‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 49 sur 95 · TOME 11. — NOUV. TECH · texte numérisé non relu

TOME 11. — NOUV. TECH

ENGRAIS

Une fumure de 40,000 kil de fumier à l’hectare étant généralement considérée comme une bonne fumure, voyons ce que contient en éléments utiles cette quantité de fumier. Le tableau suivant donne la réponse.

Azote . 163 kilos.

Acide pkospliorique . 73 —

Potasse . 130 —

On voit d’abord que la partie active du fumier se réduit à moins d'un quarantième de la masse totale. Or 2,310 kilogrammes de produits chimiques peuvent composer un engrais d’une richesse équivalente à 40.000 kil. de fumier, ainsi qu’il résulte du tableau suivant.

Phosphate acide de chaux . 600 kilos.

Nitrate de potasse . 320 —

Sulfate d’ammoniaque . 560 —

Sulfate de chaux . 830 —

2310 kilos

Les engrais chimiques sont immédiatement assimilables, le fumier ne l’est pas.

Avec les engrais chimiques, on peut donner à chaque plante l’élément qu’elle préfère, à l’exclusion des autres, ce qui n’est pas possible avec le fumier.

Pour établir le prix d’une tonne de fumier, M. G. Ville, pose pour principe, avec grande raison, selon la plupart des agronomes, qu'il faut compter la litière et les aliments distribués aux animaux au prLx qu’ils auraient au marché. « Le « Crcusot, disait-il, cette année même, dans une de ses conférences, le Creusot « compte-t-il la tonne de fer qu’il fournit à ses ateliers mécaniques au prix de a revient? Evidemment non ; il la compte au prix de vente fixé pour sa clien- « tèle. » 11 doit en être ainsi pour la manière de compter dans une exploitation agricole qui est une industrie comme une autre. Partant de là, il établit que le prix moyen de la tonne de fumier peut être fixé à 13 francs.

Quant à l’achat de fumier, ce ne peut être qu’une exception autour des grandes villes, et on ne le paiera pas moins, dans les meilleures conditions, de 14 francs la tonne, témoin M. Dailly qui cumulait les fonctions de directeur de la Compagnie générale des omnibus de Paris et de propriétaire d’une grande agence de transport, et qui a fixé le prix du fumier, rendu à Trappes, dans les environs de Versailles, à 13r, 18e.

Beaucoup de bons esprits plaçaient, il y a peu de temps encore, au premier rang comme agent de fertilité, l’humus, cette matière noire que l’on trouve dans le jus du fumier et dans la plupart des terres naturelles à des doses très-inégales. Quel est donc le mode d’action véritable de l'humus? Est-il absorbé en nature? Non. Il agit simplement par voie indirecte, en favorisant la dissolution du carbonate de chaux, si bien que. si l’on exclut l’humus, en remplaçant le carbonate de chaux par des sels calcaires plus solubles, on arrive aux mêmes résultats qu’avec l'humus, aussi bien dans le laboratoire que suides landes ne contenant pas trace d’humus.

Autrefois la formule qui dominait toute l’économie agricole était celle-ci : prairie , bétail, fumier, pour avoir des céréales.

Or, l'emploi exclusif du fumier épuise fatalement la terre qui est en perte, chaque année, de la totalité des éléments qu'elle a fournis à la portion des récoltes qui ont été vendues hors du domaine.

Les rendements rénumérateurs sont les rendements maximum; avec le fumier seul on ne peut les réaliser. Grâce aux nouveaux ageuts, nous avons des procé-

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dés plus expéditifs, plus économiques et plus puissants qui nous aftïanchissent de l’ancienne formule. Au lieu de rester condamnés à faire de la viande pour avoir du blé, nous ferons du blé pour avoir un bénéfice d’abord, puis de la paille, de la viande et enfin du fumier. Nous ferons de la viande si, tous comptes faits, nous trouvons un bénéfice à en faire; sinon, nous nous réduirons aux animaux de travail et nous suppléerons au fumier par les engrais chimiques. Non, M. G. Ville, la victoire dont vous jouissez aujourd’hui me donne le droit de rappeler ce que j’écrivais en 1870, non, en faisant excursion sur le domaine de l’économie rurale, vous n'avez pas casse les vitres ainsi que le disait un de vos puissants antagonistes, mais vous avez déchiré le vieux papier huilé à travers lequel les problèmes les plus importants de notre époque ne recevaient qu’une lumière blafarde et incertaine.

Concluons avec M. Joulie que « le fumier est et restera toujours une nécessité « agricole; au point de vue économique comme au point de vue scientifique, « nous sommes scs partisans déclarés, et nous ne, cesserons de recommander « toutes les pratiques, capables d’en augmenter la production ou d’en amélio- « rer la qualité dans les limites normales de la situation économique de la n ferme. Mais nous ne pouvons souscrire à la théorie du fumier ii outrance, dont i l’application n’a jamais fourni des récoltes intensives qu'en épuisant les neuf « dixièmes du domaine pour enrichir le dixième restant, et dont la conséquence « finale a toujours été la ruine des entreprises qui l’ont adopté comme règle « exclusive de leur direction. (Guide, page 186)

Le blé plante sarclée. — Sans parler delà Provence ni de la zone aride de la Méditerrannée où la vigne est d’ailleurs si belle, mais bien en s’avançant dans la contrée sous-Pyrénéenne dont Toulouse est le centre, on reconnaît bientôt qu’il n’est pas possible dans ces plaines du Sud-Ouest de baser des assolements sur la production du fumier; car il est des années où on se trouve embarrassé pour entretenir les animaux de travail strictement nécessaires. Delàla difficulté pour cette région, qui ne peut songer à la betterave pas plus sucrière que fourragère, à sortir du système triennal et à bannir la jachère, même en supposant plantés en vignes les terrains légers qui lui conviennent. Qu’a-t-on pour plantes sarclées d’automne? Le colza qui ne réussit pas une fois sur quinze, malgré le fumier et les bonnes préparations. Gomme plante sarclée du printemps, et seulement sur de bons fonds argileux, on n’a que le maïs, récolte aussi épuisante en azote qu’en acide phosphorique, et dont les produits ne dépassent guère 30 hectolitres par hectare, au prix de 10 à 12 francs l’hectolitre.

Faisant abstraction de la vigne qu’il ne faut pas se représenter partout prospère comme elle l’est dans le Narbonnais, le Sud-Ouest donne tous ses soins aux céréales, au blé surtout qui est la grande récolte et le point de mire de tous les efforts agricoles.

« Le blé réussit chez vous, écrivait M. G. Ville à une personne qui lui deman- « dait un plan de culture, eh bien ! faites du blé sur toute la ligne. » Et il donne des formules permettant, au point de vue de la fumure, de faire indéfiniment du blé sur la même terre, en se servant seulement d’engrais chimiques, ou en les associant au fumier produit par les animaux de travail. Mais il faut remarquer que dans la pratique les mauvaises herbes, dès la seconde année et surtout à la troisième, seraient en si grande quantité que le blé serait étouffé; une plante sarclée est nécessaire, si on supprime la jachère. Partant de cette idée, je me demandai, en 1869, si le blé ne pourrait pas passer au rang de plante sarclée servant de préparation à lui-même, et je me posai ces trois questions.

l°.Le rendement du blé, semé en lignes espacées de 50 centimètres, scra-f-il

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assez considérable pour que l’on puisse accepter ce mode d’ensemencement? Nous allons donner la réponse.

2° En supposant que le rendement soit suffisant, peut-on économiquement sarcler le blé ainsi espacé? Oui, au moyen de la boue Garrctt, conduite par un cheval, ou par une mule.

Cette belle machine (fig. 3), dont le prix est.de600francs, est le eomplémenldu semoir Garrett. L’essieu est ajustable de manièreàpouvoir changerl’écartement des roues qui supportent les extirpateurs; il en résulte quelles passent toujours entre les rangs des plantes à nettoyer. Comme chaque pièce de nettoyage a son jeu de levier indépendant, toutes les inégalités de terrain sont parfaitement suivies. Cel appareil n’est que préventif, c’est-à-dire qu’il ne peut et ne doit être

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employé que pour extirper les herbes dans la première période de leur croissance. Quand les blés ont atteint 30 à 40 centimètres de hauteur, il ne faut plus songer à y pénétrer, et, quand on exécute ce travail, il est bon de faire conduire l’animal il la main par un ouvrier spécial, tandis qu’un autre s’occupe exclusivement du fonctionnement de la machine. Autant de zones entre les lignes ont été laissées par le semoir, autant sont nettoyées à chaque passage de la houe; l'opération peut donc s’exécuter très-rapidement.

Cet appareil parviendra-t-il, avec toute sa perfection à dominer les herbes?

3° Après l’enlèvement du blé, pourrai-je donner à la terre les labours nécessaires pour le blé il faire à la suite, dès le mois d'octobre?

Telles sont les questions que je m’étais posées en 1869. Voieilcs réponses données par les résultats des années 1871 et 1872.

\° Rendements des expériences sur le sarclage mécanique des céréales.

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