‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 40 sur 95 · ESSENTIELS · texte numérisé non relu

ESSENTIELS

L’AZOTE

Les récoltes contiennent des quantités considérables d'azote, ainsi qu’on peut en juger par le tableau suivant extrait des tables de Woolf.

Froment

( grain l paille

Betteraves (racines) .

Pommes de terre (tubercules) Luzerne .

Colza

) grain ( paille

Récolte à

l’hectare.

Azote contenu.

L’azote est absorbé par les plantes sous trois formes distinctes : l°à l'état d'ammoniaque combiné à divers acides, et formant avec eux des sels solubles dans l’eau; 2° à l'état d’acide azotique ou nitrique combiné à diverses bases et formant avec elles des azotates ou nitrates, tous solubles dans l’eau : 3° Selon M. G. Ville, à l'état d'azote élémentaire tel qu’il se trouve dans l’air, dont il forme les 79 centièmes. Ce qu’il y a de certain c’est que les récoltes contiennent beaucoup plus d’azote que ne leur apportent les engrais employés.

Certaines plantes, comme la luzerne, le Irefle, et, en général, les plantes de la famille des légumineuses , prennent à l'air la totalité de leur azote. Avec des engrais ne contenant pas un atome d'azote ces plantes prospèrent indéfiniment sur un même sol.

D'autres, comme la betterave et la pomme de terre, se contentent, pour prospérer, de trouver dans le sol une certaine quantité d'azote combiné.

D’autres enfin, comme les céréales, et particulièrement le froment, veulent, trouver dans le sol la plus grande partie de l'azote qu’elles contiennent.

Le succès de. certains assolements de l’ancienne théorie reposait, à son insu, sur ces trois ordres de faits aujourd’hui incontestés, pareequ'ils sont scientifiquement établis.

Matières azotées. — L’agriculture peut trouver dans le commerce : Le sulfate d'ammoniaque. — Le nitrate de soude. — Le nitrate de potasse. — Les matières organiques.

Sulfate d’ammoniaque. — Composition. Ce sel est le plus riche des matières azotées commerciales. A l’état de pureté, il contient pour 100 parties.

Acide sulfurique monohydraté ( Acide sulfurique (S O3, H O) 74,25 /Eau .

Ammoniaque (A z H3) 25,75. . jj ^ote°0^

Degré de pureté. — Ce sel, bien fabriqué, n’est jamais absolument pur; mais la quantité de matières étrangères que l’on y trouve ne dépasse guère 3 à 4 %• La richesse en azote des sulfates de bonne et loyale fabrication ne descend pas au-dessous de 20 °/0 et atteint souvent 21 %•

ENGRAIS

Falsifications. — Depuis que l’agriculture a adopté ce sel, des procédés nouveaux ont été industriellement établis pour l’obtenir, et les produits sont bien loin d’être toujours semblables.

L’Angleterre nous envoie des sulfates grossièrement fabriqués qui ne dépassentguère 19 % d'azote et descendent souvent à 17%’> ces derniers produits sont complètement noirs, et, quoique livrés à un prix qui parait peu élevé, ce prix est encore supérieur à celui des sulfates riches. Outre le bisulfate d'ammoniaque qui peut se produire dans une fabrication mal conduite et se mélanger au sulfate d’ammoniaque, celui-ci peut avoir été falsifié par mélange avec d’autres produits d’une valeur inférieure. Aux agriculteurs de prendre leurs précautions, en faisant analyser les produits qu’ils achètent. 11 est bon de les avertir qu’une confusion est souvent exploitée à leur détriment. La richesse du sulfate d’ammoniaque peut-être exprimée de deux manières différentes. En France, on a l’habitude d’indiquer la richesse en azote, et en Angleterre, la richesse en ammoniaque, de telle sorte que le même sulfate a un titre de 21 ,'21 % ou de 25,75 % suivant le mode adopté. Pour faire disparaître toute confusion entre ces deux manières d’exprimer la même chose, il nous suffira de dire que pour obtenir le titre en azote, il n’y a qu’à multiplier le titre en ammoniaque par le nombre 0,8247, et réciproquement; que pour obtenir le titre en ammoniaque, on multiplie le titre en azote par le nombre 1,214.

En faisant ces calculs pour toutes les richesses qui peuvent se rencontrer dans le commerce, on arrive à la table suivante :

Titre en azote

Titre

en ammoniaque.

Titre

en ammoniaque.

Titre en azote.

Les richesses intermédiaires se déterminent très-facilement à l’aide des multiplicateurs ci-dessus indiqués.

Emploi. — L’azote contenu dans le sulfate d’ammoniaque est entièrement absorbable et assimilable par les plantes. De plus ce sel possède la remarquable propriété de remonter à la surface du sol au lieu de se laisser entraîner comme

éléments essentiels.

beaucoup d’autres, par les eaux qui le traversent.. Aussi convient-il tout particulièrement à la culture des céréales qui ont surtout des racines superficielles. Mais comme il n’apporte que l’azote, il ne doit être employé seul qu’avec la plus grande- circonspection.

Il est néanmoins certains cas où ce sel employé seul peut rendre des services de grande importance. Supposons une terre suffisamment pourvue d’éléments minéraux (acide phosphorique, potasse, chaux) qui porte du blé ou du colza. A la sortie de l’hiver, ces plantes, n’ayant pas trouvé une quantité suffisante d’azote, souffrent; sur le blé, avant le mois d’avril, répandez 50 à 200 k. de sulfate d’ammoniaque, suivant la gravité du mal; qu’une pluie survienne, et, en quelques jours, le blé reprend et finit par donner sa récolte normale. — Faites de même au colza, et binez, et il reprend bientôt une allure très-satisfaisante. C’est ce qui est arrivé cette année particulièrement au champ d’expériences de Vincennes.

Malgré ces bons effets, je conseillerai aux agriculteurs du midi de la France de combiner leurs assolements et leurs distributions d’engrais, de manière à faire l’usage le plus restreint possible des engrais eu couverture.

Si l’on peut, sans inconvénients, donner à la terre, en une seule fois, les éléments minéraux pour une période de quatre à cinq années, pour un assolement déterminé, il faut ne distribuer la matière azotée qu’annuellement, suivant la récolte à traiter; dans ce cas, le sulfate d’ammoniaque, employé seul, convient aussi parfaitement.

Mais en dehors de ces cas bien déterminés, il y aura toujours danger à se laisser séduire par les rapides effets du sulfate d’ammoniaque employé seul.

Provenance. — Le sulfate d’ammoniaque que nous livre l’industrie est préparé par saturation directe de l’acide sulfurique, au moyen des vapeurs ammoniacales que l’on obtient par la distillation, soit des eaux vannes, soit des eaux ammonicales des usines à gaz.

Prix. — Le sulfate d’ammoniaque, avant la demande agricole, valait à peine 35 francs les 100 kil, en 1866. Après la guerre, il est arrivé jusqu’à 70 francs. Il oscille aujourd’hui entre 50 et 55 francs les 100 kil, ce qui met l’azote en moyenne à 2 fr 50 le kil. Les besoins de l’agriculture sont si nombreux qu’il serait illusoire d’attendre une baisse sensible dans un avenir prochain, malgré tous les procédés qu’on met en usage pour se le procurer.

Appareil Lair. — L’appareil qui donne aujourd'hui les meilleurs résultats pour l’épuisement des eaux ammoniacales est celui de M. Lair, chimiste distingué, qui s’occupe spécialement de cette importante question. Nous en avons vu fonctionner un spécimen à Saint Denis, à la voirie de M. Ternois, grand entrepreneur de vidanges. Voici en quoi consiste cet appareil qui fabrique 500 kilogs de sulfate d’ammoniaque par 24 heures.

Une pompe mue par une machine à vapeur de 2 chevaux amène les eaux vannes dans un premier cylindre à travers les tubes dont il est muni ; le liquide passe ensuite dans les tubes d’un second cylindre en tout semblable au premier. Ces deux cylindres sont appelés réchauffevrs parcequ’ils sont traversés entre les tubes par les eaux déjà épuisées et portées à la température d’environ 70 degrés, Ainsi échauffées, les eaux vannes sont envoyées dans la partie supérieure d’une colonne semblabe à celles qu’on emploie pour la distillation continue de l’alcool (système Champonnois.) Or, la même pompe projette dans la colonne un lait de chaux finement tamisée, et le générateur envoie un jet de vapeur; sous l’influence de la température et de l’action de la chaux, la décomposition chimique s’opère, et le gaz ammoniacal, s’échappant par la calotte supérieure de la colonne, arrive dans un baquet doublé de plomb et rempli d’acide

ENGRAIS

sulfurique du commerce, qui, saturé par l’ammoniaque, forme le sulfate d’ammoniaque qu'on retire et qu’on fait égouter. Il est ensuite mis en las prêt pour la livraison. J

Les eaux épuisées et boueuses sortant par le fond de la colonne sont amenées dans un cylindre appelé débourbeuv, où se déposent les matières qui forment la boue mélangée à la chaux qui a opéré les réactions; elles en sortent chaudes pour passer, comme nous l’avons dit, dans les réchauffeurs où elles cèdent leur chaleur aux eaux vannes qui passent dans les tubes, après quoi une rigole les conduit dans une fosse spéciale parfaitement épuisées. Quant aux boues qui se déposent dans le fond du débourbeur, on les enlève par un trou d’homme ménagé dans ce but; elles contiennent encore là 1,5 pour 100 d’azote; on les laisse sécher, et on les vend à l'agriculture pour ce qu’elles valent. On peut encore les passer au tiltre-presse pour en extraire la partie liquide qui est rejetée.

Cet appareil occupe peu de place, n’exige qu'un personnel sans importance et est à l'abri de tout accident, au moyen d’un tube de sûreté soudé sous le tuyau de dégagement de l’ammoniaque, et plongeant dans un baquet spécial. Quand les eaux vannes s’échauffent dans le réchauffeur, le gaz acide carbonique est renvoyé seul au dehors par un tube branché sur le tuyau qui envoie les eaux vannes dans la colonne. Ajoutons que cet appareil est facile à visiter dans toutes ses parties, d'un nettoyage facile, d'un prix relativement peu coûteux, et qu’on est en train d'en installer quatre à la voirie de Bondy. Au prix actuel des eaux vannes, le sulfate d'ammoniaque revient aux fabricants à 35 fries 100 kil.

Nouveau procédé de traitement des vidanges. — On sait que, malgré tous les essais faits jusqu’à ce jour, les matières visqueuses qui restent après l'enlèvement des eaux vannes se refusent absolument à passer à travers le filtre-presse.

M. Joulie a trouvé un réactif, ((pii est naturellement son secret,) qui, mélangé aux eaux vannes, les fait passer sans difficulté, ce qui donne une augmentation notable à la quantité d'eaux vannes d'où on extrait sans déperdition l’azote qui constitue leur valeur; ce qui reste, est à l’état solide et désinfecté, au grand avantage de la contrée où sont établies les voiries où les matières visqueuses sont livrées, pendant une moyenne de cinq ans, à la dessiccation, perdant, par h' lavage des eaux des pluies et par la fermentation, environ les 3/4 de leur valeur, cl répandant sans cesse dans l'atmosphère des exhalaisons qui infectent l'air jusqu’à de grandes distances. La valeur de l’engrais obtenu est encore amoindrie de moitié par l'addition de sou volume de tourbe, qu’on a pris l’habitude de pratiquer afin de hâter un peu la dessiccation.

Il est inutile d’insister pour faire comprendre combien cette découverte est avantageuse au double point de vue de la salubrité et du bon emploi de l'azote des matières fécales.

Le réactif de M. Joulie fonctionnant de pair avec l’appareil de M. Lair aboutit à la suppression si longtemps désirée de la fabrication de la poudrelte. Les résidus laissés par h; tiltre-presse seront livrés à l'agriculture d'après leur richesse en éléments utiles.

Nitrate de soude. — On l’appelle aussi dans le commerce salpêtre cubique, J parce (pie, à l’état de pureté, il cristallise en petits rhomboèdres qui ressemblent à des cubes.

f '(imposition . Il contient dans 100 parties.

i Oxygène (01 . . 47,06

I Azote (Ar) . 16, 47

Acide azotique (A; O" Soude (N «O) .

Total

ÉLÉMENTS ESSENTIELS

Provenance. — 11 nous vient de la province de Taracapa, située au Sud du Jéroudont elle forme les confins avec la Bolivie. La terre de la plage qui, dans cette outrée, horde le Pacifique, pénétrée par des infiltrations marines, contient 3 à t °/0 de nitrate de soude qu’on extrait par des lessivages. Depuis 1830, l’exploitaion de ces gisements n’a fait que s’accroître. Limitée au début à 18,700 quintaux îspagnols de 46 kilogr., elle atteignait déjà les chiffres de 223,845 quintaux, en 830. En 1860, elle s’élève à 1,370,248 quintaux, et, en 1872, à 4 millions.

C'est l’Angleterre et la France qui importent la plus grande partie du nitrate îaturel de la mer du Sud; en 1871, la part de la France seule était représentée jar 8,871,000 kilogr., d’une valeur de 4,435,000 fr., en 1874, le total de nos ntroductions se monte à 47,806,612 kilogr., en poids, et à 16,732,344 fr., en râleurs.

Le revenu principal du Pérou résidant dans le guano, le gouvernement de Lima se voyant menacé par une concurrence sérieuse a pris des mesures qui happent d’un fort droit de sortie le nitrate de soude, et telles, dans leur bizarrerie, qu’il arrivera par voie indirecte et arbitraire, à l’expropriation des exploitations de nitre au profit de l’État.

La Bolivie possède également des gisement de nitre encore peu exploités, mais iont la rpise en œuvre deviendra sérieuse, si le gouvernement Péruvien, par mite des entraves qu’il apporte lui-même à l’exportation de ce produit, se fait fermer les marchés dont il a, en quelque sorte, le monopole.

Rappelons que c’est M. Boussingault qui, le premier, a attiré l’attention des Agriculteurs sur le nitrate de soude du Pérou.

Degré de pureté. — Il ne renferme guère que 4 à 5 °/o de matières étrangères. L’azote varie donc de 15,57 à 15,88 °/0. C’est un produit précieux pour l’agriculture

Falsifications. — Elles ne peuvent être reconnues que par l’analyse.

Emploi. — Nous conseillons le sulfate d’ammoniaque pour les céréales et le nitrate de soude pour les racines. — Quand les betteraves, vers la fin de mai, paraissent languissantes, on peut leur donner 1 00 à 200 kil. de ce sel par hectare. Après un binage, à la suite de cette distribution bienfaisante, la plante reprend une belle végétation. En dehors de ce cas spécial, le nitrate de soude employé seul ne conduira qu’à l’insuccès.

Prix. — En 1870 il valait 50 à 52 f, les 100 kilog.

11 vaut aujourd’hui 36 francs les 100 kil, ce qui met l'azote à 2 fr. 33 cent, le

kilog.

Nitrate de potasse. — Composition. 11 contient dans 100 parties :

Acide azotique (Ai05j Potasse (KO) .

( Oxvgène (O) . 39,57

t Azote (A z) . 13,84

Total. 100,00

Provenance. —11 provient de la transformation du nitrate de soude en nitrate de potasse, au moyen du chlorure de potassium.

Degré de pureté. — Le total des diverses impuretés du nitrate ainsi obtenu du 1er jet ne dépasse pas 5 °/0.

Falsifications. Les agriculteurs ne doivent s’adresser qu’à des maisons parfaitement connues, en se mettant surtout en défiance contre les offres à bon marché; s’ils font analyser, ils doivent exiger du chimiste le dosage de l’azote et de la potasse.

ENGRAIS

Emploi. — Ce sel est une double source d’azote et de potasse; nous ne pouvons rien dire de ses applications qu’après avoir vu ce qui a trait à la potasse.

Prix. — Meme remarque que pour l’emploi.

Matières organiques azotées. — La valeur agricole des matières organiques azotées dépend : 1« de la richesse en azote; 2° de l’assimilabilité de l'azote qu’elles contiennent.

Richesse en az ote. — Rien de plus variable quela teneurenazotedes matières organiques. Parmi celles d’origine \égètale, les seules ayant assez d'azote pour entrer dans le commerce sont les tourteaux de graines oléagineuses. Exiger, pour chaque livraison, une analyse sérieuse.

Assimilabilité. — Pour concourir à l’alimentation des plantes, ces matières subissent dans le sol une décomposition préalable qui ramène leur azote à l’étal d’ammoniaque ou de nitrate, seules formes sous lesquelles il peut être absorbé par les racines. Cette décomposition exige trois conditions telles que si l’une d’elles fait défaut la fermentation s’arrête, ce sont : un certain degré d’humidité et de température et la présence de l’oxigène de l’air.

L’état physique de la matière et les préparations qu’on lui fait subir concourent aussi A la rapidité de la décomposition.

Les matières qui se décomposent le plus facilement sont le sang et la viande.

La décomposition est bien plus lente pour les poils, la laine, la corne, les os verts.

D’autres matières, telles que le cuir tanné, la tourbe, le charbon de terre, se conservent dans le sol sans altération et sont complètement inertes.

On comprend que, suivant le degré plus ou moins facile de décomposition que posséderont ces diverses matières, on devra les payer en conséquence.

Déperdition d’azote pendant la décomposition. — En se décomposant, toutes les matières organiques azotées éprouvent une perte en azote qui se dégage à l’état de gaz élémentaire el sans usage immédiat pour l’agriculteur.

En prenant la moyenne des expériences faites à cet égard par MM. Ville, Reizet, Lawes et Gilbert, on ne doit compter au plus, pour l’elTct utile, que sur les deux tiers de l’azote contenu dans la matière employée.

Prix. — Il résulte de [ce qui précède que l’azote des matières organiques est loin d’être l’équivalent de celui des sels, et que si, par exemple, l’azote vaut 2r, 30 à 2f, 50 le kil. dans les sels, il ne doit être payé que 1 f ,50 h I f, 60 au plus dans les meilleures matières organiques azotées, car on ne peut compter au maximum pour l’alimentation végétale, comme nous venons de le voir, que sur les deux tiers de l’azote contenu.

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