‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 44 sur 95 · LA CHAUX · texte numérisé non relu

LA CHAUX

En agriculture elle a deux usages : 1° Le chaulage destiné à modifier l’état physique du sol; 2° l'emploi comme engrais, dont nous nous occupons ici.

La chaux réduite en poudre, en la laissant éteindre à l’air est, dans bien des cas, un très-bon engrais, mais, au point de vue spécial des engrais chimiques, elle présente quelques inconvénients. 1° Employée en même temps que les sels ammoniacaux, elle les décompose et fait perdre une partie de leur azote. 2° Dans le sol, elle passe rapidement à l’état de carbonate de chaux, et ne peut être ensuite dissoute que par un grand excès d’acide carbonique.

Le sulfate de chaux ou pfître n’a pas ces inconvénients et c'est lui qu’on met dans les engrais.

11 a pour formule S03CaO. Il contient pour 100 parties :

Chaux . 41,17

Acide sulfurique . 58,83

Total 100,00

Richesse des sources naturelles des éléments essentiels. On a présenté l'objection suivante : « Les engrais chimiques ne sont qu'une ressource pré- « caire; le jour où leur emploi deviendra [général, leur prix trop élevé, en « rendra l’usage impossible. »

11 est facile d'y répondre sommairement.

Considérons, l’un après l’autre, les quatre termes de l’engrais complet.

1° Phosphate de chaux. — Il y a 30 ans, la seule source de phosphate était des os des animaux, et il est certain que si l’agriculture n’avait pas d’autre matière première, l’emploi de cet agent resterait nécessairement fort restreint. Mais les phosphates minéraux sont venus nous offrir une richesse inépuisable. On sait que le phosphate de chaux fait partie de toutes les roches éruptives. Dans l’Estramadure, par exemple, aux environs de Logrosan, il y a, sur une étendue de plusieurs kilomètres, 8 ou 10 filons, dosant une moyenne 70 à 80 °/0 de phosphate réel, et dont la puissance est encore inconnue. Au Canada et en Suède il en est de même.

Presque toutes les marnes contiennent du phosphate de chaux. A la base du terrain crétacé, on en rencontre des dépôts considérables, qui sont devenus l’objet d’une exploitation régulière dans les départements des Ardennes et de la Moselle. Ce phosphate de chaux, quoique moins riche que celui de l’Estradamure, contient encore de 16 à 18 °/o d'acide phosphorique.

Ajoutons les phosphates du Lot, ceux du centre, et rappelons que la Russie a assez de phosphates pour en dire son agriculture à jamais pourvue, et même pour en fournir abondamment, si besoin était, à l’Europe entière.

A l’égard des phosphates, il n’y a donc pas d'inquiétude à concevoir; leur prix diminuera plutôt qu’il ne s'élèvera.

2° La potasse. — Les sources où nous pouvons puiser la potasse sont au nombre de trois.

ENGRAIS

1» Les roches éruptives qui constituent des chaînes de montagnes entières, et qui en contiennent jusqu’à 15 %.

2° Les eaux de la mer, d'où on peut aujourd'hui l’extraire avec facilité par les procédés de Balard, et qui suffiraient à la rigueur à tous les besoins.

Les dépôts découverts à Stassfiirt, en Prusse, depuis 18 à 20 ans, dépôts inépuisables n’ayant pas moins de 60 à 80 mètres d’épaisseur sur une étendue encore indéterminée.

3° Chaux. — On sait qu’elle ne fera jamais défaut.

4° Azolc. — Les sels qui fournissent l’azote à l'agriculture ont une tendance constante à la hausse, et j’admire les agriculteurs qui ne craignent pas d'en acheter au cours actuel. Jusqu’à ce qu’un procédé combine économiquement l'azote de l’air avec l’oxygène pour en faire des nitrates ou avec de l’hydrogène pour en faire de l'ammoniaque, c’est à un autre ordre d’idées qu’il faut s’adresser.

Engrais verts. — « Mais, dit M. G. Ville, toutes ces ressources vinssent-elles « à manquer, nous aurions encore l’azote de l’air.

« J 'ait dit qu’il y avait des végétaux qui puisaient leur azote dans l’air, alors « que d’autres avaient besoin de le trouver dans la terre. De là, par conséquent, « la possibilité de venir au secours des seconds à l'aide des premiers.

« Ce procédé est déjà appliqué par la culture. Les fumures en vert ne « reposent pas sur d'autres données; il s’agirait donc de les généraliser, et, « pour les rendre plus efficaces, de pousser les rendements des plantes qui « puisent leur azote dans l'air à leur limite la plus élevée. Je vous citerai comme « exemple la luzerne, qui prélève sur l'air de 300 à 400 kilogrammes d’azote « par hectare, ce qui suffirait pour entretenir au moins 5 hectares cultivés en « froment. Ainsi, toutes les autres sources de matières azotées fussent-elles « taries, qu’il nous resterait toujours l’azote de l'air, exploité par la végétation « elle-même. » (G. Ville. Les engrais chimiques, t. I, p. 104.)

De son côté, M. Joulie préoccupé, avec raison, de la cherté toujours croissante de l’azote, cherté amenée surtout par la demande agricole qui soutient le marché, prouve qu’une source inépuisable et peu coûteuse de cet élément réside dans les engrais verts.

« De même, dit-il, dans son guide, page 189, que le fumier n’est que laferti- « lité même du sol mise en circulation de l’étable à la terre, et réciproquement, « les engrais verts, de leur côté, ne sont autre chose que cette même fertilité « restituée au sol sans déplacement et avec un appoint d’azote provenant de l’at- « mosphère. Ils fournissent à la culture un moyen certain de se maintenir floris- « santé, sans recourir à des acquisitions dispendieuses d'engrais azotés, et à la « seule condition de maintenir le sol riche en éléments minéraux, acide phos- « phorique, potasse et chaux, dont les sources sont en quelque sorte inépuisables « et à des prix qui ne peuvent tendre qu’à baisser. »

C'est cette thèse qu'a soutenue M. Joulie, avec son talent habituel, le 21 janvier dernier, au dîner mensuel de l’agriculture où la question des engrais chimiques était à l'ordre du jour.

« Au lieu donc, a-t-il dit, en terminant son éloquente réponse, au lieu donc « d’aller chercher à l'extérieur de l'azote d'un prix beaucoup trop élevé, on « peut, grâce aux engrais chimiques sans azote, en produire des quantités crois- « santés, et faire ainsi contribuer l’atmosphère, cette richesse commune, à la « réussite et au développement de l’entreprise agricole. » {Revue agricole de la France et de l'étranger , 187 S, n° 3.)

Les engrais verts doivent, autant que possible, être obtenus en récoltes

ÉLÉMENTS ESSENTIELS

dérobées, c’est-à-dire succédant généralement à une céréale, pour être enfouis avant la mise en terre de la récolte succédant à la céréale.

Voici une manière assez répandue. Dès que la moisson est faite, on sème quelques kilogrammes d’un mélange de sarrasin, navette ou moutarde blanche, puis on opère le déchaumage avec un scarificateur, ou un cultivateur Coleman, (tig. 1,1 sans entamer la terre à plus de cinq ou six centimètres de profondeur; il est bon de faire suivre cette opération par un coup de rouleau, afin de tasser la terre sur la graine, ce qui hâte la germination. On ne tarde pas à avoir un copieux pâturage qu’on enterre en vert.

Dans le midi (Sud-ouest), le fourrage qui réussit le mieux est la luzerne. Voici comment j’ai pu m’en servir en 1870 comme engrais vert en récolte dérobée.

Supposez une terre qui vient de porter du blé; nous sommes dans la période d’épuisement et il faut fumer. Je n'ai pas de fumier et je ne veux pas acheter du sulfate d’ammoniaque.

Au fort de l’été de 1870, je donne une première façon avec le cultivateur Coleman qui entame les terrains les plus résistants. Deuxième façon à la charrue, deux mois plus tard, avec hersages convenables. Au mois de février 1871, vers le la, troisième façon par le cultivateur Coleman, semence d’orge par le semoir Garrett, fig. 2, en lignes, espacées de 0m,15; puis, par dessus, semence à la volée de graine de luzerne, à la dose de 15 à 20 kil. par hectare.

Les interlignes de 0m, la laissées par le semoir sont très-favorables à la réussite de la luzerne. En juillet, récolte et enlèvement de l'orge; or, comme la terre a été labourée en février, elle est peu tassée, en sorte que les graines qui sont tombées tiennent lieu d'une nouvelle semence qui donne, sans aucune préparation, une deuxième récolte d’orge fort belle, que l’on enlève vers le 2a juin 1872. La luzerne, encore trop faible, n'a rien produit, embarrassée par l’orge, mais elle s'est parfaitement conservée et a pris racine. Aussi, dès que l'orge de 1872 est enlevée, une coupe se présente, plus ou moins abondante, suivant la pluie reçue; on la prend dès la fin du mois de juillet, si elle en vaut la peine. Vient une deuxième coupe ou un regain, «vite un premier labour pour enfouir cette luzerne, après le passage du Coleman si c’est nécessaire, et, en octobre, semence de blé qui devient magnifique.

Avec l'irrigation, fin aurait deux coupes et un regain de cette jeune luzerne. Une luzerne eu plein rapport par l’irrigation donnerait 4 coupes et un regain.

Le champ d' expériences m’indique la dose des éléments minéraux que je dois employer.

On peut encore semer la luzerne en octobre 1869 ou en mars 1870 sur le dernier blé que l’on récolte en juillet 1870, avant qu’il soit trop sec.

Le blé ne s’égrenant pas comme l’orge, la luzerne pousse bien dès la première année, ce qui n’a pas lieu, du moins dans le sud-ouest, pour le trèfle. On procède à l’enfouissement, et la terre est prête pour le mois d’octobre. Le principe ne varie pas, enfouir une coupe de luzerne entre une céréale et la récolte qui lui succède à l’automne.

Voici maintenant la description des deux appareils dont je viens d’indiquer l’usage.

Cultivateurs et extirpateurs Coleman. — Ces divers instruments doivent être réunis sous un même titre, quoiqu’ils se transforment le plus souvent les uns dans les autres, ou même en simples herses ou en charrues fouilleuses, par un simple changement de pièces dont leurs pieds sont armés.

Les cultivateurs ou scarificateurs sont destinés à fonctionner dans un sol durci qu’ils doivent ameublir, pour le rendre propre à être pénétré par l’air atmosphérique, mais sans retourner la teire sens dessus dessous.

ENGRAIS

Le type de ces instruments a été donné par Coleman.

Les plus petits sont à cinq pieds et à un seul levier ; ceux pour terrains trèsforts, à sept pieds et à trois leviers, ainsi qu’on le voit dans la figure 1.

Un fort bâti est supporté par trois roues, une en en avant et deux en arrière. Un long levier central, qui peut être arrêté en diverses positions, au moyen d'une goupille, à différents degrés d’un arc de cercle dans lequel il se meut, permet de régler l’entrurc des pieds articulés, de manière à les soulever ou à les abaisser eu s’appuyant sur le bâti. Pour cela, le levier central fait tourner un cylindre armé d’oreilles qui agissent sur autant de bielles qu’il y’a de dents, et

Fig. 1. — Cultivateur ou scarificateur Coleman

font pivoter les dents pour les faire monter ou descendre. En abaissant le levier central, on remonte tous les pieds, et on peut facilement tourner aux extrémités du Champ. En abandonnant le levier peu â peu, on fait descendre tout le système et on règle l’entrure. Ce dernier résultat est encore facilité dans les cultivateurs Coleman, munis de leviers de côté et destinés aux terrains accidentés.

Ces leviers de côté, portant sur l’axe même des roues latérales, permettent de régler 1 inclinaison de l’instrument ; il suffit aux conducteurs d’arrêter les leviers au point convenable de l’arc de cercle dans lequel ils sont mobiles. Le régulateur fixé sur 1 axe de la roue d’avant donne le moyen de disposer la ligne de traction de telle sorte qu’elle soit dans la direction même de la résistance, sans qu’il en résulte une trop forte pression sur le sol, ce qui ménage l'attelage’ dont la puissance est mieux utilisée.

Par un simple dérangement de socs, le cultivateur devient un extirpateur, c’est-à-dire un instrument destiné à détruire et à arracher les mauvaises herbes’ tout en achevant l’émiettement d’une terre déjà ameublie par des cultures antérieures.

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Avec les cultivateurs, on peut labourer de 1 hectare à 2 hectares et demi par jour. Cet instrument est un de ceux qui rendent le plus de services en Angleterre, où il est très-employé. 11 commence à se répandre en France ; l'annexe du quai d’Orsay en présente quelques spécimens parfaitement construits.

Chez M. Th. Pii ter, dépositaire delà maison Coleman, on trouve quatre types de cultivateurs. Le plus demandé est celui de lm,10 de largeur, pesant 250 kil. , pour une force de 2 il 3 chevaux, avec a tiges. Son prix est de 280 francs.

Semoir Garrett. — Je sortirais de mon programme en insistant sur les nombreux avantages que présente l’ensemencement en lignes, procédé dont j’aurai l’occasion de parler à un point de vue spécial. Grande économie de semence et

Fig. 2. — Semoir anglais Garetl.

bonne aération des plantes qui résistent mieux à la verse, sont deux résultats qui doivent faire cesser toute hésitation à adopter les semoirs. On en voit des types nombreux dans les sections française et anglaise.

J'avais adopté pour mon exploitation le semoir anglais Garrett, que représente la ligure 2, à 9 rangs, de lm,52 de largeur, et vendu avec avant-train par M. Th. Pilter, 810 francs.

Les intervalles qu’il laisse entre les lignes sont de 15 centimètres, lorsque les neuf socs fonctionnent. Chacun creuse sa ligne, y dépose et y couvre la semence, le tout à la profondeur voulue et avec la plus grande précision. Les socs chargés de cette opération étant indépendants les uns des autres, suivent les ondulations du terrain et y déposent la graine avec une parfaite régularité, à la même profondeur, quel que soit le mode de préparation du champ, à plat, en planches ou en billons. Les coutres sont montés sur une tige en fer et s’écartent ou se rapprochent à volonté.

On peut semer toute espèce de graine, moyennant quelques pièces de

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rechange qui s’installent et se déplacent très-facilement. La quantité de graine semée à l’hectare est réglée par des engrenages adaptés sur l’arbre du baril distributeur. Un avant-train sert à conduire le semoir suivant une ligne parfaitement droite. A cet ell'et. le conducteur dirige la petite roue de l'avant-train dans la trace faite par la grande roue du semoir dans la dernière tournée.

Cet appareil remplit parfaitement toutes les conditions exigées pour la perfection dans le travail ; ou voit d’ailleurs, à la seule inspection de la figure, qu’il est construit dans d'excellentes conditions de solidité.

Le semoir Smytli est encore un excellent instrument ; les entonnoirs articulés sont remplacés par des tubes télescopiques qui mettent la semence complètement à l’abri des causes d'accidents. Son prix avec avant-train, pour 9 rangs, est de 910 francs.

Importance de la production végétale de l’azote. — Irrigation et engrais minéraux. — Il ressort de ce qui précède que la production végétale de l'azote est une question de la plus haute importance.

A enteudre les doléances incessantes sur la cherté de l’azote, il semble naturel de penser que rien n’est négligé pour tirer au moins delà végétation tout ce qu’il est possible. 11 est loin d’on être ainsi.

L’élément le plus puissant pour produire la luzerne c’est l'irrigation. Sous ce rapport, la France reste dans une infériorité déplorable à l’égard des autres Etats de l’Europe, même les moins avancés, malgré les plus riches ressources que la nature lui a prodiguées.

Après les désastres de la dernière guerre, peu de questions méritent d’avoir la priorité sur celle des irrigations; et c’est facile à comprendre. 11 importe, pour que la France reprenne ou conserve son rang en Europe, que son agriculture mette en jeu, à bref délai, toutes ses forces. Il y a plus, c’est aujourd’hui une question de sécurité nationale.

La nouvelle tactique militaire, (nous l’avons hélas ! chèrement appris), repose sur l'armement général et discipliné des nations belligérantes, avec une nombreuse cavalerie, le tout soutenu par une artillerie formidable, sans oublier le train énorme qu’exigent ces armées colossales [tour le service des vivres, des munitions et des ambulances. Il nous faut donc, pour que nous soyons capables, à un moment donné, de nous mettre au niveau des cruelles nécessités de la guerre, une puissante et nombreuse cavalerie, et, sous ce rapport, nous sommes inférieurs A toutes les grandes puissances, auxquelles nous demandons actuellement un très-fort contingent de chevaux, en leur payant un tribut onéreux.

La France pourra néanmoins, quand elle voudra, produire tous ses chevaux, soit pour le service civil, soit pour celui de ses armées, et même pour l'exportation.- Que lui faut-il? de l'azote, c'est-à-dire des fourrages, c'est-à-dire de la luzerne, beaucoup de luzerne qu’elle produira en établissant l’irrigation partout où elle sera possible, au moyen de ses fleuves comme de ses petites rivières. Aux grands maux les grands remèdes; je le répète, c’est une question de sécurité nationale.

Il faut faire pour l'irrigation ce qui a été fait pour l’établissement des chemins de fer : former des compagnies puissantes, en faisant garantir par l’État un minimum d’intérêt, sinon que l'État entreprenne au début pour son propre compte les canaux principaux (rôle qu’il n’aurait pas à conserver longtemps), sauf à laisser à des concessionnaires les rigoles secondaires. L’initiative privée viendra bien à bout, je le reconnais, des travaux de peu d'importance, mais elle est complètement inerte en France en présense des grandes entreprises.

Je suis loin de tenir en faveur l'initiative gouvernementale dans le domaine de

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l’initiative privée; mais quand une question est directement d’ordre national, c’est le devoir de l’état d’intervenir, surtout quand il y a urgence. 11 y a bien à modifier dans nos institutions fondamentales, avant que l’initiative privée ait en France une valeur sérieuse. Nous n’en sommes encore qu’à des ballons d’essais, et nous devons nous souvenir qu’il ne faut pas bâtir sur le sable.

Sans entrer dans les détails législatifs ou administratifs qui se rattachent à la question des irrigations, ce que nous demandons, au moins pour le midi, c'est un réseau complet de canaux d’arrosage analogue au réseau des routes, des voies navigables et des chemins de fer, et, pour le réaliser, l’intervention de l’État est indispensable. Il faut renoncer aux moyens qui n’ont produit aucun résultat, recourir à ceux dont l’efficacité est immédiate et certaine. Nous n’avons pas un demi-siècle à consacrer au choix pas plus qu’à l’apprentissage de nos moyens d’action; plus que jamais il y a urgence pour la France à mettre en activité toutes ses ressources.

Et remarquez qu’avec le soin de notre sécurité, ce que nous demandons à l’Etat ce ne sont pas des sacrifices ou des dépenses improductives qui doivent être bannies de notre monstrueux budget; c’est avant tout, indépendamment des bénéfices de l’arrosage lui-même, une source de revenus considérables que nous lui proposons par les conséquences de l’irrigation qui, à ce point de vue encore, est essentiellement à’ utilité générale.

Les terrains arrosés doublant pour le moins de valeur, tous les droits d’enregistrement qui s’y rapportent sont augmentés dans la même proportion. 11 y aura aussi justice à ce que les terres arrosées, gratifiées d’un privilège inestimable, forment une classe à part pour l’impôt foncier, quand elles se seront affranchies des premières dépenses. Cette question se lie naturellement, nous le savons, à la révision du cadastre, opération qu’on ne se hâte pas de réaliser. Est-il juste, par exemple, que des contrées comme le bas Languedoc, où les vignobles donnent des revenus fabuleux, continuent à être imposées suivant les anciennes taxes? Qu’est-il besoin de différer pour que le cadastre soit le tableau exact de la fortune foncière pendant la seconde moitié de notre siècle.

En résumé, c’est à des modifications profondes dans notre organisation administrative et fiscale, mais tout à l’avantage de l’État, que conduit la nécessité impérieuse de donner à l’agriculture toute l’impulsion dont elle est susceptible. Si nous ne savons pas sortir, par de vastes entreprises agricoles, de l’ornière dans laquelle nous nous traînons si péniblement, nous risquons de laisser compromises, non-seulement la prospérité, mais aussi et surtout la sécurité de la France.

Produisons de l’azote par la luzerne, et de la luzerne par l’irrigation et les engrais minéraux.

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