TOME II. — NOUV. TECH
ANIMAUX DOMESTIQUES
L’espèce chevaline légère, comprenant les races asiatique et africaine, occupe, comme on vient de le voir, l’Afrique, l'Asie et les trois quarts de l’Europe ; elle a pour elle l’espace, tandis que la grosse espèce — clic justifie cette appellation — ne se rencontre que dans le bassin de la mer du Nord et de la mer Baltique, pure et mélangée avec la race asiatique. Ce bassin d’une étendue peu considérable, mais d’une importance extrême en raison de la prospérité commerciale et agricole des pays qui le constituent : Russie et Allemagne septentrionales, Suède et Norwègc, Danemark, Hollande, Belgique, Angleterre et nord de la France, est encore l’habitat, ainsi que les éludes précédentes nous l'ont appris, des races cl variétés bovines et ovines les plus grandes, les plus productives et, partant, les plus recherchées. Cela tient à l'humidité et à la douceur relative de l'atmosphère, à la fraîcheur du sol, à l’abondance et à la fertilité des herbages.
Deux races chevalines se partagent la circonscription indiquée : la race danoise et la race française.
La race danoise « a les frontaux incurvés dans le sens longitudinal et étroits, les arcades orbitaires effacées, les orbites petits, les sus-naseaux continuant régulièrement la voûte frontale, les lacrymaux un peu déprimés, le petit sus-maxillaire long cl peu oblique par rapport ;ï la direction de la pointe des sus-naseaux, le profil fortement arqué depuis le sommet de l’occipital jusqu'à l’os incisif; 7 vertèbres cervicales, 18 dorsales, G lombaires, 5 sacrées soudées, coccvgicnncs en nombre variable, robe ordinairement baie ou alezane avec leurs diverses nuances, pourvue ou non de marques blanches à la tête et aux membres, taille élevée, im,60 à 1"',70, tête longue, oreilles rapprochées, encolure relativement grêle, poitrine peu profonde, dos et reins longs, croupe courtect souvent avalée, queue basse, épaules plates et insuffisamment musclées, avant-bras courts, canons longs, jambes grêles et courtes, pieds généralement larges et plats. »
Le type spécifique de la race a pris naissance dans le Sleswig-Holstein et s’est progressivement étendu sur le Mecklembourg, l’Oldembourg et l’Allemagne du nord, en vertu de son extension naturelle. Puis, avec les barbares germains et Scandinaves, il est venu on Hollande, en Angleterre, en Flandre, en Normandie, dans le Poitou, et avec les Hurgondes, par un autre chemin, dans le Jura, la Suisse, et enfin, dans le nord de l’Italie avec les Lombards. Ce type disparait tous les jours, d’abord parce que ses exigences ne se prêtent pas aux conditions du climat méridional, et ensuite, parce que son .aspect disgracieux et ses nombreux défauts l’éloignent de la reproduction. M. Sanson appelle, on ne sait pourquoi, ce type germanique, alors que l’origine et l’histoire sont d’accord pour indiquer nettement qu’il sort du Danemark. Mmo de Pompadour avait mis à la mode les chevaux danois à tête busquée, et de son temps on donnait déjà des étalons de ce pays aux juments de Normandie. On les trouvait beaux alors, et ils jouaient le rôle d’améliorateurs.
L’ancienne variété normande n’existe plus que de nom, elle a été absorbée par le pur sang; quant à celles dites picarde, flamande, belge, anglaise et hollandaise, elles sont également en train de se transformer, c’est-à-dire de revêtir les formes générales de la race boulonnaise et de passer à la brachycéphalie. Ce modèle, de plus en plus recherché, tend à devenir unique chez tous nos animaux domestiques, car il est le complément de la belle conformation.
L'ancienne variété poitevine a fait place aux métis anglo-normands sur tout le littoral, de la Loire à la Gironde, et à la variété bretonne dans l'intérieur des lencs. Il en résulte que l’industrie mulassièrc perd journellement de son importance, et je l’explique par ce qui se passe sur mon exploitation et su*'
ESPÈCE CHEVALINE
celles de mes voisins. On 11e faisait pas autrefois des mulets parce qu’on avait l’habitude de cette production et que la variété mulassière s’y prêtait mieux que toute autre, mais bien parce que ces animaux, souvent rebelles et dangereux, se vendaient de bonne heure et à des prix très-rémunérateurs. Aujourd’hui, les poulains s’enlèvent aussi promptement et atteignent la même valeur à un an, ce qui fait préférer leur élevage, car, d’une part, on trouve les mêmes avantages pécuniaires, et, de l’autre, on se soustrait aux morsures et aux coups de pieds.
La race danoise ne se rencontre donc plus que sur les bords de la mer du Nord et de la Baltique, dans son aire primitive où elle forme la minorité de la population chevaline. Comme son extinction n'est plus qu’une affaire de temps, je ne m’en occupe que pour donner une courte description des tribus jurassienne et italienne de ce type, car il n’existe pas de tribu suisse proprement dite, comme le prétendent certains auteurs mal informés.
Le modèle comtois n’est pas beau; on en jugera par le portrait suivant : face longue, étroite et aplatie sur les cotés; chanfrein droit; tète mal portée et dépourvue d’expression ; encolure grêle ; corps long ; épaule peu musculée et droite; dos ensellé ; os du bassin saillants; croupe avalée, courte et plate; queue basse et touffue; canons chargés de crins; pieds plats et courts; aplombs généralement défectueux ; robe quelquefois grise, mais souvent baie ; taille variant entre lm,ü5et lm,60; mollesse et lenteur dans les allures, mais par contre, docilité dans le travail et facilité à se nourrir de tout. Les chevaux comtois tiennent le milieu entre ceux dont le tirage est rapide, tels que les bretons, et ceux qui marchent pesamment comme les boulonnais et les flamands. La charrue ou le charroi, voilà leur véritable destination. C’est par longues files, transportant à pas lents les produits de la Suisse et de la Franche-Comté, qu’on les rencontre sur toutes les routes de France. 11 existe un air de famille entre les chevaux de la Franche-Comté et ceux de la Suisse, et cela s’explique. Les poulains nés dans le département du Doubs, sont achetés par les Suisses, à l’âge de six mois, et ceux-ci les revendent à l’âge de cinq ans comme natifs de leur pays qui en produit fort peu. Les plus beaux sujets sont conduits jeunes dans les départements voisins et même jusque dans celui du Nord, où on essaie de les faire passer pour des boulonnais.
La population chevaline lombarde a tous les caractères de la race danoise ; on l'emploie aux travaux agricoles et aux transports qui exigent de la force.
La race française, occupe le noi'd-ouest de la France, la Belgique et partie de la Hollande et de l’Angleterre ; elle comprend les variétés boulonnaise, flamande, picarde, belge, ardennaise, hollandaise, bretonne, percheronne, clydesdale, de suffolk, et de norfolk. L’extension prodigieuse du type français coïncide avec la disparition du type danois, de sorte qu’011 peut prévoir l’époque à laquelle l’emploi du premier comme moteur sera exclusif dans tout le nord de l'Europe, et, comme agent de production, partout où le commerce et l’agriculture seront prospères.
La variété boulonnaise est généralement considérée comme la meilleure et la plus répandue des variétés de gros trait. Sans être les plus volumineux de l’espèce chevaline, puisqu'on trouve en Flandre, en Belgique et notamment en Angleterre des animaux plus grands et plus étoffés, les boulonnais ont toute la taille et la corpulence nécessaires aux travaux les plus pénibles. Ces animaux sont élevés avec prédilection dans le département du Pas-de-Calais et principalement dans l’arrondissement de Boulogne, qui leur a donné son nom, et dans ceux de Béthune et de Saint-Omer. Dans ces pays, où le travail de la terre se
ANIMAUX DOMESTIQUES
fait avec des juments, les cultivateurs s’adonnent à la multiplication des poulains. Ils gardent des femelles en quantité suffisante pour remonter leurs écuries; tout le reste est vendu dans la première année et s’en va dans les arrondissements d’Arras, de Saint-Pol, d’Abbeville, de Péronne, dans le Vimeux, le pays de f.aux; il se répand aussi dans les départements de l'Oise, de l'Aisne, de Seinc-et-Marne, d’Eure-et-Loir et de la Seine-Inférieure. Le cultivateur étant débarrassé du soin de continuer l’élève des poulains, donne toute son attention à la production et s'y livre d’autant mieux qu'il sait que la vente est facile et assurée. On voit par là que le Pas-de-Calais est plutôt un centre de production qu’un pays d 'élevage. Chez leurs nouveaux possesseurs, les poulains se trouvent dans les meilleures conditions, car l’absence de juments poulinières fait qu’ils absorbent seuls l’attention cl les soins. Dès le jeune âge, on les emploie à l’agriculture, et, à deux ans, ils peuvent payer les frais de leur nourririture; à cinq ans, on les vend pour le gros roulage de toute la France. Le commerce ne donne plus le nom de boulonnais aux animaux qui sortent des pays éloignés du lieu de production. Ainsi, dans la plaine de Chartres, le type s’appelle gros 'percheron ; dans la vallée d'Auge et les environs de Caen et de Vire, il prend le nom d ’Augeron, Caennais, Virais; les individus qui ont été amenés dans le pays de Caux et de Vimeux sont désignés comme chevaux du bon pays. Sur les 150,000 chevaux que possèdent les trois départements du Nord, de la Somme et du Pas-de-Calais, on peut compter 15,000 naissances annuelles appartenant aux espèces de trait.
Chez le boulonnais, le corps est trapu, et présente de fortes masses musculaires; la tète est grosse, le chanfrein droit, la ganache saillante, la crinière double, le poitrail large, le garrot bas, le dos court, la croupe double, la queue large, les tendons volumineux et bien écartés des canons, le pied bon, la robe indifféremment claire ou foncée; maximum de la taille, lm,65. Il est aussi débonnaire que fort, leste et agile autant que peut l'être un si volumineux animal.
La variété boulonnaise n’ayant pas sa pareille au monde, il importe de la conserver pure de toute alliance et ne l’améliorer que par la sélection. Le reproche qu’on peut adresser aux producteurs, c’est de ne pas assez bien nourrir les poulinières et les poulains qu'ils conservent, et de ne pas choisir avec assez de soin les étalons qu’ils leur destinent.
L’ancienne variété flamande avait la tête busquée vers son extrémité seulement, ainsi qu’on le remarque encore sur quelques sujets belges, ce qui a fait prendre ce modèle pour une race parM. Sanson. La nouvelle variété, celle du type français, ressemble tellement à la boulonnaise que c’est à s’y méprendre. 11 en est de même de la variété picarde qui, comme la précédente, ne diffère en rien de la race-mère. Les poulains naissent dans les environs de Compiègne, Laon et Vcrvins, mais sont élevés dans les arrondissements de Château- Thierrv, Senlis et Soissons. Les uns restent dans ces contrées, c’est le plus grand nombre, et les autres passent en Beauce où ils se mêlent aux chevaux percherons. Les chevaux flamands sont les géants de la race. Les plus massifs naissent aux environs de Tournay et de Fume, et ce sont ces endroits qui fournissent les chevaux de halagc, sur les fleuves cl les canaux, et ceux dits de brasseurs, parce qu'ils sont recherchés dos fabricants de bière. Les moins trapus servent aux charrois et à l’agriculture. Pour améliorer la variété flamande, il faudrait drainer le sol, cultiver les meilleurs fourrages, faire entrer l’avoine dans l’alimentation des poulains, appliquer les règles de la sélection, et surtout moins rechercher l'élévation de la laillc que l’ensemble d'une belle conformation, à l’instar des éleveurs de Bourbourg.
La race dolichocéphale danoise n’existe presque plus en Belgique ; elle a été
ESPÈCE CHEVALINE
remplacée par le type français brachycéphale. Les chevaux belges sont de haute taille, de forte corpulence, et ne se distinguent des boulonnais, des flamands et des picards que par de nombreux défauts de conformation visibles surtout sur ceux du Hainaut et de la province de Namur, qui pèchent par le bas des membres et les articulations qui n’ont pas assez d’ampleur. Ceux du Iîrabant, les plus gros et les plus lourds de toute la contrée, sont trop ensellés et chargés de chair. En général, les chevaux belges exposés, malgré leur amélioration, ne valaient pas leurs voisins de France. Que dire alors du dessous du panier, de la masse, du produit de ces infects étalons rouleurs qui empoisonnent une partie de notre territoire, sinon que la population chevaline a beaucoup à faire pour atteindre la perfection.
En quittant la Belgique pour se rendre dans les Ardennes, on voit la population équine perdre de sa taille et de sa lourdeur, gagner de l’énergie, devenir apte au trait léger, sans cesser d’appartenir au même type. Autrefois, le cheval ardennais avait, parait-il, une grande renommée, sous le rapport du service militaire. Il se confond aujourd’hui avec le boulonnais et le percheron. Comme ses qualités sont plutôt morales que physiques, il faut l’améliorer sans toucher au fond de sa nature, lui donner plus de formes à l’aide de la sélection et de la nourriture. Un dépôt d’étalons avait été établi à Charleville, mais l’administration des haras, malgré sa courte vue et son entêtement proverbial, n’a pas tardé à reconnaître la bévue commise et à supprimer l’établissement en question.
La Hollande et le Luxembourg essaient encore de produire des sujets propres aux attelages de luxe par des étalons anglais ou allemands. On ferait mieux, dans ces pays, de se livrer à l’élevage du cheval de trait et de prendre les étalons nécessaires dans le Boulonnais ou le Perche. Quelques sujets assez réussis figuraient à l'Exposition.
Les variétés bretonnes de Saint-Pol-de-Léon et du Conquet jouissent d’une grande réputation. Les principaux centres de production de la variété de Léon sont les arrondissements de Brest, Morlaix, Saint-Mâlo, Lannion et la contrée de Saint- Pol-de-Léon. Ses caractères typiques sont les suivants : front plat et carré; face courte à chanfrein déprimé; arcades orbitaires saillantes; maxillaires à branches écartées; naseaux ouverts; bouche petite ; ganaches épaisses/, joues grasses, oreilles petites et dressées; œil vif; encolure épaisse; crinière double et trèsfournie de crins ; corps court et trapu ; côte arrondie ; rein large, croupe musclée et double, souvent avalée ; queue touffue et attachée bas ; membres forts ; articulations larges; pâturons courts; robe grisa, baie ou noire; taille de lm,5o; physionomie expressive, etc., etc. Cette variété est forte et 'particulièrement apte aux travaux de gros trait. Celle du Conquet se trouve principalement dans la région comprise entre Pontivy, Guingamp et Carhaix, et ne diffère de la race précitée que par la taille qui est plus petite, fm,48 à lm,58; l’encolure moins forte et par conséquent plus gracieuse; la poitrine plus ample; l’épaule plus oblique; les membres plus secs; les aplombs meilleurs ; la robe est généralement grise, baie, alezane ou noire. A côté de bonnes et solides qualités apparaissent des désagréments très-grands, la fluxion périodique entr’autres.
Au commencement du siècle, le Perche, ancienne partie du Maine et comprenant aujourd'hui les arrondissements de Vendôme, Saint-Calais, Nogent-le- Rotrou et Mortagne, ne possédait qu’une population chevaline ordinaire. L’origine de celle d’aujourd’hui ne remonte donc pas loin et a 'pour point de départ la rencontre sur le territoire percheron de plusieurs variétés de la race française. Les produits, soumis à un régime particulier et aux influences locales,
se sont façonnés suivant un mode nouveau et ont pris le nom de la contrée, justifié d'ailleurs par les caractères qui leur étaient devenus propres. Certains hippologues ont admis, et bien ;ï tort, deux types distincts qu’ils ont appelés gros percheron et petit percheron ou percheron postier. Le Perche ne produit qu'un seul type, le petit percheron ou plus simplement le percheron. Les prétendus gros percherons n'existent pas et les animaux qu’on a désignés sous ce nom sont amenés, à l’état de poulains, du Boulonnais, de la Bretagne et des autres pays voisins qui s’adonnent à l’élevage du cheval de trait. Les caractères du cheval percheron sont les suivants : front faiblement bombé et étroit; face allongée; chanfrein légèrement renflé au niveau delà racine du nez; maxillaire inférieur il branches peu écartées ; naseaux ouverts et mobiles ; lèvres épaisses ; bouche grande ;joues arrondies; oreilles un peu longues et dressées ; œil vif; physionomie animée ; corps distingué et cependant très-disposé pour la force ; encolure forte et légèrement rouée; poitrail large; garrot élevé et épais; épaule longue et oblique; côte arrondie ; hanches saillantes; membres forts et bien articulés ; taille variant de lm,55 à dm, 65; robe de toutes nuances, mais généralement d’un gris plus ou moins pommelé. Le vrai percheron est ardent, fort et nerveux ; il trotte vite cl longtemps, avec beaucoup de charge et se fait remarquer par la faculté qu’il a de supporter les plus rudes fatigues. On lui reproche d'avoir l’encolure un peu courte et se joignant à la tète par une attache épaisse, mais les légers défauts qu'il possède seront bientôt 'corrigés dès qu'on soignera les accouplements. On ne peut donner ici la description du cheval appelé gros percheron, puisque ce type n'est point celui de la variété locale; c’est un sujet d’adoption dont la souche est ailleurs. Les cultivateurs du pays beauceron préfèrent élever les chevaux de gros trait; leurs bénéfices, parait-il, sont plus considérables, et il viendra une époque où le véritable percheron s’éteindra si l’état actuel des choses continue. Le désir de conserver le cachet originel les louche peu ; leur seul but est de travailler en vue du débouché le plus lucratif. Ce fait, du reste, est propre à une grande partie de la population chevaline de trait léger en France, aussi bien qu’en Angleterre et en Belgique; elle s’alourdit chaque jour et se modèle sur un seul type, celui du gros trait. C'est un tort, du moins pour notre pays, parce que l’animal de gros trait ne satisfait qu’à un besoin et laisse un vide qu'il faudra peut-être combler par l’importation étrangère. Le Perche se divise donc en deux centres d’élevage parfaitement distincts l'un de l'autre. Les vrais poulains percherons naissent dans les environs de Mortagne, de Saint-Calais, de Montdoubleau et de Courtalin ; mais ils sont particulièrement élevés dans la région formée par les cantons d'Illiers et de Montdoubleau et les cantons voisins. C'est ce qui explique ce qui a fait établir des courses dans ces deux localités. La nourriture des poulains est généralement peu délicate et partant peu coûteuse; dans leur jeunesse, ils suivent les mères aux champs, ou ils ne les revoient qu’aux heures des repas; vers trois mois, ils reçoivent un peu de son et de fourrage, plus tard ils sont assez mal nourris et mal entretenus de toute manière. Il en résulte qu'il est difficile de trouver un meilleur cheval que celui du Perche, car il sc conserve avec toutes ses qualités dans des conditions où dégénèrent une foule d’autres races et notamment celles qui prennent leur source dans le pur sang. Le prix moyen du cheval percheron, à l’âge de 4 ans, est de 1,100 francs. Les poulains venus du Boulonnais, de la Bretagne, etc., à l ûge de 10 à 20 mois, sont élevés dans la plaine de Chartres où on les utilise de bonne heure pour la culture du pays qui exige peu de force en raison de la légèreté du sol. Après avoir grandi et payé leur nourriture par leur travail, ils trouvent dans le commerce des demandes vraiment surprenantes, 1,400 francs en moyenne. C'est pourquoi, bien des éleveurs du pays chartrain et du voisinage livrent aujourd'hui leurs
ESPÈCE CHEVALINE
juments à l’étalon boulonnais afin de pouvoir entrer en concurrence avec les cultivateurs du Pas-de-Calais. Tous les chevaux de la plaine de Chartres sont nourris de fourrages artificiels et d’avoine; sous l’influence d’un bon régime, ils acquièrent une constitution solide qu’enrichit encore un bon dressage de tous les jours. Les poulains qu'on importe dans ce pays sont généralement des mâles que l’on conserve entiers; aussi trouve-t-on parmi celte nombreuse population chevaline un grand choix d’étalons.
Le percheron est le cheval de trait léger par excellence. Sa renommée est européenne; beaucoup de départements français prennent les sujets d’élile pour améliorer leurs variétés, et nombre d’Etats étrangers les enlèvent, dans le même but, à des prix très-élevés. En présence de débouchés aussi considérables et aussi avantageux, l’idée est venue à M. Moisant, vétérinaire distingué de Châteaudun, de fonder une société dont le but serait de choisir les plus beaux sujets de la race et de les olfrir en garantie à l'industrie privée. Cette société connue sous le nom de Société hippique du Perche et de la Beauce, fonctionne très-bien et remplit parfaitement l’objet qu’elle s’était proposé. La Société hippique s’est encore donné la tâche d’améliorer la race percheronne en la conduisant dans la voie qu’il y a lieu de suivre pour arriver au succès, c’està-dire dans celle de la sélection absolue et de l’alimentation plus abondantes Le croisement anglais est à tout jamais écarté. Le sens pratique des intéressés y a mis bon ordre, en ne partageant point du tout l’avis des régénérations quand même de nos races par le pur sang. Les chevaux des omnibus de Paris et des grandes administrations ne sont-ils pas le type de la vigueur et de la puissance? Le poids moyen d’une voiture de la Compagnie des omnibus de Paris est de 1,620 kil. Chargez-la des 28 voyageurs, du conducteur et du coclier, mettez chacune de ces 30 personnes au poids moyen de 60 kilogr., soit 1,800 au total; voilà deux pauvres chevaux obligés de démarrer et de trotter avec un poids vraiment formidable de 3,420 kilogr. ou 6,840 livres. Ceia est concluant et dispense de tout commentaire.
Pour satisfaire aux nombreuses demandes qui leur sont adressées, les éleveurs percherons ne peuvent plus se contenter des envois de la Bretagne et du Boulonnais, et recourent encore à d'autres sources qu’ils trouvent dans l’Anjou et le Poitou.
Il y a trente ans environ, on rencontrait assez peu de bons chevaux dans le département de Maine-et-Loire, surtout pour l’attelage. Depuis cette époque, les mères ont été améliorées et les accouplements mieux soignés; aussi trouvet-on aujourd’hui dans ce pays de bons chevaux de trait léger. Malheureusement, tous les cultivateurs n’ont pas accordé leur préférence à la sélection et à l’étalon étoffé, et beaucoup d'entre eux ont été entraînés par le goût du pur sang que les courses venaient de mettre à la mode. Ils ont, en conséquence, livré leurs juments à l’étalon anglo-normand et ont fabriqué des métis. Qu’estil advenu de ces produits? Quelques-uns, assez bien conformés, peuvent servir à l’attelage ; d’autres sont vendus au dépôt de remonte d’Angers et au commerce; enfin, le plus grand nombre, de conformation grêle et mal réussie, ne trouve pas de débouchés et dégoûte de plus en plus les éleveurs d’un genre de production qui ne leur offre que des avantages incertains. L’Anjou n’a pas de race proprement dite ; on y trouve des animaux 'propres à l’attelage, au trait léger et gros trait ; chaque type présente des caractères distinctifs. Actuellement, les propriétaires montrent une tendance marquée à s’adresser à l’industrie privée pour avoir du gros; ils ont été si souvent déçus dans leurs espérances, qu’ils recherchent les éLalons percherons ou bretons pour féconder leurs juments. L’amélioration des pâturages et la richesse locale permettent
ANIMAUX DOMESTIQUES
d’avoir de beaux reproducteurs des deux sexes et par suite de bons poulains.
Quant il l’élevage poitevin, j'ai expliqué, page 530, les succès qu’obtenaient le demi-sang sur le littoral cl le breton dans l'intérieur des terres, au détriment de la production des mulets, dans le département de la Vienne tout au moins.
Le cheval clydesdale et le clicval noir anglais ( black-horse ), appartiennent aussi à la race française; de tout temps, ils ont fait partie du type représenté par le boulonnais. Le clydesdalc a son ceulre de production dans la vallée de la Clydc, rivière d’Ecosse qui lui a donne son nom. Chez cet animal, la tête est droite, l’encolure moyenne, l’avanl-lrain volumineux et les cuisses comparativement moins développées, les tendons gros et donnant aux canons une forme plate, la robe baie, brune et grise. Il est plus utile pour les travaux agricoles que pour ceux de l’industrie et est exporté sur une grande échelle sur le continent et en Australie. L’estime qu’on fait du clydesdale résulte d’abord de ses actions plus vives et plus allongées que celles de ses similaires en Angleterre et en France, et ensuite de son caractère docile cl calme, de la sagesse avec laquelle il se comporte au tirage, qualités qu’il doit à la douceur avec laquelle il a élé traité dans son jeune Age. Dernièrement, une société s’est établie dans le but de favoriser l'élevage des clydesdales ; la variété possède maintenant un sludbook spécial. Le cheval noir, ainsi appelé à cause de sa robe couleur de suie est plus massif et plus mou que le clydesdale; il traîne des poids énormes, mais à petits pas et avec une grande lenteur de mouvements. Cet animal est le pendant de notre boulonnais; tous deux remplissant la même tâche, mais le cheval français possède plus d’énergie et de véritable puissance. Certains chevaux provenant de l'union du pur sang avec le clydesdale, sont trouvés dans le commerce et regardés comme des trotteurs du Norfolk.
La Bretagne est particulièrement apte à produire des chevaux postiers ou de gros trait analogues à ceux de Sutfolk et de Norfolk.
Les chevaux de gros trait de Suffolli et de Norfolk sont de taille moyenne avec des formes parfois remarquablement trapues, qui les font comparer à un tonneau, punch, black-horse, su/folk-punch. Quelques colosses de ces variétés, attelés aux camions des brasseurs de Londres et remarqués par les Français qui visitent cette ville, passent à tort, en France, pour la généralité tandis qu’ils ne sont que l’exception du type.
Toutes les variétés anglaises de gros trait ont été fort admirées. Les juments surtout, malgré leur poids énorme, n'avaient pas le rein déprimé, et, par co fait, indiquaient que ce défaut peut disparaître avec un choix attentif des reproducteurs.
Les chevaux de gros trait étaient, après ceux de demi-sang, les plus remarquables; l’exposition française se trouvait beaucoup au-dessus de celles des autres nations concurrentes. Si le jury a largement attribué ,des récompenses aux animaux étrangers, c’est qu’il a voulu encourager le mouvement qui porte tous les pays à produire eux-mêmes les animaux de travail, en les tirant de nos races inimitables du Perche et du Boulonnais. Depuis quelques années, les étrangers ont fait des achats nombreux de reproducteurs dans nos pays de production ; il n’est donc pas étonnant qu’ils aient pu constituer des chevaux de force remarquable et de forme irréprochable. A celte exposition même, les reproducteurs français ont été, à quelques rares exceptions près, tous vendus pour l’étranger ; l’Amérique s’est spécialement pourvue d'un choix considérable de ces animaux.
Dans le but d’apprécier encore mieux le mérite des animaux exposés, la Chambre des députés et le Sénat avaient voté une somme de 00,000 francs
ESPÈCE CHEVALINE
pour des courses au trot, somme presque équivalente à celle qui est affectée à leur budget annuel. Nos honorables législateurs ont donné un bon exemple à l’absolutisme de l’administration des luiras. Les courses au trot jouissent d’une grande faveur en Allemagne, où l’on a beaucoup fait pour le cheval de guerre, en Russie, où la population équine est plus remarquable par le nombre que par les qualités réclamées aujourd'hui, et aux États-Unis, où elles constituent un sport sans second et auquel le nôtre ne va pas à la cheville. C'est que, ici et lù,au lieu d’empêcher l’institution de se développer, loin de chercher à la supprimer, on la tient pour utile et féconde.
Des chevaux plus ou moins bien conformés, entraînés de longue date, et amenés à parcourir le plus rapidement possible quelques kilomètres, et puis tout était dit! Nous avions compris les choses d’une autre façon, et nous aurions voulu la division des chevaux trotteurs par catégories : chevaux de sang, chevaux de demi-sang et chevaux de trait léger. Chacun des chevaux engagés aurait fait au trot to à 18 kilomètres, et au bout de la course on se serait rendu compte des ressources dont dispose cet animal. Ce système était pratique et c'est pour cela qu’il a été laissé de côté. Un cheval qui parcourt rapidement et sans trop s'essouffler to à 18 kilomètres, a bien plus de fond que celui qui en parcourt trois avec une rapidité vertigineuse. Et sérieusement, était-il bien nécessaire de faire gagner 1 5,000 francs ù un cheval qui a parcouru quelques kilomètres, et n’aurait-il pas mieux valu distribuer ces 15,000fr. par fractions de 2,000 francs à des chevaux qui auraient franchi une longue distance, dans les conditions les plus satisfaisantes?
Le plus vite des gagnants a fait le kilomètre en U40 "'/4, et le moins vite en UbO"1/*, soit 10” de différence entre 17 chevaux. Les quatre trotteurs les plus rapides sont deux russes et deux anglais ; l’un a six ans, les trois autres sept. Les 10 chevaux français, qui ont si vaillamment lutté ce jour-là, sont âgés : 3 de trois ans, 4 de quatre ans, et 3 de cinq ans. Aucun étranger de trois ans n’est entré en lice.
En France, ce ne sont que les chevaux de trois ans qu'on fait courir au trot et sous l'Iiovime; c’est une question d'éducation et nullement une affaire de spécialité d’hippodrome, ce qui explique la supériorité des chevaux russes attelés dans les deux premières luttes. Mais dans les quatre autres, la belle famille anglo-normande a pris une éclatante revanche et montré ce qu'elle vaut à quatre ans en combattant des chevaux de sept ans. « La grande vitesse au trot n’est pas un attribut de la jeunesse; elle n’arrive à son maximum de développement qu’avec les années, et grâce à un mode d’entrainement ininterrompu chez les spécialistes que l’on voue à la carrière des courses ou à la spéculation des paris. » Pour montrer le véritable état des choses, je ne cherche pas à diminuer le mérite des trotteurs étrangers; au contraire, plus il sera grand et justilié, et mieux ressortira la valeur des nôtres. L’amélioration de nos races moyennes est réelle : à l'Esplanade des Invalides, on l'a jugée par les formes ; à Maisons-Laffite, on l’a jugée quant au fond.
Ad. Bé >; ion.
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Préliminaires . 301
Espèce bovine . 303
Espèce ovine . 368
Race porcine . 398
Animaux de basse-cour . 423
Les léporides . 452
Les chiens . 460
Espèce chevaline . , . 501
TABLE DES FIGURES
lig.
Pag.
fig.
pag.
Taureau durliam .
Coq de La Flèche. . . .
Vache hollandaise ....
— espagnol .
— flamande .
— cochinchinois. . . .
— comtoise .
Poule cochinchinoise . . .
— fémeline .
üie sauvage .
Taureau du Simmenthal .
— de Cuinée .
Vache normande .
— à cravate .
— bretonne .
— d’Égypte .
— schwitz .
Canard sauvage .
Taureau vendéen .
— musqué .
— d’Aubrac .
— pilet .
— garonuais ....
— huppé .
— des Landes . . .
— charolais .
id. .
Bélier southdown .
— berrichon .
Chien de berger .
— du Larzac .
Viclwayssac-Carlos. Chien
— mérinos .
de montagne .
Truie de la race siamoise
Rassets à jambes torses. .
avec ses petits .
Rloodhound ou Saint-llu-
Verrat leicester .
bert noir .
Truie de la race romani-
Chienne braque en arrêt.
que ou napolitaine. . .
Chieu épagneul anglais. .
Porc de Berkshire ....
— caniche .
— normand amélioré .
Drouze, étalon de pur sang
— périgourdin .
arabe, appartenant au
Coq de Houdan .
grand-duc Nicolas . . .