‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 16 sur 95 · TOME II. — NOÜV. TECH · texte numérisé non relu

TOME II. — NOÜV. TECH

L’INDUSTRIE SUCRIÈRE

betterave à une contenance extractible de 8,50 °/o en sucre pour une racine contenant 10 °/o de sucre réel. La différence 1,50 forme les pertes dues à la fabrication.

Or, on adopte en France comme prise en charge 1531 gr. par hectolitre de jus et degré de densité. Une betterave contenant 10 % de sucre marquant 5», 5 donnera comme prise en charge exactement 8,5.

Voici donc comment on peut résumer la répartition du sucre dans la fabrication.

100 kil. de betterave fournissent.

Sucre premier jet . 5k

— deuxième — . 1 ,50

— troisième — . 0 ,50

— dans la mélasse . 1 ,50

Pertes : Sucre resté dans la pulpe . 0 ,50

— — les écumes . . 0 ,35

— perdu dans les filtres, les évaporations etc . . 0 ,59

— — divers . 0 ,06

Quand on considère ce tableau, on ne peut s’empêcher de faire les observations suivantes. A quel travail pénible ne se livre-t-on pas pour retirer 0,50 de sucre dans les troisièmes jets, et que peu de soin met-on à éviter les pertes dans les pulpes ou ailleurs ! On voit que d’anomalies restent encore dans la fabrication de certaines usines qui ne savent pas compter. Enfin la mélasse contient encore autant de sucre que les seconds jets, pourquoi n’applique-t-on pas les procédés permettant de diminuer cette formation de la mélasse en perfectionnant le travail et l’outillage?

Extraction du sucre des mélasses. — C’est pourquoi l’on a cherché souvent à résoudre le problème de l’extraction du sucre des mélasses. Les uns se sont basés sur une élimination des matières non sucre par des moyens divers, après quoi le liquide concentré abandonnait de nouveau le sucre ; tels sont les procédés de l’osmose et aussi le procédé à l’alcool de Margueritte. Les autres ont cherché à engager le sucre de la mélasse dans des combinaisons insolubles que l’on lave et débarrasse de toute impureté, et à traiter ce sucrate de telle sorte que le sucre soit mis en liberté. Tels sont les procédés de l’élution de Scheibler, celui à la Baryte imaginé par M. Dubrunfaut et beaucoup d’autres que la pratique ri’a pas sanctionnés.

Tous ces procédés ont été plus ou moins employés. Celui de l’osmose a résisté à toutes les difficultés et les a toutes vaincues, car il est adopté aussi bien en Russie qu’en Allemagne, en Belgique et en France. L’élution Scheibler a aussi de la célébrité en Allemagne. Le procédé Margueritte dont on a beaucoup parlé, et les autres, paraissent rester à l’état latent. Telle est la situation actuelle de tous ces procédés.

Osmose. — On sait que lorsque deux liquides de composition différente sont séparés par une membrane poreuse, il se fait un courant de l’un à l’autre liquide à travers la membrane, et en sens inverse, de telle sorte que les deux liquides échangent leurs éléments. Cet échange se fait selon des lois constatées successivement par Dutrochet, M. Dubrunfaut et Graham. Le fait le plus net qui ressort de ces observations est que certaines matières dissoutes dans l’eau

CUITE EN GRAINS

passent facilement à travers les membranes. Ces matières sont en général aptes à cristalliser; on les a nommées cristalloïdes. D’autres ne passent pas du tout à travers le septum; elles ont une structure analogue à la colle forte, on les a nommées colloïdes ; l’albumine est du nombre. Parmi les cristalloïdes les uns passent lentement à travers les membranes, le sel marin par exemple; d’autres passent fort vite, le carbonate de potasse en première ligne, puis le phosphate de soude, etc. Les sels à base organique sont également très-vivement éliminés par la force osmotique. Si donc on mettait en contact avec une membrane un jus sucré, une mélasse étendue, par exemple, qui la séparerait d’une masse d’eau, les sels et le sucre traverseraient cette membrane, mais en quantité telle qu’une mélasse ainsi traitée est parfaitement propre à donner des cristaux de sucre par cuisson, tandis qu’avant le traitement elle n’en abandonnait plus. Voici en effet comment ceci peut s’expliquer : Les eaux d’exosmose, c’est-à-dire celles qui s’enrichissent en sels aux dépens de la mélasse, entraînent 4 de sels pour 3 de sucre. Or, si l’on admet que 1 de sel cause la non-cristallisation de 3,5 de sucre, quoique la mélasse osmosée ait perdu 3 de sucre, cependant elle laissera cristalliser 3,5X4 = 14 de sucre retenu primitivement par les sels que l’osmose a éliminés, et cette mélasse qui n’était plus bonne pour le fabricant redevient pour lui aussi productive après osmose qu’un sirop de troisième jet et même de deuxième jet.

C’est sur ces principes que M. Dubrunfaut s’est appuyé pour l’emploi de l’osmose dans l’extraction du sucre des mélasses.

Voici comment M. V. de Luynes a décrit l’osmogène (pi. IV, fig. 6 et 7) à la Société d’encouragement : « Dans l’osmogène, on trouve comme dans l’endosmomètre de Dutrochet deux réservoirs séparés au moyen d’une paroi perméable par l’endosmose.

L’un de ces réservoirs contient la mélasse ou le sirop ; l’autre réservoir est rempli d’eau ordinaire; la paroi perméable qui sépare les deux liquides est en papier-parchemin.

Chaque réservoir est constitué par un cadre en bois de 1 mètre de largeur sur 0,66 de hauteur et 0,015 ou 0,020 d’épaisseur. Quatre barrettes transversales en bois divisent l’intérieur du cadre en cinq compartiments qui communiquent entre eux au moyen d’ouvertures pratiquées dans chaque traverse, de manière à établir une circulation. Sur chaque face du cadre sont fixées des feuilles de papier-parchemin soutenues par des cordes minces.

En faisant entrer la mélasse par la partie inférieure, elle monte en serpentant dans les cinq compartiments du cadre et sort par la partie supérieure. Un second cadre exactement disposé comme le précédent, mais rempli d’eau, est juxtaposé au premier, de manière que la même feuille de papier-parchemin serve de séparation aux deux cadres et par conséquent aux deux liquides. Ce système constitue ce que l’on peut appeler un élément ou couple de l’osmogène... M. Dubrunfaut réunit les uns à côté des autres un grand nombre de doubles cadres qui fonctionnent simultanément, par conséquent donnent un rendement proportionnel au nombre de cadres employés; c’est l’ensemble de tous ces cadres qui constitue l’osmogène. »

La circulation des liquides s’établit au moyen d’un canal ménagé dans ces cadres l’un à gauche en bas communiquant uniquement avec les cadres à mélasse, l’autre à droite en haut pour la circulation d’eau.

Tous ces cadres sont serrés au moyen de longs boulons. Ils sont, dans les osmogènes ordinaires, au nombre de 50 ; on en construit aussi de plus grands à 100 cadres. Pour changer les papiers on défait les boulons, écarte les cadres que l’on soutient sur une longue tringle.

La mélasse entre à 60 ou 75° de température, et l’eau à 85°; on abaisse la

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densité de cette mélasse de 41° B à 30 ou 23°. On pourrait l’abaisser encore, mais on doit calculer le rendement d’après les frais qu’occasionnerait cette dilusion. Ces données suffisent pour faire connaître le principe d’un appareil fort complexe et sur lequel il y a long à dire.

Elution. — L’un des derniers procédés qui aient été imaginés pour extraire le sucre des mélasses, se nomme l’élution. Voici à ce sujet les expériences qui ont été tentées de prime abord et que M. Feltz décrit ainsi : Après avoir transformé le sucre de la mélasse en sucrate tribasique de chaux, en mélangeant cette mélasse avec le quart de son poids de chaux environ, la masse se solidifie. On la traite alors par l’eau dans laquelle on la laisse macérer. Le sucrate de chaux reste solide et les sels et matières organiques s’éliminent.

Le sucrate de chaux obtenu est carbonaté et donne un sirop à 23° contenant 33,70 de sucre et 5,70 d’impureté pour 100 de sirop, et qui par conséquent cuit très-bien. Mais ce procédé perd beaucoup de sucre dans les eaux de macération. On a proposé de modifier le mode opératoire en employant comme épurateur l’alcool à 37°. Les pertes de sucre sont alors beaucoup moindres et les eaux d'exosmose contiennent pour 100 de sucre 131 d’impuretés totales. Le premier procédé est tout français et appartient à MM. Lair et Bilange, et le second a pris le nom d’élution entre les mains du Dr Scheibler.

L’élution a été modifiée par Seyferth qui opère ainsi :

La mélasse doit être à 44° B, à une température de 30 à 33°, filtrée sur une télé perforée pour enlever les corps étrangers, pailles ou autres qu’elle pourrait contenir.

On ajoute 30 à 40 de chaux vive, bien pure, exempte d’argile, parfaitement anhydre, pulvérisée très-finement, à 100 de mélasse. On brasse bien pour effectuer un mélange parfait, et on vide la masse pâteuse dans de petits bacs ayant 33 cent, de hauteur, 67 et 50 cent, sur les autres dimensions. Dans ces bacs la réaction commence; la masse s’échauffe jusqu’à 125°, l’eau s’évapore, soulève la masse qui foisonne de 1 à 3 ou 4 volumes. En même temps que de l’eau il se fait un dégagement d’ammoniaque dans le rapport de 2,35 de vapeur d’eau pour 0,008 d’ammoniaque par 100 de mélasse. Pendant ce foisonnement on remue le mélange de peur qu’il ne déborde.

Lorsque la réaction est terminée, le tout se refroidit. On vide alors le bac, ce qui se fait facilement si on a eu le soin de l’enduire d’huile et de stéarine, et l’on concasse le pain à la machine en fragments gros comme une noix; sans poussière. Ces fragments sont ensuite jetés régulièrement dans de grands vases ou èluteurs de la forme des diffuseurs, disposés en batterie et surmontés d’un tube de dégagement pour l’air déplacé, lequel tube plonge son extrémité dans une sorte de condenseur chargé de retenir l’alcool qui pourrait s’en dégager avec les gaz.

Dans ces èluteurs on envoie par la partie inférieure de l’alcool à 35 °/o ffui séjourne douze heures sur le mélange calcique. Au bout de ce temps de macération on évacue l’alcool qui est remplacé par une nouvelle quantité pendant douze heures encore. Cet alcool peu chargé sert à la macération d’une nouvelle quantité de sel de chaux. L’alcool se renouvelle ainsi 5 ou 6 fois sur le sucrate qui reste à la fin bien blanc et très-épuré. A ce moment on lance dans l’éluteur un jet de vapeur. L’alcool qui restait emprisonné dans le sucrate distille tandis que le sucrate lui-même se réduit en bouillie et peut être évacué facilement. Tel est l’ensemble de cette opération.

Nous ne décrirons pas d’autres procédés, mais nous ferons remarquer que toutes les fois que l’on pourra dans un point quelconque de la fabrication provoquer une économie si faible que ce soit, arrêter une perte de sucre,

FABRICATION DU SUCRE DE CANNE

récupérer celui qui a été perdu dans des conditions peu onéreuses, on aura fait faire un grand progrès à la sucrerie tout entière qui comptera finalement par millions de kilos le sucre que cette économie aura sauvé d’une perte inutile pour tout le monde.

FABRICATION DU SUCRE DE CANNE

Nous nous sommes étendus longuement sur la fabrication du sucre de betterave, et nous avons commencé par elle, quoique la priorité d’ancienneté remonte à la canne. C’est que, si des progrès se sont réalisés sur le mode d’extraction du sucre de cette dernière, c’est certes à la betterave qu’on le doit. En effet, si la betterave n’était pas venue par sa concurrence inespérée jeter un défi la canne, il est bien probable que jamais on n’en serait venu au montage des belles usines qui couvrent toutes les parties du monde. C’est à la fabrication du sucre de canne que les premiers chercheurs ont emprunté le mode de défécation de la betterave, mais c’est à la fabrication du sucre de betterave que les sucreries exotiques ont dû s’adresser pour chercher le matériel économique et grandiose qu’elles emploient aujourd’hui. Il était donc naturel de commencer par la plus jeune, mais la plus avancée des deux sources qui jettent sur les grands marchés le sucre qui nous alimente.

Notre tâche, pour expliquer le modus operandi de la fabrication du sucre de canne, va être bien simplifiée.

Si nous considérons en effet la canne comme plante, nous rappelant les principes agricoles que nous avons posés, nous verrons que la Canne à sucre (Saccharum officinarum) étant une graminée, les matières fertilisantes qui lui seront nécessaires seront les phosphates et les substances azotées, surtout celles qui viennent de l’organisme animal. En effet, les engrais qui réussissent le mieux sont le sang desséché, 3 à 400 kil. à l'hectare, la laine déchiquetée, le vieux noir. En ajoutant du guano en proportion suffisante, mais non seul et en grandes masses comme on l’a fait, à d’autres matières bien appropriées, on obtient de belles cultures. La terre où pousse la canne doit donc être meuble, riche, bien cultivée. On peut laisser la canne pousser longtemps sur le même champ, mais il est nécessaire de suivre un peu nos errements agricoles Européens, chercher des assolements qui satisfassent à sa culture, sinon il arrive ce qui a fait le désespoir des colons de toutes les contrées, c’est que la maladie se met dans la culture. Pour obvier à cet inconvénient, on changeait l’espèce de canne, et pendant quelque temps on arrivait à conjurer le mal, mais il reprenait bientôt le dessus. Pourquoi cela? C’est qu’en changeant l’espèce, on changeait aussi, quoique faiblement, le rapport des matières fertilisantes nécessaires à la croissance de la canne, et ce changement équivalait presque à un assolement; mais il n’était pas assez radical et la maladie reprenait.

Les principales espèces de canne sont celles d’O-Taïti, de Guingham, de Bellonguet, de Java, etc. Elles renferment à l’état de maturité 90 °/o de jus sucré contenant 12 à 20 °/0 de sucre et marquant 8 à 14° B. Pour avoir des cannes riches en sucre, il faut proscrire les engrais salins, car plus encore que pour la betterave, les sels du sol se retrouvent dans le vesou et plus tard dans la mélasse.

Les cannes se plantent par boutures inclinées à 43° dans de’petites fosses. De ces boutures s’échappent plusieurs tiges qui croissent pendant 12 à 13 mois,

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moment où commence la floraison. Alors au-dessus des dernières folioles s’élance une longue tige nommée flèche qui se couvre d’un panache de petites fleurs. Les cannes sont bonnes à récolter quand leur tige jaunit. On les coupe alors près du sol, en sifflet, et les porte au magasin de l’usine. Là on leur enlève la flèche, sépare les deux ou trois derniers nœuds qui sont moins mûrs et moins sucrés et serviront de bouture et de nourriture pour les animaux, on trille celles qui sont avariées et qui servent à faire le rhum et le tafia, on coupe les autres en tronçons d’un mètre environ et l’on peut commencer à en extraire le sucre.

Un hectare de terre peut donner 40000 à 60000 kil. de tiges, et selon les contrées et les saisons de 2000 à 7500 kil. de sucre.

La canne à sucre présente dans sa composition une certaine analogie avec la betterave; tous les végétaux d’ailleurs à quelque famille qu’ils appartiennent ont des liens de parenté. Seulement ces éléments n’y sont pas absolument dans les mêmes proportions que dans la racine européenne. Ainsi le vesou est beaucoup moins aqueux que le jus de betterave, les acides organiques sont en bien plus grande abondance et à l’état libre, les matières albuminoïdes y jouent un rôle bien plus important, et poussent à une prompte fermentation qui caractérise même le jus de canne.

Les procédés usités, jusqu’au moment où prit naissance le sucre de betterave, pour le traitement des vesous, qui consistaient à le faire bouillir simplement, presque toujours sans chaux, et toujours sans précautions et sans calcul, étaient insuffisants pour donner du sucre blanc et pur; les cassonnades qui nous parvenaient étaient toujours très-colorées, très-glucosiques, mais douées d’un parfum inconnu à la betterave. Depuis, M. Payen, le docteur Icery et beaucoup d’autres ont fait de nombreuses recherches, dosé les quantités de chaux nécessitées pour la défécation rationnelle, et comme en même temps le matériel s’est modifié heureusement, la fabrication moderne et celle de peu d’années en arrière ne se ressemblent plus. Bien plus, on a cherché à appliquer au vesou les procédés de carbonatation employés par la betterave, on y est arrivé avec avantage. Nous indiquerons plus loin comment nous pensons pouvoir appliquer cette méthode.

Les anciens procédés de fabrication consistent à presser la canne entre deux cylindres en bois verticaux, mus par un manège. Le jus qui s’en écoule, ou vesou , débarrassé, par un séjour d’une heure dans une cuve, des matières entraînées par ce moyen barbare de pression, est versé dans une bassine ou chaudière formant la première et la plus grande de cinq chaudières semblables dont l’ensemble se nomme équipage. Ces cinq chaudières étaient chauffées à feu nu avec de la bagasse ou canne écrasée et séchée, sur le même fourneau, la plus petite recevant le feu direct, et la première, la grande , le feu le moins vif. C’est dans cette première chaudière qu’on ajoute 0,2 ou 0,3 °/o de chaux, et que l’on porte à l’ébullition ; alors se forme à la surface une écume épaisse, ou chapeau. Bientôt cette écume se fend pour laisser la place à un bouillon plus violent, et l’on aperçoit alors le liquide qui est devenu parfaitement limpide, ces écumes sont enlevées et l’on verse le jus dans la deuxième chaudière ou la propre, ainsi nommée parce que le vesou en bouillant s’y débarrasse de la majorité des impuretés restantes, la troisième chaudière se nomme le flambeau vu la limpidité du liquide bouillant, limpidité qui n’est acquise qu’autant que la quantité de chaux ajoutée a été suffisante; dans le cas contraire, on en ajoute un peu, puis on écume, et le jus qui se concentre déjà est versé dans la quatrième chaudière appelée sirop. Enfin la cinquième chaudière ou batterie tire son nom de la crépitation continuelle que le sirop qui cuit y fait entendre. Lorsque le point de cuite est atteint on verse la masse dans des bacs où il cristallise, puis la

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masse cristalline dans des tonneaux placés sur leur fond percé de trous, où elle s’égoutte.

La fabrication a pris petit à petit des allures moins sauvages. Le moulin à canne est devenu une pièce de mécanique; les équipages où brûlait trop souvent la cuite ont été remplacés par des chaudières à déféquer en cuivre (fig. 18), et la vapeur entrant dans le fonctionnement de l’usine fut substituée au feu nu pour chauffer ces chaudières à l’aide d’un double fond. L’équipage disparut même lorsqu’apparurent les chaudières Wetzell (pl. IV, fig. 2), qui prenaient le vesou déféqué et le portaient jusqu’au point de cuite. Les chaudières Wetzell se composent d’une bâche hémicylindrique, souvent chauffée par un double fond. Dans cette bâche tourne un agitateur composé de deux lentilles creuses en cuivre réunies par de nombreux tuyaux. La vapeur circule dans cet agitateur,

pénétrant par un tourillon et sortant par l’autre. De la sorte le sirop soulevé incessamment en lame mince sur cette tuyauterie mobile et chaude se concentre rapidement et sans brûler le sucre. Enfin vint l’usage du triple effet et de la chaudière à cuire, en même temps que des filtres à noir. Le matériel alors se compose : de chaudières à déféquer à double fond ou à serpentin, fig. 18, de chaudières à clarifier faisant fonction de propre et de flambeau ; ces chaudières sont munies à leur pourtour d’une gouttière dont le rebord extérieur est plus élevé que celui de la chaudière elle-même et dont le fond est muni d’un tuyau se rendant dans la nochère des écumes. Cette gouttière est destinée à recevoir le flot d’écumes qui déborde lors de l’ébullition. Au sortir de la chaudière à clarifier, le vesou est filtré sur le noir, évaporé au triple effet, filtré de nouveau et cuit en grain, puis la masse est turbinée, les mélasses recuites, exactement comme pour le sucre de betterave. Le traitement seul par la chaux est différent dans le jus de canne et de betterave. C’est qu’en effet la chaux ne se comporte pas tout à fait de la même manière vis-à-vis du vesou que vis-à-vis du jus de betterave. Les matières albuminoïdes particulières au jus de canne entravent l’action conservatrice caractéristique de la chaux. Lorsqu’en effet la chaux est en présence du vesou elle agit comme déféquant de la même manière que pour la betterave, mais le contact prolongé du vesou et de la chaux donne naissance à un corps visqueux et abondant, gluant, et tout se prend en masse, aussi bien d’ailleurs que s’il n’y avait pas de chaux, et cependant la réaction

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qui se passe dans les deux cas n’est certainement pas la même. Dans le second cas en effet l’état gélatineux est dû à l’acide pectique et à la fermentation visqueuse comme dans le jus de betterave; dans le premier au contraire, c’est à la matière albuminoïde qu’appartient cette propriété, grâce à l’effet des alcalis mis en liberté par la chaux sur la matière azotée d’où naissent les ferments. Ces ferments dans ce milieu alcalin donnent naissance à la fermentation particulière appelée fermentation lactique, et alors l’acide lactique s’unissant aux alcalis, transforme les matières albuminoïdes en cette matière visqueuse que l’on nommait protéine.

Le vesou non déféqué ne peut donc pas se conserver longtemps; on devra le traiter aussitôt sa sortie du moulin.

Nous avons essayé la double carbonatation sur le vesou. Le problème est difficile à résoudre, vu la grande quantité des substances extractives à éliminer dans ce jus très-dense. Voici comment nous y sommes arrivés. On ajoute 1 ï/2 °/o de chaux au vesou, on carbonate à froid et laisse Viooo de chaux, puis on porte le tout à 70° environ; à cette température qu’il ne faut pas dépasser, on voit une coagulation se faire, coagulation suffisante pour opérer la décantation. C’est qu’en effet la canne contient deux matières coagulables, l’une à 60° et l’autre à 80. Dans ces boues nous avons reconnu la matière granulaire de M. Icery, qui constitue les ferments du vesou, et la cêrosie, substance analogue à la cire et qui fond au-dessus de 70.

Après la décantation on ajoute 1/2 % de chaux, on carbonate, et l’on arrête l’acide lorsque le liquide , après avoir pris une teinte gris verdâtre reprend sa teinte blanche, c’est-à-dire au moment où l’acide carbonique redissout les matières colorantes. A ce moment le vesou devenu neutre et très-épuré pourra sans inconvénient être porté à l’ébullition pour chasser l’excès de gaz carbonique.

On pi’ocède avec succès à l'épuration du vesou au moyen du sulfite neutre de soude. Le sulfite est expédié sec de France. On y ajoute trois [fois son poids d’eau froide et on le jette dans le vesou à déféquer, soit 0,5 à 1 kil. de sulfite par 1,000 litres de vesou. Puis on neutralise exactement par la chaux; le vesou ne doit pas devenir alcalin. On fait bouillir cinq minutes, passe aux filtrespresses tout le liquide, évapore au triple effet jusqu’à 25° B. On filtre le sirop et l’on cuit comme à l’ordinaire (Périer, Possoz et Cail). Le sulfite de soude a des propriétés anti-septiques remarquables sur le vesou. M. Possoz s’est fait breveter pour son emploi dans le courant du travail de la canne, soit en arrosant la bagasse sur le moulin, soit en l’ajoutant à l'eau dans le système de diffusion de la canne. Cette addition suffit pour éviter que le vesou noircisse et se corrompe.

L’un des points principaux et les plus délicats de la fabrication du sucre de canne, est l’extraction du vesou. La canne contient 90 °/o de jus; or quelque forte que soit la pression, quelqu’énormes que soient les moulins, quelque puissantes que soient les machines, on n’en peut retirer que 70 au maximum. Le moulin à canne ordinaire se compose de trois cylindres de laminoirs superposés, mus lentement à l’aide de puissants engrenages. On a fait des moulins à 5 rouleaux, on a chauffé les rouleaux, et tout cela n’amenant aucun résultat, le conseil général de la Guadeloupe a eu l'heureuse initiative de décerner au concours un prix de 100000 fr. à qui augmenterait ce rendement. M. Chassaing a remporté le prix en employant le moyen fort simple de represser la canne après imbibition d’eau. Le moulin alors se compose de deux laminoirs portés sur le même bâti, et entre les deux tombe un jet d’eau qui mouille suffisamment la canne pour que la seconde pression fasse sortir un jus riche et rémunérateur,

Dans le même ordre d'idée, on a imaginé d’appliquer la macération ou diffu-

LE CONCRETOR.

sion à la canne coupée en cossettcs ou rouelles par un coupe-racines qui la prend en biseau. Ce procédé donne de très-bons résultats. Mais nous devons ajouter que ces beaux résultats ne peuvent pas être appliqués partout. En effet dans bien des usines on chauffe les générateurs avec la bagasse uniquement, sans addition d’autre combustible; dans ces usines, non-seulement on ne pourrait augmenter le rendement en augmentant la quotité d’eau du vesou parce que le combustible ne serait pas suffisant pour évaporer cette eau, mais même si l’on épuisait davantage la bagasse, la quantité de matière combustible serait diminuée de celle du sucre récupéré, et le chauffage pourrait de ce chef encore être insuffisant. Tous ces perfectionnements ne s’appliqueront donc qu’aux usines situées dans les grands centres commerciaux.

LE CONCRETOR.

Il est un instrument qui a fait beaucoup parler de lui, le concretor (pl. IV, fig. 3), comme appareil d’évaporation et de cuite des vesous sans mélasse. Cet appareil est économique au point de vue du travail à feu nu, et comme il débarrasse les usines de leurs mélasses qui sont livrées avec le sucre, il est estimé des fabricants. Mais les sucres qu’il produit sont des concrétions noires

et peu cristallines, très-impures, peu estimées de nos raffineries françaises, mais qui trouvent leur emploi dans quelques fabrications secondaires et dans la raffinerie anglaise. Le concretor Fryer se compose d’une grande table de fonte A inclinée de 33 millimètres par mètre, divisée par des chicanes horizontales i (fig. 19) en une quantité de compartiments tenant toute la largeur de la table, ce qui leur donne lm,50 de longueur et 0m,15 de profondeur. Ces compartiments sont donc disposés de telle sorte qu’un liquide abandonné à lui-même en haut de la table, les parcourrait tous l’un après l'autre, soit sur une longueur de 120 mètres. Sous cette table on allume en B un bon feu de bagasse dont la flamme lèche toute la longueur; au haut de la table on fait couler le vesou déféqué qui, sous l’effet du chauffage et de sa faible épaisseur s’évapore rapidement, et arrive à la densité de 28° Baumé à la partie inférieure ; de là ce

L'INDUSTRIE SUCRIÈRE

sirop tombe dans un cylindre horizontal en B où s’effectue la cuite sous l’intlueuce t (fig. 20) d’un courant d’air chaud et du barbotage d’une roue à aubes courbes qui règne sur toute la longueur et relève continuellement le sirop pour le laisser retomber ensuite. Cet air chaud est produit par le passage d’un courant d’air, provoqué par un ventilateur aspirant, sur une série de tuyaux à travers lesquels circulent les gaz de la combustion des bagasses qui chauffent la table du concretor. La chaleur est donc ici parfaitement utilisée, et la cuite produite dans des conditions où elle ne peut pas brûler, ce qui fait le succès de cette machine, malgré ses grandes dimensions.

Nous ne parlerons pas plus longuement de la fabrication du sucre de canne peu intéressante par elle-même à cause de sa simplicité.

On a essayé d’extraire le sucre du sorgho, on y réussit dans certains pays où

e sorgho pousse bien. En France on l’a abandonné. Le sorgho contient environ 8 % de sucre pour 0,5 °/o de matières salines. Comme le sucre de canne, celui qui en provient contient du sucre incristallisable en assez grande quantité.

On extrait aussi du sucre des palmiers, et surtout du dattier, fabrication barbare, qui consiste à inciser le soir la tête des arbres et recueillir le matin le liquide qui en a découlé toute la nuit dans des vases attachés près de l’incision, liquide que l’on évapore grossièrement, qu’on laisse cristalliser dans des vases quelconques, et raffine plus grossièrement encore par un terrage qui abandonne dans le sucre une quantité d’argile très-sensible.

L’Erable contient dans sa sève 2 à 4 % de sucre, que l’on extrait dans les États- Unis en faisant dans l’aubier des arbres des trous de 14 millimètres de profondeur avec une tarrière, et y ajustant des tuyaux de sureau par lesquels s’écoule le jus. La cuite et le raffinage sont les mêmes que pour le précédent.

Toutes ces fabrications ne sont que de petites industries sur lesquelles on peut porter un instant son attention, parce que leurs produits viennent parfois sur nos marchés, mais qui n’ont que peu d’importance à côté de la grande fabrication agricole de la betterave et de la canne.

RAFFINAGE

RAFFINAGE

Le sucre de betterave est généralement alcalin ; celui de la canne est acide. Lorsque l’on dissout l’un ou l’autre dans l’eau ils abandonnent des matières étrangères qui louchissent le liquide en blanc ou en jaune. Ces sucres ne sont donc pas purs. En les redissolvant , les clarifiant avec de l’albumine et du noir fin, leur faisant subir une filtration puissante sur du noir, puis les cuisant en grain, et turbinant ce grain, on obtient un beau sucre beaucoup plus pur que les premiers. C’est ce qu’on nomme raffiner le sucre.

Le raffinage tend à deux buts : rendre le sucre plus pur, et le mettre ensuite sous la forme la plus recherchée du public En France, on aime le sucre en pains fondant facilement ; en Russie on veut les mêmes pains durs et transparents fondant à peine; en Italie on préfère le sucre en poudre. Les opérations du raffinage varieront donc avec les pays.

Nos fabriques françaises fournissent en premier jet des sucres d’une blancheur remarquable, d’un grain sec et brillant comme le raffiné, sucres très-beaux, souvent aussi purs que les raffinés euxmêmes. Ces sucres sont vendus cependant à la raffinerie, car tel est l’engrenage de notre législation que nos fabriques ne peuvent rien sans le raffineur. Mais nos fabriques affranchies de ce joug pourraient parfaitement, avec leur outillage et un peu plus de soin, ce qui est inutile malheureusement aujourd’hui, fournir à la consommation de beaux et bons sucres en pains ou en grains en premier jet, et ne livrer à la chaudière que les deuxièmes et troisièmes jets. Le raffinage n’est donc pas une opération de premier ordre comme fabrication, c’est un corollaire de la fabrication elle-même appliqué en dehors des usines dont il ne devrait pas être sorti.

Le raffinage se composera donc de plusieurs opérations plus ou moins inévitables.

1° On dissout le sucre dans des chaudières à double fond analogues aux chaudières à déféquer; le sirop marque 37 à 39° B.

2° On y ajoute 2 à 4 °/0 de noir fin, 1,5 à 2,25 de sang de bœuf, on brasse en chauffant, jusqu’à l’ébullition.

3° Ces sirops troubles sont évacués dans les filtres Taylor (pl. IV, fig. 5), espèces de sacs en toile montés sur une forme en osier, accouplés en grand nombre dans une auge où arrive le sirop à filtrer. Le sirop traverse la toile et s’échappe par une ouverture pratiquée inférieurement, tandis que le noir et l'albumine restent

Fig. 21.

L'INDUSTRIE SUCRIÈRE

dans l’auge. Autrefois le filtre Taylor fonctionnait en sens inverse, les sacs s'emplissaient de boue, et le sirop filtrait dans l’auge. La modification ci-dessus est plus facile à nettoyer, et procure plus de surface filtrante.

4° Les sirops clairs, et débourbés par leur passage dans un vase plein de braise, fig. 21, sont filtrés sur du noir animal en grain dans des filtres clos, plus grands que ceux dont on fait usage en fabrique. La filtration est poussée aussi loin que possible, et arrêtée lorsque la décoloration est arrivée à un degré suffisant que l’on vérifie au moyen d’instruments dits colorimètres. Notre

fig. 22 représente le colorimètre de Dubosq. Il se compose essentiellement de deux cylindres c à fonds de verre, dans lesquels pénètrent deux autres cylindres T fermés également par un fond de verre. Les vases c sont remplis à moitié, le premier d’une liqueur dont la teinte sert de type, le second de la liqueur dont on examine la coloration. La lunette A sert à considérer un double rayon de lumière réfléchie par le miroir M, qui traverse les couches de liquide contenues entre les fonds de c et de T dans les deux vases, les deux rayons se réunissant par un système optique dans le même champ dont ils éclairent chacun une moitié. En élevant plus ou moins l’un des deux tubes T, on fait varier l’épaisseur de la couche liquide que l’on considère, et l’on amène ainsi les deux teintes à l’égalité. La différence des hauteurs des deux tubes T lue sur un vernier placé derrière la planchette verticale qui les porte, indique le degré proportionnel de coloration des deux liquides. D’ailleurs tous les colorimètres ou chromoscopes sont toujours basés sur l’observation (des teintes de deux liquides vus sur des épaisseurs différentes, le mode d’obtention de ces épaisseurs variant seul.

5° Les sirops décolorés sont cuits en grain comme les jus de betterave. Tout ce qui précède constitue à proprement parler le raffinage. Or dans les fabriques en traitant les jus avec plus de soin que Ton ne le fait généralement on peut arriver à produire des sirops aussi décolorés que les sirops de raffinerie. Ils sont, il est vrai, un peu moins purs, mais les premiers jets rivalisent parfaitement avec ceux de la raffinerie. Ce qui va suivre pourrait donc s’appliquer aussi bien à Tune qu’à l’autre des deux branches de l’industrie sucrière.

Après la cuite, la masse est traitée de manières différentes suivant les pays, de même que la cuite elle-même est en grains moyens ou fins. En Italie on se contentera d’un simple turbinage avec clairce bien pure, et courant de vapeur. Ces sucres sortent en poudre cristalline légèrement agglomérée. A Marseille ainsi qu’à la fabrique raffinerie de Bourdon (Puy-de-Dôme), les sucres, en sortant de la turbine sont agglomérés dans des moules par simple pression. Ce procédé fort

Fig 22.

RAFFINAGE

simple sc substituera un jour à la fabrication du pain de sucre. Les sucres en pain demandent une longue manipulation. La masse cuite en grain fin est réchauffée vers 80°, puis introduite par des moyens ingénieux dans des formes placées l'une à côté de l’autre, le petit bout en bas et bouché. La pièce dite empli où se fait cette opération est chauffée à 35°, et les formes y restent 16 heures. On les porte ensuite dans les greniers au moyen d’une chaîne sans fin ou monte-pains; là on enlève la tape ou bouchon des formes, et la purge commence. Les formes sont placées à cet effet verticalement sur des tables percées de trous et munies de faux fonds inclinés, appelées planchers lits de pain. Les greniers sont portés à la température de 2o à 28°. Au bout de 6 jours on clairce les pains ; à cet effet les pains sont loches , c’est-à-dire retirés un instant de la forme et remis de suite en place, la patte, ou fond supérieur, est brisée; on fait ensuite les fonds, c’est-à-dire que l’on garnit le fond supérieur d’une épaisseur de 3 centimètres de débris de beau sucre ; enfin on verse la clairce par trois ou quatre doses, suivant les cas , d’un kilogramme chacune. Cette clairce, ou sirop bien pur, en traversant les pains enlève toute la mélasse impure qui englobait le sucre, et sc substitue à elle. Pour activer le clairçage on place les pains sur un système de tuyaux dans lesquels on fait le vide, et qui présentent à chaque pain un ajutage garni de caoutchouc faisant joint étanche avec la forme. Cet appareil s’appelle sucette. Lorsqu’il n’y a plus l’humidité qu’à l’extrémité du pain, on plamotle, c’est-à-dire retourne les pains lochés sur leurs base pour distribuer également dans toute la hauteur l’excès de clairce. Après 24 heures d’exposition à l’air des pains recouverts de papier on les porte à l’étuve. Celle-ci a la forme d’une vaste cheminée séparée, par des longrines en fer, en étages nombreux sur lesquels on range les pains. Une source de chaleur ménagée en bas de la cheminée entretient la température dans l’étuve, en la faisant passer lentement et graduellement de celle à laquelle se trouvent les pains dans les greniers jusqu’à 50°. Au bout de huit ou dix jours, lorsque les pains sont devenus sonores, on laisse refroidir l’étuve. Puis on en sort les pains, on les enveloppe et expédie au magasin.

Avec les sirops d’égout recuits, on fait des sucres de qualité inférieure appelés lumps ou bâtardes ; les sucres de dernier jet sont turbinés, et on les nomme veroeoises. Enfin les mélasses sont vendues à la consommation ou au distillateur. Ces produits inférieurs sont d’un grand embarras pour le raffiqpur qui les emploie pour faire ses clairces, les vend à des commerçants pour lesquels le raffiné pur n’est pas de première nécessité, comme les chocolatiers.

Dans nos grandes raffineries le travail est le même que celui que nous venons de décrire, le matériel seul diffère. La dissolution du sucre est faite dans des chaudières à double fond très-vastes, dans lesquelles on introduit des proportions de sucre de canne et de betterave telles que le mélange fasse un sirop neutre. Les sucres bruts que l’on emploie sont blancs autant que possible; sinon ils sont au préalable recuits, turbinés et claircés, pour ne pas introduire dans la fabrication de sucres colorés et trop impurs. Les chaudières à dissolution sont au rez-de-chaussée de l’usine pour éviter des transports de sucre inutiles. Un monte-jus élève le sirop dans les chaudières à clarifier qui sont à l’étage tout à fait supérieur. Ces chaudières sont closes, et l’ébullition y commence sous l’action du vide, et se termine avec la pression ordinaire. De là les sirops s’écoulent dans les filtres Taylor placés au-dessous, puis dans les filtres à noir à un étage inférieur, enfin dans les bacs d’attente de la chaudière à cuire au-dessous de laquelle est un bac en cuivre à double fond pour réchauffer la masse avant de l’introduire dans les formes.

La raffinerie Sommier est montée sur un autre système dû à MM. Boivin et Loiseau. Lorsque l’on fait passer un courant de gaz acide carbonique dans un

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sucrate de chaux en solution très-dense et contenant beaucoup de chaux, le gaz est absorbé d’abord, puis tout d’un coup le tout se prend en masse. En ajoutant du sucre à cette masse délayée dans l’eau, il se fait une précipitation de carbonate de chaux qui entraîne les impuretés du sucre. Une légère carbonatation suffit ensuite pour débarrasser la solution de l’excès de chaux qu’elle contient. MM. Boivin et Loiseau ajoutent au sucre en solution son poids de chaux, font passer le gaz carbonique dans la masse qui forme un empois qu’ils appellent hydro-sucro-carbonate de chaux. Cet empois découpé en blocs est transporté dans des chaudières closes contenant un sirop de sucre ; il y est délayé au moyen d’un agitateur, et il se détruit en aidant l’opération par une élévation de température. On décante le jus clair qui est carbonaté, filtré et cuit.

Tels sont les différents modes de raffinage en vigueur, et qui peuvent s’exécuter avec un matériel très-simple, ou bien qui constituent les éléments des immenses usines où l’on fabrique en France les pains de sucre qui s’expédient dans le monde entier. Nous verrons à T Exposition quelques modèles du raffinage en fabrique sur lequel nous appellerons de nouveau l’attention de nos lecteurs, comme étant la vraie direction que prendra plus tard la fabrication lorsqu’elle sera affranchie du monopole de la raffinerie proprement dite.

Sucres candis. — Avant de terminer, nous dirons quelques mots de la fabrication des sucres candis. L’opération de la cristallisation du sucre en gros cristaux est la même que celle que l’on opère dans les laboratoires toutes les fois que l’on fait des cristallisations quelconques. En effet on remarque que dans toute dissolution concentrée, les cristallisations sont petites et enchevêtrées, tandis que dans les solutions étendues on obtient par le repos prolongé de gros cristaux bien formés. Dès lors on devra se régler pour le sucre sur ces mêmes principes. La fabrication du sucre candi est un véritable raffinage en petit. Le sucre blanc est dissous, clarifié avec du noir et des blancs d’œufs, débourbé, filtré sur le noir, cuit dans le vide fort légèrement, (au soufflé) versé chaud dans des terrines en cuivre traversées par des fils tendus dans tous les sens, porté à l’étuve maintenue à 50 ou 52°. Au bout de 6 à 12 jours les fils et les parois du vase sont couverts de brillantes cristallisations. On décante le liquide en perçant la croûte supérieure, détache les cristaux qu’on dessèche à l’étuve pendant 24 heures.

Les cristaux de sucre candi sont moins purs que le sucre raffiné, car dans l’acte de la cristallisation une portion d’eau mère s’interpose entre les plans successifs qui se forment sur les faces.

Au lieu d’employer des liquides incolores si l’on fait usage de matières colorées, on obtient le candi paille et le candi roux. Nous reviendrons en examinant les produits de l’exposition sur ces différents modèles.

SYLVICULTURE

5Paf\ f^ROCHOT, sous-inspecteur. des forêts

Ancien clèvo de l’École forestière de Nancy (1).

PRÉLIMINAIRES

Avant d’aborder les matières que nous traiterons dans ces Études, nous voudrions dire quelques mots sur ce que sont et ce que doivent être les expositions forestières, expliquer en quoi consistent leur utilité et le profit qu’on en peut tirer.

Certaines nations comme la Suède, la Norvège, l’Autriche, la Hongrie ont un commerce d’exportation en bois considérable, parce qu’elles produisent beaucoup plus qu’elles ne consomment; d’autres, comme la France, l’Italie et même l’Allemagne, bien que possédant encore un assez beau domaine forestier, n’y trouvent cependant pas toutes les ressources nécessaires à leurs besoins. Il y a donc là deux situations économiques bien distinctes.

La principale préoccupation de ceux qui produisent plus qu’ils ne consomment, c’est évidemment d’écouler leurs produits dans les meilleures conditions possibles, et par conséquent de chercher à leur créer des débouchés suffisants; d’une part en perfectionnant les moyens d’exploitation et de transport de façon à en diminuer les frais autant que possible, et d’autre part en s’assurant la clientèle d’un plus grand nombre de pays. Les expositions internationales comme celle de Paris en 1867, de Vienne en 1873, comme celle enfin de cette année, permettent de faire connaître les ressources plus ou moins précieuses dont on dispose, d’exposer aux yeux de toutes les nations civilisées des échantillons variés et même de gigantesques spécimens d’arbres forestiers. Quand on possède d’immenses forêts qui semblent inépuisables, qu’importent les procédés au moyen desquels on s'efforce ailleurs de produire le plus possible dans le moindre espace, qu’importe la culture intensive en un mot. C’est bien plutôt aux procédés d’extraction et à la recherche des moyens économiques de transport, à défaut desquels tant de produits de ces vastes forêts semblent destinés à se consumer sur place sans profit pour personne,

(1) M. Frochot a publié dans le courant de l’année dernière, à la librairie des Ingénieurs civils (E. Lacroix, 64, rue des Saints-Pères), deux ouvrages que nous signalons à l’attention des praticiens.

Le premier est un traité de Sylviculture générale de la culture, de l' aménagement , gestion ou exploitation des forêts, un vol. gr. in-8° xx-248 pages, avec 40 fig. dans le texte, de nombreux tableaux et planches graphiques. Prix, cartonné à l’angîaise, tranches non rognées, 10 fr.

Le second est un Guide théorique de cubage et d estimation des bois, à l'usage des propriétaires, régisseurs, garde-forestiers, etc., etc., un vol. gr. in-18 (même librairie), 160 p. avec lig. dans le texte, planches et nombreux tableaux. Prix, cartonné à l’anglaise, 5 fr.

SYLVICULTURE

qu’il faut s’attacher dans ces circonstances. Nous devons constater cependant que la question importante de l’extension du rayon dans lequel les divers produits ligneux peuvent donner des prix rémunérateurs n’a pas paru, jusqu’à ces derniers temps, préoccuper assez les exposants. Théoriquement la question est simple; on arrive à la résoudre d’une part en diminuant les frais d’exploitation, et d’autre part en facilitant les extractions par l’amélioration des voies et des modes de transport. Nous examinerons si, à cet égard, on a à signaler cette année quelques progrès.

En ce qui concerne la France, l’exposition forestière ne doit pas présenter le même genre d’intérêt, elle doit consister moins dans l’étalage de nos richesses forestières, que dans l’exposé des méthodes d’exploitation et d’aménagement; elle doit avoir un caractère moins commercial, mais pour ainsi dire plus scientifique. C’est d’ailleurs ce qu’exprimait, à propos de l’Exposition de Vienne en 1873, M. Mathieu, « l’exposition forestière que nous rêverions pour notre pays, disait-il, serait tout autrement conçue. Nous y voudrions voir figurer en première ligne les publications, aussi nombreuses que possible, que son personnel instruit et intelligent pourrait, s’il le voulait, produire sur les questions si multiples qui sont du domaine de l’économie forestière ; des comptes-rendus d’expériences ou d’observations diverses et tout particulièrement la statistique des forêts domaniales et même des forêts communales, avec le plan de chacune d’elles à la même échelle, l’indication des altitudes, du sol minéralogique et géologique, des essences, du régime et du mode d’exploitation, avec le relevé de la production en matière, par catégorie de marchandises, le revenu brut et le revenu net en argent. » (1) Ce programme que rêvait M. Mathieu en 1873 sera mis à exécution à peu près complètement en 1878.

L’administration des forêts, en effet, a compris dans ce sens le rôle qu’elle devait avoir à l’Exposition de cette année; est-ce là une de ces causes qui provoquent sans qu’on y songe des mesures longtemps attendues? Il y avait longtemps qu’on demandait sans jamais être écouté que l’administration des forêts, qui ressortissait au ministère des finances, fût rattachée à celui de l’agriculture, et pour démontrer l’opportunité de cette mesure, on se fondait principalement sur l’incompatibilité du régime forestier avec le régime financier. Cette incompatibilité a été mise complètement en évidence, à partir du jour où les lois fondamentales de l’économie forestière ont pu être clairement expliquées, quand par exemple on a démontré d’une manière irréfutable cette pi'oposition, qui, de prime-abord, paraît paradoxale, que les particuliers ne peuvent pas produire des futaies, quand ils cherchent à administrer leur propriété en bons financiers, c’est-à-dire de façon à recueillir le plus grand revenu possible eu égard au capital engagé. Or, cette tendance fort légitime assurément chez un particulier qui n’a à considérer que son seul intérêt, l’amène fatalement à convertir ses bois en propriétés de toute autre nature, et quelquefois même à les détruire à force de les exploiter à un âge trop tendre. L’état au contraire doit subordonner la question de revenu à celle de la conservation des forêts, si nécessaires à tant de points de vue. C’est dans ce sens, croyons-nous, que doit être interprêté le décret du 13 décembre 1877, transférant l’administration des forêts au ministère de l’Agriculture et du Commerce.

L’exposition forestière organisée par l’administration des forêts comprend trois sections, entre lesquelles les différents objets exposés se répartissent de la manière suivante :

(1) Les forêts à l’Exposition et au Congrès international, agricole et forestier de Vienne, en 1873, par M. Mathieu, sous-directeur de l’école forestière de Nancy. Extrait de la Revue des eaux et forêts, 1874.

PRÉLIMINAIRES

Ir0 Section. — Principes de l'exploitation forestière : Économie forestière et législation. Ouvrages anciens et modernes traitant de l'économie et de la législation forestières. Anciens documents, plans, procès-verbaux de réformation, etc. — Botanique forestière : Herbier forestier de la France. Collections de graines forestières, d’échantillons de bois indigènes et exotiques. Spécimens remarquables de végétation et de longévité. — Zoologie forestière : Animaux des forêts de la France. Chasse. Élevage et multiplication du gibier. Destruction des animaux nuisibles. Entomologie forestière. Ravage et destruction des insectes. — Géologie, minéralogie forestières : Collections. Cartes géologiques. Relation entre la distribution des forêts et la constitution géologique du sol. — Chimie agricole et forestière : Procédés d’analyses des sols. — Météorologie forestière : Appareils. Résultats. — Enseignement forestier : Programme et matériel d’enseignement de l’école forestière, des écoles secondaires, de l’école des Rarres. Statistique générale.

2° Section. — Outillage de l'Exploitation forestière : Instruments de géodésie et d'arpentage. Triangulation. Levés. Plans de forêts. Délimitations. Bornages. — Repeuplements : Procédés pour la récolte et la conservation des graines. Sècheries. Appareils de germination. Instruments propres à la préparation du sol pour semis ou plantations. Pépinières. Exploitation du domaine des Barres. Travaux d'assainissement et de clôture. — Instruments et procédés d’élagage et d’émondage. — Instruments et procédés d'abatage. Voies de transport . Chemins de vidange. Chemins de Schlitt, lançoirs. Routes, ponts. Chemin de fer à traction de chevaux. — Maisons forestières. — Scieries. — Procédés de fixation des dunes. — Reboisement. — Gazonnement des montagnes. Extinction des torrents. — Fruitières. — Statistique spèciale.

3° Section. Exploitation forestière : Ses résultats. Accroissement comparatif des principales essences, dans des conditions diverses de sol, de climat, de régime et de traitement. — Instruments, tarifs de cubage des bois sur pied ou abattus. — Façonnage et débit des bois de chauffage : Valeur calorique des bois. Carbonisation. — Procédés généraux de façonnage et de débit des bois d'œuvre et d’industrie : Instruments d'équarrissage, sciage, etc. — Produits du sol forestier : Leur emploi dans les constructions et dans l’industrie.

A. Essences forestières proprement dites : Renseignements sur la production, la consommation, les importations, les exportations, etc. Echantillons de bois présentant les dimensions ordinairement requises pour les divers usages. Série complète des débits. Emploi dans les constructions civiles et navales, dans les chemins de fer, le charronnage, l’ébénisterie, etc. Produits autres que le bois, leur exploitation, leur emploi. Écorce. Résine. Outillage des industries qui s’exercent le plus généralement sur le sol forestier. Exemples. Pour le chêne : la fabrication du merrain, des lattes, l’écorçage, l’industi'ie du liège. Pour le hêtre et le pin sylvestre : procédés d’injection; pour la première de ces essences: sabotage. Pour le pin maritime : gommage et industrie de la résine.

B. Arbustes et arbrisseaux forestiers : Échantillons. Emploi. Produits divers qu’on en retire. — Produits divers du sol forestier : Leur emploi. — Statistique spéciale.

Ce programme donne assez complètement la nomenclature des matières qu’embrassent la sylviculture et l’économie forestière. La première section est consacrée à tout ce qui constitue l’enseignement forestier proprement dit, livres et collections d’étude; la seconde aux travaux forestiers en général, et la troisième aux résultats do la gestion des forêts.

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