle. Les pins sont fort exclusifs; sous leur couvert tout disparaît définitivement, ajoncs, bruyères, genêts; de plus leurs aiguilles sont très-riches en éléments fertilisants et en s'accumulant elles finissent par constituer une couche épaisse d’humus, dont la fertilité est telle qu’il faut souven s’opposer énergiquement aux enlèvements que certains petits propriétaire ne craindraient pas de tenter au profit de leurs terres, où cet humus jouerait le rôle d’un excellent engrais.
Avant que les peuplements de pin soient en état d’avoir raison des ajoncs, bruyères, myrtiles, genêts, etc. qui ont envahi le terrain, il faut nécessairement leur venir en aide; car les plantes inférieures dont nous parlons ont d’abord l’avantage que donne la situation de premier occupant, déplus elles sont tenaces; elles laisseraient difficilement croître et se développer les tout jeunes pins. Aussi faut-il, à l’égard de ces ennemis de toute végétation forestière utile, user de la dernière rigueur : on les arrache, on les retourne la racine en l’air, puis on y met le feu. Cette opération qui est 1 ’écobuage à feu courant ne laisserait pas que d’être dangereuse, l’incendie que l’on allume ainsi pourrait se propager au-delà des limites où il doit être circonscrit, si l’on ne prenait de certaines précautions ; il faut par exemple partager la sux-face à écobuer en plusieurs parcelles séparées par des allées qu’on dégazonne sur une largeur suffisante pour rendre toute propagation de feu impossible. Cette préparation du sol a pour efTet non-seulement de détruire sinon radicalement au moins d’une manière suffisante les plantes et herbes nuisibles, mais encore de rendre la terre plus apte à certaines décompositions chimiques très-favorables à la végétation en général.
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Travaux relatifs au peuplement. — Entre l’époque où le bois prend naissance et celle où il devient exploitable, son état change en raison de luge des arbres et aussi du mode de traitement auquel on les soumet ; le forestier doit intervenir de temps en temps pour améliorer les conditions des peuplements. Considérés en masse, les arbres peuvent être trop serrés ou ne l’être pas assez. Dans le premier cas on procède par nettoiements ou éclaircies, dans le second par repeuplements artiliciels. Quant aux arbres isolés, on les élague.
Nous avons déjà fait connaître dans les études sur l’Exposition de 1867 (t) dans quels cas et suivant quels principes doivent être effectuées les coupes d’amélioration, nettoiements et éclaircies. Quant au mode d’exploitation, on a le choix entre l’exploitation par économie (2) et la vente sur pied par unités de produits.
Elagage. — L’élagage a pour objet l’enlèvement d’une partie des branches d’un arbre; on élague les branches mortes ou dépérissantes dont la présence sur l’arbre est inutile et même nuisible. Dans certaines circonstances, on peut encore enlever ou simplement raccourcir les branches qui, bien que saines, prennent un accroissement préjudiciable à la tige et lui donnent une forme irrégulière; alors, on taille les arbres en vue de favoriser leur développement dans la partie la plus précieuse, c’est-à-dire la tige, et de leur faire acquérir des formes régulières et élancées.
La tendance naturelle de l’arbre, sans doute, est de pousser régulièrement ; mais une foule de circonstances viennent souvent troubler l'équilibre des forces vitales enjeu; circonstances qui proviennent tout aussi bien des phénomènes météoriques et des divers incidents de la vie sociale, qui est ici la vie en massif, que des atteintes subies à l'occasion d’exploitations d’arbres voisins.
Ce sont surtout les arbres de réserve des taillis sous futaie auxquels l’élagage est nécessaire et l’est d’autant plus que la révolution du taillis est plus courte. Ces arbres végètent pendant une partie notable de leur existence à l’état isolé, subissent fréquemment l’inlluence des accidents dont nous avons parlé plus haut, poussent irrégulièrement, se ramifient démesurément et à une très-faible hauteur; leur tronc reste court, tout le produit de la végétation passe dans les branches.
L’arbre forestier qui se rapproche du type désirable varie de hauteur, mais il doit être proportionné dans toutes ses parties. Un arbre qui aurait une tige élevée, élancée, mais une tête peu développée serait dans de mauvaises conditions, son système foliacé serait insuffisant; un arbre couvert de branches de la base au sommet s’épuiserait à nourrir ses branches, le, tronc ne prendrait qu’un trop faible développement; il faut donc qu’il y ait entre le tronc et le houppier, celte partie de l’arbre pourvue de branches, de rameaux et de feuilles, une proportion telle que le développement de la tige se produise avec toute la vigueur possible, que le système foliacé soit suffisant pour pourvoir à l’élaboration de la sève nécessaire, mais n’en absorbe pas à son profit une trop grande quantité. 11 résulte de là que la cime de notre arbre forestier doit être ovoïde, que sa flèche constituée autant que possible par l’extrémité même de la tige, doit être précisément dans l’axe de l’arbre, afin qu’elle absorbe plus de rayons lumineux et puisse ainsi élaborer plus de sève. Les autres branches, placées obliquement seront à cet égard dans des conditions moins favorables;
(1) Tome III, p. 19- Voyez aussi Cours de Sylviculture générale de la bibliothèque E. Lacroix, p. 124 et suiv. et p. 131.
(2) Celle où l’on traite directement avec les ouvriers.
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tandis que la flèche jouera ainsi le rôle de maîtresse-branche, les autres ne seront que secondaires.
Cherchons à préciser par des exemples les principes qui précèdent. On sait que dans les taillis sous futaie, les baliveaux sont de jeunes arbres de la il 30 ans, suivant la révolution du taillis; les modernes, des arbres d’un âge double ; les anciens et les vieilles écorces enfin, des arbres parvenus à maturité et dont l’accroissement en hauteur ne se produit plus que d’une manière insensible. L’élagage des baliveaux ne portera naturellement que sur de faibles branches; on raccourcira ou l’on retranchera totalement les branches inférieures, celles qui ont tendance à monter, on redressera, au besoin avec des liens, la branche destinée à former flèche et l’on donnera à l’ensemble de la tête une forme ovoïde allongée, n’émondant le tronc que jusqu’au tiers environ de la hauteur totale de l'arbre. Les modernes s’élaguent dans les mêmes conditions, mais le tronc doit être sans branches jusqu’aux 2/3 de la hauteur de l’arbre. Enfin on donnera aux anciens et aux vieilles écorces une tête plus arrondie et la partie dénudée de la tige devra se prolonger jusqu’à moitié à peu près de la hauteur totale.
Le procédé d’élagage qui parait aujourd’hui le plus rationnel consiste à couper rez-tronc les branches à supprimer complètement, on ne laisse à l’endroit de la section aucune saillie, on recouvre ensuite la plaie d'une couche de coaltar, ou mieux de goudron de bois, appliquée au pinceau. L’avantage de ce procédé consiste en ce que l’écorce et le bois peuvent facilement se reformer sur la plaie, que toute solution de continuité sur la tige disparait en peu de temps; que l’amputation de la branche ne donne lieu à aucune décomposition; que l’arbre, enfin, continue à végéter sans subir d’arrêt. Si, au contaire, on coupait la branche perpendiculairement à son axe, fig. b, comme on le voit encore faire selon l’ancienne méthode, sous prétexte de ne donner à la section que la moindre surface possible, on produirait nécessairement, la branche n’étant pas perpendiculaire à la tige, une saillie que l’écorce ne parviendrait à recouvrir qu’irnparfaitement, et qui, ne tardant pas à entrer en décomposition, deviendrait le siège d’une pourriture qui finirait par attaquer le cœur même de l’arbre, au grand préjudice de sa valeur.
Quand on se contente de raccourcir une branche, parce qu’elle s’étale démesurément, il y a également une règle importante à observer, c’est de la couper en un point assez éloigné de son origine pour que la partie conservée puisse continuer à végéter et ne risque pas de dépérir, de sécher et de se carier. Quant aux grosses branches, dites branches charpentier es, on ne les coupe qu’à l’endroit où elles commencent à se redresser verticalement et toujours au-dessus d’une ou deux branches secondaires capables d’entretenir la circulation de la sève dans la partie de branche conservée. De là le nom de branche d’appel donné à ces branches secondaires.
Quand l’arbre a été élagué et qu’il se trouve isolé, comme cela arrive toujours dans les exploitations de taillis, des branches gourmandes ne tardent pas à pousser sur toute la partie dénudée de la tige et avec une telle vigueur que la sève ascendante se trouve absorbée sur tout son parcours avant de parvenir à la cime. L’élagage, loin d’avoir un effet utile, aurait pour résultat de ralentir subitement la végétation de la cime et pour conséquence d’entraîner son dépérissement. On doit, pour parer à ce danger, émonder un an ou deux après l’élagage toutes ces branches gourmandes et renouveler cette opération
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jusqu’à ce que le taillis environnant ait pris assez de hauteur, pour porter obstacle au développement de nouveaux bourgeons adventices. On emploie pour cette opération un outil spécial appelé émondoir, fig. 6.
Les soins à prendre pour obtenir par cette méthode d’élagage plein succès sont les suivants : 1° faire une section bien nette afin que les couches ligneuses qui recouvriront la plaie y adhèrent complètement; 2° faire en sorte que cette plaie ne renferme aucune trace de pourriture antérieure et soit, à cet elfet, soigneusement purgée ; 3° enfin que la couche de goudron appliquée sur la plaie soit suffisamment épaisse et au besoin renouvelée. Tout ce travail doit être surveillé avec soin; mais comme en somme il ne s’agit que d'une opération mécanique à laquelle des ouvriers suffisamment habiles se forment assez vite, c’est surtout du choix et du nombre des branches à supprimer ou à raccourcir que dépend le succès de l’opération; à cet égard il faut beaucoup de prudence, de modération et de discernement.
Les éclaircies, les nettoiements et les élagages ont pour objet d’enlever les bois surabondants; les repeuplements artificiels au contraire, ont pour but de créer des massifs boisés dans les endroits où la régénération naturelle ne se produirait pas, soit parce que le terrain est vide depuis longtemps, soit parce que les conditions nécessaires à la reproduction des essences qu'on désire cultiver font défaut.
Repeuplements artificiels. — On peut effectuer les repeuplements par voie de semis, de plantation, de bouture ou de marcottage. Les deux derniers procédés ne sont employés que dans des cas spéciaux. La bouture est une jeune branche de deux à quatre ans suivant les essences, que l’on détache d'un arbre pour la planter, lui faire prendre racine et en faire ainsi un nouvel individu. La marcotte est une branche que l’on ploie et l’on couche en terre, sans la détacher de l’arbre, en laissant hors du sol l’extrémité pourvue de bourgeons des rameaux. Les bourgeons à racines latents ne tardent pas à se développer, et quand les racines ainsi formées sont en nombre suffisant et assez vigoureuses, on sépare la branche du pied qui l'a produite ; elle est alors sevrée et devient une plante indépendante; c’est ordinairement un an ou deux après le couchage.
Semis. — Semer est une opération fort simple en elle- **’ ' même ; mais pour réussir il faut satisfaire à diverses conditions dont aucune ne doit être négligée; en voici l’énumération : choix judicieux de l’essence ; semence de bonne qualité ; terrain convenablement préparé ; exécution du semis en saison favorable; graine uniformément répandue et convenablement recouverte, c’est-à-dire ni trop, ni trop peu.
Un semis manqué fait perdre non-seulement une année de végétation, mais encore la graine mal employée; il rend inutile en outre, une partie des travaux exécutés. Il est aisé de comprendre par là combien il importe d’apporter les plus grands soins dans tous les détails de l’opération.
On se procure la graine en s’adressant au commerce à moins de la récolter soi-même ; dans ce dernier cas pour l’avoir de bonne qualité, il ne faut pas la prendre sur tous les arbres indistinctement; sur les arbres trop jeunes elle est souvent vaine, sur les arbres trop vieux elle n’est pas non plus irréprochable
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en ce sens qu'on a souvent remarqué que les sujets qui en proviennent sont moins vigoureux et moins bien constitués. Les porto-graines par excellence sont les arbres isolés, branchus qu’on trouve sur les lisières-du bois ou sur le bord des routes
Avant d’employer la graine, il est toujours bon d'en constater la qualité, parce que la quantité qu’il en faut pour semer une surface donnée, varie naturellement suivant cette qualité. Pour vérifier la qualité des graines, le mieux est de faire des semis d’expérience. On sème dans une caisse remplie de terre légère et substantielle, un nombre déterminé de graines prises au hasard dans la quantité à contrôler; on maintient cette caisse dans une atmosphère portée A 18 à 20 degrés centigrades, on arrose souvent avec de l’eau tiède et quand la germination s’est produite, résultat qu’on obtient en peu de temps dans ces conditions, on est à même de se rendre compte par le nombre des graines germées de la proportion des bonnes graines aux mauvaises. L’administration des forêts de notre pays, qui emploie chaque année des quantités considérables de semences, possède un établissement spécial, le domaines des Barres fondé par M. Vilmorin, dans le département du Loiret, où sont centralisées les graines demandées au commerce ; les fournisseurs, aux termes de leur marché, doivent se soumettre aux résultats des expériences qui y sont faites pour constater le poids, et la qualité des graines livrées ; on passe celles-ci au tarare et les déchets sont déduits s’il y a lieu, ensuite on soumet des échantillons pris au hasard dans chaque fourniture à des expériences de germination fort ingénieuses ; on les place sur des flanelles arrosées constamment par un pulvérisateur sous un châssis à serre chaude, ou encore dans un appareil à chaleur constante, entretenue par du gaz de pétrole produit par un générateur spécial construit sous la direction de M. Dubreuil, garde général attaché à l’établissement (f). D’après M. l’inspecteur des forêts Le Grix auquel nous empruntons ces détails (2), on peut apprécier l’importance des résultats obtenus par ces vérifications sévères, en ce qui concerne les qualités des graines livrées maintenant à l’administration, en rapprochant les proportions de germination avant et après 1873, époque où l’on a commencé à centraliser les fournitures.
Pin sylvestre ; avant 1873 : 40 à 50 %
Pin noir d'Autriche — — 40
Epicéa — — 50 A 60
Mélèze — — 20
depuis 1873 : 83 et 88 %
— — 86 et 88
— — 80 et 81
Avec des fournitures où la proportion des bonnes graines n’est que de moitié envirpn, on ne peut faire, à moins de prodiguer la semence, que des semis tout à fait incomplets, on est par conséquent obligé de recommencer, de là une série d’inconvénients dont nous avons signalé la gravité en commençant; il vaut donc mieux payer la graine un peu plus cher et l’avoir bonne.
Avant d’exécuter le semis, il faut que le terrain des places à regarnir soit mis, par une préparation spéciale, dans des conditions favorables à la germination de la graine, puis au développement des jeunes plants ; que leurs racines
(1) Indépendamment des magasins de centralisation et des appareils d’essai des graines forestières, le domaine de Barres comprend : — une école de gardes où l’on donne aux élèves un enseignement pratique avec quelques explications théoriques élémentaires, très-suffisant pour en faire des gardes très-utiles; — des stations météorologiques et des appareils pour déterminer la résistance des bois; — des pépinières; — enfin des massifs d’arbres exotiques créés par M. Vilmorin en 1821, et entretenus par l’administration, sous la direction de M. l’Inspecteur Gouet, directeur de l'établissement.
(2) Revue des eaux et forêts. Tome XV, p. 224.
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puissent s’y étendre dans tous les sens ; que les tiges ne risquent pas d’être étouffées par l’herbe, les bruyères, les ajoncs, les ronces et autres plantes nuisibles, surtout si l’essence que l’on veut produire a une croissance lente dans les premières années. La préparation devra par conséquent consister dans l’extraction de toutes les plantes nuisibles, et dans l’ameublissement du sol dans les terrains compactes, argileux. Ce que nous avons dit au sujet des travaux relatifs au sol est applicable ici. Les labours ne peuvent être faits à la charrue ordinaire que dans les terrains complètement vides, plats ou d’une faible déclivité ; dans les autres, on a recours à la boue, quelquefois même à la bêche. Pour que ces travaux de labour n’occasionnent pas une trop grande dépense, on se contente d’opérer par bandes alternes ; c’est-à-dire en faisant alterner chaque bande cultivée de 40 cent, avec une bande inculte de* l",o à 2 mètres de largeur. Dans certains cas, quand il s’agit par exemple de regarnir des peuplements incomplets, on cultive le terrain par place, on fait des poquets : on cultive de distance en distance à la boue ou à la bêche des carrés de 50 à 60 cent, de côté, et on les espace de t à 2 mètres en tous sens. Les semis en plein ne se font guère que quand le terrain n’a pas besoin de subir une préparation préa labié, particulièrement dans les sols sablonneux et légers.
Théoriquement, l’automne semble la saison la plus favorable pour semer ; puisque c’est dans cette saison que les graines se disséminent naturellement. En fait, on préfère le plus souvent le printemps pour éviter l'inconvénient de voir la semence détruite en hiver, soit par certains animaux, tels que sangliers, rongeurs, etc., soit par la gelée.
L’exécution du semis, c’est-à-dire le répandage de la graine, se fait d’après les mêmes principes que ceux suivis pour les semailles, quand il s’agit de semis en plein; ou ceux observés par les jardiniers, quand on opère dans les terrains qui ont reçu une culture partielle, c’est-à-dire par bandes alternes ou par poquets.
11 faut répandre la semence uniformément partout où la terre est cultivée, puis recouvrir cette semence d’une épaisseur de terre plus ou moins mince suivant que la graine est plus ou moins petite; et le sol plus ou moins humide; on emploie pour cette opération, dans les semis partiels la boue ou le râteau ; dans les semis en plein, la herse ou le rouleau.
11 est nécessaire de prendre encore, dans quelques cas particuliers, certaines mesures de détail, dont il nous reste à parler. Certaines essences sont, dans les premières années, les unes pendant peu d’années, mais les autres jusqu’à 10 ou
12 ans, d’une grande délicatesse; leurs tissus tendres sont très-sensibles au froid et à la chaleur ; d’autres essences, bien que plus robustes, le chêne par exemple, ne seraient pas, dans ces premières années, exemptes de toute atteinte si elles n’étaient protégées, une fois la germination achevée, par un abri contre les ardeurs du soleil. 11 faut donc le plus souvent, c’est-à-dire quand on exécute des semis en terrain complètement nu, créer au profit dü jeune peuplement des abris efficaces contre le danger que nous venons de signaler. On obtient ces abris par divers procédés ; soit en joignantàla culture du bois celle des céréales; pour cela, il suffit de donner un labour en plein, de semer ensuite par bandes en alternant les semis forestiers de semailles d’orge ou d’avoine; la récolte qu’on obtient couvre généralement les frais de labour; on peut encore opérer par semis mélangés, en mêlant, dans une proportion convenable, à la graine de l'essence à protéger de la graine d’une essence robuste et à croissance rapide dans les premières années, comme forme, l’érable, le bouleau. On a recours également aux. semis mélangés, quand on veut créer des massifs de chêne et hêtre, de chêne et charme, de hêtre et sapin, ou enfin de sapin et épicéa. Par de tels mélanges, les peuplements se trouvent dans des conditions de végétation plus favorables que s’ils n’étaient composés que d’une seule essence. Quand une
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essence n’est introduite qu’à titre auxiliaire pour servir d'abri, on doit l'extraire dès qu’elle n’est plus utile, sans attendre que les produits aient acquis une valeur plus grande. Dans certains cas, il est avantageux de n’exécuter les semis qu’après avoir cultivé pendant un au ou deux des céréales, puis pendant un an des pommes de terre; le sol se trouve ainsi purgé de toute plante nuisible et en parfait état pour recevoir le semis forestier.
Souvent les procédés généraux doivent être modifiés, mais c’est l’expérience seule et l’étude des terrains où l’on opère qui peuvent enseigner les modifications à y apporter.
Les soins à prendre pour exécuter les semis, ne laissent donc pas que d’être minutieux, nombreux, et ils doivent être appropriés avec discernement à tous les cas particulieis qui se présentent dans la pratique. Toutefois les causes défavorables sont souvent telles que, même quand on les a prévues, il est difficile de les combattre d’une manière efficace. Force est donc, dans ce cas, d’avoir recours aux plantations, ce 'mode de repeuplement artificiel, n’exige pas moins de soin et de science pratique que le précédent, nous allons en tracer rapidement les règles et les procédés généraux.
Plantations. — Les conditions générales auxquelles on doit satisfaire, en matière de plantation, sont les suivantes, en admettant qu’on ait fait un choix judicieux des essences à employer :
1° Les plants doivent être jeunes, sains, vigoureux, abondamment pourvus de racines, celles-ci doivent être aussi intactes que possible, extraites avec précaution, mises à l'abri du haie et du soleil, afin qu'elles ne se desséchent pas;
2° Le sol, dans le milieu où seront placées les racines, doit renfermer des éléments substantiels et assimilables, présenter un certain degré de fraîcheur sans excès d’humidité, permettre l’accès facile de l’air et par suite de l’oxygène qui y est contenu.
Pour obtenir des plants propres à la transplantation, il faut qu’ils prennent naissance dans un terrain fertile, où leurs racines puissent se développer librement, et d’où l’on puisse les extraire avec facilité sans risquer d’endommager les racines, à proximité en outre du terrain à repeupler, afin de ne leur faire subir que des transports de courte durée. Les plants venus naturellement en forêt et extraits pour servir aux travaux de plantation, ne satisfont jamais à toutes ces conditions, on ne saurait les employer que pour les essences de reprise facile, telles que saule marceau, charme ou bouleau; mais quand il s’agit d’essences plus délicates, il faut n’employer que des plants de pépinière. Pour les repeuplements importants, on réalisera une grande économie à les cultiver soi-même en pépinière.
Il y a deux sortes de pépinières forestières; les pépinières volantes et les pépinières permanentes. Les premières ne sont établies que pour fournir la quantité de plants nécessaire à une seule campagne de plantations; elles ont l’avantage de pouvoir être placées dans le voisinage ou sur les lieux mêmes des repeuplements à exécuter, d’abréger les transports et de permettre ainsi de livrer au planteur des plants à racines aussi fraîches que possible ; enfin elles dispensent de toute fumure, le sol ne devant être mis à contribution qu’une seule fois. Quand les repeuplements doivent se faire chaque année sur plusieurs points dans la même forêt, il est préférable de créer des pépinières permanentes, où l’on puisse trouver tous les ans les plants en nombre et de qualité voulus.
Les principes de culture étant les mêmes pour les pépinières volantes que pour les permanentes, nous ne nous occuperons que de ces dernières. Le succès des repeuplements , qui implique réussite et économie, dépend en très-grande
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partie de cette culture spécialo; aussi ne saurait-on y apporter trop de soin et d’attontion.
Choix du terrain. — En ce qui concerne l’exposition , on préfère les terrains plats ou faiblement inclinés; sur les plateaux élevés, les jeunes plants auraient à souffrir du vent; dans les vallées étroites et profondes, ils seraient exposés aux gelées printanières; on placera autant que possible la pépinière au centre des travaux de repeuplement, dans le voisinage d'une maison de garde, à proximité d’un ruisseau ou d’une soui’ce pour donner la possibilité d’arroser pendant les grandes sécheresses de l’été. En ce qui concerne la nature du sol, le meilleur terrain pour une pépinière est celui qui conserve bien sa fraîcheur, qui est substantiel, profond, facilement perméable aux racines et surtout léger. Les terrains argileux, compactes présentent le grave inconvénient de se durcir et de s’échauffer beaucoup en été, d'exiger des frais de culture et d'entretien considérables, d'opposer au développement des jeunes racines trop de résistance, et surtout enfin de rendre difficile l'extraction, dans de bonnes conditions, des sujets à transplanter. Si l’on ne trouvait pas un sol satisfaisant aux conditions que nous venons d'indiquer, il faudrait les réaliser artificiellement, soit par des amendements avec sable, terreau, etc. ; soit par des cultures préalables de céréales et de plantes sarclées avec fumures pendant deux ou trois ans.
Dispositions générales d’une pépinière. — On doit toujours donner au terrain une configuration régulière, ce qui ne présente aucune difficulté en forêt; on facilite ainsi les travaux de culture; en outre, comme généralement on entoure la pépinière d’une clôture pour en interdire l'entrée aux lièvres, aux sangliers et autres animaux qui habitent ou fréquentent la forêt, on diminuera les frais de clôture en donnant ii l’emplacement choisi une forme se rapprochant le plus possible du carré; le carré étant la figure rectiligne qui comporte le plus petit périmètre pour une surface donnée. On divisera le terrain en quatre parties égales par deux allées principales d'un ou deux mètres de largueur, et se coupant à angle droit au centre de la pépinière: il sera utile aussi pour pouvoir aborder facilement tous les points de la pépinière de tracer une allée périmétrale et des allées intérieures de 60 à 90 cent, de largeur, de façon à diviser la surface en compartiments ayant au maximum 20 ares de superficie.
La clôture la plus économique et la plus efficace, est une haie d'épines sèches entrelacées et maintenues par des pieux et des perches; ces haies sont toujours faciles à réparer, et le garde en en faisant chaque jour l'inspection, peut lui-même boucher les trous faits dans la nuit. Si le terrain est humide, on complète cette clôture par un fossé extérieur.
Préparation du sol. — 11 faut au sol d'une pépinière toutes les propriétés physiques des terres arables ; on devrait par conséquent, s’il était boisé, le défricher soigneusement et en extraire les moindres racines. Si la surface du terrain présentait des inégalités sensibles, il faudrait la niveler; après avoir ameubli parfaitement à la houe la partie superficielle du sol, c’est-à-dire la terre végétale, on la relève, on la met en tas sur un ou plusieurs points de la pépinière, puis on nivelle la surface par des mouvements de terre convenablement répartis, en ayant soin de ne pas employer la terre mise en tas, puis quand la surface est bien unie, on répand uniformément sur toute l’étendue du terrain la terre végétale mise en réserve. 11 sera bon, surtout si le sol est compacte, de rassembler les mousses, herbes et menues racines en petits tas, après les avoir bien purgées de terre, et de les brûler sur place; on répandra ensuite
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les cendres et on les mêlera au sol. Dans le cas où l’on aurait une terre trèsargileuse, on devrait défoncer à la bêche profondément, à jauge ouverte, et mêler à la terre soit du sable, soit du terreau formé de feuilles et détritus, gazons, racines, etc. bien décomposés. On pourra même, dans un pareil terrain faire un drainage; cette opération ayant pour effet, non-seulement d’assainir le sol, mais encore de le rendre perméable à l'air et d'y maintenir en été la fraîcheur. Enfin on conseille encore, pour ameublir le sol, d'y cultiver préalablement des pommes de terre pendant un an ; les binages, les arrachages que nécessite cette culture produisent en effet un ameublissement convenable.
Les labours doivent se faire en automne ou en hiver; au printemps, on se borne à des labours superficiels, on égalise la terre au râteau; on façonne les allées et les sentiers qui doivent séparer les plates-bandes ; on enlève avec la bêche la terre végétale qui sc trouve dans ces allées et sentiers, et on la répand dans les plates-bandes.
Exécution des semis en pépinière. — Les semis en pépinière s'exécutent presque toujours au printemps; on ne doit rien négliger pour qu’ils soient complets, et la graine ne doit pas être ménagée; on la répand uniformément, soit dans de petits sillons de 3 à 7 cent, de largeur, distants entre eux de 13 à 18 cent., bien droits et parallèles ; soit dans des bandes parallèles de 20 à 40 cent, de largeur; ce dernier procédé n'est employé que pour les semences d’un assez gros volume, comme le gland ou la châtaigne.
Pour exécuter les semis en sillons ou rigoles, on divise le terrain en platesbandes de lm,30 de largeur, après l’avoir bien ameubli et nivelé au râteau; puis on y fait les rigoles par les procédés ordinaires du jardinage; ou mieux, à l'aide de prismes triangulaires en bois de la dimension à donner aux rigoles, et fixés à une planche de la grandeur d’une plate-bande; cet appareil fort simple, une fois posé sur le sol ameubli et uni, sert à y imprimer des sillons droits et réguliers avec une grande économie de temps et de main-d’œuvre.
Tous les jeunes plants, quelle qu’en soit l'essence, ont besoin d'abri dans le premier âge; aussi faut-il toujours leur en ménager, mais, bien entendu, en variant les procédés suivant les tempéraments. Les semis délicats doivent être abrités par des bordures de génevrier ou d’épicéa plantées à demeure autour des plates-bandes. On entretient la fraîcheur du sol en recouvrant d’un lit de feuilles mortes et de mousse, qu’on humecte dans les grandes chaleurs, les intervalles qui séparent les rigoles. Contre les chaleurs trop intenses de l’été, on emploie de légères palissades ou simplement un rideau de branches feuillues plantées dans la direction voulue ; aussi convient-il de donner autant que possible aux rigoles une direction convenable à cet égard.
Pendant tout le temps que les semis restent en place, il faut les entourer de soins, les débarrasser par des sarclages exécutés en temps opportun, quand le sol est humide, des mauvaises herbes, et le faire surtout avant l’époque où elles sont en graines, afin que les semences ne se disséminent pas. En été, quand le sol est durci par la chaleur, on exécute des binages ; opération qui ameublit, divise le sol, le rend moins apte à réchauffement et active la végétation.
Les plants peuvent être employés aux travaux de repeuplement à l’âge de 2, 4 ou 6 ans et même plus dans certains cas; s’ils doivent rester plus de deux ans en pépinière, il faut les transplanter au moins une ou deux fois afin d’empêcher les racines de ne se développer qu’en profondeur, et pour permettre aux tiges de prendre plus de force.
Repiquage des plants en pépinière. — Cette opération consiste à extraire les plants de semis, à habiller les racines, c’est-à-dire à couper au sécateur, ou
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mieux à la serpette aussi nettement que possible les grosses racines trop développées, et à réduire le pivot à 7 ou 8 cent, de longueur, tout en ménageant le chevelu, puis à mettre les plants en jauge, pour les repiquer ultérieurement. On rejette tous les plants chétifs et mal venus, les autres sont triés; on met d’un côté les plus grands et de l’autre les moindres, afin de repiquer ensemble les plants de même taille. Ces repiquages se font en lignes espacées de 20 à 30 cent.
On exige en général d'une pépinière une production d’une grande intensité; son sol s’épuise vite et il faut avoir soin de lui restituer par des engrais ce qu’il perd. On peut employer à cet elfet du fumier de ferme bien réduit; ou bien, ce qui est plus économique et préférable pour les pépinières de résineux, un compost composé, d’une part de feuilles mortes et fougères, d’autre part de
mousses, herbes et autres résidus provenant des sarclages et des binages. On laisse ces matériaux se décomposer pendant deux ou trois ans et l’on en obtient un terreau parfaitement apte à entretenir la fertilité du sol. On a ainsi dans une pépinière un ou deux tas de terreau.
Extraction des plants de pépinière et plantation. — Il faut procéder à l’extraction avec tous les soins possibles, afin de ne pas endommager les racines; quand on opère par le soleil ou par un vent sec, on plonge les racines dans un bain de terre grasse afin de les garantir du hâle. Quand il s’agit de plants de pépinières volantes, on les extrait par mottes et on les transporte ainsi avec toute leur terre, les lieux à replanter étant toujours à proximité de ces pépinières. Les transports s’effectuent soit dans des paniers garnis de toile mouillée, soit par brouette, en ayant soin dans ce cas de recouvrir de mousse fraîche ou de paille humide les racines des plants réunis par petites bottes.
11 y a trois principaux modes de plantation : par touffe de deux ou trois plants; et celui en butte. Qu’il s’agisse de plantations par brins isolés ou par touffe, il faut préalablement confectionner des trous dont les dimensions soient en rapport avec celles des racines. L’usage de la bêche circulaire est fort avantageux pour ce travail, fig. 7. Le dessin que nous donnons de cet outil rend inutile sa description. 11 faut remarquer que l’écartement des deux bords verticaux du fer de bêche doit être plus ou moins grand selon que le terrain est plus ou moins compacte. 11 suffit, pour faire pénétrer le fer dans le sol, de tourner et retourner la bêche horizontalement, en exerçant l’effort voulu sur le manche qui traverse l’extrémité de la tige verticale; quand la bêche est suffisamment enfoncée, on la retire en faisant le même mouvement; la terre contenue dans l’intérieur du fer est alors ramenée avec la bêche, et il reste un trou cylindrique ayant exactement les mêmes dimensions que celles du fer de bêche. En confectionnant un autre trou de la même manière, la motte de terre précédemment retenue dans le fer de bêche est chassée et remplacée par une autre motte de même dimension, et ainsi de suite Ou retrouve donc à côté de chaque trou la terre nécessaire pour enterrer les racines du plant quand on met celui-ci en place.
11 y a plusieurs manières de répartir les trous sur la surface à repeupler : en allées, en carrés, en triangles équilatéraux et en quinconces.
celui par plant isolé ; celui
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Avant de mettre le plant en terre, on ameublit le fond du trou, on y répand ensuite une couche de terre végétale; puis tenant le plant de la main gauche et bien d’aplomb au milieu du trou, on écarte légèrement de la main droite les racines de façon à leur faire reprendre la position quelles avaient avant l'extraction; on les recouvre de la terre végétale provenant du trou, puis on continue d’enterrer le plant jusqu'au collet en tassant la terre avec la main ou le pied.
Quand on place deux, trois plants ou plus dans le même trou, on plante par toull'c. On procède dans ce cas comme précédemment.
Dans les terrains humides, on peut employer avec succès la méthode du buttage. Ce procédé consiste à placer les racines au-dessus du sol sans y ouvrir de trou, à les entourer de terre végétale et à recouvrir la butte ainsi formée avec des mottes de gazon. Quand la terre végétale fait défaut on est dans la nécessité de faire subir à la terre dont on peut disposer une certaine préparation. On s’y prend plusieurs mois d’avance et de la manière suivante : on fait piocher sur une certaine étendue, après avoir fait enlever le gazon qui est mis à part, un endroit où le sol présente une couche assez épaisse de terre végétale; cette terre convenablement ameublie, purgée des racines et des pierres qu’elle peut contenir, est relevée à la pelle et disposée en une couche rectangulaire qu’on recouvre des mottes de gazon mises à part; on frappe ensuite les mottes avec le dos d’un rateau, afin d’en détacher la terre végétale ou terreau adhérant aux racines, on ratisse pour enlever l’herbe et les racines, et l’on mêle le terreau ainsi obtenu à la terre naturelle. Sur ce mélange convenablement régalé, on répand une nouvelle couche de terre naturelle, qu’on recouvre encore de mottes de gazon comme la première fois, pour en détacher le terreau des racines; et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on ait obtenu un tas d’un ou deux mètres cubes, au centre duquel on fait un trou pour y placer les racines et les gazons et les y brûler; les cendres sont ensuite mêlées au terreau.
Dans cette méthode de plantation, on emploie généralement des plants de deux ans et il les faut bien pourvus de racines latérales.
Travaux relatifs aux voies de vidange — Les travaux dont nous avons parlé jusqu’ici n’ont pour objet que la production. Or, dans toute exploitation, il y a deux termes à considérer : la production et le revenu. Les revenus varient surtout avec les circonstances particulières et tout extérieures qui constituent ce qu’on est convenu d'appeler la situation économique; et comme en définitive, à part les cas spéciaux d'intérêt public, la production n’a pas généralement d’autre objet, aux yeux du propriétaire, que d’être une source de revenus, il s’en suit que toutes les questions économiques qui se rattachent aux forêts ont une importance considérable. Dans l’ordre économique on doit distinguer, d’une part, les faits résultant des dispositions législatives, qui favorisent et plus souvent restreignent le libre développement de la production ; et d’autre part les résultats qui ne sont dus qu’à l’initiave individuelle. La question des débouchés se rattache à ces deux catégories à la fois. Une forêt peuplée des plus beaux arbres ne procurerait aucun revenu, si les moyens de transport manquaient, les prix de revient augmentant et diminuant en raison de la difficulté plus ou moins grande d’exporter les produits du lieu de production, aux lieux de consommation. Les chemins ordinaires, les chemins de fer, mais surtout les cours d’eau et les canaux tendent à agrandir d’une manière très-sensible les débouchés. Indépendamment des grands chemins publics, il faut avoir des voies spéciales qui permettent de transporter à peu de frais les produits de la coupe aux routes, aux chemins de fer ou à des cours d'eau navigables ou flottables.
On appelle vidange l’opération qui consiste à transporter hors de la forêt les
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Fig. 8.
liois provenant d'üné exploitation. Les voies de vidange ont pour effet de faciliter cette opération; elles sont par conséquent ouvertes dans l’intérieur de la forêt et de manière à aboutir aux voies publiques de communication par lesquelles devront s'effectuer les transports jusqu'aux centres de consommation.
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En pays de montagnes, il n’est pas toujours possible, à cause de la dépense, d’établir des chemins accessibles aux voitures. L’escarpement des lieux rendant impossibles les transports par traction, à moins de travaux considérables, c’est au moyen de la pente, obstacle à ce dernier mode de transport, qu’on arrive avec une économie suffisante à descendre dans les vallées les bois coupés sur les hauteurs. Dans ce cas on peut avoir recours à différents procédés. Le plus simple consiste à précipiter les bois dans des lançoirs. Ce sont des espèces de rigoles demi-cylindriques régnant du haut en bas de la montagne, avec une pente suffisante pour emporter avec une vitesse considérable les bois qu’on y fait glisser. Un autre procédé communément employé dans les Vosges est le schlittage.
Le schlitt est une sorte de traîneau muni en avant de deux brancards recourbés, fig. 8, et que l’on fait descendre sur un chemin formé de traverses en bois posées parallèlement et retenues en place par des chevilles fixées dans le sol. Le schlitteur engagé dans les brancards dirige le schlitt chargé de bois et modère sa course en s’arc-boutant avec les pieds contre chaque traverse à mesure qu’il avance.
Les procédés de construction des chemins de schlitt sont fort simples. Quand on est fixé sur la différence de niveau entre le point de départ du chemin et son point d’arrivée, on détermine sur le terrain le tracé de l’axe, sans dépasser une pente de 13 à 14 °/o; on fait ensuite disparaître par des terrassements les inégalités du sol. Le chemin ainsi préparé, on pose les traverses à même sur le sol, et à une distance moyenne l’une de l’autre de 40 centimètres, un peu moins ou un peu plus suivant que la pente est plus ou moins forte; dans les tournants la pente ne doit pas dépasser 10 à 12 %. Chaque traverse est fixée par quatre chevilles de 50 centimètres de longueur sur 8 d’épaisseur; elles sont enfoncées de chaque côté des traverses, à 10 centimètres de leurs extrémités et obliquement la pointe dirigée du côté de l’axe du chemin ; la tête de chaque cheville dépassant la traverse de 5 centimètres environ. Les traverses, auxquelles on donne ordinairement un mètre de longueur, ont en moyenne 0m,14 de largeur sur 0m,09 d’épaisseur; elles sont en hêtre ou en sapin. Les chemins de schlitt ont souvent à franchir des pentes fort escarpées, des ravins, des ruisseaux ; ils exigent dans ces circonstances de nombreux lacets et des ponts. Ces derniers ouvrages sont aussi simples que pittoresques; de simples poutrelles, soutenues par une légère charpente et sur lesquelles sont posées les traverses, constituent toute la construction. C’est sur les échelons de cette sorte de grande échelle que le schlitteur, poussé par sa charge , doit franchir souvent des ravins dont il aperçoit le fond à 10 ou 15 mètres sous ses pieds; passages périlleux où le moindre faux pas lui coûterait la vie.
On peut empiler sur un schlitt jusqu’à six stères de bois de chauffage. Le bois d’industrie doit être préalablement réduit en tronces de 4 à 5 mètres pour être chargé. Le schlitt une fois déchargé est assez léger pour pouvoir être remonté par le schlitteur sur son épaule.
Les lançoirs et les chemins de schlitt sont des procédés en définitive assez primitifs, et au moyen desquels les transports reviennent à des prix encore assez élevés. Il y a certainement, au point de vue de l’industrie de l’exploitation des bois, de grands progrès à faire, non-seulement pour faire descendre les bois dans les vallées, mais encore pour leur faire franchir des distances quelconques difficiles d’accès. En plaine, on a adopté depuis longtemps déjà les chemins de fer comme système de transport pour les exploitations de carrières, de mines, etc.; il en résulte une grande économie de temps et d’argent. Pour les exploitations forestières le problème est beaucoup plus compliqué, parce que les lieux d’extraction changent tous les dix-huit mois en général, ce qui nécessite des déplace-