‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 35 sur 95 · GRANDS APPAREILS DISTILLATOIRES · texte numérisé non relu

GRANDS APPAREILS DISTILLATOIRES

Nous passerons en revue d’abord les grands appareils distillatoires , et commencerons par étudier l’appareil Champonnois qui occupe l’un des premiers rangs dans notre notice, excellent appareil d’ailleurs malgré son peu d’apparence (Classe 32, galerie des machines et exposition agricole , quai d’Orsay). Le dessin que nous donnons ici représente la modification principale que M. Champonnois ait fait subir à sa colonne.

En effet, si l’on se reporte à notre première partie, on voit que l’appareil Champonnois était monté sur une chaudière à feu nu; il était aussi installé sur un ensemble de deux chaudières comme la colonne de Cellier-Blumenthal ; maintenant, M. Champonnois préfère le chauffage à la vapeur par serpentin, laissant de côté le procédé de barbotage qui augmente les vinasses et perd du calorique. A cet effet, supprimant toute chaudière, il ménage au bas de la colonne un espace vide (fig. f, PI. VI), au fond duquel tombent par un tuyau plongeur les vinasses épuisées. Là elles submergent un serpentin de forme particulière qui les porte à l’ébullition. Leur niveau est réglé par un trop-plein par lequel elles s’échappent. Le serpentin est fait de la manière suivante. Le siège de la colonne qui renferme les vinasses présente sur le côté une vaste tubulure rectangulaire horizontale. Sur cette tubulure on boulonne une pièce, rectangulaire également, formant couvercle et qui supporte le serpentin. Cette pièce se compose d’une partie creuse séparée en deux chambres par une cloison horizontale. Dans la chambre du dessus est l’arrivée de vapeur, et dans celle du dessous la sortie. Les deux chambres sont mises en communication par une série de neuf tuyaux en forme d’U, qui pénètrent dans la colonne et tiennent lieu de serpentin. Cette disposition a l’avantage de permettre un nettoyage facile des serpentins et de la chambre des vinasses sans nécessiter le démontage de la colonne, et de retourner les eaux de condensation aux générateurs directement. On voit, d’ailleurs, sur le dessin la forme du plateau en détail, et la naissance des tiges de fer qui relient tout l’appareil. Enfin, M. Champonnois fait passer ses vinasses épuisées dans un appareil tubulaire, où elles se refroidissent en chauffant une quantité correspondante du vin à distiller.

Par ces dispositions, M. Champonnois réalise les avantages suivants : augmentation de rendement en alcool atteignant 1/25, soit environ 40 litres à ÎOO degrés pour un travail journalier de 20 à 24,000 kilogr. ; économie de

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combustible évaluée il 10 kilogr. par 1,000 kilogr. de betterave; enfin, facilité d’appliquer le serpentin aux anciens appareils, en remplaçant quelques couronnes inférieures par la couronne spéciale. De tels serpentins durent d’ailleurs fort longtemps en raison de la division de la vapeur dans ce grand nombre de tubes, ce qui procure une grande et utile lenteur dans la marche de cette vapeur au sein du liquide qu’elle échautfe.

Nous trouvons ensuite la majestueuse exposition de M. Savalle, que reproduit notre dessin dans son entier PI. IV. C’est un énorme appareil à distiller rectangulaire placé à côté de la colonne à rectifier de force correspondante. Cet appareil , malgré ses grandes dimensions, n’est que l’appareil de moyenne grandeur construit sur les plans de M. Savalle qui en a livré de dimensions deux fois plus grandes. Nous n’avons d’ailleurs rien il signaler de nouveau dans la construction de ces machines, qui sont de fabrication courante pour la maison Savalle. Nous voyons un autre appareil de plus petite dimension construit par l’établissement de Fives-Lille, dans l’exposition de cette maison. M. Savalle expose comme nouveauté un petit alambic (fig. 1, PI. V), servant i la production des eaux-de-vie de vin en France, et aux colonies à celle des rhums et des tafias; il se compose d’une colonne rectangulaire à douze tronçons , puis d'un réfrigérant chauffe-vin , boulonné au centre d’un support-trépied dont le sommet est couronné par un bac dans lequel on envoie les vins d’alimentation, et le bas relié par le régulateur de vapeur, enfin d’un petit générateur vertical ; le tout est expédié à destination avec la tuyauterie tout prêt à fonctionner. Le régulateur oifre une construction particulière ; ici le flotteur nage sur la vinasse elle-même qui circule directement dans le régulateur au lieu de l’eau qui sert d’intermédiaire dans l’ancien appareil ; la question est donc ici dans un montage correct de la tuyauterie et l’observation rigoureuse des niveaux. Cet appareil produit C00 litres de tafia ou d’eau-de-vie à 60 degrés par dix heures de travail. Son prix avec le générateur est de 10,600 fr. environ. Il consomme 2 kilogr. de houille pour 100 kilogr. de vin titrant 8 0/0.

Nous voyons aussi sur une table une petite colonne b (fig. 2, PI. VI), et son réfrigérant d, servant à analyser les vins ou vinasses. Cette petite machine travaille parfaitement et retire des vins faibles le peu d’alcool qu’ils contiennent.

Si notre Exposition universelle n’eût pas été si courue, si chaque exposant avait pu obtenir la place qu’il convoitait, M. Savalle aurait pu exposer un magnifique appareil dont nous donnons ici la vue d'ensemble (fig. 2 et 3, PI. V), qui est continu , et produit directement de l’alcool à 94 degrés ! Cette machine a été construite pour l’usine de M. le baron Springer à Maisons-Alfort, afin de recueillir l’alcool contenu dans les eaux de lavage de la levûre de panification; dans ce cas spécial , on obtient de l’alcool il 90 degrés. Mais lorsque ensuite on l’a employée à la distillation des matières épaisses provenant des grains contenant 4 0/0 d’alcool, elle a fourni l’alcool brut à 94 degrés centésimaux. Nous dirons à ce propos que la forme rectangulaire des plateaux oifre une sécurité très-grande dans leur nettoyage naturel , vu surtout la rapidité avec laquelle les liquides circulent dans la colonne. Des regards sont d’ailleurs ménagés sur les faces des tronçons pour opérer le nettoyage en cas de besoin et de temps à autre.

M. Savalle n’a pas pu exposer son appareil distillatoire locomobile (fig. 4, PI. V), basé sur les mêmes principes. A est une colonne rectangulaire, B un condenseur chauffe-vin, K le réservoir à vin, L le régulateur d’alimentation, D le régulateur de la vapeur qui est produite par un petit générateur séparé. Cet appareil distille par jour 150 hcctol. de vin , et dépense 300 kilogr. de houille.

A côté de l’exposition de M. Savalle, nous voyons un appareil appartenant à la maison Cail , qui sert tour à tour à la distillation ou à la rectification , ce

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Fig. 17.

qui explique la vaste dimension de sa chaudière. Il est destiné uniquement aux colonies, et possède une double tuyauterie permettant d’utiliser le vin comme liquide réfrigérant dans ce pays où l’eau , sous l’action de la température ambiante, est toujours plus chaude que le vin que l’on veut distiller. Cet appareil, de forme ancienne, rend quelques services particuliers pour lesquels il est agencé.

Passons devant l’exposition de MM. Dreyfus frères, dont la chaudronnerie est bien faite , mais dont il est impossible d’obtenir aucun renseignement de nature à intéresser les lecteurs. Arrivons à l’exposition de M. Egrot, fort intéressante dans toutes ses parties, quoique incomplète pour les raisons d’exiguïté de local.

L’appareil à distillation continue système Egrot repose principalement sur une construction nouvelle des plateaux qui consiste à leur donner une surface d’opération plus grande et plus énergique que dans les plateaux généralement en usage. Les fonds de ces plateaux sont disposés en cascade, et divisés en galeries circulaires concentriques de façon à obtenir une circulation prolongée et contrariée, laissant le temps au liquide de se dépouiller complètement de l’alcool qu’il contient. Cette action est encore augmentée par la présence de nombreux petits bouilleurs ou champignons barboteurs qui existent dans le parcours, et permettent ainsi de diviser les vapeurs ascendantes sur toute la surface du plateau, et d’activer la distillation par une ébullition forcée.

Les figures 1 7 et 1 8 représentent une coupe et un plan d’un de ces plateaux.

A, plateau avec rebord pour se joindre soit à la chaudière, soit à d’autres plateaux.

B, fond cannelé et divisé en galeries concentriques.

C, digues qui forcent le liquide en circulation à tomber d’une galerie dans l’autre et à prendre une direction opposée, comme cela est indiqué par le sens des flèches.

D, petits bouilleurs livrant passage aux vapeurs ascendantes et agitant fortement le liquide sur toute la surface du plateau.

Les elfets produits par ces plateaux se comprennent facilement , en augmentant leur surface de distillation et en facilitant très-sensiblement le dépouillement des vins. M. Egrot obtient donc une distillation sous une très-faible pression, et un épuisement très-rapide. Cette rapidité du travail , dans le cas de la

Fig. 18. — Coupe et plan des plateaux Egrot.

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distillation des jus fermentés de betterave, pomme de terre, topinambour, offre l’avantage de diminuer la formation des huiles empyreumatiques et des éthers spéciaux, dont les produits distillés sont dès lors moins chargés, et par conséquent plus faciles à rectifier. De même les trois-six que l’on livre ;i la consommation, sans être rectifiés, sont obtenus avec une grande finesse de goût. Aussi M. Eyrot a-t-il déjà livré plus de 400 de ses appareils à l’industrie des alcools.

La figure 3 , PI. VI, représente un appareil Egrot de moyenne grandeur chauffé à feu nu. Voici la description de cet appareil :

a , chaudière en cuivre munie d’un syphon , b pour la vidange continue des vinasses épuisées et d’un robinet , c pour la vidange totale.

A, plateaux de distillation.

B, calotte recouvrant le dernier plateau et supportant la colonne à rectifier C.

E, col de cygne conduisant les vapeurs alcooliques dans le serpentin rectificateur chauffe-vin F.

J, entonnoir recevant le vin et le portant au bas du chauffe-vin.

K , tuyau portant le vin du chauffe-vin dans le premier plateau.

N, tuyaux et robinets de rétrogradation des petites eaux dans la colonne à rectifier D.

R, cuvette régulatrice.

S, robinet flotteur.

T, robinet régulateur du vin.

V, éprouvette.

Z, cuve à vin.

X, pompe-bâche foulante chargeant la cuve Z.

On voit, d’après la forme des différents organes de l'appareil, certains avantages obtenus habilement par M. Egrot.

Le chauffe-vin est rétréci par le haut, ce qui fait que le vin est porté à la plus

haute température possible avant de tomber sur les plateaux. Les dispositions de la colonne à rectifier, des robinets de rétrogradation du réfrigérant placé au-dessous du chauffe-vin, permettent d’obtenir immédiatement des eaux-de-vie de bon goût à 30 ou 70 ou des Irois-six de 73 à 90 degrés. Enfin, le tout est facilement démontable, de petite dimension, d’un prix dès lors modéré.

M. Egrot construit des appareils sur dix grandeurs différentes; le plus petit distille 20 liectol. par vingt-quatre heures, et le plus grand en distille 1 ,000 dans le même temps.

Les vastes dimensions des plateaux, leur disposition et celle du chauffe-vin provoquent la distillation complète et rapide de l’alcool avant même qu’il retombe dans la chaudière, empêche toute pression dans l’appareil , et dès lors le met à l’abri de Fig. 19. - Petit appareil Egrot. voir les liquides mousser et monter, de

vinasser, ce qui est la pierre d’achoppement d’un bon appareil. De plus, par le petit volume de liquide qu’il contient, il emploie très-peu de combustible. Enfin, dans les cas particuliers où l’on

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ni

distille des liquides très-alcooliques et où l’on veut obtenir des liquides plus élevés en degré, on peut ajouter un plateau de plus ;’i la distillation et un chapiteau rectificateur sur la colonne à rectifier.

M. Egrot a exposé également un tout petit alambic , fig. 1!), construit exactement sur le même système, dont il existe quatre grandeurs pouvant distiller de 4 à 16 keclol. par vingt-quatre heures. La chaudière est portée sur un fourneau X en tôle garni de briques réfractaires, et le chauffe-vin sur un support en bois , le tout facilement démontable et transportable. Enfin , pour que ses appareils soient tout ;i fait agricoles et portatifs, M. Egrot a établi un appareil du même système sur un chariot à trois roues (fig. 4, PI. VI), ce qui permet de faire le travail de la distillation des vins dans les fermes. Ce chariot contient un appareil chauffé il feu nu, une bâche surmontant le chauffe- vin destinée à recevoir le vin qu’élève une pompe rotative en bronze installée sur le chariot. On peut faire avec cet appareil des eaux-de-vie de 55 à 75 degrés. M. Egrot construit aussi un modèle plus petit du même genre, avec toiture, dont nous rencontrerons de nombreuses imitations.

L’exposition de M. Egrot, fort intéressante et fort bien comprise, se complète par quelques petits modèles de ses alambics pour laboratoires avec appareil dans le vide pour la distillation et la fabrication des extraits pharmaceutiques, et par une belle installation de cuisine à vapeur avec un générateur vertical spécial qui seront décrits dans une autre partie de cet ouvrage.

Appareils divers. — A la suite de ces grandes expositions, nous en trouvons quelques-unes plus modestes, mais non moins intéressantes, dans l’annexe parallèle à l’avenue de la Bourdonnaye. M. Colombier, de Lyon, présente un appareil à double fond oscillant, se chauffant à la vapeur avec rectificateur spécial. Cet appareil est destiné surtout à la préparation des parfums, absinthes, etc. , mais peut servir aussi à la distillation des marcs et de tout jus fermenté. La disposition ingénieuse de la machine consiste à pouvoir faire osciller la cucurbite autour d’un axe pour opérer rapidement la vidange , en ne démontant que le chapiteau , opération rendue facile par la disposition des attaches. L’entrée de la vapeur et la rétrogradation du rectificateur se font par les tourillons, ce qui évite tout démontage spécial. Dans les grands appareils, la rotation de la cucurbite est provoquée au moyen d'une manivelle agissant sur une vis sans fin qui engrène un pignon placé sur le tourillon intérieur à travers lequel passe la rétrogradation.

Le rectificateur est à tubes plongeants dans une bâche analogue à celui que représente notre appareil à rectifier ordinaire, Impartie, pi. III, mais un robinet à trois eaux permet d’isoler le rectificateur et de distiller sans en faire usage. Cet appareil est bien construit, de forme élégante; la chaudronnerie en est soignée et les détails étudiés avec soin. M. Colombier construit treize grandeurs de ces alambics ayant une capacité de 100 à 2,000 litres et valant tout complet de 1,200 à 7,000 francs.

Outre ces appareils, la maison Colombier construit aussi de grands appareils â colonne pour la distillation des vins et jus fermentés dont la forme rappelle un peu celle des appareils Egrot, avec modification dans le système réfrigérant; des alambics ordinaires et outillage de liquoriste et des appareils portés sur roue construits sur le principe de Villard , avec générateur vertical et rectificateur semblable à celui qui est appliqué dans l'alambic oscillant. Nous reviendrons sur la machine de Villard un peu plus loin.

Près delà, la maison Deroy (Paris-Grenelle) a de beaux alambics de confiseur et liquoriste ; mais elle construit aussi de grands appareils à distiller et des alambics montés sur roue , genre Egrot.

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M. Tamarelle expose un modèle d’appareil à distiller à jet continu à plateaux d’un système particulier. Ces plateaux , que l'inventeur nous montre près de son appareil, sont garnis de chicanes en spirale qui force , comme dans les appareils Egrot, les liquides alcooliques <1 séjourner longtemps au contact de la vapeur. Le reste de l’appareil se rapproche de celui de Cellier-Blumenthal.

MM. Lugand et Pommier, de Marseille, ont une exposition qui n’emprunte rien aux autres. Le hut de ces constructeurs a été d’obtenir des alambics portatifs de hauteur limitée , tout en ayant une colonne puissante, et cela pour n’ètre jamais gênés par la distance souvent restreinte des plafonds dans les fermes où ils installent leurs appareils. Ils y sont arrivés en coupant leurs colonnes en deux tronçons réunis par une tuyauterie spéciale. Leur chaudière est double comme celle de Cellier-Blumenthal, ou plutôt de Pistorius modifiée; le chauffe-vin surmonte la colonne dans les petits appareils ou en est séparé dans les autres, le réfrigérant est placé sur un support attenant au fourneau, en sorte que tout l’appareil se déplace d’une pièce sans démontage. Les petits alambics pouvant produire de 30 à 230 litres d’alcool par vingt-quatre heures coûtent de 400 à 1,200 francs, et ont une hauteur variable de 2 à 3 mètres au maximum.

Leur appareil monté sur roue, très-rustique et très-bien installé, exposé aussi, est construit sur le même principe ; il peut distiller de 500 à 1,000 litres de troissix par vingt-quatre heures, avec une hauteur maxima totale de 3 mètres. La chaudière double comme précédemment est surmontée d’un tronçon de colonne, et un autre tronçon , le réfrigérant, et tout l’accessoire nécessaire au fonctionnement de l’appareil sont placés à côté. Le tout est monté sur un cadre de fer, et couvert d’un toit qui met les ouvriers, et l’appareil lui-même, à l’abri des intempéries des saisons lorsque l’on travaille en plein air. C’est une très-bonne machine très-recommandable.

La maison Lugand et Pommier construit en outre un très-joli appareil de chauffage des vins, appareils à eau de Seltz , chaudière à évaporer et cuire dans le vide, etc. Enfin elle est concessionnaire pour le midi de la France de la construction des appareils IL Pictet pour la production de la glace. C’est une maison dont l’Exposition est particulièrement remarquable.

Nous voyons près de là une petite distillerie portative, sur roues, fort bien construite par M. Chauveau à Loudun (Vienne) sur les modèles de la maison Kgrot , avec de légères modifications de détail.

Plus loin l’appareil de MM. Bouhon et Clc pour la distillation des marcs, se composant d’une chaudière pouvant osciller autour de ses tourillons pour la vidange des marcs, d’une série de colonnes et réfrigérants surmontant une bûche A vin, et d’un générateur vertical occupant le centre de la voiture. Nous n’avons pu obtenir aucun détail sur cet appareil.

Nous avonsconservé en dernier lieu l’exposition deM. CrelFe deTullins (Isère), pour en parler plus longuement. Elle se compose uniquement d'un appareil distillatoire locomobile construit sur le principe de Villard, mais dont toutes les parties sont parfaitement comprises et étudiées de manière à rendre l’ensemble de la machine aussi solide que possible, et à lui faire occuper un volume trèsrestreint tout en lui procurant un rendement élevé, avec manoeuvre facile de toutes les parties du système. Car jusqu'ici les appareils de Villard étaient encombrants , nécessitant l’emploi d’un long chariot, souvent de deux , et étaient mnnis d’un grand nombre de robinets. Il n’en est pas de même de l’appareil de M. GrelFe, qui n’occupe pas plus de place qu'une locomobile ordinaire dont il a la forme.

Voici le principe duquel est parti Villard dans l’invention de son appareil : lorsque l’on distille des marcs de raisin, leur volume considérable est un em:

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barras, la vapeur agit mal dans la masse, filtrant irrégulièrement à travers les rallcs. Au contraire, si l'on chargeait les plateaux d’une colonne d’une couche de marc , la vapeur, en traversant la colonne , épuiserait chaque petite portion beaucoup mieux que si tout le marc était réuni. C’est ce qu’il lit, et bien plus,

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Fig. 20. — Appareil Greffe (de Villard modifié).

il sc servit des rafles elles-mêmes comme de plateau perméable , les supportant de distance en distance par des tôles perforées mobiles dans la colonne. Il fut récompensé par le succès de cette belle idée, et construisit tout d’abord ses appareils en une seule colonne. De plus, il lui donna une hauteur suffisante pour que l’alcool se trouvât entièrement condensé avant le dernier plateau, ce qui lui permettait de laisser sa colonne ouverte par en haut. Dès lors, au moyen d’un ingénieux système, il déchargeait les rafles épuisées du premier plateau du bas, faisait descendre d’une hauteur correspondante toute la colonne qu'il chargeait d’une nouvelle quantité de marc par le haut, de sorte que la distil-

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lation des marcs, si encombrante jadis, devenait continue et par petites portions faciles à manier.

Plus tard, trouvant gênante la hauteur de sa colonne, Villard la coupa en trois segments qu’il plaça l'un à côté de l’autre, formant ainsi trois vases réunis par une robinetterie savante, permettant d’isoler l’un quelconque des vases pour le décharger et le recharger tandis que les deux autres continuaient à fonctionner. Chacun des vases alors contenait trois plateaux au moins , la vapeur les traversant de bas en haut , et les vinasses suivant le mouvement contraire. Villard intenta un procès qu’il gagna contre MM. Leplay et Cuisinier qu se servirent du même principe pour la distillation des alcools de betterave macérés en cossette, procédé décrit dans le premier chapitre et qui est le même dans le fond et dans la forme que celui-ci, les dimensions industrielles variant seules.

C’est cet appareil modifié qu’expose M. Greffe (fig. 20). Il se compose d’un générateur horizontal tubulaire monté sur roues, exactement semblable à celui d’une locomobile. La partie supérieure de ce générateur est surmontée des trois vases macérateurs dont le fond est hémisphérique et pénètre à l'intérieur de la chaudière jusqu’à toucher l’eau , s’arrêtant à quelques centimètres des tubes. Cette disposition permet de faire dans ces vases une évaporation au bain-marie, en se servant ou non de l’action de la vapeur, disposition fertile en applications , pour la fabrication des extraits de plantes aromatiques par exemple , et utilisant au maximum la chaleur de la machine , dès lors produisant une grande économie de combustible.

La question des réfrigérants était grave, car les serpentins occupent un grand espace, demandant des bêches lourdes et encombrantes ; aussi l’inventeur a-t-il donné tous ses soins à rechercher des moyens simples de condenser les vapeurs. Il y est arrivé de la manière suivante. A droite et à gauche de la cheminée se trouvent deux systèmes tubulaires dont l’un est un alcoogène ou rectilicateur, et l’autre le condenseur. Les liquides condensés se refroidissent dans un système de deux gros tubes parcourus par des tubes intérieurs plus petits, ayant toute la longueur de la chaudière à droite et à gauche de laquelle ils sont fixés sous le plancher qui permet de tourner autour des vases. Ces deux longs cylindres tubulaires sont réunis à leur extrémité antérieure par un tuyau par lequel se déverse l’alcool condensé. L’alimentation d’eau des réfrigérants se fait au moyen d'une pompe qui provoque la circulation dans les réfrigérants horizontaux d’abord, réfrigérants qui demandent peu d’eau à cause de leur grande surface; delà la même eau pénètre dans le condenseur, puis l’alcoogène, et enfin, si besoin est, dans le générateur, ou dehors s’il n’est pas utile d’alimenter. En sorte que la même pompe suffit au générateur et aux réfrigérants, nouvelle cause d’économie de combustible, l’eau arrivant déjà chaude dans la chaudière.

Le plancher qui desserties vases distillatoires est en tôle et fait corps avec la chaudière. La robinetterie est très-simplifiée par l’emploi de robinets à trois eaux permettant, soit de faire communiquer les vases entre eux, soit avec l’alcoogène , soit avec le tuyau de vidange ; enfin les robinets de vapeur sont à la portée de la main , et en permettent à volonté l’entrée dans les vases , ou l'échappement après l’opération.

Dans le cas des marcs de raisin , il est très-lucratif d’extraire le tartre qu'ils contiennent en abondance. A cet effet, les couvercles fermant les vases de distillation sont munis à leur centre d’une soupape à laquelle on ajuste le tuyau d’eau, provenant du trop-plein, et lorsque le vase est isolé des autres, loin de rejeter la vapeur qu’il contient, on la laisse se condenser, y provoquer ainsi le vide, et aspirer dès lors la quantité d’eau nécessaire pour faire le lavage des mai es. On évacue alors l’eau chargée de tartre par le bas du cylindre, on découvre le

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vase en enlevant le couvercle au moyen d’une petite grue placée sur le bâti, on soulève de même d’un seul coup les trois plateaux perforés qui entraînent tout le marc que l’on vide loin de l’appareil en faisant pivoter la grue sur ellemême, on recharge de même les plateaux, et l’opération recommence comme devant.

Nous nous sommes étendus sur cette machine parce que dans la lre partie nous avions fort peu traité la distillation des marcs que nous voyons ici facile¬

ment exploitable. Cette machine se recommande donc à tous ceux qui font ce genre d’industrie, d’autant plus que M. Greffe en construit de plus petites, à un vase, intermittentes dès lors, et à deux vases, à travail continu (fig. 21). Le principe de ces appareils est toujours le même, seulement l’inventeur a cherché la plus grande économie possible du combustible en enfermant le foyer dans la paroi double d’une petite chaudière, qui produit ainsi la vapeur nécessaire au travail , tout en chauifant les vases distillatoires à feu nu. Dans l’appareil à deux vases, chacun d’eux est muni de son foyer et de son petit générateur, mais la vapeur de ces deux générateurs se réunit dans un dôme commun placé entre les deux vases.

Cette exposition modeste est donc pleine de portée et d’idées bien conçues qui font honneur à l’inventeur et aux constructeurs, chacun des points des machines,

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que nous ne pouvons malheureusement relater tous , étant parfaitement étudié pour joindre à la légèreté et au peu de volume le maniement et le nettoyage faciles dans toutes les parties.

Nous nous arrêterons là, en ce qui nous concerne, dans l’énumération des beautés de l’Exposition universelle. Elle est fertile en machines distillatoires de toutes formes et de tous systèmes, mais nous apporte malheureusement peu de perfectionnements qui puisse faire époque dans l’art de la Distillation. Cependant on peut être fier de constater patriotiquement que la France , qui seule expose dans cette branche mécanique , a , depuis la dernière Exposition universelle, amélioré sa construction, créé de nombreux modèles nouveaux, et ne s’est laissé distancer par aucune autre puissance, et que, grâce à cette supériorité bien marquée de notre industrie , les machines distillatoires françaises se répandent à l’envi dans le monde entier.

Horsin-Déon.

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