‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 52 sur 95 · TOME II. — NOUV. TECH · texte numérisé non relu

TOME II. — NOUV. TECH

ENGltAIS.

On a récemment offert à M. Joulie un lot de cent mille kilogrammes de colombine à laquelle, à l’état de livraison, ce chimiste a trouvé la composition ci-dessous qui laisse des doutes sur la pureté du produit, qui peut d’ailleurs avoir subi, par l’effet d’un long séjour en magasin, une perte notable d’azote.

Acide pliosphorique total . 1,939

Acide pliosphorique assimilable, soluble dans le citrate Iq

d’ammoniaque alcalin et à froid . r’ *

Potasse . 1,311

Soude . 0,174

Azote . 3,398

Total % . 7,064

Terreau de vidange rurale. — Le produit des vidanges des latrines de l’exploitation doit être aussi traité à part, sans le mélanger au fumier ordinaire.

Tandis que dans les Flandres l’engrais humain est soigneusement recueilli pour être répandu sur les champs, dans le Midi on le néglige presque partout. A parties propriétaires aisés qui ont des cabinets d’aisance dans leurs maisons, il n’y a aucune installation pour le personnel des ouvriers, d’où, parmi les moindre inconvénients de ce système par trop primitif, une perte regrettable de matières fertilisantes.

Une manière assez simple et presque sans frais d'utiliser ce produit consiste à le déposer à l’état liquide dans une fosse d’au moins un mètre de profondeur qu’on emplit seulement à moitié. Sur le bord on dépose de la terre bien meuble et mieux encore de la marne bien sèche, et on la jette dans cette fosse, en l'éparpillant par pelletées, jusqu’à ce que la masse soit bien ferme. Au bout de quelques temps on vide le tout, en formant sur le bord un tas qu’on emploie après que la dessiccation peut permettre un bon épandage. Il ne faut pas mêler à ces matières, pendant leur traitement dans la fosse, des substances végétales toujours longues à se décomposer, et très-gênantes pour répandre l’engrais régulièrement.

A l’article vidanges on expose des procédés plus perfectionnés que celui que nous venons de décrire pour recueillir et utiliser les vidanges dans les exploitations rurales.

Boues des villes. — M. A. Pétermann, directeur de la station agricole de Gembloux, en Belgique, a publié, en 1875, dans le Jouniel d' agriculture pratique, une intéressante communication sur les boues de Bruxelles.

Il débute par insister avec grande raison sur ce fait indiscutable, mais qui passe inaperçu chez trop de cultivateurs, que la quantité de matières nutritives consistant en acide pliosphorique, potasse et azote qu’on enlève annuellement aux champs et qu’on livre sous forme de viande, de graines, de légumes et de lait à nos grands centres de population, est si considérable, qu’il est dans l’intérêt de l’agriculture que les villes restituent aux campagnes toutes les substances qui renferment des éléments utiles aux végétaux et susceptibles d’être employées comme engrais.

Indépendamment des vidanges proprement dites, on désigne sous le nom collectif de boues des villes une grandes variété de déchets de ménage, d’atelier, de cuisine et de magasin, les cendres, les balayures de rues, etc. La composition de ces boues est très-variable, car elle dépend des quartiers où ou les produit, des saisons et des industries d’où elles émanent.

Après avoir effectué un échantillon moyen, en prenant toutes les précautions qu’un habile chimiste sait prendre en pareille occasion, M. Pétermann a trouvé

ÉLÉMENTS ESSENTIELS

la composition suivante aux boues de la ville de Bruxelles recueillies par la ferme de ces matières :

1,000 kilogrammes de boues de la ville de Bruxelles renferment :

Eau .

Matières organiques .

Magnésie .

Potasse .

Soude .

Oxyde de fer et alumine .

Acide phosphorique .

Acide sulfurique .

Acide carbonique .

Chlore .

Matières insolubles (sable, silice, argile) .

228,78 (avec 3k, 92 d’azote).

De cette composition M. Pélermann dégage les conséquences suivantes dont la justesse est inattaquable.

« Cette analyse nous démontre, dit-il, que les boues de ville sont des matières « qui ont de la valeur pour l’agriculture, surtout à une époque où la rareté des '< engrais et leur hausse incessante exigent que le cultivateur recherche toutes « les matières fertilisantes, quelle que soit leur origine.il est certain que l’effet << des boues des villes ne pourra aucunement être mis en comparaison avec

celui des engrais concentrés du commerce, qui, employés dans le but d’aug- « menter le rendement d’une terre, doivent rembourser, au moins, au bout de « deux années, le capital engagé. Des matières comme les boues de villes « comme les dépôts limoneux des étangs, les curures de canaux, etc., doivent « être considérées comme des matières qui, importées dans la ferme, contribue- « ront peu à peu à remplacer à bon marché une partie des substances nutritives « exportées. Considérées sous ce point de vue, ces matières sont, partout où les « frais de transport ne sont pas trop considérables, d’une haute utilité et se « recommandent pour l’application directe aux prairies ou pour la préparation « des composts. Mélangées dans ce dernier but avec tous les déchets disponibles « de la ferme, comme débris de paille et de foin, balayures de cours, feuillage >( ramassé, etc., arrosées de temps à autre avec du purin et laissées en tas « pendant cinq à six mois, les boues des villes seront transformées en un engrais « efficace et peu coûteux.

« 11 ressort, en effet, du calcul suivant que la valeur des boues de ville, comme « matière première de fabrication des composts est bien supérieure à leur prix « de vente; celui-ci étant de 4 fr. la tonne, rendue à toutes les stations de « Bruxelles à Namur, par Ottignies, leur valeur théorique serait de 11 à 12 fr. « les 1 ,000 kilogr.

« 3k,09 de potasse à 0f,70 . • . 21,16

« 6k,02 d’acide phosphorique insoluble à 0f, 50 . . . . 3f,01

« 3k,92 d’azote à lf,50 . 5f,88

« llf,05c»

Limonage. — Tandis que le colmatage a pour but l'exhaussement d’un sol par les dépôts des matières terreuses que contiennent les eaux des inondations, ou d’établir sur une surface infertile une couche arable susceptible d’être mise

avantageusement en culture, le limonage a pour fonction spéciale d’entretenir la fertilité d’un sol exploité, sur lequel cette opération peut être répétée toutes les fois que ie débordement du cours d'eau se produit. Dans les deux cas c’est par le dépôt du limon en suspension que l’amélioration est réalisée. Je n’ai à parler ici du limonage qu'au point de vue spécial dca engrais, laissant à la partie hydraulique ce qui se rapporte aux moyens de le produire.

Un des plus beaux exemples que je puisse citer des limonages qu’il m'a été donné d’observer est celui produit par la Garonne, sur le territoire de Grenade, canton situé à 2o kilomètres' au nord et en aval de Toulouse. 11 y a en cet endroit, à quelques mètres au-déss'oüs de la plaine principale, une plaine secondaire d’une fertilité proverbiale. Elle a 1200 mètres, environ, de largeur moyenne, sur à peu près trois kilomètres de longueur développée sur les bords du tleuve. Sa largeur est divisée en deux parties sensiblement égales, mais soumises à des systèmes très-dilférents de culture. La partie plus facilement submersible qui borde la Garonne sert de défense à l'autre contre les courants rapides et destructeurs des inondations. Dans ce but, elle est sillonnée par un système de digues formant une sorte d’échiquier dont chaque case est plantée de peupliers. Sur ces alluvions riches et frais, ces arbres atteignent, en peu d'années, un développement considérable, et fournissent à la construction des bois fort demandés.

L’autre partie de cette plaine adossée au coteau qui la domine est cultivée en produits de toute espèce, mais principalement en plantes sarclées telles que maïs, millet à balai, haricots, pommes de terre et en plantes potagères. Tandis que sur la partie qui borde la Garonne les herbages sont acides et par suite de mauvaise qualité, à cause probablement de l'ombrage provenant des plantations et d'un excès de fraîcheur, ils sont aussi savoureux qu'abondants dans la partie cultivée qui, privée d'arbres, laisse prendre à toutes les cultures l’aération et la lumière qui leur sont nécessaires.

Faisant abstraction des désastres qui, comme celui de 187o, pourraient être complètement évités par des barrages établis dans les montagnes, les inondations ordinaires, dont la périodicité a des termes variant de cinq à dix années, suffisent pour entretenir, par le limonage, le haut degré de fertilité dont jouit ce sol privilégié. L’eau, dont le courant est déjà bien amorti par les digues et les plantations, n’arrive dans les champs en culture qu’à la faveur de méandres dont les débordements progressifs et lents permettent le dépôt du limon fertilisant. Quand le llcuve rentre dans son lit, l’excédant de l’eau non absorbée par le sol s'écoule par des conduits qu’on ouvre ou qu'on ferme à volonté suivant les exigences de niveau.

Les limonages obtenus par des submersions naturelles ne sont assujettis à aucune règle particulière ; la seule condition fondamentale, à laquelle ils ne peuvent se soustraire, consiste en ce que les eaux doivent pouvoir se retirer complètement, et, autant que possible, avant l'époque de la végétation, car, dans le cas contraire, elles peuvent endommager les récoltes. L’exemple que je viens de citer ne constitue pas un fait isolé; il est au contraire d'une grande généralité, et ses conséquences, au point de vue agricole, ne peuvent être considérées comme locales et accidentelles.

Les terres sumcrsibles, surtout si elles sont consacrées à la prairie naturelle, ont plus de valeur que les terres qui ne peuvent bénéficier du limonage. C'est ce qui arrive dans les contrées de l'ouest et du centre, où les submersions d'été sont beaucoup plus rares que les autres qui sont les plus profitables.

Citons les vallées de la Marne, de l’Yonne, de l'Aube et autres affluents de la Seine; la rive droite de la Loire entre Nevers et Orléans, les vallées de laSarthe de la Mayenne, de la Creuse et autres. Dans tous ces parages, la valeur de la sur-

ÉLÉMENTS ESSENTIELS

face submersible est généralement le double, sans irrigation d'été, de celle? des terrains à l’abri des submersions.

M. Nadault de Bulfon, à qui nous empruntons ces détails, estime qu'en prenant pour base la plus-value annuelle des récoltes et l’équivalent du fumier de ferme qu'il faudrait employer pour les obtenir, le prix du mètre cube de limon déposé varie de 2 à 3 francs et même au-delà.

Cet habile ingénieur, membre de la Société nationale d’ Agriculture de France, donne pour conséquence aux observations publiées, en 1872, dans le Journal d’ Agriculture pratique, la déclaration suivante : « Le limon, pouvant « recevoir dans toutes les régions une extension presque illimitée, représente le « grand côté de la question relative à l’utilisation agricole des eaux; il a droit « à ce titre, d’obtenir une part notable des encouragements dont l’administra- « tion dispose; celle-ci doit favoriser le plus possible l’organisation des entrc- « prises ayant pour objet, non-seulement d’utiliser, partout où cela n’est pas « déjà fait, les submersions naturelles, mais aussi d’ouvrir-, pour ces objets, des « dérivations artificielles, car elles produiront des avantages égaux ou supérieurs « à ceux que l’on peut obtenir de l’irrigation d’été, ayant, contrairement à « celle-ci, une alimentation toujours assurée.

« Cependant ce serait une erreur de croire que ces utiles opérations doivent « avoir nécessairement le caractère de travaux publics, ou même celui d’intérêt « collectif. Elles sont également à la portée des simples cultivateurs ; car, à « défaut d’eaux de rivières, ou même d’eaux courantes pérennes, ils peuvent « tirer parti de celles que fournissent, dans les jours d’orage, les fossés, clie- « mins et ravins. Ces eaux renferment toujours, au point de vue agricole, des « matières très-précieuses, dont la conquête ne réclame que très peu de frais, « et c’est ce qui doit appeler particulièrement sur ce point l’attention des eulti- « vateurs intelligents. »

Ce serait ici la place d’une étude sur les eaux d’égout et les vidanges, si l'importance de ces deux sujets n’avait décidé la direction de cet ouvrage à leur consacrer un article spécial.

Engrais de poisson. — H y a longtemps que l’industrie est à la recherche de procédés économiques capables de faire servir les poissons à la fabrication des engrais. Jusqu’ici les procédés mis en œuvre n'ont pu procurer en tous lieux des bénéfices suffisants aux fabricants, dont quelques-uns se sont retirés avec des pertes considérables. Cette question est donc loin d’être résolue d’une manière satisfaisante, et l’agriculture attend encore qu’on mette en grand à sa disposition une des plus puissantes ressources qu’on puisse" appliquer à la fertilisation des terres afables.

Et pourtant le traitement des poissons renferme deux sources très-importantes de produits qui semblent, à première inspection, permettre et devoir encourager la création de grandes usines.

Les huiles et graisses, qui ne sont d’aucune utilité dans les engrais, peuvent alimenter plusieurs branches d’industrie, telles que la fabrication d’huile médicinale, celle d huile pour les corroyeurs, le commerce des matières pour la pêche, etc., tandis qu'après avoir retiré ces matières, la poudre qui reste, après dessiccation et broyage, est fort riche en éléments fertilisants.

Le tableau suivant des analyses faites par Payen, montre que la quantité de graisse contenue dans la chair de poisson à l’état normal, telle qu’on la livre dans le commerce, est très-variable, car de 0,212 pour cent parties, elle va jusqu’à 23 %. Les autres substances ont des écarts beaucoup moins forts.

ENGRAIS

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