‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 39 sur 95 · COMPOSITION DE 1,000 PARTIES DE FUMIER SEC · texte numérisé non relu

COMPOSITION DE 1,000 PARTIES DE FUMIER SEC

Fumier de Vincennes . . .

— de Bechelbronn. .

— de Bouxviller. . . .

1,000 de résidu de purin. .

Telle est la substance de la doctrine des engrais chimiques, doctrine aujourd'hui victorieuse et à la défense de laquelle je m’honore d’avoir consacré, dés 1870, quelques modestes publications.

Assimilabilitê. — Une des grandes conséquences de cette doctrine, c’est la facilité d’apprécier exactement la valeur d’un engrais quelconque, animal, végé-

INTRODUCTION

tal, minéral, mixte, et d'un fumier d’origine quelconque. Toute la question se réduit ii comparer les prix de 1 kilogramme assimilable de chacun des éléments de l'engrais complet contenus dans un engrais donné, au prix de 1 kilog. de ces mêmes éléments dans les produits chimiques à employer.

Ainsi, la richesse centécimale ne suffit pas ; les éléments utiles contenus sous une forme soluble ou à un état qui leur permette de devenir solubles pour s'assimiler à la substance des plantes, ont seuls une valeur agricole.

Les deux corollaires que nous venons d’énoncer donnent lieu à des remarques d’un grand intérêt pour la pratique.

« La science n’est pas immuable, a dit M. G. Ville : au contraire, à part « quelques faits premiers, devenus des lois à jamais consacrées, l’interprétation <( des faits secondaires change incessamment à mesure que leur nombre s’accroît « et que les conditions de leur manifestation nous sont mieux connues. Personne « ne pourrait avoir la prétention de posséder le dernier mot de la science sur « la végétation : dans l’élat de transition que nous traversons, le parti le plus « sage est de s’en tenir au témoignage des faits, sans rester en deçà, comme sans « aller au delà, et d’éviter par dessus toute chose les idées systématiques (1). »

C’est au nom de ces principes que nous faisons intervenir ici M. Joulie, qui a pris rang parmi les chimistes agronomes les plus considérés, après avoir vaillamment secondé M. G. Ville au laboratoire du muséum et au champ d’expériences de Vincennes, de 1860 à 1872, c’est-à-dire pendant la période de luttes et de diatribes.

1° Théorie des dominantes. — Dans la cinquième édition de son remarquable Guide pour l'achat et l’emploi des engrais chimiques, M. Joulie s’exprime en ces termes :

« Le mot dominantes, introduit dans la science, en 1864, par M. G. Ville, n dans ses conférences au champ d’expériences de Vincennes, a séduit les « cultivateurs, qui ont vaguement entrevu une idée vraie et féconde, sous cette « expression peu grammaticale. Les savants l’ont, au contraire, assez froide- « ment accueilli, parce que l’idée nouvelle qu’il représentait ne leur paraissait « pas suffisamment précise.

« M. G. Ville avait observé, en effet, qu’à Vincennes, où il faisait ses expériences, les diverses plantes cultivées n'étaient pas également influencées par « les divers éléments essentiels des engrais employés. Le froment, par exemple, « était plus sensible à la suppression de l’azote que les féerolles, qui, de leur « côté, paraissaient beaucoup plus avides de potasse que le froment. Générali- « sant aussitôt cette observation, M. G. Ville enseignait dans ses conféren- « ces, que chacun des éléments de l'engrais remplissait tour à tour un rôle « prédominant ou subordonné, selon la plante pour laquelle il était employé, « et il appelait dominante de chaque plante, l’élément qui lui avait paru rem- « plir vis-à-vis d’elle le rôle prépondérant. Mais il n’a pu lui-même aller bien « loin sans s’apercevoir que cette définition manquait de rigueur, car il insiste « à diverses reprises pour établir que cet effet prédominant ne se manifeste que « dans les sols pourvus des autres éléments. Lorsqu’il s’agit ensuite d’assigner « à chaque plante une dominante déterminée, il hésite et en nomme quelque- « fois deux. C’est ainsi que, pour la pomme de terre, il indique l’azote et la « potasse (2). Ailleurs, il nomme la potasse et la chaux comme dominantes de « la luzerne. »

Il ajoute : « M. G. Ville dit bien que l’expérience doit être faite sur un sol do

(1) Les Engrais chimiques, 1867.

(2) La production végétale, 2° édition, page 310,

ENGRAIS

« moyenne fertilité ; mais à quels caractères reconnaître cet état particulier » du sol ? »

. « Faut-il donc, en fin de compte, renoncer à cette idée séduisante des

« dominantes et la reléguer parmi les illusions d’un esprit trop prompt à géné- « raliser les résultats de ses observations ?

« La vérité est que chaque plante veut recevoir les éléments qu’elle tire du « sol dans des proportions déterminées, de manière à atteindre, pour chacune a des phases de sa végétation, à la composition type qui lui est propre. Si on « désigne sous le nom de dominante, ou mieux à' élément dominant, celui des « quatre éléments essentiels qui figure pour la plus forte proportion dans la « composition-type de chaque plante, il est évident qu’elles ont chacune le leur;

« mais nous ne pourrons le connaître exactement que lorsque les analyses « nécessaires à l’établissement de la composition-type des végétaux auront été « exécutées.

Et la conclusion est la suivante :

« N’est-il pas évident que la multiplicité des dominantes enlève beaucoup de « sa valeur au principe même de la dominante, et qu’au lieu de se préoccuper « uniquement de l’élément qui est absorbé en plus forte proportion, il faut « faire un pas de plus et compléter cette notion insuffisante en tenant compte « des proportions mêmes dans lesquelles tous les éléments utiles sont assimilés, « et par conséquent des rapports-types de la composition des végétaux, déduits « de l’analyse des meilleures récoltes qui peuvent être obtenues. »

2° Analyse des terres. — Ne pouvant suivre dans notre travail, dont le cadre est forcément restreint, M. Joulie dans les considérations scientifiques qu’il développe, nous résumons :

Tandis que dans sa première phase, la doctrine des engrais chimiques négligeait presque complètement l’analyse chimique des terres, ne cherchant à se renseigner que par l'analyse du sol par la végétation (champs d'expériences), M.Joulie montre que l’essai chimique tel qu’il le pratique, par des procédés de laboratoire très-perfectionnés, peut rendre à la culture des services importants. « Car, dit-il, s’il est impossible de tirer aucune conclusion pratique A l’égard « des éléments trouvés en abondance, il n’en est pas de même pour ceux qui « font défaut ou qui ne se montrent qu’en faible proportion, Pour ceux-là, du « moins, on est assuré de la nécessité absolue d’en apporter par les engrais, si « l'on veut utiliser les autres et obtenir des récoltes. » Celte considération, dont les conséquences ont une valeur de premier ordre, appartient tout entière à cet habile chimiste qui nous donne un tableau d'environ soixante analyses de terres, accompagné des interprétations pratiques qui en découlent.

ÉLÉMENTS ESSENTIELS

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