‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 20 sur 95 · El va ioi d'un lar.-ag · texte numérisé non relu

El va ioi d'un lar.-ag

Couronnement doit être à l'épreuve des frottements des blocs qui le franchissent, lorsque les atterrissements ont atteint la crête du barrage ; que leur base doit être protégée par un radier solide contre l'action érosive des eaux, qui croit en raison de la hauteur de chute; que leur parement extérieur doit pouvoir résister aux chocs violents des blocs qui tombent en aval; qu'ils doivent être solidement encastrés dans les berges de chaque côté et au besoin renforcés

par des murs en aile, afin d’empêcher que le courant n’affouille les berges en cet endroit et, parvenant à tourner l'ouvrage, ne finisse par le détruire.

On satisfait à ces conditions diverses par des dispositions spéciales qui varient naturellement suivant les lieux , mais qui dans leur ensemble se rapprochent assez généralemeet du type de construction dont voici les traits principaux. Ces constructions élevées, comme nous le supposons ici, dans les gorges principales du torrent ou dans les grands ravins, doivent durer indéfiniment , c’est pourquoi il est important de n'y employer que la pierre, fig.

16 et 17; en plan le barrage doit présenter la forme d’une voûte horizontale surbaissée dont la convexité est placée vers l’amont; le parement d’amont est dressé verticalement, et sa surface est réglée suivant la forme cylindrique ; le parement d'aval qui est Fig. 17. — Plan d’un barrago et d'un eontro-barrago pour protéger la l'intrados de cette espèce base du barrage contre les alTouillements. , , ,

de voûte renversée, présentera une surface conique dont la directrice sera inclinée dans la proportion du fruit à donner à ce parement; le rayon de courbure du parement d’amont doit être à peu près égal à l'écartement des berges au couronnement du barrage et la courbure d’aval aura même centre que celle d'amont. Le couronnement doit être construit en pierres taillées, posées de champ et joints cimentés, de façon à présenter une surface de glissement parfaitement résistante; le parement d'aval pour la même raison sera dressé en matériaux dégrossis et à joints soignés. M. l’ingénieur Rohr, de Berne, afin d’atténuer le danger des dégrada-

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tions que peuvent causer les grosses pierres dans leur chute au-dessus du barrage , prescrit d'incliner vers l'amont les assises de la maçonnerie; en sorte que chaque pierre du parement taillée à angle droit ne peut cire atteinte par les blocs qui viennent battre le mur, que dans une direction voisine de celle de la résistance l’écrasement, fig 18. Celte disposition parait fort recommandable, surtout quand les atterrissements d'amont ne devront pas tarder à s’accumuler contre le barrage afin de le contre-butter. Les autres parties du barrage se font généralement en maçonnerie à pierre sèche. L’épaisseur moyenne du mur est ordinairement égale à la moitié de la hauteur, et le fruit à donner au parement d’aval doit être de 20 °/o. O'1 2 peut établir dans ces barrages un pertuis, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment, son fonctionnement dont nous avons fait ressortir les avantages ne pourra toutefois durer que quelques années.

Le nombre des barrages à élever et le choix de leur emplacement sont des questions fort importantes, mais qu’on ne peut résoudre \ l’aide de préceptes

Fig. 18. — Coupe suivant l’axe du torrent d’un barrage d’après l'ingénieur P.o’ir.

généraux; on sait les effets que ces ouvrages doivent produire et la nature des accidents qu'ils ont pour destination de prévenir; l’étude attentive des lieux peut seule compléter les données du problème; le reste n’est plus qu'une question de tact.

« La violence des torrents, dit M. Cézanne, est une intégrale formée d’une infinité d’éléments imperceptibles. Le système d’extinction consiste à éteindre isolément chacun de ces éléments sans en négliger aucun ; c'est une accumulation d’infiniment petits (1). » Il faut donc, comme l’enseigne M. Surell, barrer les ravins secondaires, intercepter les petites ramifications, combler les petites Haches, disperser sur la surface du sol pour les effacer complètement, ces filets innombrables divisés comme les fibres chevelues d’une racine, qui sont bien réellement la racine du mal (2).

Pour arriver à ce résultat, on conçoit que les procédés indiqués précédemment seraient en disproportion avec les effets à obtenir; c’est par la multiplicité des moyens et non par leur puissance qu’il faut atteindre au but; on n'emploiera donc dans ce cas que des procédés simples et économiques, qu'il nous reste à décrire pour compléter la théorie des différents systèmes de barrages.

(1) Etudes sur les torrents des Hautes-Alpes, t. ir, p. 230.

(2) Même ouvrage, t. i, p. 206.

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Clayonnages. — Les clayonnages sont des ouvrages en menus branchages fixés par des piquets; ces piquets, d'un mètre de longueur environ, solidement enfoncés dans le sol, sont placés en ligne à 40 ou 50 centimètres les uns des autres, fig. 3 et 5, pl. I. Les branchages à employer doivent être assez flexibles pour pouvoir s’entrelacer entre les piquets et former une sorte de claie verticale. La palissade ainsi .formée ne doit pas dépasser 50 centimètres de hauteur. On peut, dans certains cas, substituer aux piquets (en totalité ou partiellement), des boutures de bois blancs qui placées dans des conditions favorables reprennent facilement: on a alors ce qu’on appelle un barrage vivant; on peut même, en recourbant les branchages du clayonnage à leur extrémité, en enfouir le gros bout dans le sol avant de les contourner autour des piquets, ces branchages reprenant racine se conservent alors beaucoup plus longtemps. Lorsque le clayonnage est confectionné, on garnit sa base en amont et en aval de grosses pierres et de galets, afin de la protéger contre tout affouillement.

Les effets produits par les clayonnages sont de même nature que ceux obtenus au moyen des grands barrages de maçonnerie; mais leur intensité est beaucoup moindre, aussi faut-il les multiplier sur de petits espaces, ce qui d’ailleurs est facile et peu dispendieux quand le bois ne fait pas défaut; on les dispose parallèlement. Ils ont principalement pour objet d’arrêter le glissement des terres et le ravinement des talus, de créer des surfaces stables, où l’on puisse entreprendre avec sécurité des reboisements, qui au bout de quelques années seront en état eux-mêmes de produire les mêmes effets que ces petits barrages, dont le rôle ne doit être jamais que transitoire.

Dans l’ensemble des travaux à entreprendre pour arriver à l'extinction d’un torrent, d'une part les grands barrages sont nécessaires pour atténuer immédiatement, tout autre moyen faisant défaut, les causes qui président aux grandes perturbations torrentielles ; d’autre part le boisement de toutes les parties du bassin de réception où il est possible d’effectuer cette opération, en consolidant le sol, en le couvrant de végétation, finit avec le temps par rendre les effets du ruissellement des eaux inoffensifs, leur écoulement moins rapide, leur accumulation moins subite , en un mot leur puissance d’afl'ouillement beaucoup moins considérable, mais aussi leur limpidité plus grande. Pour obtenir ces résultats, il faut d’un côté que les grands barrages puissent remplir indéfiniment le rôle qu'on leur a assigné, et de l’autre que les boisements puissent s’effectuer sur toute l'étendue du bassin de réception. On trouve dans l’emploi des clayonnages de grandes ressources pour satisfaire à ces deux conditions d’ordre assez différent. En ce qui concerne les grands barrages, on parvient à en perpétuer l’efficacité au moyen des travaux complémentaires ; et l’on facilite l’œuvre du boisement par divers ouvrages qui constituent les travaux auxiliaires. Ces deux genres de travaux ont dans beaucoup de cas un caractère purement transitoire, ce qu’explique la possibilité d’y employer souvent les clayonnages.

Travaux complémentaires. — Le but des barrages de consolidation est de fixer le lit du torrent en le comblant et en diminuant la pente des berges. Les atterrissements nécessaires pour produire ces résultats se forment dans une période de temps assez courte, après laquelle ils affectent une pente en rapport avec les pierres déposées, pentes qu’on peut évaluer au maximum, suivant M. Surell à 2,5 % pour les graviers ou pierrailles ne dépassant pas 5 centimètres environ de diamètre; à 5 % Pour les galets de 0,25 de grosseur; à 8 °/o Pour les blocs d'un demi-mètre cube et enfin à 25 ou 30 % pour les gros blocs. Les lois suivant lesquelles ces dépôts se produisent en amont des barrages étant les mêmes que celles observées dans la formation des lits de déjection, il en résulte, ainsi que nous l’avons indiqué déjà, que le profil en travers du lit exhaussé a la

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forme d'une courbe convexe vers le ciel; il y a donc, par cette raison, tendance naturelle du courant à se rejeter soit à gauche, soit à droite du thalweg et à afïbuiller les berges. Si, en outre, par suite des modifications apportées dans le régime du torrent par des travaux de reboisement et autres, les eaux ne charrient plus de gros matériaux, elles deviendront affouillantes et leur puissance d’érosion pourra devenir assez énergique pour attaquer les atterrissements du barrage, s’y creuser un lit et renouveler ainsi l’une des causes les plus dangereuses de l’instabilité des berges. Les barrages abandonnés à eux-mêmes ne tarderaient donc pas, dans la plupart des cas, à perdre toute leur efficacité ; c’est par les travaux complémentaires qu’on remédie aux inconvénients que nous venons de signaler.

Pour rendre inaffouillables les atterrissements, pour empêcher les eaux de divaguer à gauche et à droite et pour défendre les berges de toute érosion, il y a plusieurs procédés dont le choix dépend surtout des matériaux dont on peut disposer et de la dépense qu’on peut faire. Nous en indiquerons trois qui sont les perrés ou pavages, les murs de chute et les clayonnages.

Les perrés ou pavages sont incontestablement, de l’avis de tous les ingénieurs, les ouvrages les plus efficaces; le seul inconvénient qu’on leur reproche, mais qui est grave parce qu’il suffit souvent pour les faire abandonner, c’est qu’ils exigent une énorme quantité de pierres et qu'ils sont assez coûteux. Le procédé consiste à revêtir d’un pavage solide la surface du lit à protéger. Le profil en travers doit présenter la forme d’une courbe concave, à laquelle on donne à peu près les mêmes dimensions que celles de la courbe du couronnement des barrages de consolidation ; les pavés à employer doivent avoir au moins 50 centimètres de queue.

Lorsque les pierres dont on peut disposer ne sont pas en assez grande quantité ; que la surface du lit étant considérable le pavage serait beaucoup trop coûteux, on peut avec avantage substituer à ce premier système celui des murs de chute.

Les murs de chute sont des barrages bas dont la hauteur ne doit guère dépasser 0m,50 et dont la destination principale est de rendre fixe, de même que les perrés, le fond du lit du torrent. Ils permettent en outre, en les espaçant convenablement, d’adoucir et de régulariser la pente, condition essentielle pour qu’il ne se produise ni affouillements, ni dépôts excessifs. On détermine l’intervalle à laisser entre chaque mur par un calcul fort simple. Supposons d’abord la hauteur des murs invariable et égale à /?., et soient p la pente à tant pour cent qu’on veut obtenir, P la pente du terrain en amont du mur, et D la distance de ce mur au mur de chute immédiatement supérieur ; on aura évidemment h— D (P — p), d’où :

Si 1 on fait h — 0,50 P = 0,10 et p = 0,06, on aura D = - — = 12m,50.

On voit que pour une même hauteur h les distances diminuent en raison directe de l'inclinaison du terrain.

Quelquefois, lorsqu'il n’est pas nécessaire de modifier la pente, ni d’exhausser le lit parallèlement à lui-même, on arrête la maçonnerie au niveau même du lit, on donne aux murs un mètre de profondeur et à leur couronnement la forme du profil en travers du lit. C’est ce qu’on appelle des barrages-radiers ; ces barrages doivent être espacés de quelques mètres seulement.

Lorsque, comme dans beaucoup de torrents des Alpes, on n’a que fort peu de grosses pierres à sa disposition, on substitue à ces matériaux le bois; on a

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recours aux clayonnages. Comme ces ouvrages sont fort peu coûteux, ils sont d’une très-grande ressource dans tous les travaux de consolidation ; par ce procédé on élève des barrages dont les effets sont les mêmes que ceux obtenus par les murs de chute décrits plus hauts; ils donnent de très-grandes facilités en outre pour protéger les berges contre toute érosion, il suffit d’établir le long de ces berges et parallèlement au courant des clayonnages longitudinaux avec nombreuses boutures; ces clayonnages, en outre, peuvent être doubles et présenter ainsi une force de résistance plus considérable. M. Demontzey, conservateur des forêts, a fait une très-heureuse application de ce procédé dans plusieurs torrents des Basses-Alpes. Les fig. 1, 2, 3, 4, 5, 6, pl. I, feront comprendre suffisamment la nature et la disposition des ouvrages dont nous parlons.

Travaux auxiliaires. — En 1837, M. Scipion Gras qui reconnaissait que les forêts s’opposent à la dégradation des montagnes, que les arbres et autres plantes consolident le sol par leurs racines et le recouvrent d'une enveloppe difficilement affouillable, qu'ils divisent les eaux pluviales, en retardent beaucoup l’écoulement et rendent les crues moins subites et moins fortes, expliquait que le boisement n’était cependant pas employé pour faire cesser les ravages des torrents, parce que les difficultés d’exécution étaient insurmontables. « Il faudrait, disait-il, attaquer directement le mal à sa source, c’est-à-dire couvrir de plantations : ici les flancs d’une montagne qui, minée par les ravins, tombe en ruine ; là, des amas de cailloux sans consistance et sans terre végétale ; ailleurs, les parois d’un rocher à pic dont la surface en décomposition se renouvelle sans cesse. » Toutes ces difficultés sont incontestables, mais elles ont été vaincues, grâce aux travaux que nous désignons comme auxiliaires ; en sorte que le boisement, en définitive, peut être considéré non-seulement théoriquement, mais encore au point de vue pratique, comme le moyen d’extinction le plus rationnel, en ce que le temps ne peut jamais en altérer l’efficacitc.

Nous savons qu’à l’aide des grands barrages dans les gorges et les ravins profonds et des clayonnages échelonnés établis sur les atterrissements provoqués, on parvient à fixer le lit et à modifier son profil en travers, de façon à rendre la pente de ses berges moins rapides. Mais ces berges elles-mêmes, quand elles sont dénudées et formées d’un terrain sans consistance, sont continuellement détériorées par les eaux d’orage qui y creusent des sillons, des rigoles, des ravinements, et mettent en mouvement la couche superficielle, ce qui rend impossible tout reboisement. C’est à l’aide des travaux auxiliaires qu’on parvient à combler les ravinements, à effacer les sillons et les rigoles qui se sont produits et ne tarderaient pas à se creuser de plus en plus, qu’on parvient à fixer la couche superficielle du terrain à reboiser.

Lorsqu’une grande berge est profondément ravinée, on peut employer un procédé qui a parfaitement réussi en Suisse, et que M. Marchand, sous-inspecteur des forêts, désigne sous le nom de son inventeur M. le président Jenny du canton de Claris. Voici en quoi consiste la méthode de M. Jenny. On établit dans le fond des ravinements, en commençant par le haut, des clayonnages transversaux échelonnés à un ou deux mètres de distance, formant barrages concaves vers l’amont, afin que les matières de transport déposées s’accumulent au milieu du ravin. Quand, à la suite d'une crue un peu forte, les clayonnages auxquels on ne donne guère plus de 40 centimètres de hauteur sont comblés, on établit sur les atterrissements ainsi formés une nouvelle série de clayonnages et ainsi de suite : à mesure (pie de nouveaux atterrissements comblent une série de clayonnages, on en superpose immédiatement une nouvelle. « Ce système, dit M. Marchand qui l’a vu appliqué à Nieder-Urnen, amène peu à peu la disparition des ravinements, et transforme une surface tourmentée, souvent

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escarpée, en une autre présentant de légères ondulations et pouvant être immédiatement reboisée avec succès. »

Quand la surface des grandes berges se présente unie, mais rapide et dénudée, il faut encore par des clayonnages en assurer la fixité ; mais pour obtenir de bons résultats, il faut opérer avec méthode. La crête des berges étant la partie où elles se dégradent le plus facilement, on commencera par établir un premier clayonnage en ligne parallèle à cette crête et à une faible distance du sommet, puis traçant des lignes parallèles distantes entre elles de 1 à 4 mètres moins ou plus selon selon le degré d’inclinaison ou de mobilité du terrain, et les dirigeant toujours perpendiculairement à la ligne de plus grande pente, comme des courbes de niveau, on disposera les clayonnages suivant ces alignements sur toute la surface à fixer.

On est souvent amené à varier les dispositions de ces clayonnages selon la nature des terrains, mais on peut dire qu’à l’aide de ces ouvrages appropriés aux circonstances, on peut presque toujours, quels que soient les cas défavorables, quelque peu propice que soit un terrain à une opération de reboisement, arriver à vaincre des difficultés considérées longtemps comme insurmontables. En voici un exemple qui mérite d'être cité : M. de Greyerz, inspecteur forestier dans l’Oberland « a eu l’idée de donner aux clayonnages la forme d’une corbeille ayant un mètre de diamètre; il les établit en enfonçant cinq forts piquets sur la circonférence et en tressant un cercle de branchages sur ces piquets, lien résulte au milieu un espace bien fixe, à l’abri des éboulements de pierres, qui sont détournées par la corbeille. Ce système a été employé dans les cassis, amas de débris calcaires en éboulement, dénués de terre végétale. On dépose au milieu des corbeilles un panier de terre dans lequel on replante un ou deux pins noirs d’Autriche. On emploie également les corbeilles sur les crêtes qui séparent les ramifications des ravins dans les terres meubles : elles les fixent et assurent sur ces crêtes la reprise du jeune plant (1). »

Lorsque les berges à reboiser sont moins rapides, on se contente quelquefois d’établir des banquettes horizontales de un mètre environ de largeur, comme on le voit faire dans les talus des grandes tranchées de chemin de fer, on plante ensuite en ligne et serrés des sujets de 3 ou 4 ans d’essences appropriées au climat et pouvant développer de fortes racines traçantes comme l’aune, le saule, l’osier, etc.

Reboisement. — Les travaux que nous avons décrits jusqu'ici ne sont, pour arriver à l’extinction artificielle des torrents, que des auxiliaires d’une utilité incontestable, mais dont le rôle n’est en quelque sorte que secondaire, parce qu il ne peut être, par la nature des choses, que plus ou moins transitoire. C’est au moyen de la végétation, par le gazonnement et surtout par le reboisement qu'on obtiendra un résultat certain et durable. Ce n’est du reste que pour rendre possible ou favoriser cette végétation, dont la disparition relativement récente en certaines régions a été certainement la cause de la formation des torrents, que tous les travaux de consolidation et de fixation du sol sont entrepris. Nous ne nous arrêterons pas à démontrer l’influence favorable des forêts sur le régime des torrents ; elle n’est plus contestée, dans tous les cas elle n’est plus contestable ; ce qui pouvait encore, il y a quelques années, paraître douteux, c’était la possibilité de faire naître la végétation partout où elle est nécessaire ; ce doute même n'existe plus depuis que par des barrages et des clayonnages on est parvenu à fixer le sol, seule condition nécessaire pour le rendre

(i) Les torrents des Alpes, par M. Marchand. Revue des eaux et forêts. ToraeX, p. 153.

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fertile. II nous suffira donc de peu de mots pour indiquer la marche à suivre et la nature des opérations à effectuer pour réaliser ces reboisements.

La première mesure à prendre est de déterminer l'étendue de terrain où devront être exécutés les reboisements, d’en limiter d’une manière précise les contours. Pour cela, il faut suivre en remontant et en descendant le cours du torrent l’une et l’autre de ses rives, et tracer une ligne continue s’écartant d’autant plus des rives que le terrain est plus incliné et plus inconsistant. On fait ensuite la même opération pour chaque gorge secondaire, ravin et autre ramification quelconque du torrent. L’espace compris entre la ligne périmétrale qui résulte de ces différents tracés et le bord des berges vives, est ce qu’on appelle là zone de défense. Celle zone s’élargiteonsidérablemenlàmesurequ’onremonte à l’origine du torrent; elle contourne tous les ravins et les ravinements. La surface totale ainsi délimitée, se désigne généralement sous le nom de périmètre, et son étendue dépasse souvent un millier d’hectares.

La condition indispensable à réaliser avant d’entreprendre le reboisement, qu’on procède par semis ou par plantation, c’est d’opérer sur un sol stable; sachant comment on y arrive, nous écarterons cette difficulté pour ne nous occuper maintenant que de la question de sylviculture proprement dite. Nous avons examiné cette question à un point de vue général dans les pages consacrées aux repeuplements artificiels, au commencement de ces Études, il ne nous reste que quelques observations particulières à présenter ici au sujet de cette sorte de travaux dans les montagnes.

La prcmièi’e question à résoudre et peut-être la plus importante, est de déterminer l’essence ou les essences à adopter. Sur ce point, il faut être très-circonspect et n’employer autant que possible que les essences indigènes de la contrée; il faut tenir compte de l’altitude, de l’exposition. Dans les Alpes, on n’a guère le choix qu’entre les essences suivantes : épicéa, mélèze, pin Cembro, pin d’Autriche, pin sylvestre, pin d’Alep, aune blanc, frêne, peupliers et saules ; ce sont celles qu’on rencontre le plus souvent et qu’on voit prospérer le mieux.

En ce qui concerne le mode de repeuplement, on donne généralement la préférence à la plantation, ce n’est qu’avec des plants profondément enracinés, qu’on peut se soustraire aux inconvénients qui résultent du dessèchement du sol et du déchaussement des jeunes brins. Aussi ne doit-on employer que des plants très-robustes, bien pourvus de racines, venus en pépinière et repiqués autant que possible. Le sol doit être préparé avec soin et bien défoncé à une profondeur de 40 à iiO centimètres. Celte préparation fort nécessaire pour la reprise vigoureuse des plants, est sans danger du moment que le sol est fixé par des clayonnages.

Si l’on s’est bien rendu compte de ce que nous avons désigné sous le nom de périmètre, on doit savoir qu’il renferme trois parties principales qui sont : 1° les zones de défense]; 2° les berges vives, et 3° le lit du torrent depuis son origine jusqu’au cône de déjection. Les travaux à exécuter dans chacune de ces parties pour provoquer l’extinction du torrent, sont de nature diverse ; on ne les entreprend pas successivement dans l’ordre où nous les avons décrits, ni tous simultanément. A cet égard, il serait dangereux sans doute, de donner des règles fixes, pareeque c’est l’état des lieux, c’est la nature et la gravité des désordres qu’on veut réprimer qui déterminent le plan à suivre dans la lutte à livrer aux forces de la nature. On peut dire cependant que l'établissement des grands barrages de consolidation, n’exerce généralement aucune influence sur leszones de défense; celles-ci au contraire, une fois protégées par la végétation qu’on y aura ramenée, bois ou gazon, atténueront la violence des crues et rendront ainsi plus facile et moins coôteuse la construction des barrages dans les gorges. 11 y a donc toujours avantage à commencer par reboiser leszones de défense ou

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tout au moins à en favoriser le regazonncment, en y interdisant par exemple, le parcours des moutons. Quant au boisement, au broussaillement et au gazonnement des berges vives, on ne peut évidemment les entreprendre qu’après avoir assuré la stabilité du sol, c'est-à-dire après l'exécution de tous les ouvrages de consolidation nécessaires, tant principaux qu’auxiliaires.

L’administration des forêts, spécialement chargée par la loi en France de ces travaux de reboisement, poursuit depuis plus de quinze ans, l’œuvre de la restauration des montagnes sur une vaste échelle, d’après les principes que nous avons cherché à mettre ici en lumière; les résultats ne se sont pas fait longtemps attendre, et l’on peut dire que la réussite a été plus prompte que l’on ne s’y attendait généralement ; on en trouve de nombreux témoignages dans les délibérations des Conseils généraux des départements intéressés. Mais il faut le déclarer ici, les plus grandes difficultés, les obstables réellement insurmontables parfois, avec lesquels il a fallu lutter, ce ne sont pas les forces de la nature qui les ont créés; celles-ci ont été plus faciles à vaincre que l’obstinatiou de certaines populations, desquelles on ne peut obtenir aucune restriction dans l’exercice du pâturage. Le parcours des troupeaux dans la montagne est le fléau de la végétation. Dans ces terrains inconsistants, le pied du mouton désagrège incessamment la surface du sol, empêche toute formation de terre végétale; toutes les circonstances de nature à favoriser l'activité des torrents, en un mot se produisent ainsi par le seul fait de l’incurie de l’homme. C’est le droit de laisser divaguer les moutons dans les versants les plus abrupts et les plus stériles de la montagne, n’olfrant d’ailleurs qu'une herbe trop rare pour procurer un bénéfice quelconque; c’est ce chétif droit obstinément exercé, qui tient en échec aujourd’hui sur plusieurs points l’œuvre du reboisement. Pourtant, s’il est vrai que cet obstacle existe encore sur beaucoup de points, l’expérience prouve qu’avec de la patience, de l’adresse et du tact on parvient quelquefois à le faire disparaître. C’est peut-être là la tâche la plus difficile et la plus délicate du forestier ; à la remplir avec succès il y a peu d’éclat sans doute à espérer, mais nous savons qu’il suffit à ceux à qui on la confie qu’il s’agisse d’une question d’intérêt général de premier ordre. « L’attention publique, dit M. Surell, absorbée aujourd'hui par le développement sans fin de nos réseaux ferrés, ainsi que par les magnifiques transformations de nos grandes villes, ne s’est pas encore tournée vers ces nouveaux travaux d'utilité publique, qui s’accomplissent obscurément dans les coins les plus retirés de la France. Mais, j’ose prédire que l’utilité et la grandeur de cette œuvre éclateront un jour avec la grandeur même des résultats, et qu'elle aura sa place d’honneur parmi d’autres entreprises, utiles ou glorieuses, qui signaleront noti'e époque à la reconnaissance de nos descendants ! »

Cette prédiction, nous souhaitons qu’elle se réalise. En attendant les hommes qui se dévouent à cette œuvre, s’inquiètent peu d’être ignorés; ils s’y livrent avec une ardeur incomparable, avec une sorte de passion ; ils subissent l'influence, ainsi que l’avoue M. Costa de Bastelica, d’une attraction irrésistible, qui s’explique par la nature des impressions qu’on éprouve au spectacle des forces monstrueuses contre lesquelles il faut lutter, spectacle sombre parfois, mais grandiose; qui s’explique aussi par la conviction que l’on a d'accomplir une grande œuvre de protection et d’utilité publique.

Pour compléter la description des grands travaux d’utilité publique dont l’Administration des Forêts est chargée en France, il nous reste à parler des dunes. Nous étudierons les travaux qu’on y a entrepris dans la 2e partie de

(1) Études sur les torrents des Hautes-Alpes, 2» édit. Ier, p. 190,

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noire travail, spécialement consacrée à l’analyse des principaux objets exposés dans le pavillon de l’administration des forêts, dont chacun a pu remarquer au Trocadéro l’élégante construction. Les spécimens qui y figurent nous aiderons à mieux faire comprendre la nature des travaux entrepris pour le reboisement et la fixation des dunes du littoral maritime.

LA DISTILLATION

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