‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 50 sur 95 · MENT · texte numérisé non relu

MENT

ctare.

Paille'

quintal

métrique.

Blé n° 1.

Argilo-siliceux appelé boublène '/i forte.

1 Blé n» 2.

Boublène

forte.

0ra,o0

Blé n° 3.

Boublène

légère.

Blé n° 4.

Boublène

légère.

Avoine endommagée parle froid,

Boublène ’/s forte.

0ln,50

Orge

J de fin février,

Boublène '/a forte. |

27ll,831

Orge

de fin février, n° 7.

Argileux

dit

terrain fort. 1

Remarques. Épis superbes; paille grossière et longue; pas de \erse. Ni le maïs, ni le colza ne peuvent approcher de ces résultats. Il y a plus, les rendements en grain et en paille dépassent ceux que ces céréales donnent, semées à

ENGRAIS

la volée, clans de bonnes conditions de culture. La terre étant nettoyée parfaitement, on peut semer la céréale suivante à plein semoir.

A plein semoir Garrett, marchant à 9 rangs espacés de 0m,l5, on répand 173 litres de blé par hectare avec les engrenages ad hoc, 20 litres environ par rang. Avec 3 rangs espacés de 0m50 c’est 60 litres, et 80 litres avec 4 rangs espacés de 0m,38; l’économie de semence est donc considérable.

Pour n’avoir pas à semer toutes les terres de l’exploitation à l’automne, on peut eu consacrer une partie aux céréales de printemps, blé, avoine, orge, suivant les régions. Dans le Sud-Ouest, on ne peut compter que sur l’orge semée en février; elle donne, sinon beaucoup de paille, du moins un graiu très-estimé.

2° Résultats du sarclarje par la houe Garrett. — Le sarclage se fait tres-rapiment, (puisque la houe parcourt de front trois interlignes de 50 centimètres,) et avec une grande perfection. Je n’ai pas la prétention de soutenir que ce travail vaut la main de l'homme, mais il suffit pour dominer les mauvaises herbes. Au besoin on pourra passer la houe une deuxième fois; à la suite, quelques femmes parcourant rapidement les interlignes, les débarrasseront des herbes que la boue aura imparfaitement extirpées. Il est clair aussi que moins l'année sera pluvieuse, plus ce sarclage sera facile et efficace.

3e Préparation des terres. — Le déchaumage, en plein été, sera l’opération la plus importante, mais il faut remarquer que les terres par où la houe Garrett est passée, en mars ou en avril, ne sont pas tassées comme celles où les céréales ont été semées à la volée ; la charrue y fonctionne parfaitement, même en pleine sécheresse. Mieux vaudra, néanmoins, effectuer partout le déchaumage avec le cultivateur Coleman, ainsi que je l’ai expliqué à propos de la confection des engrais verts.

Dans les exploitations à terrains compactes, il ne faut pas hésiter à se munir d’un vrai rouleau Croskill que l’on passera sur le premier labour qui suivra le déchaumage. En résumé, par l’adoption des engrais chimiques et du sarclage mécanique, il est possible de cultiver indéfiniment, avec de grands avantages, les céréales et la même céréale, le blé principalement, sur la même terre et tous les ans.

Et voilà pourquoi M. G. Ville disait dans une de ses conférences de Vincennes de l’année 1874 : « Labourez bien et profondément, semez vos céréales en a lignes espacées de 30 à 50 centimètres ; sarclez-les avec une houe à cheval « spéciale; faites à l’exemple de M. Petit une plante sarclée du froment. On rira ■ peut-être; laissez rire, à la moisson c’est vous qui rirez le dernier. » fl J.

Quant à moi, si j’étais à la tête d’une grande exploitation dans le Sud-Ouest ou dans un pays analogue, après avoir consacré à la vigne tous les terrains douteux, et à la luzerne nécessaire aux animaux de travail les fonds frais et profonds, je n’hésiterais pas un instant, à l’exemple du célèbre agriculteur anglais, M. John Prout, à disposer l’ensemble de mes pièces pour le labourage à vapeur dont le parfait fonctionnement marchant de pair avec le battage, est aujourd’hui assuré, et j’adopterais exclusivement les engrais chimiques, avec la faible quantité de fumier que produirait le nombre fort restreint de mes animaux de travail. Ma seule culture, celle qui donne le plus de bénéfices, traitée par les doses maxima indiquées par mon champ d’expériences, serait celle du froment, semé tantôt à plein semoir avec des interlignes de 0,n,f5, tantôt avec des interlignes de 0m,38 et 0m,50, sarclés par la houe Garrett plutôt deux fois qu’une. J’aurais, bien entendu, à ma disposition tous les outils qui sont la conséquence de ce système.

(t) Les engrais chimiques, par G. Ville, l. M, page 126.

ÉLÉMENTS ESSENTIELS

Voilà, je pense, un grand exemple de l'affranchissement que la doctrine des engrais chimiques a produit pour l’agriculture.

Production et traitement du fumier. — Urines. — Purin. — Lizèe suisse. — Dans les exploitations, de plus en plus rares, soumises à l’ancien régime pastoral, les bestiaux sont nourris à la pâture pendant l’été, et de paille en majeure partie pendant l'hiver; aussi on ne tire guère annuellement des étables plus de 4 à 5 voilures de fumier par tête de gros bétail, tandis qu’on peut en obtenir au moins vingt, et de bien meilleur, par une nourriture copieuse donnée à l’étable.

Dans les pratiques des systèmes biennal et triennal conservées par les propriétaires routiniers de notre sud-ouest, la jachère, pour laisser reposer la terre, est d’obligation. On consacre aux céréales, au froment principalement, la plus grande surface dont on peut disposer ; moins on a de fourrage à produire, plus on se croit dans les bons principes, sans qu’il soit question, comme on pense bien, de recourir à des engrais artificiels. On ne veut avoir à entretenir que les animaux de travail, réduits au nombre le plus strictement nécessaire (deux paires de bœufs généralement pour une propriété de 30 à 40 hectares), et un troupeau de brebis qui doit chercher sur les terres non occupées, sur les pâtures, sur les chemins plus ou moins herbacés et dans les bois de quoi se nourrir. A la bergerie, ce troupeau, toujours affamé, ne trouve que de la padle, et, en hiver, à l’époque de l’allaitement des agneaux, un supplément de feuillée, principalement de branches de peuplier.

Les bœufs de travail reçoivent avec beaucoup de parcimonie quelques rations de fourrage sec; au printemps, on leur distribue du trèfle incarnat ( farouch ) en vert, plus tard, aussi en vert, du maïs-fourrage et, en hiver, sous le nom de pension, des rations dérisoires de tourteaux de lin ou de colza délayés dans de la piquette. En revanche, la paille est distribuée à profusion. Celle qu’on ne peut venir à bout de gaspiller à l’étable et à la bergerie, est répandue autour des masures qui constituent la métairie (la bordo ), et là, sous le nom de paillade, après réception des eaux pluviales et piétinement plus ou moins complet, elle constitue un fumier fort inoffensif, que l’on recueille deux fois par an pour le mélanger au fumier d’étable et même pour le porter directement aux champs.

On fume ce qu’on peut, suivant la quantité de pailles de l’année. Quand il y a pénurie, on se garde bien, je le répète, d’y suppléer par une importation d’engrais naturels ou artificiels, dont la plupart de nos routiniers ne soupçonnent même pas l’existence ; pour les autres ce sont pures drogues, sinon nuisibles, au moins inutiles. Tout ce qu’on ne produit pas et qu’il faut acheter est mauvais ipso facto et rejeté.

Dans un tel milieu, la paille est le pivot de l’exploitation. Un marchand de bœufs ne peut conclure une affaire qu’après avoir répété à satiété que ceux qu’il ofi're dévorent la paille. En Languedoc et en Gascogne, la paille est le critérium de la prospérité.

Tel a été pourtant, dans les trente dernières années, le point de départ d’un grand nombre de nouveaux venus, dont plusieurs occupent aujourd’hui un rang fort honorable dans le développement du progrès agricole.

Dans ces conditions, quelles que soient d’ailleurs les contrées où elles dominent, on ne se préoccupe pas des urines qu’on fait absorber par d’abondantes litières, qui ont aussi la propriété de les retenir efficacement dans les tas de fumier.

Dans certains cantons où l’agriculture est portée à un degré élevé de perfec-

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tion, on recueille à part le fumier et les urines; cette méthode est surtout employée lorsque les bestiaux sont soumis à un régime alimentaire produisant une grande quantité d’urine, avec des éléments tels que les fourrages verts et surtout les résidus de distillerie de grains ou de pommes de terre, et les pulpes de betterave.

Lorsqu’on veut recueillir à part l’urine des bestiaux, on doit établir au moins deux citernes dans lesquelles elle s’écoule alternativement de l’étable; pendant que l'une s’emplit, l’autre se putréfie. On n’emploie jamais l’urine qu’étendue de son volume d’eau, et seulement quand elle a complètement fermenté, c’està-dire au bout de deux ou trois mois. 11 faut remarquer que la fermentation enlève à l’urine, comme à tout autre engrais susceptible de fermenter, une partie de son azote qui se dégage en pure perte dans l’atmosphère à l’état de carbonate d’ammoniaque.

Dans les contrées où l’on recueille l'urine, on estime qu’on peut amender avec ce liquide une aussi grande étendue de terre qu’avec le fumier des mêmes bestiaux, mais aussi les effets sont estimés n’avoir en durée que le quart de celle qu’a le fumier sous la forme ordinaire. On l’emploie généralement sur les sols très-légers, sablonneux ou calcaires, auxquels les engrais liquides conviennent particulièrement.

« Comme les effets de cet engrais sont très-prompts, dit M. Mathieu de Dom- » basle, on peut l’employer à produire dans l'année même, une quantité consi- « dérable de fourrage, dont on peut obtenir déjà, quelques mois après, des ■< engrais en abondance. Il est certain qu’au moyen d’une production d’en- « grais liquide aussi rapide et aussi fréquemment répétée, on peut, dans « l’espace d’un certain nombre d’années, obtenir une bien plus grande masse <( d’engrais que lorsque les elfets de la fumure, dans le sol, sont répartis entre « plusieurs années, comme cela a lieu pour le fumier solide. On conçoit bien que « les avantages de ce système dépendent essentiellement du soin avec lequel on « emploie les engrais à produire du fourrage, et, par conséquent de nouveaux « engrais. Le cultivateur qui consommerait l’urine à produire des récoltes qui « ne fournissent pas d’engrais, comme le lin, le chanvre, etc., appauvrirait son « exploitation bien plus rapidement qu’en convertissant l’urine en fumier. » [Almanach du Bon cultivateur, par M. de Dombasle, p. 5b7.)

A cette époque, la science n’a pas encore fait connaître à l’agriculture la limite qui fixe aujourd’ hui le nombre des éléments essentiels qu’il faut rendre à la terre; aussi la pratique est très-peu éclairée sur [la nutrition des végétaux, et sa grande préoccupation est de 11e pas sortir du cercle qui l’étreint, produire du fumier pour produire encore et toujours du fumier, et de s’en tenir à la vieille formule fourrages, bétail, céréales. En fait, on produisait peu de céréales, et le peu qu’on vendait mettait l’exploitation en perte d’éléments nutritifs, le fumier ne pouvant rendre que ce qu’on lui laisse.

L’urine était le plus souvent répandue sur les prairies artificielles, c’est-à-dire sur les luzernes, les trèfles et les sainfoins. Comme on sait aujourd’hui que ces plantes, de la famille des légumineuses, prennent la presque totalité de leur azote à l'atmosphère, il est rationnel de conseiller l’usage de ce liquide, riche en azote par l’acide urique, sur des récoltes qui exigent de l’azote à leurs racines ; c’est le cas des graminées qui sont mélangées aux légumineuses dans les prairies permanentes. En alternant avec le plâtre, on produira d’excellents effets. — On s’en sert aussi avec succès sur les pommes de terre, en effectuant l’épandage sur le sol après la plantation, et quelquefois seulement avant le buttage; les sols légers, traités de la sorte pour cette culture, donnent de bons résultats, pourvu toutefois que les éléments essentiels, et principalement la potasse, ne fassent pas défaut.

éléments essentiels.

On s’abstient d’employer l’urine à la production des céréales parce qu’elle les rend sujettes à verser ; mais on peut très-bien s’en servir pour le colza, soit à la pépinière, soit au repiquage. ,

On se donnait beaucoup de mal autrefois pour confectionner des appareils propres à répandre l’urine avec régularité ; on n’arrivait qu’à des procédés incommodes et coûteux. On construit aujourd’hui des tomberaux à purin d’un prix abordable et remplissant bien la fonction qu’on leur demande. L’un des

l'ig. 4. — Tombereau à purin.

meilleurs que nous connai ssions est celui que livre M. Th. Pilter et que reproduit notre figure. Ce représentant en a exposé un spécimen dans la section anglaise.

La caisse en tôle de cet instrument est disposée de manière à ne jamais faire varier la charge, même dans les fortes côtes, par rapport au cheval placé entre les brancards. Une pompe d’aspiration, avec tuyau en caoutchouc, s'y adapte à volonté pour rendre le remplissage facile. En outre, un distributeur muni d’une vanne pour régler l’affluence du liquide, permet de faire un épandage trèsrégulier.

Pr ix :

N° 1. Contenance 430 litres. Poids, 480 kil . 440 fr.

Pompe avec 3m,60 de tuyaux . 133 «

N° 2. Contenance 850 litres. Poids, 700 kil . 560 «

Pompe avec 3m,60 de tuyaux . 163 «

Distributeur en plus . 56 «

Sur le quai d’Orsay, on voit aussi plusieurs types de tonneaux à purin, solidement construits et exposés par M. Legrand, constructeur à Bresles (Oise).

En Suisse, on fait usage d’un engrais liquide qui, sous le nom de lizée, est ainsi préparé: Derrière les bœufs ou les vaches, est établie, sur toute la longueur, une auge en bois, enterrée à fleur de terre, à moitié remplie d’eau et recueillant

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les urines. Une fois par jour, le fumier est retiré de dessous les bêtes et jeté dans cette auge où on le mélange le mieux possible avec le liquide ; on le retire et on le met en tas; il fermente rapidement et est employé de la manière ordinaire. Quant au liquide, on le fait écouler dans un réservoir en ouvrant une bonde placée à l’une des extrémités de l’auge ; on le laisse fermenter quelques mois pour l'employer ensuite comme l’urine. 11 est évident que le fumier ne contient pas les principes fertilisants qui sont restés dans l’auge quand on l’y a trempé. Comme la lizée ne contient que des matières solubles, ses effets se produisent dès la première année, et sont d’autant moins durables qu'elle est moins riche en éléments assimilables.

En résumé, les engrais liquides ne conviennent qu’aux sols très-légers : il ne faut pas hésiter à convertir l’urine en fumier, quand les terrains qu' on cultive ne sont pas de cette nature. Enfin, dans la généralité des cas, lorsqu’on n'a pas à économiser la litière, il est préférable d’absorber les urines et de ne produire que du fumier solide.

On doit déposer le fumier sur une aire où les eaux stagnantes ou courantes n’aient pas accès; car si le pied du tas de fumier se trouve baigné, non-seulement les sucs les plus précieux peuvent être enlevés, mais encore la fermentation qui ne s’opère que sous l'influence d’une humidité modérée ne s’effectue qu’imparfaitement. Si le sol est perméable, on le recouvre d'une couche d’argile, sans le creuser, afin que les sucs du fumier ne s’infiltrent pas dans la terre, et l'on ménage une légère pente vers un des petits côtés de l’aire rectangulaire adoptée. Dans cette partie on pratique, en dehors du tas, uno fosse murée avec des matériaux réunis par du mortier de ciment, et recouverts par un enduit en ciment, méthode qu’il faut appliquer aussi aux citernes à urine, si l’on veut être certain de n’avoir aucune infiltration. C’est de là qu’à l’aide de la pompe, on extrait le purin, soit pour le répandre sur les champs, soit pour en arroser le fumier lorsqu’il en a besoin.

Une rigole, protégée convenablement contre les eaux de pluie, est pratiquée fout autour du tas, pour conduire le purin à la fosse à laquelle on doit donner un volume de 30 à 40 hectolitres pour éviter de la vider trop souvent.

On ne doit pas craindre d’arriver jusqu’à 2 mètres pour la hauteur du tas, afin qu’il ne soit pas pénétré facilement par les pluies ou par la sécheresse.

Quand on a peu de bétail, on n’a pas à épargner la litière, et alors on ne voit jamais de purin se dégager du fumier; c’est le cas du midi, où les fosses à purin sont aussi rares que les citernes à urine.

Dans les contrées où l’on peut avoir de la tourbe à sa disposition, il n’est pas sans avantage d’en mélanger par couches alternatives avec le fumier. Cette substance contient en effet, à l'état non assimilable, environ 2 °/0 d’azote qui, par la fermentation, peut prendre un degré satisfaisant d’assimilabilité; mais ajouter au fumier de la terre ou de la marne, c’est accroître pour rien les transports à effectuer.

Quant aux grandes herbes que l’on coupe le long des fossés, des chemins, des haies, etc., il faut se garder de les mélanger au fumier, à moins d’être certain qu’elles ne donneront pas de graines; pour plus de sécurité, le mieux est de s’abstenir de ces mélanges.

Plus tôt et plus facilement que le fumier de l’espèce bovine, ceux de cheval et de mouton, plus secs de leur nature, prennent le blanc en temps de sécheresse. A cet état, le fumier a perdu beaucoup de sa valeur ; aussi doit-on observer de temps en temps l’intérieur du tas et répandre de l’eau s’il est trop sec, de manière à la faire pénétrer dans toutes les parties de la masse, au moyen d’un pieu qu’on y eufonco et qu’on retire ensuite pour y former des trous par où l’eau s’insinue. Ces précautions sont très-utiles, mais malheureu-

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sement peu suivies, surtout dans les contrées méridionales où les agriculteurs sont généralement moins instruits et plus négligents que dans le nord.

Y a-t-il utilité à abriter le fumier par une toiture ? M. Mathieu de Dombasle se borne à reconnaître que si l’on peut placer le tas dans un lieu ombragé, cela est préférable.

La question a été portée, dans le courant de l’année 1872, devant la Société des agriculteurs de France, et à cette occasion, MM. Michel Perret et Thénard ont pris la parole et donné aux agriculteurs d’excellents conseils.

M. Michel Perret trouve que l’établissement des fosses, des pompes, des appareils de transport, et enfin le transport même d’une masse de liquide considérable, constituent une somme de frais et d’embarras qui ne sont pas compensés par les avantages de l’engrais à l’état liquide.

Toutes ces difficultés peuvent être supprimées par la couverture du fumier, qui, dès lors à l’abri de la pluie, constitue un appareil évaporatoire puissant, pouvant concentrer et solidifier toutes les urines de l’étable.

Partant de ce principe que la vitesse de solubilisation de l'aliment nutritif distribué à une plante doit être proportionnelle à la vitesse d'assimilation de celte plante qui doit le consommer, il incorpore les engrais chimiques à des substances ligneuses dont les cellules retiennent les parties solubles de l'engrais et ne les laissent se détacher que peu à peu, à mesure des besoins de la végétation. C’est dans cette préparation qu’intervient très-utilement le système de fumiers couverts, qui permet de concentrer le purin saturé d’engrais chimiques et de le fixer à l'état solide dans les cellules végétales de tout le compost.

Telle est la théorie de M. Michel Perret qui tend à cette conséquence que les engrais chimiques ne doivent être employés qu’associés aux fumiers. M. G. Ville a donné des formules pour le cas où les engrais sont associés au fumier, et pour celui où ils sont employés seuls. En suivant ces formules, étudiées pour parer aux accidents qui peuvent se produire, surtout dans la culture de la betterave, dans l’acte de l’assimilation, on n’a rien il craindre de l’emploi unique des engrais chimiques.

M. Thénard, répondant à M. Michel Perret, développe la théorie de la fermentation du fumier qui passe par quatre phases distinctes.

Irc phase. — Fermentation putride, dont le produit le plus précieux est l’ammoniaque.

2° phase. — Combinaison de l’ammoniaque, provenant des sels formés par celte base, avec la partie extractive des végétaux qui ont servi de litière. La substance qui en résulte appelée glucylamine est tellement fixe qu’il faut plus que la chaleur rouge pour la décomposer et en chasser tout l’azote. Pour que cette substance se forme, il faut de la chaleur et de l’humidité; par conséquent, si trop de chaleur nuit en activant trop la formation des sels ammonicaux, pas assez de chaleur nuit aussi en retenant la formation de la glucylamine. C’est ce qui explique pourquoi dans une étable, où les conditions de chaleur et d’humidité sont favorables à ce phénomène, il se dégage du carbonate d’ammoniaque qui pique le nez et les yeux, tandis qu’il ne s’en dégage généralement plus, ou au moins très-peu, aussitôt que la litière, qui d’abord le produisait, a été portée de l’étable sur le tas de fumier et bien tassée. L’eau intervenant élargit les limites de température, en dissolvant le carbonate d’ammoniaque et les matières extractives des végétaux de litière, ce qui a pour effet de retarder d'un côté la volatilisation du carbonate, et de favoriser la formation de la glucylamine.

3e phase. — Fermentation tourbeuse, se produisant aux dépens du ligneux des litières et donnant l’acide humique, substance du genre tourbe.

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4° phase. — Combinaison, par voie de substitution, de la glucylamine, formée «\ la deuxième phase, avec l’aeide humique ; d’où un nouveau produit appelé acide fumique.

11 se présente d’abord sous la forme de fumate d’ammoniaque; mais, avec le temps, il perd cette ammoniaque, qui se reportant sur les matières végétales et solubles ambiantes, forme avec elle de nouvelles quantités d'acide fumique, dont la proportion est ainsi augmentée.

Arrivé à cet état, le fumier est complètement achevé.

De cette explication, résumée ici très-sommairement, M. Thénard conclut que dans les pays chauds il y aura avantage à couvrir les fumiers, alin de modérer les ardeurs du soleil; mais, dans les pays froids, l’avantage disparaîtra, parce que la fermentation développe une quantité de chaleur plus que suffisante pour entretenir le degré convenable, surtout si la masse de fumier est ou devient tant soit peu importante.

Si propice que soit l’humidité, de même que la chaleur, le savant chimisteagronome se demande si par excès elle ne peut devenir nuisible. Il ne nie pas les pertes qui se produisent par l’échappement du purin à la suite des pluies; mais il déclare que ces pertes, dans les conditions les plus néfastes, ne vont pas au-delà de 5 % qu elles ne sauraient justilier la dépense d’une toiture sujette à pourrir très-vite, obligeant à de fréquents arrosages, multipliant la vermine et les odeurs autour des habitations.

Quant à l’établissement d’une fosse à purin, il le repousse aussi en se basant sur ces considérations qu’un liquide de 180 mètres cubes environ ne contient en richesse que 30 tonnes, et que le moment du transport arrive généralement après de grandes pluies qui rendent les charrois nuisibles aux terres et aux prairies.

En résumé, conclut M. Thénard, recommandable dans les pays secs et chauds, la pratique de couvrir les fumiers devient déjà très-discutable dans les contrées pluvieuses, et elle est blâmable sous les climats ordinaires, où d'autres procédés les remplacent avantageusement. Quant à moi, je déclare n’avoir vu nulle part, pas plus en Belgique, qu’en Bretagne, en Gascogne et en Provence, un fumier abrité.

Fumier de bergerie. — Le fumier provenant des porcheries, aussi bien que celui provenant de l’élevage des oies, élevage très-développé dans les départements que traverse la Garonne, peuvent être sans inconvénient mélangés à celui des étables ; mais le fumier de bergerie obtenu en trop grande quantité, quand on vide la bergerie, pour qu'on puisse le mélanger convenablement à l'autre fumier, doit former un tas séparé qu’on traite avec les soins que nous venons d'exposer.

M. Mayre, agriculteur éclairé de Seine-ct-Marne, et collaborateur regretté du Journal d’ Agriculture pratique, nous dit dans un de ses articles, à la date du 28 mars 1872, qu’entretenant un troupeau de cinq à six cents têtes de la race South-down, en parfaite santé, depuis douze ans, il n’enlève le fumier de sa bergerie que deux ou trois fois par an suivant les nécessités de la culture, sans qu’aucune souffrance se manifeste, mais avec le soin de faire circuler l'air librement en toutes saisons, et de désinfecter de la manière suivante :

« Chaque semaine, dit M. Mayre, et plus souvent encore au moment de « l'agnelage, on répand sur le fumier un composé de phosphate de chaux fos- « sile, du plâtre et de l’argile brûlée, dans la proportion de deux dixièmes pour « chacune des deux premières substances et de six dixièmes pour la dernière.

« L'effet de ces matières essentiellement désinfectantes tient du prodige. Nous « savons tous combien sont piquants aux yeux et à la gorge les gaz qui se vola-

ÉLÉMENTS ESSENTIELS

« tilisent au moment du curage 'd'une bergerie, surtout lorsqu'on ne la vide « qu'après six mois et plus d'habitation par le troupeau ; ch bien, ces émana- « lions alcalines et pénétrantes disparaissent complètement en employant le « simple moyen que nous venons d'indiquer ; elles restent alors dans le fumier « au grand profit des plantes dont elles favorisent la végétation la plus active. « En outre, quelle que soit la chaleur de la saison, le troupeau n'est jamais dans « cette atmosphère nauséabonde que provoquent ses déjections, et pour peu « qu’on ne soit pas trop avare de litière, l’air de la bergerie est aussi sain que « celui du parc. » Quant aux substances employées, M. Mayre fait justement remarquer qu'en réalité ce sont de véritables engrais chimiques ajoutés au fumier, qui reprennent leur rôle après avoir servi de désinfectant. Il fait entrer le mélange en question dans la proportion du quart environ de la masse totale dans laquelle il est incoi'poré, et établit comme il suit le prix de revient de 1000 kil. de sa composition :

200 kilogr. de phosphate de chaux fossile (nodules pulvérisés)

à 6 fr. les 100 kil . 12 fr.

200 kil. de plâtre cuit à 2 fr . 4 «

600 kil. d'argile brûlée (riche en potasse) . 6 «

Total des 1000 kil. ... 22 fr.

« Or, dit cet éleveur, Tes’litières, même en pailles défourrées représentent au « moins le double de cette somme, soit 44 fr. les 1000 kilogr. On voit tout de « suite, par ce simple rapprochement, que, loin d'augmenter le prix de revient « du fumier, l’addition du mélange, qui sert aussi de litière, tend à l’abaisser au « contraire, d'une manière assez notable, eu égard au poids dont on le gratifie; « et qu'au total, c'est une économie réelle : c'est donner une lentille pour avoir « une fève. »

Modes d’emploi du fumier • — Pour détruire les graines que les litières et les excréments apportent, malgré toutes les précautions, dans le fumier, on laisse celui-ci arriver à une parfaite consommation qui lui fait prendre l'état d’une substance onctueuse qu'on peut couper à la bêche.

Dans les assolements à plantes sarclées, pour la culture desquelles ou répand le fumier, l'inconvénient des graines de mauvaises herbes a peu de gravité, à cause des sarclages et des labours qui précèdent la semaille des céréales. Dans les terres argileuses, le fumier enterré frais et même sortant de l’étable produit de très-bons effets, et c’estla méthode qu’il faut toujours suivre pour les pommes de terre dans quelque terrain qu’on les fasse.

Généralement on enterre le fumier par des labours successifs, pratique qui convient aux assolements avec jachère et principalement aux sols argileux. Le premier labour enfouit le fumier, le second le ramène à la surface, mais le troisième labour le mélange parfaitement au sol ; et c’est le procédé à suivre pour les céréales fumées, afin d’éviter la verse à laquelle peut donner lieu le fumier qu’on ne répand qu’au moment des semailles pour le couvrir par le dernier labour.

L’épandage du fumier en couverture, soit au moment de la semaille, soit au printemps, sur la récolte en végétation, offre tellement d’inconvénients pour les transports qu’il faut effectuer généralement sur des sols détrempés par les pluies ou récemment travaillés, qu’on ne peut le conseiller, alors qu'il est si facile aujourd’hui de se procurer d’excellents engrais pulvérulents composés pour les besoins de toutes les cultures, et d’un épandage en couverture possible et avantageux aux époques où il doit être pratiqué.

ENGRAIS

Quand on avait recours à cet emploi du fumier en couverture qui, parait-il, donnait de bons résultats sur des sols légers et sablonneux, on l’excluait des sols on pcnle, et il fallait attendre, souvent fort longtemps, l’instant propice où la surface du sol étaiL bien ressuyée et même sèche, avant d'y conduire les lourdes charges de fumier jugé nécessaire.

Pour les prés et les prairies artificielles, la saison la plus favorable pour y conduire les fumiers est la fin de l'automne, avant que le sol soit détrempé par les pluies. Tandis qu’avec les engrais industriels on n’a plus à se préoccuper des suites de oeLte opération, il faut, au printemps suivant, si l'on a employé du fumier pailleux, ramasser les pailles au râteau ou à la berse, et les mettre en dehors du pré dont elles souilleraient le produit.

Lorsqu’on conduit du fumier, il est de bonne administration de prendre ses mesures pour le nombre d'hommes, de chariots et d’attelages, afin qu'il n’y ait pas de temps perdu.

Un grand point à observer c’est d'éparpiller le mieux possible le fumier. Pour y parvenir, on forme d'abord de petits tas qu'il 11e faut pas laisser séjourner plus de 24 heures ; le fumier, répandu une première fois à la fourche, est repris par des femmes ou de jeunes garçons qui divisent chaque portion aussi menu qu’il est possible; eu cet état, sur un sol bien ressuyé, il peut, sans inconvénient, rester pendant assez longtemps avant le labour qui doit l’enterrer, fait qui trouve son explication dans la théorie donnée par M. Thénard.

Pour éviter l'inconvénient des fumiers pailleux qui peuvent gêner la marche de la charrue, certains cultivateurs font couper au hache-paille, ;i la plus grande longueur que donne cet instrument, toutes les pailles destinées à servir de litière.

Toute espèce de fumier produisant de bons effets sur toute espèce de terre, ce qui convient le mieux dans la plupart des cas, c’est de faire un mélange des fumiers de diverses natures.

Composts et terreaux. — Dans une exploitation agricole où l’on connaît la valeur des matières fertilisantes, on 11e laisse rien perdre. Les boues piétinées par les animaux autour des bâtiments, les cendres ayant servi aux lessives, les marcs de pommes et de raisins, les débris provenant du travail du lin et du chanvre, les curures des mares, des viviers, des fossés, et tant d’autres matières qui varient avec les cultures de chaque confiée, sont autant d’éléments dont on peut former des composts ou terreaux qui, après une macération humide plus ou moins longue, sont répandus sur les terres arables ou sur les prairies naturelles et artificielles, où ils peuvent produire de bons effets, si leur composition vient se trouver en harmonie avec les besoins des sols et des cultures. En thèse générale, on peut dire de ces composts que s'ils 11e font pas de bien du moins ils ne font pas de mal.

On obtient des terreaux plus efficaces, si l'on y ajoute des phosphates fossiles, du plâtre ou de la chaux calcinée, ou bien encore de la marne, et surtout si l'on arrose avec du purin. Quand la masse est arrivée à un degré suffisant de décomposition, ce qui, pour certaines matières, peut exiger plusieurs années, on la porte sur les champs avant que ceux-ci aient subi aucun labour, après l’enlèvement de la dernière récolte; on forme de petits tas que l’on répand ensuite â la pelle le plus uniformément possible sur la surface A suivre ; on termine par le passage du rouleau pour écraser les mottes du terreau, quand la dessiccation est opérée.

Quand j’arrivais ;i avoir une provision suffisante de composts ou de terreaux, ce qui est fort long dans les conditions ordinaires, je les distribuais sur les parties faibles que je marquais à l'aide de piquets dans différentes

ÉLÉMENTS ESSENTIELS

pièces, au lieu de les répandre sans solution de continuité sur un champ quelconque. i

Tiges et siliques de colza. — Dans le midi, on égrène le colza sur les champs mêmes où il a été récolté, en étendant les plantes sur des toiles où elles sont battues avec des perches. Les siliques qui restent sont très-riches en potasse; généralement, quand on n'a pas à redouter des accidents, on y met le feu, et on répand les cendres sur la pièce de terre où le battage a été effectué, en ayant soin de labourer le plus tôt possible. Si les champs de colza sont à proximité des étables, on se décide quclquefeis à utiliser les siliques comme les tiges elles-mêmes qu'on apporte à la ferme et qu'on fait servir de litière.

Dans le nord, les siliques du colza et de la navette forment une nourriture qu’on dit très-bonne pour les bêtes à laine pendant l’hiver ; on les donne quelquefois aussi au bétail à cornes, sous la forme de soupes, c’est-à-dire, en les faisant tremper dans de l’eau bouillante, tant sont variables d’un pays à l’autre les coutumes agricoles.

Balles de froment et de petites céréales, — Les balles provenant du battage du froment et des petites céréales forment, tous les ans, dans une exploitation de quelque importance, une masse considérable, du moins en volume, où se trouvent mélangées les graines des mauvaises herbes emportées dans les gerbes; c’est ce qui explique pourquoi, dans la pratique, on en fait si peu do cas. Dans le midi où le battage a lieu sur une aire, en plein air, immédiatement après l’enlèvement des récoltes, les balles sont abandonnées à la volaille et aux pigeons qui les tournent dans tous les sens, tandis que les grands vents en dispersent les trois quarts. On pourrait, avec quelques précautions, les utiliser fructueusement, par exemple en les mélangeant avec des terreaux qui, à l’aide d’arrosages convenables, favoriseraient la germination des mauvaises graines, avant l’épandage. Mais, quoiqu’on fasse, il sera prudent, si on ne veut pas être exposé à salir les pièces des assolements, de ne répandre les balles que sur des prairies, et c’est d’ailleurs ce que l’on fait, sans jamais les employer comme litière.

Sciure de bois. — La sciure de bois, presque exclusivement formée de cellulose qui est un hydrate de carbone, ne peut constituer par elle-même un engrais proprement dit; mais elle peut utilement servir de récepteur de matières fertilisantes. M. Gustave Henzé, consulté sur ce sujet, donna la réponse que voici, dans le Journal d' agriculture 'pratique (année 1872, 1er semestre).

« La sciure de bois est très-lente à se décomposer et à se transformer en ter- « reau. On peut néanmoins l’utiliser avantageusement en l’employant comme « litière et en la laissant pendant plusieurs mois en contact avec les déjections « solides et liquides. On peut aussi la stratifier avec la chaux vive, laisser le « mélange en tas pendant une année environ en ayant la précaution de le « remuer à plusieurs reprises. Avant d’employer ce compost, on l’arrose copicu- « sèment plusieurs fois avec des urines fraîches ou des eaux vannes. La sciure « de bois ainsi traitée est en grande partie décomposée lorsqu’on utilise le « mélange, et elle contribue dans une large mesure à la fertilisation des terres « un peu consistantes, sur lesquelles elle doit être appliquée. »

Nous ajouterons que la Compagnie générale des omnibus et d’autres administrations utilisent, autant qu’il est en leur pouvoir; la sciure de bois pour

litière.

Quand on exploite des forêts sur place, on s’applique à alimenter les foyers des machines à vapeur avec la sciure et les déchets encore verts, sans avoir

ENGRAIS

recours au charbon. La société centrale de construction de machines, de Panlin, (Seine), si habilement administrée par MM. les ingénieurs Weyher et Richemond , a adopté l’appareil Krafft, appartenant d'ailleurs au domaine public, pour la marche assurée de ses excellentes machines tubulaires, à foyer amovible et à retour de flamme, toutes les fois qu’il s’agit de les appliquer à l'exploitation des forêts, avec condition expresse de n’employer au chauffage que les déchets de bois vert et la sciure verte, sans une parcelle de charbon. Les résultats ont été toujours conformes aux engagements pris, et, dans tous les cas, la machine trouve dans les déchets et la sciure de quoi alimenter son foyer.

Quand il est adopté dans des établissements importants où l'on amène les bois à travailler, l'appareil Krafft est fixe et établi en contre-bas du sol.

Quand on veut exploiter en se déplaçant, l’appareil est installé sur un chariot à quatre roues qu’un cheval amène sur les chantiers avec autant de facilité que la locomobile et l’appareil de sciage.

Colombine et poulette. — Dans le sud-ouest, surtout dans le pays Toulousains, les pigeons sont très-répandus. H n’y a pas de maison, pas de métairie qui n’ait son pigeonnier logeant un millier de pigeons qui trouvent leur nourriture dans les champs, sauf pendant quinze jours ou trois semaines de froid, temps pendant lequel on leur distribue quelque boisseaux de graine de millet à balai.

Un pigeonnier garni de nids en osier sur toutes ses faces intérieures coûte environ 1,500 fr. d’établissement, et produit 150 à 200 fr. de jeunes pigeons enlevés à 0fr,50 et à 0fr,60 la paire dans les marchés, sans compter ceux que l’on consomme chez le propriétaire, ou qu’on laisse s’envoler, ou enfin qu’on donne bénévolément. Il faut y joindre un rapport précieux d’environ 35 à 40 hecto- 1 i I res d’excréments appelés colombine, ayant une valeur moyenne dco fr. l'hectolitre, celui-ci pesant environ 45 kil. à l’état normal.

Malgré leur grand nombre, les pigeons portent peu de préjudice, à moins que la sécheresse ne survienne à l’époque des semailles, ce qui est fort rare. Dans ce cas, quelques enfants armes de frondes épouvantent les bandes et le mal est peu grave. Sans cette précaution, les dommages seraient considérables sur les plantes à cotylédons, telles que haricots, pois, vesces, etc., au moment de leur sortie de terre. Quand on se sert du semoir pour semer les céréales, on n’a rien à craindre du bec de ces oiseaux, à cause de la couche suffisante de terre dont les socs recouvrent les grains, ce qui permet de réduire la quantité superflue que l’on répand à la volée pour faire la part du feu, c’est-àdire des pertes.

Inoffensifs à tout prendre, ces oiseaux se nourrissent des graines d'une quantité de mauvaises herbes qui se succèdent, dans toutes les saisons, sur les terres arables en guérets ou ensemencées, sur les prés et sur les luzernières. Ils trouvent encore de bonnes rations dans les marcs de raisins qu’on a soin de remuer de temps en temps, et aussi dans le tas formé par les balles provenant du battages des céréales. Il est à remarquer qu’à vingt lieues de Toulouse, en s’avançant dans le bas Languedoc, vers Narbonne, les pigeonniers disparaissent presque complètement, le pays étant probablement trop sec pour produire la flore qui convient aux pigeons; on n’a là que des pigeons de basse-cour, de meilleure qualité sans contredit, mais qu’il faut nourrir toute l’année.

La colombine est un engrais énergique très-recherché, et qui, répandu à raison de 20 à 25 hectolitres par hectare et recouvert par un léger hersage, au moment d’ensemencer du froment, produit des elfets comparables à ceux du guano.

Dans certains departements du Nord et de l'Est où les colombiers sont assez répandus, ou fait sécher la colombine; on la réduit ensuite en poudre au

ELEMENTS ESSENTIELS

moyen du fléau ou de toute autre manière, et on la répand à la main sur les récoltes en végétation au mois de mars et d’avril, sans l’enterrer, ou au moment de la semaille.

Dans le Midi, il est toujours de bonne prudence de répandre la colombine, comme les autres engrais, à l’automne, en l'enterrant par un léger hersage. Au point de vue de la parfaite régularité de l’épandage, il est bien de faire sécher la colombine et de la pulvériser, mais il faut remarquer qu’une partie des éléments azotés se transforment en sels ammoniacaux volatils à la température ordinaire et provenant de la décomposition de l’acide urique, matière blanchâtre de la colombine, en carbonate d'ammoniaque. L’acide urique qui contient 33,33 °/o d’azote a pour formule C10H2 AZ4042HO. Pour perdre le moins possible, il vaut mieux employer la colombine à l’état frais, à sa sortie du pigeonnier.

Quand on fait l’opération si utile du provignage pour remplacer des souches épuisées, c’est de la colombine qu’on répand dans le petit fossé où l’on couche le cep qui sert de provin.

Les jardiniers recherchent aussi avec beaucoup de soin cet engrais qu’ils vont chercher à des distances considérables chez de petits cultivateurs ignorants, pressés de réaliser en écus la fertilité dont ils privent leur modeste exploitation.

Les excréments de volaille appelés poulette jouissent à peu près des mêmes propriétés que la colombine, quoique chargés d’un peu plus de matières inertes, et sont employés aux mêmes usages et de la même manière.

Au point de vue de la composition chimique, voici ce que l’on sait sur ces matières.

L’analyse de la colombine de la ferme de Bechelbronn a donné à M. Boussingault :

Eau . 61,80%

Azote . 9,12 »

Acide pliosphorique . 3,88 »

Sels, sable et autres . 23,20 »

C’était l’époque du règne de l’azote et de l’acide pliosphorique, en progrès, d’ailleurs, sur le règne de l’azote seul.

M. Girardin, doyen de la faculté de Lille, donne la composition suivante pour la colombine et la poulette :

Débris de plumes, urate d’ammoniaque, acide urique .

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