VI. — ESPÈCE CHEVALINE
La série des expositions temporaires d'animaux vivants a été close par l'exhibition des espèces chevaline et asine. Ce concours occupait l'enceinte réservée aux précédentes solennités de ce genre, transformée pour la circonstance. Commissaire, M. Baron-Dutaya; chef de service, M. de Beauvert.
I.e concours comprenait 32 catégories, mais en résumé, il existait seulement sept divisions principales : 1° étalons et juments de pur sang arabe; 2° étalons et juments de pur sang anglais, suivant les âges ; 3° étalons et juments de pur sang dit anglo-arabe ; 4" étalons et juments de races propres à l’attelage deluxe, classés suivant l’âge et la taille; o° étalons et juments de races propres à la selle, classés toujours suivant l'âge et la taille ; 6° étalons et juments poneys; 7° étalons et juments de trait, suivant l’âge et la taille. Voilà les divisions générales; malheureusement, les diverses races sont confondues dans ces divisions, sans que l’on sache pourquoi. C’est là une erreur, car elle constitue un bouleversement dans les idées saines qui doivent présider aux classifications. Ainsi les Anglais possèdent la magnifique race de Norfolk, qui pourrait rendre de grands services en France : où les visiteurs peuvent-ils trouver les norfolks ? Comment s’appellent ces magnifiques animaux présentés par les Anglais? Oit les curieux, les éleveurs trouveront-ils des renseignements pour le savoir? De plus on saute tout d'un coup d’un numéro inférieur à un autre très-élevé, par exemple du 290 au 82a, et cela vingt fois de suite. Quel classement! quel catalogue! quelle tour de Babel! Si i’on a songé à mal faire, on a parfaitement réussi. Il est tout de même bien étonnant qu’on laisse se produire de pareilles choses dans une exposition internationale!
Quant à la perfection des types présentés, jamais et nulle part on n’avait vu une exposition aussi complète des races chevalines de l’Europe, malgré les regrettables absences constatées dans tous les rangs. Cependant, on ferait fausse route en attribuant à l’ensemble des animaux de chaque pays les qualités qui ressortaient chez leurs représentants; toutefois, on a un excellent critérium, pour juger les ressources dont chacun peut disposer pour perfectionner sa production.
Le genre cheval se compose de six espèces : le cheval ordinaire, l’âne, l’hémione, le couagga, le dauw et le zèbre. Ces six sortes d’équidés se distinguent entre elles par l’élévation du corps, la longueur de la queue, la coloration de la robe eL la distribution géographique. Chez le cheval, la [taille est plus élevée, et si elle offre des exceptions pour certains individus, ces variations ne sont que relatives et n’infirment en rien la règle commune. I.’âne, l’hémione, le couagga, le dauw et le zèbre ont la queue longue, peu garnie de poils à la base et terminée par un simple bouquet de crins; celle du cheval, moins longue, il est vrai, possède dans toute sa longueur des crins allongés et résistants qui en augmentent l’élégance. Le couagga fait mouvoir cet appendice avec grâce et le porte à la façon du cheval. Sous le rapport de la coloration de la robe, nous divisons les espèces équines en quatre sections tranchées : le cheval, dont la couleûr est uniforme; l’hémione,dont le corps est séparé en deux par une bande dorsale; l’âne, dont le dos et les épaules sont divisés par nue bande dite cruciale plus ou moins apparente; enfin, le couagga, le dauw et le zèbre, dont tout le corps est marqué de rayures brunes. La marche est progressive et visible; ainsi, chez le cheval, uniformité de pelage; chez l’hémione
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et l’Ane, tendance à former des l)andcs qui s'accentuent de plus en plus « liez le couagga, le dauw et le zèbre et qui produisent un aspect bizarre et gracieux. La distribution géographique concourt encore à séparer les individus du genre et/uus. Le cheval se trouve sous toutes les latitudes; l'Ane vit en Europe, en Afrique et en Asie; l’hémione est d’origine asiatique, et le dauw, le couagga et le zèbre appartiennent à l’Afrique.
A une époque encore assez rapprochée de la nôtre, on se demandait sérieusement si Veine appartenait bien à une espèce équine distincte, ou s'il était le résultat de la décadence du cheval. Huffon, le premier, a démontré que cet animal avait sa famille et son rang. Ses caractères généraux sont les suivants : tète volumineuse, oreilles grandes et divergentes, frontal étroit, orbite petit, chanfrein droit, face ovale, 7 vertèbres verticales, 18 dorsales, ;> lombaires, a sacrées, variabilité des coccygiennes, robe plus ou moins foncée, bande cruciale, crinière courte, queue dépourvue de crins dans sa moitié supérieure, absence de châtaignes aux membres postérieurs, sabot cylindrique, taille variant de I mètre à 1 ml30, force grande, patience inaltérable, sobriété proverbiale, longévité extrême. Monture, bête de somme ou de traction, l'âne est bon à tout, et constitue par excellence la machine économique et à fort rendement.
Il existe deux races principales d’équidés asiniens : la race d'Afrique, représentée par l'âne d’Égypte, et celle de l’Europe.
L 'âne d’Egypte se signale par ses oreilles moins longues et moins divergentes, sont front bombé, sa taille généralement élevée, sa robe claire et parfois blanche; on le rencontre en grande quantité dans la vallée du Nil et au nord-est de l’Afrique, et partout à l’état de diffusion.
L’âne d’Europe, dont la description se trouve dans l’énoncé des caractères généraux, est principalement recherché dans le Poitou, la Gascogne, la Catalogne et les iles Baléares. Ses variétés sont nombreuses et ne diffèrent que par le volume plus ou moins grand du corps. Les variétés du Poitou et de la Gascogne sont particulièrement employées à la production des mulets et des bardots. Les premiers, très-communs, résultent de l’accouplement des ânes avec les juments, et les seconds, assez rares partout ailleurs qu’en Sicile, de celui des chevaux avec les ânesses.
L'espèce asine était peu représentée à l'Exposition : une dizaine de baudets et d’ânesses formaient le contingent. L’élevage du mulet diminue de son importance, notamment dans la Vienne et les Deux-Sèvres, ainsi que je l’explique plus loin en parlant de la population chevaline du Poitou.
Pris dans son sens étymologique, hémione veut dire demi-âne, et il faut convenir que cet animal mérite bien son nom par la ressemblance qu’il offre avec le cheval et l’âne. Il est haut sur jambes, élégant,- et toute sa conformation extérieure rappelle celle du cheval ; il n’en diffère que par sa raie dorsale, sa queue dégarnie â la base et terminée par un simple bouqucL de crins, ses oreilles un peu longues mais bien plantées et se rapprochant, comme coupe, de celles du cheval. Le pelage de cet équidé est court cl lustré, la couleur en est isabelle pour les parties supérieures et externes et blanche pour les membres et les parties internes, c'est-à-dire le plat des cuisses, le ventre, etc. A la face interne des membres, on observe des bandes transversales pins pâles que le reste de la robe. La crinière s'étend depuis le devant de la nuque jusqu'au garrot; les poils, qui sont noirs, diminuent progressivement de longueur du sommet de l'encolureaux épaules, où ils semblent se continuer cl former une raie de même nuance. Celte bande s’élargit d’abord et se rétrécit après avoir dépassé les hanches, puis vient se terminer en pointe au bout de la queue. L’hémione est originaire d’Asie; on le rencontre dans ce pays par
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troupes de vingt, trente et même cent individus, recherchant de préférence les plaines découvertes. Tl subit parfaitement la domesticité et se reproduit en Europe ; il s’allie même fructueusement avec l’ânesse. Les métis ont ordinairement la couleur isabelle de l’hémione et le braiement de l’âne.
Le couagf/a, par la légèreté de sa taille, la petitesse de ses oreilles, la garniture de sa queue, et l’ensemble de sa constitution générale se rapproche encore davantage du cheval dont il rappelle les formes. Sa tête fine, scs oreilles bien plantées, ses allures élégantes font que, de toutes les espèces équines, c’est lui qui ressemble le plus à notre coursier. La barre dorsale, les bandes transversales et la queue un peu maigre de crins sont les seuls liens de parenté qu’il ait avec l'âne; les zébrures qui se trouvent sur la partie antérieure de son corps lui sont propres. Le pelage est d'un brun foncé sur la tête, le cou, les épaules et les eûtes, avec, des raies gris roussâtre qui varient avec l'âge, et d’un brun clair sur le dos, la croupe, les cuisses et le flanc ; les parties inférieures sont blanchâtres. La crinière est courte et droite, de la couleur de la robe et entrecoupée de taches blanches correspondant aux raies du cou: à sa suite règne une raie dorsale noire qui se continue et se termine avec la queue. La taille de cet équidé est semblable à celle d’un cheval de moyenne grandeur. Il crie assez souvent et fait entendre un son qu’on peut traduire par coiiar/, ce qui a valu à l’espèce le nom qu’elle porte. Le couagga habite les parties méridionales de l’Afrique, principalement les plateaux de la grande Cafrerie. Il se nourrit d'acacia, de mimosa, de diverses plantes grasses et vit par familles nombreuses. Les colons hollandais le désignent sous le nom de cheval du Cap ; ils l’apprivoisent et l’élèvent parmi leur bétail. L’accouplement du couagga avec les autres espèces équines est fort difficile; on n’a jamais pu à la ménagerie de Paris, malgré des elforts réitérés, unir cet animal à l’ânesse.
De tous les équidés, le daim a été le dernier connu. On l’a souvent confondu avec l’hémione et le zèbre, et cela n’a rien d’étonnant, car il tient de ces deux animaux à la fois. Sa taille est celle d’un petit cheval, lm,L> environ au garrot. Son pelage est de couleur isabelle sur les parties supérieures du corps et blanche sur les parties inférieures et les membres. Tout le fond isabelle est rayé de bandes brunes ou fauves, transversales en avant et obliques en arrière, (les rubans se ramifient et s’anastomosent, principalement sur le milieu du corps, sur les épaules et sur les eûtes. Le ruban médian qu’on remarque sur l'épaule se divise et forme sur le bras trois ou quatre chevrons parfaitement marqués. La crinière est droite et mélangée de crins de différentes couleurs et correspondant aux bandes du cou. La queue est blanche et terminée par un bouquet de poils. Le mâle diffère de la femelle en ce qu’il est plus petit et ([lie ses rubans sont moins bruns. On trouve le dauvv au Cap de llonne-Espérance et dans les montagnes de l’Afrique centrale; ses mœurs sont les mêmes que celles du couagga et du zèbre. En France, le damv se reproduit très-bien, et s’accouple même avec le cheval et l’âne. Le Jardin d’acclimatation possède plusieurs spécimens de ces hybrides.
Les anciens ne semblent pas avoir connu le zèbre. Les Romains faisaient exception, car ils le nommaient hippolifjrc et le faisaient paraître dans leurs cirques. Le zèbre est un bel animal; le fond de son pelage est blanc et cette teinte règne seule sur la poitrine, le ventre et la partie supérieure et interne des cuisses. Tout le reste du corps est rayé de bandes du plus gracieux effet; elles enroulent la partie sur laquelle elles se dessinent et présentent ainsi diverses directions, car elles sont perpendiculaires â l’axe de chaque partie, excepté sur le chanfrein où cette direction est longitudinale. La couleur des bandes est rousse sur le museau, et partout ailleurs d’un brun noirâtre; leur
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nombre est constant et régulièrement disposé sur ies différentes régions du corps; il y en a huit sur le cou, deux sur l'épaule, douze sur le. train de devant, quatre sur la cuisse, quatre sur la jambe, l.c reste des membres, la queue, la croupe et les oreilles sont rayés de noir et de blanc d'une façon plus irrégulière ; le museau est noirâtre, la crinière courte et composée de poils bruns, alternant avec les bandes du cou, la queue terminée par un bouquet de crins. Les jeunes sujets naissent avec les couleurs de l’adulte, seulement les membres sont d’un brun plus pèle. Ils subissent très-bien tous les travaux de la domesticité. Leur union avec l'âne et le cheval est féconde.
J’arrive A la description du cheval.
La conquête du cheval est une des plus précieuses que nous ayons faite; ce que nous devons A cet animal le place au premier rang dans la hiérarchie domestique et au sommet de l’échelle des services rendus. Entre nos mains, il est devenu souple et malléable, sa structure s’est modifiée, sa nature s’est appropriée A nos besoins et ses instincts sont devenus des instruments propres A nous servir. C’est une machine toute faite qui simplifie nos travaux, abrège notre besogne, augmente nos besoins d'action et remplace plusieurs serviteurs.
Nous n’avons jamais eu que des renseignements incomplets sur les chevaux dits sauvaqes qui ont existé dans l’antiquité, et il est même difficile, suivant M. Gervais, de constater si ceux dont parlent les anciens auteurs n’étaient pas, comme cela s’est produit en Amérique, des individus domestiques ayant conquis la liberté par suite de quelques circonstances favorables. De nos jours, le cheval sauvage n'existe plus. Les animaux sans maîtres que l'on rencontre dans certaines régions dépourvues d'habitants sont des chevaux libres, qui ont connu la servitude avant d’être abandonnés dans ces vastes déserts. Tous portent la livrée de la domesticité; leurs robes, au lieu d'être uniformes, sont de couleurs variées et indiquent que leurs ascendants ont subi le joug de l’homme.
Le cheval domestique comprend quatre races ou plutôt quatre types spécifiques principaux, (pii se divisent en variétés plus ou moins nombreuses; ce sont : la race asiatique, la race africaine, la race danoise et la race française ou boulonnaise. Les deux dernières occupent le bassin de la mer du Nord et de la mer Baltique; la race danoise disparait progressivement, tandis que la race française s’étend de plus en plus.
A la race asiatique se rapportent les variétés suivantes : tarlare, indienne, chinoise, persane, syrienne, arabe, espagnole ou d’Andalousie, navarine, ariégeoise, de l’Aude, de la Camargue, corse, sarde, des landes de Gascogne, de l’Auvergne, du Limousin, du Morvan, des landes de Bretagne, de l'Alsace- Lorraine, du Wurtemberg, de la Prusse orientale, de l’Italie, de la Transylvanie et de la Moldavie, hongroise, des trotteurs russes, de pur sang anglais ou de course, etc.
Les caractères du type sont ceux-ci : frontaux larges et plats; arcades orbitaires très-saillantes, dépassant de beaucoup le plan du front; orbite grand; sus-naseaux rectilignes, formant par leur union un plan qui continue celui des frontaux, et ployés A angle droiL émoussé pour s’unir aux lacrymaux et aux grands sus-maxillaires; lacrymaux fortement déprimés dans leur partie faciale; petit sus-maxillaire formant avec la partie libre des sus-naseaux un angle aigu; arcades incisives petites; profil de la tête droit dépassé par la saillie des arcades sourcilières; face triangulaire, A base large limitée par des lignes nettement tracées; 7 vertèbres cervicales, 18 dorsales, fi lombaires, a sacrées, coccygiennesen nombre variable. Corps svelte et élégant, crinière et queue longues et fines, membres fins et dépourvus de crins, sabats solides, physionomie Hère,
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robe de toutes nuances, mais généralement grise, taille de 1 m, 40 à Im,4r>, rarement au-dessus de lul,î»0.
Contrairement à ce quia été avancé bien des fois, la race asiatique n’est pas du tout l'unique souche de tous les chévaux, mais simplement celle des variétés énumérées ci-dessus. Du plateau central de l'Asie où l’histoire place son berceau, cette race, en vertu de l’expansion naturelle, des migrations et des transactions humaines, s’est répandue, avec le temps, sur toute la surface du globe. Introduite d'abord dans la Tartarie et la Chine, elle passa ensuite dans la Perse, la Syrie, l’Arabie et la Turquie ; puis elle vint en Occident et fut connue des Russes, des Hongrois, des Italiens, des Espagnols, des Français, et surtout des Anglais qui en tirent le cheval de sang et l’introduisirent en Amérique sous cette forme.
Le cheval i.rture, première variété du type asiatique, s’étend du Volga à la Chine, subit une température rigoureuse et vit sur de maigres pâturages. Il a la taille au-dessous de la moyenne, le corps peu chargé de chair, les formes anguleuses, la tête carrée, l’encolure longue, mince et pourvue d’une longue crinière, le garrot saillant, la croupe inclinée, la queue attachée bas, les extrémités longues, les pieds solides, les talons liants. Cet animal n’a ni croupe, ni ventre, ni poitrail, est d’une maigreur effrayante, mais ardent, plein de courage et de légèreté, infatigable, sobre et capable de résister à une longue abstinence.
La petitesse, la faiblesse et la mauvaise conformation sont l’apanage des chevaux indiens et chinois. Les sujets de taille moyenne et de distinction dont se servent les grands du pays, viennent de Perse, de là Syrie et même de l’Europe.
La partie du pays qui sépare l’Euphrate de la mer Caspienne, l’ancienne Médie si fameuse dans l’antiquité par le nombre et la beauté de ses chevaux, est le foyer de la variété persane. Bien avant que le cheval arabe fût connu, le cheval persan jouissait d’une grande célébrité. Cet animal est encore regardé comme un des plus parfaits de la grande race asiatique ; il se rapproche beaucoup de l'arabe : taille de Im,;>2, corps gracieux, tête légère, oreilles bien plantées, encolure longue et un peu cambrée, poitrail trop étroit, croupe arrondie, membres lins, tendons forts et détachés, pieds petits, ongles durs, vitesse grande, indifférence aux intempéries, docilité, intelligence et attachement pour son maître. Ce fut sous le règne d’Élisabelli que l'on transporta l’étalon persan en Angleterre ; il y contribua pour une certaine part à former le pur sang anglais.
11 existe plusieurs tribus de chevaux syriens. Les uns, moins estimés, sont généralement émasculés et servent, dans les montagnes surtout, au transport à dos de marchandises; les autres sont considérés dans le pays comme les premiers chevaux du monde, après les nejdis ; ils ont une taille moyenne, une robe de couleur grise ou alezane, rarement noire, une tête conique, un nez étroit, un front large, une oreille petite, un oui expressif, une encolure droite, un garrot élevé, un dos et une croupe courts, une queue attachée haut, des jarrets et des genoux larges et un pied petit. Ces chevaux résistent longtemps aux fatigues, malgré la petite quantité de nourriture qui leur est distribuée chaque jour.
Cette courte revue nous montre les progrès accomplis par la race asiatique au lur et à mesure qu'elle s’éloigne de son centre d’apparition et qu’elle se rapproche de l’Arabie oii son perfectionnement a été porté au plus haut point De même (pic le cheval anglais est le produit des pratiques savantes des éleveurs d outre Manche, de même le cheval arabe est le résultat des conditions
AN I MAUX DOM ESTIQU ES
au milieu desquelles il a été créé et dans lesquelles il se perpétue depuis bon nombre de siècles. Le vrai croyant ne peut se séparer de son coursier qui est le compagnon de ses travaux et l'agent principal de sa force. Le cheval vit sous la tente de son maître et fait partie de sa famille; on tient un registre de sa généalogie et on atteste authentiquement l’origine des reproducteurs dont on surveille l’accouplement, (’.et animal n'est nulle part plus domestique qu’en Arabie ; la vie de son maitre est la sienne et, comme ce dernier, il se façonne de bonne heure à endurer sans souffrance la faim et la soif. Il est l'objet d’une constante sollicitude et reçoit les caresses de chacun ; sitôt que ses reins [jeuvent supporter un fardeau léger, il est monté par un enfant qui lui fait faire de petites courses et l'habitue, par une sorte d’entrainement journalier, à de plus rudes fatigues. Si l’on joint à cela les conditions favorables du climat, on n’est plus étonné de la perfection de l’œuvre des Arabes, et leur secret, qui fut pendant longtemps légendaire, n’a plus rien ([ni puisse nous surprendre.
Le pur sang arabe était médiocrement représenté à l'Exposition comme nombre et qualité : (i étalons et 0 juments; 3 des premiers appartenaient au haras français de Pompadour, 3 au haras royal de Bàbolna (Autriche-Hongrie), et 2 à des éleveurs des Basses- Pyrénées et de la Dordogne. Bien des gens, dit avec raison M. de La Valette, s’imaginent que l’expression de pur sang arabe, pur sang anglais , s'appliquent à des chevaux petits, grêles et tout h fait dépourvus des qualités propres au cheval de service. Ce n'est pas ainsi que les choses doivent être comprises. Le cheval de pur sang est celui dont la généalogie remonte à de longues années et qui se distingue par une conformation régulière et convenablement équilibrée. Les étalons et les juments arabes amenés à l'Esplanade des Invalides n’étaient pas dignes de figurer à une exhibition aussi importante. Six médailles et six primes formant un total de 5,500 francs, étaient offerts, et le Jury a été bien inspiré en réservant une partie de ces récompenses. Il y a cheval arabe et cheval arabe, Rouslchuh, au gran-duc Nicolas de Russie, et Simoun, à M. Curial, de Laxion (Dordogne), pouvaient passer pour beaux aux yeux des amateurs, mais laissaient encore beaucoup à désirer sous le rapport de la reproduction.-
Depuis longtemps, on agile la question de savoir si notre espèce chevaline doit être améliorée par le sang arabe ou par le sang anglais. Les uns tiennent exclusivement pour le premier, les autres pour le second ; ù mon avis, tous ont tort.
Le cheval arabe si robuste, si sobre et surtout si résistant au travail est le meilleur, je dirai même le seul moyen d’amélioration de notre espèce chevaline dans les contrées montagneuses du midi, et partout où la chaleur et lasécheresse s'opposent à la venue abondante des fourrages. Obtenir, par tous les moyens possibles, l'augmentation du stock alimentaire, choisir des ascendants [tins élevés de taille el plus étoffés, nourrir convenablement les jeunes sujets, telle est I unique voie à suivre pour arriver à la réussite. Malgré sa gentillesse, sa lierlé, son intelligence, cet animal ne convient [tas dans la zone septentrionale, où la grande quantité de nourriture permet la recherche de I élévation de la taille et de l'ampleur du corps. — Petit, insuffisant et incomplet, qu’il vienne d'Orient ou naisse en Europe, il ne peut donner satisfaction à tous les éleveurs français. L’expérience s'est nettement prononcée sur ce point, et il n’v a plus d’illusion à se faire quant à son utilité comme type général de reproduction dans notre pays, eu égard aux exigences de la consommation.
On est habitué, surtout en France, ù regarder comme des chevaux arabes tous les chevaux d'Afrique qui ont servi à remonter nos régiments de cavalerie légère; c’est un tort; ces animaux sont ordinairement inférieurs aux premiers,
comme taille, construction et qualités, et proviennent de races africaines qui s’éloignent beaucoup de lu variété en question.
Le cheval espagnol est plus connu sous le nom de cheval andalou , parce que l’Andalousie fut la contrée de l’Espagne que les Maures occupèrent le plus longtemps. Le cheval andalou a la tôle volumineuse et un peu convexe; les joues charnues; les ganaches grasses; les oreilles longues et plantées bas; l’encolure musculeuse, rouée comme le cou du cygne et garnie d'une crinière assez touffue; les épaules chargées de muscles; la cèle arrondie; la croupe et la fesse garnies de muscles; l'avant-bras court; les articulations solides; les pâturons longs; les pieds étroits ; les talons hauts ; la taille de dm,46 environ; les allures douces; le caractère docile. Sa conformation est loin de valoir celle de l’arabe; de plus, il est lent â se développer. On ne doit donc pas rechercher chez les andalous le nerf, la vigueur, l'haleine du cheval anglais et de celui d’Orient; ce sont de magnifiques chevaux de parade que l’on plie facilement aux airs de manège, mais qui ont peu de vigueur et qui ne résistent pas à la fatigue. On trouve encore, dans les provinces de Grenade et d'Estramadure, des chevaux de prix, mais en général ces animaux sont bien déchus de leur ancienne renommée. Le cheval espagnol a été employé pour croiser nos races du midi, celle de la Navarre particulièrement, et leur donner de l’étoffe. Les résultats n'ont pas été satisfaisants, et ont fait supprimer son usage.
Après la conquête de l’Espagne par les Maures, le type arabe se répandit de proche en proche, et s’installa sur le versant septentrional des Pyrénées où il forma la variété navarrine ou bigonrdanc, qui avait autrefois une réputation sans pareille; tout l’atteste, et les écrits des anciens hippologues, et les échantillons que nous avons conservés. La beauté de conservation, la solidité des membres, la douceur des allures, la docilité du caractère faisaient du cheval de Tarbes la monture la plus agréable pour toutes les personnes qui aimaient l’équitation. On l’élevait non-seulement dans la Navarre, mais encore dans le Béarn, le Roussillon, la Guienne et même le Languedoi;. 11 était membre et étoffé comme l’andalou. Il perdit plus tard un peu de l’ampleur de ses formes, mais il n'en resta pas moins la monture de prédilection des écuyers de l’ancienne école française. Certains régiments de cavalerie avaient à poste fixe, dans le pays de Bigorre, le Béarn et la Navarre, des officiers de remonte uniqüement occupés à rechercher les meilleurs animaux. Mais vinrent les courses instituées à Tarbes, en 1807. On n’y vit paraître d’abord que des sujets issus de bons étalons. Malheureusement, les coureurs qui montrèrent, le plus de vitesse et gagnèrent tous les prix provenaient des étalons les moins pourvus de corps et de membres, de ceux qui précisément avaient les défauts du pays, et il en résulta que les propriétaires des environs de Tarbes, excités par l'appétit du gain, ne s attachèrent plus qu à ces individus inutiles pour les services auxquels nous consacrons les chevaux. Première décadence. En même temps, les fonctionnaires des haras agissaient en dépit du bon sens. Non-seulement la marche qu'ils suivaient était insensée, mais les acquisitions qu’ils faisaient dénotaient hautement leur incapacité, d ou l’achèvement de la ruine subie par l’élevage de la contrée. Le retour à 1 étalon arabe bien étoffé et de taille convenable, la recherche des bonnes juments, et la nourriture satisfaisante sont les meilleurs moyens de régénération et de perfectionnement de la population chevaline des Pyrénées.
Dans la Haute- Garonne et 1 Ariége, le Navarrin s’appelle Ariégeois ; c'est un vrai montagnard et, comme tel, il vit à des altitudes de plus de mille mètres, dans des pâturages où il passe toute la belle saison, pomy rentrer, lors du mauvais temps, au logement qui lui est préparé. Suivant la description qu’en fait M. Gayot, cet animal a la taille petite, lIB,4â à )m,;i0 au plus, la tête lourde et
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souvent mal attachée, l’encolure grêle, le corps mince et plat, le garrot bas, comme tous les chevaux qui mangent habituellement A terre, la croupe avalée, les pieds panards, les extrémités couvertes de poils, la physionomie rude et le caractère parfois indocile. « Toutes ces imperfections s'affaiblissent ou s'effacent sous l'influence d'une alimentation plus substantielle et plus égale, de quelques soins donnés aux produits et au choix judicieux des reproducteurs.’ Les qualités sc développent alors avec une incroyable facilité et dominent vile dans ces natures généreuses, inépuisables et remplies de feu. On n'apprécie bien les chevaux de l’Ariége qu’après en avoir usé; mais alors on est étonné de la dépense d'énergie dont ils sont capables, de la dureté qu'ils montrent au travail le plus fatigant et le plus durable. Leur réputation est faite dans les régiments de cavalerie légère; ils ont une -excellente renommée, duc aux services de toute nature qu'on en obtient. Les postes et les messageries se remontent exclusivement dans les rangs de celte population. Quand on a traversé le département en chaise de poste ou en diligence, on sait avec quelle ardeur cl quelle rapidité ces animaux s'acquittent de leur pénible tâche. » Ils ont une grande agilité, une merveilleuse sûreté dans la pose du pied, une ardeur infatigable, avec une santé à toute épreuve.
Le département de Y Aude élève une assez, grande quantité de chevaux qui ont moins de taille que ceux des Pyrénées et un peu plus que ceux des Landes. Ils procèdent également du type asiatique. Quelques éleveurs ont conservé ces petits chevaux pour dépiquer le blé; d’autres ont voulu les améliorer et les grandir pour en faire des sujets propres à la cavalerie légère. Plusieurs étalons navarrins furent d'abord utilisés avec avantage, mais l'administrotion des haras, en apportant le sang anglais, ne produisit pas les mêmes résultats. Dans cette région, où on élève le cheval léger par des procédés simples etpeu dispendieux, les petits fermiers, qui forment la masse des éleveurs de ces contrées, ne sont ni assez, riches, ni assez, instruits pour se prêter aux combinaisons de la production et de l’élevage des poulains de sang anglais, et ils ne peuvent faire, d’après les moyens de leur culture, que le cheval de service. L’abus du sang anglais est une des causes qui a le plus contribué à la production du mulet dans les montagnes du centre et du midi, où il était peu répandu autrefois.
La variété de la Camargue, qu’on dit descendre de chevaux abandonnés dans le pays par les Sarrasins, vil à l’état de demi-liberté sur cel te portion de terrain que le Rhône laisse à découvert avant de se jeter dans la Méditerranée. Elle n’est plus limitée au département des Bouches-du-Rhône; elle s'est répandue aussi dans une partie de ceux du Gard et de l’Hérault. On la retrouve même dans le Var et jusqu'aux portes de Nice. Pendant la guerre de religion, sous Louis XIV, les Camisards s'en servirent pour remonter leur cavalerie. Si l’on en croit Cardini, un haras, qu'on établit en 1735 sur le terrain susdit, modifia les chevaux delà Camargue, et quelques-uns acquirent assez de formes et de qualités pour être reçus dans les écuries royales. La manière avec laquelle le cheval Camargue est élevé sur un sol aride, où végètent des plantes salées, rend cet animal agile, robuste, capable de résister aux longues abstinences ainsi qu'aux intempéries des saisons, mais en même temps difficile à dompter. 11 serait capable, comme un vrai dcsccndantde la race orientale, de faire cent kilomètres tout d'une traite. On l’emploie principalemont à fouler le blé, et on évalue à 30 kilomètres par jour cet exercice auquel il est annuellement soumis pendant six semaines ou deux mois. « Dans les laudes de Gascogne, comme dans ce delta du Rhône, les habitudes pastorales ont conservé l'usage des Frn’adrs ou courses pour marquer les taureaux et les vaches, dans lesquels les gardiens des troupeaux pratiquent une équitation instructive, où ils déploient autant d’audace que leurs
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chevaux dépensent de vigueur et d’adresse. Dans ces courses aussi, ces derniers font leurs preuves à la suite desquelles le plus digne est choisi comme étalon ou qrinnon demanade. On appelle manade, dans la Camargue et dans l’Aude, le troupeau de chevaux qui forme un véritable haras sauvage. » Le cheval Camargue, toujours le meme depuis des siècles, se reproduit avec tous ses caractères malgré l'état de détresse dans lequel on le retient moitié par oubli et moitié par indifférence. Depuis quelques années, on commence à en tirer meilleur parti eu l’employant aux travaux de l'agriculture, à la place du mulet. On peut améliorer cette race qui manque do beauté et de qualités morales, régulariser scs formes et adoucir son caractère par la sélection et les bons soins.
La Corse et la Sai'daifjne sont peuplées de variétés chevalines qui diffèrent très-peu des précédentes et ne nécessitent pas de description particulière, sous peine de tomber dans des redites fatigantes.
Les chevaux des Landesde Gascogne procèdent évidemment du type asiatique, un simple examen suffit pour s'en assurer. Ces animaux sont de taille plus petite que les limousins et les auvergnats, auxquels ile ressemblent; leurs formes sont plus irrégulières (pie celles de ces derniers dont ils ont toute l’énergie. Les Landes renferment plus de 60,000 sujets de l’espèce chevaline. On emploie en Gascogne l'étalon anglais comme partout, et l’on crée, dit M. Sanson,
« ce que les officiers du dépôt de remonte de Mérignac ont appelé le cheval médocain, émanation agrandie de la race landaise, mais animal plus que médiocre sous tous les rapports; peu de formes et pas du tout de fond; organisation trop exigeante pour les ressources communes de la localité, et par conséquent produit manqué, voilà en général le cheval de la presqu’île bordelaise. Ah! c’est que les chevaux des Landes ne sont point beaux de la beauté plastique et qu’ils n’ont que rarement assez grandi « pour atteindre à l’arme de la cavalerie légère. » Eh bien, admettons que ce soit un tort, qu’il ne faille pas plus longtemps les priver de l’honneur de la garnison, à quels procédés faudra-t-il s’arrêter? Conçoit-on qu’on ait pu songer à chercher, en dehors d’eux-mêmes, le moyen d’améliorer de tels chevaux, justement considérés sur les bords de l’Océan comme sur ceux de la Méditerranée, parce qu’ils sont vifs, agiles, sobres, courageuxet capables de résister au x longues abstinences comme aux in tempéries? » Lorsqu'ils sortent des mains de leurs producteurs, les chevaux médocains ont pris, à la faveur de l’engraissement qui les prépare à la vente, des formes arrondies qui leur donnent de l’apparence, ce qu’on appelle un beau dessus; mais on y chercherait en vain des membres solides et de l'énergie : tout cela n’existe plus. La fierté sauvage de la race primitive a fait place au caractère quinteux, qui est le propre de la faiblesse corporelle associée à la grande susceptibilité nerveuse des natures nobles que la misère a dégradées. » L’accouplement de juments étoffées avec de bons étalons d’origine orientale est la seule méthode qui, secondée parmi régime alimentaire meilleur et néanmoins approprié aux ressources de la localité, puisse réellement améliorer les chevaux des Landes et leurs similaires.
Le cheval auvergnat diffère très-peu du limousin. Les légères modifications qu’on observe sont plutôt des caractères de montagnard, que des caractères de race. En effet, le sujet qu’on élève dans la plaine perd, dès la seconde génération, la plus grande partie des défauts de conformation qui sont de véritables qualités pour celui dont la vie se passe à monter et à descendre les pentes rapides. Cet animal offre un corps cylindrique et allongé, une tête petite, un poitrail étroit, un dos presque tranchant, une croupe avalée, des fesses maigres, des extrémités longues cl grêles, des jarrets clos, des pâturons longs, des pieds durs et resserrés, des talons hauts, etc. Il est plein de qualités, et
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l'on est étonné de voir autant de force et d’énergie dans un corps qui pèche par toutes scs parties. Les auvergnats sont moins propres à être attelés que les limousins; comme chevaux de selle, ils ont des allures moins douces, moins souples, 'moins élégantes; en outre, ils ne sont pas si dociles, si intelligents, et, partant, si susceptibles d’éducation. Ils possèdent, selon l’expression de M. Cayot, les formes accentuées, le caractère diflicilc et un peu de l’entêtement proverbial de l’habitant de l’Auvergne. Les pâturages où on les élève étant maigres, ils sont faciles à nourrir et peuvent supporter de longues abstinences. Leur destination plus particulière est celle des remontes de la cavalerie légère. Comme leur taille est petite, on a voulu la hausser au moyen des étalons anglais; les membres sont devenus longs, grêles et mal articulés; le caractère s'est aigri, et ils sont devenus vicieux. Sauf quelques rares exceptions, le sang anglais n’a pas réussi en Auvergne. Et que pouvait-il produire dans ce pays de montagnes, où les combinaisons de l’éleveur sont nulles, me disait M. Richard, du Cantal? Les poulains sont abandonnés à eux-mêmes tout l’été dans les herbages, au milieu des vaches, sans avoine, sans abri; ils sont exposés dans les beaux comme dans les mauvais jours, sur les hauteurs, près des neiges, à tous les changements brusques de température que les Anglais savent si bien neutraliser par l’emploi des étoffes de laine et des bons logements, l/hiver, on les rentre dans les étables, où le plus souvent on les nourrit avec les restes des bêtes à cornes qui font la richesse des cultivateurs. Aussi, le pays renonce-t-il à l'alliance qui lui a coûté si cher. Pour multiplier et améliorer la cheval auvergnat, produit brut des montagnes, et si renommé jadis comme type de guerre, il faut un animal qui, comme lui, ne doive pas ses qualités aux raffinements longtemps étudiés d’un élevage artificiel. Il n'y a donc que l’étalon oriental qui puisse faire espérer quelque succès de son emploi.
L'histoire nous apprend que les Sarrasins, après leur défaite par Charles Martel, abandonnèrent en Limousin toute leur cavalerie composée de chevaux arabes. Nos pères tenaient le cheval de cette province en haute estime et leurs descriptions sont toutes à l’avantage de cet animal. A l'époque où la variété limousine était dans toute sa vigueur productive, on en tirait, rapporte Cardiui, des chevaux pour les écuries de la cour et pour servir de monture aux grands seigneurs et aux officiers généraux. Ce qu elle offrait de moins distingué servait aux remontes de deux régiments de hussards et de deux régiments de dragons. Turenne monta dans dix batailles une jument limousine dite Pie, qui avait été élevée sur les terres de cet illustre capitaine. Napoléon ne montait que des chevaux arabes et des limousins, et VEmbellc, cheval de cette dernière variété, lui servit de 1806 à 1814. Le Léger , également limousin, était monté en 1807 par le grand écuyer Caulaineourl, et, en 1 83;», il existait encore dans les écuries de son fils. Corps svelte et un peu long; tête longue et légèrement busquée sur le nez ; encolure mince et peu garnie de crins; poitrail étroit; hanches saillantes; membres longs et grêles ; saillies osseuses bien prononcées; jarrets larges; articulations nettes; allures souples et solides; physionomie enjouée, etc., tels sont les caractères de cette variété. Le cheval limousin, comme son aïeul oriental, avait beaucoup de distinction; si, per scs aplombs, il laissait â désirer, il n’en était pas moins précieux, car il rachetait ses défauts par une grande adresse dans les mouvements, une sûreté du pied incomparable et une rusticité à toute épreuve; malheureusement il était trop petit pour l'attelage de luxe et lent à se développer. Les chevaux de la Creuse, de la Corrèze et de la Haute-Vienne se montrent avec la même physionomie et n’offrent que des nuances très-légères. De 1761 à 1791, la variété limousine fut unie avec l'étalon de Tarbes, et, en 1806, avec le cheval arabe. Ces reproducteurs, notamment le
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dernier, produisirenl de bons résultats; on ne sut pas les conserver et on les remplaça, pour le malheur du pays, par des étalons anglais. M. Saint-Auge, ancien directeur de l’école de cavalerie de Saumur, et aussi habile écuyer que savant hippologue, disait « que la race limousine était propre à donner le cheval de selle par excellence, et que le pur sang anglais l’avait tuée. » L’agriculture des montagnes demande le cheval rustique. 11 faut que ce dernier soit sobre, robuste, et capable de s’habituer aux intempéries et aux privations pendant les mauvaises années. Si on avait bien étudié les ressources des éleveurs dont nous parlons, on se serait gardé de leur confier des chevaux délicats. Au lieu de leur imposer les rois du Stud-Book, on leur aurait donné des étalons bien adaptés leur genre de culture. Des chevaux de course et des juments limousines sont nés des poulains décousus et difficiles à entretenir. La disproportion entre la taille et la forme des reproducteurs ne pouvait manquer de produire des individus doués de formes disparates, de parties mal soudées ensemble, de longues jambes, d’articulations faibles et sans résistance. Que les cultivateurs du Limousin s’adressent A la sélection, soit qu'on prenne le mâle dans la population du pays, soit qu’on le demande à la souche orientale, de bons appareillcments et une bonne nourriture donnée aux poulinières et aux poulains rendront le cheval limousin bien éLolfé et bien construit. Il ne faut pas se préoccuper d’élever la taille des produits par la seule influence de la génération, car elle s’élèvera proportionnellement à l’ampleur que prendront les formes, à mesure que le progrès assurera une nourriture en rapport avec l’œuvre que l’on veut édifier.
La variété morvandelle n'a fort heureusement pas été jugée digne d’attirer l’attention de MM. les officiers des haras. Les petits chevaux du Morvan, inconnus en dehors de leurs montagnes et justement appréciés de leurs maîtres, pour la plupart charbonniers, joignent à leur aspect énergique et sauvage une vigueur incomparable et une sobriété sans égale. Il ne faut pas songer à les perfectionner autrement que par la sélection et les meilleurs soins; toute autre méthode leur serait plus funeste qu’utile.
Dans le pays de Loudéac,dans la Cornuaille, cîepuis Pontivy jusqu'à Malestroit et Redon, on rencontre une nombreuse population chevaline rustique, sobre et énergique, malgré son apparence parfois misérable : je veux parler de la variété des Landes qui se rattache au modèle oriental, et non de celles de Léon et du Conquet qui appartiennent à la race française, et qui font la fortune du Finistère et des Côtes-du-Nord. La variété armoricaine est de petite taille, et c'est pour la grandir qu’on l’a de préférence unie à l’étalon anglais, au lieu de s’adresser à l’arabe qui, avec le temps, eut amélioré les formes, principalement redressé la croupe et les membres postérieurs, et préparé la voie des modifications sur les domaines en bon rapport. Quelques centimètres obtenus ne compensent pas toujours une encolure trop légère, une poitrine aplatie, des membres grêles et de l’irritabilité sans résistance. Les bons sujets à taille moyenne, que l’on rencontre trop rarement, proviennent d’étalons arabes. Ce sont ces sujets qui, sur les fermes où les fourrages abondent, peuvent être grandis sans redouter les inconvénients signalés plus haut. Les éleveurs, au lieu de suivre les saines pratiques de la zootechnie, ont été séduits par les débouchés que leur offraient les dépôts de remonte voisins et se sont efforcés d’augmenter la taille sans viser à perfectionner le reste. Rien de plus naturel pour un producteur que de chercher les gros bénéfices; aussi la faute tout entière retombe-t-elle sur l’administration des haras. Ses opérations ont été triplement désastreuses ; elle a fait des sacrifices d’argent pour encourager la production des chevaux bretons au-dessus de la moyenne du pays, sans s’inquiéter de savoir si les résultats ne seraien
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[ms fâcheux, ce qui est arrivé; elle a jeté la perturbation dans l'élevage, cl peuplé de malades les infirmeries des régiments qui sc remontaient à Guimgamp el à Morlaix. Tel est le système que nous voudrions voir renverser : les dépôts d'étalons poussent à la production eL les dépôts de remonte à la consommation; mais on s’aperçoit, et, on l'avoue tout bas, que la production est atteinte dans scs intérêts les plus chers. La Bretagne est essentiellement propre à l’élevage des chevaux, et les producteurs doivent apporter tous leurs soins à la conservation de leurs variétés par une sélection attentive et un bon régime. (Test surtout pour les chevaux des Landes qu’il convient de se montrer sévère; la nature du sol et l'étal des cultures leur donnent une constitution solide, quoique (inc, une vigueur incomparable et une sobriété sans égale.
Les anciennes provinces de Lorraine et d'Alsace possédaient des petits chevaux dont les formes, il est vrai, étaient fort irrégulières, la croupe avalée, les jarrets crochus, mais dont le courage était invincible, el la résistance à la fatigue précieuse pour la cavalerie el les services du pays. Au lieu de les améliorer par une nourriture convenable et une sélection bien entendue, on les a livrés au sang anglais. A l’heure qu’il est, rapporte M. Sanson, la race est à peu près perdue. L'est à peine si l'on en rencontre encore quelques rares débris chez les plus pauvres paysans du pays. « Il a fallu, là comme ailleurs, subir la loi du système qui englobe la France. L'Etat s'y est abattu armé de scs deux institutions. Le moyen de résister? On s'est figuré qu’il suffisait pour améliorer la population chevaline, d'introduire des étalons ayant de la taille et des formes élégantes. On y a implanté l’anglais sans Je faire suivre des méthodes qui assurent le maintien de ses qualités et sans lesquelles les aptitudes qu'il transmet à scs descendants sont un présent funeste. Mieux eut valu, sans doute, s'abstenir et demander à la seule sélection le développement régulier des mérites natifs de la race locale, en améliorant ses conditions do production. On a voulu à toute force établir dans les arrondissements de W'isscmbourg et de Strasbourg un centre de production. Sous l'empire de cette idée d'une économie po ilique étroite que chaque contrée doit suffire à ses besoins, et. en outre, en raison do cette autre conception malheureuse que le cheval de guerre doit être produit partout, au point de vue de la défense nationale, on en est venu à faire des chevaux en Alsace, pays où tout est mieux disposé pour les cultures industrielles avantageuses ([tic pour les cultures fourragères el les prairies. L'administration des haras a institué un dépôt d’étalons à Strasbourg. Sous l’influence de ressources fourragères tellement misérables, (pie les magasins destinés à l'entretien des garnisons de cavalerie ne pouvaient jamais s’approvisionner, même pour une faible partie, dans toute l'étendue de l’Alsace, on est arrivé à ce résultat de produire des poulains si généralement mauvais, qu'à peine on en pouvait rencontrer un passable sur cent. Grêles, décousus, aux aplombs toujours vicieux, et aux membres tarés de bonne heure, les produits croisés de l’Alsace, provenant de juments de hasard, témoignent d'une industrie déplorable, sans raison d’être sérieuse ». Tous les produits de l'Alsace-Lorraine ne sont pas comme ceux qui résultent d’accouplements disproportionnés avec le cheval anglais, il en est quelques-uns qui proviennent d’étalons arabes du haras grand-ducal de Deux- Ponts et qui sont près de terre, trapus, énergiques et de formes distinguées*
La variété de Wurtemberg provient de reproducteurs arabes, mâles et femelles, importés et multipliés par sélection Tout en conservant leur élégance et leur souplesse natives, les sujets ont acquis plus de corpulence et de force.
La variété de Trakchnen tire son nom du haras de Trakehncn situé dans la Prusse orientale et fondé au xvme siècle par le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume P', dans le but d'obtenir des sujets entièrement noirs cl destinés les uns
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à la selle et les autres il l’attelage. Les premiers résultèrent de l’union de l’arabe et du pur sang, et les autres du croisement de ces types avec celui de l’Allemagne du Nord. Dans certaines contrées, ils ont conservé les caractères de l’arabe, et ressemblent alors à notre beau type limousin, dans d'autres, ils diffèrent si peu des chevaux anglais qu’il est très-diflicile de les distinguer les uns des autres.
Les chevaux moldaves et transylvaniens tiennent le milieu entre leshongrois el les russes, en ce sens qu’ils sont moins élégants que les premiers, et plus forts que les seconds. Ceux de l'Ukraine, qui portaient les Cosaques de 1814, et servent encore à monter en grande partie la cavalerie russe, ont l’apparence chétive des tartares jointe à une grande énergie.
L’importance de la Hongrie, sous le rapport de la production chevaline est très-facile à comprendre, d’après les chiffres suivants. Sur une étendue de 5,600 milles carrés, avec 15,417,000 habitants, il se trouvait, d’après le dernier recensement; *2,158,000 chevaux, ce qui donne 385 chevaux par mille carré, et 1 40 par mille habitants. La Hongrie occupe donc, après la Russie, le second rang en Europe parmi les Etats importants, pour le nombre relatif de ses chevaux.
Je n’ai pas trouvé dans les chevaux hongrois conduits à Paris, les formes qu'on est convenu d’appeler belles. Ils ont en général la tête longue et sèche, la ganache forte, la côte plate, le ventre volumineux, la croupe avalée, la queue mal attachée et peu fournie de crins, les fanons touffus, les sabots évasés, carac. tères totalement étrangers à l'élégance. Mais les muscles sont assez bien dessinés, les épaules sèches et passablement conformées, les jarrets larges et suffisamment évidés. Ces animaux sont de taille moyenne, vigoureux, robustes, capables d’une longue abstinence, peu sensibles aux intempéries; c’est le fruit d’une éducation sévère. La robe présente toutes les combinaisons des quatre couleurs.
Deux types figuraient à l'Exposition. L’un se rapprochait beaucoup de celui que l’on trouve aux environs de Tarbes: taille trop petite, côte un peu plate, manque d’uniformité; l'autre ne se distinguait guère des types anglais et normand, et cela se conçoit puisqu’une bonne partie des étalons employés en Hongrie est aujourd’hui demandée à la Grande-Bretagne et à la plaine de Caen : taille assez élevée, corps et membres longs, absence d’ampleur suffisante. Ces deux spécimens, beaucoup trop vantés avant leur arrivée, n’auraient pas gagné à venir se montrer à Paris, s'ils n’avaient été envoyés à dessein, par le gouvernement Austro-Hongrois. On s’attendait, sur la foi des racontars, à ne trouver rien que des modèles parfaits d’élégance et pleins d’ardeur, même au repos, tandis que la généralité des sujets portait, en dehors de l’exercice, la tête un peu basse, et avait l’œil légèrement endormi, lalèvre inférieure pendante et les dents incisives à découvert.
Très-riche en pâturages, la Hongrie transporte beaucoup d’animaux et surtout de bœufs et de chevaux. Ceux-ci sont parfaitement dressés, aussi la variété hongroise a-t-elle toujours été convenablement appréciée partout. On a souvent parlé de monter la cavalerie française avec des chevaux hongrois, on a même fait quelques essais à cet égard. La question est sérieuse et mérite notre attention. Je vais donc reproduire une partie du mémoire publié par le gouverne, ment hongrois, pour démontrer le but que se proposait cette puissance à l’Exposition chevaline de 1878.
— Le ministère de l'agriculture de Hongrie a décidé de faire connaître à l’Exposition internationale de chevaux la production du pays, qui constitue une des principales branches de son économie nationale. Pour y parvenir, il fallait faire choix, dans les haras de l’Etat, de sujets devant représenter la ma- TOME II. — NOÜV. TECH. 33
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ti^re d'élevage destinée à l’amélioration de l’espèce chevaline, et, vu les diverses régions productives, choisir des exemplaires propres à faire voir la situation actuelle de cette production. Si nous avions envoyé il l’Esplanade des Invalides les plus beaux exemplaires de chaque souche élevée dins les haras de l'Etat, ou issus de l’élevage du pays, nous y aurions assurément joué un rèle brillant. Le public ne demanderait pas si ces exemplaires représentent, en effet, les diverses races du pays, mais, ce qui est plus probable, il comblerait d'éloges ce bel ensemble. Mais en agissant de cette manière, nous n’aurions pas fait voir le vrai caractère de nos races chevalines; nous leur aurions présenté un magnifique tableau, auquel on n’aurait pu faiie qu'un reproche : celui de ne pas répondre à la réalité. Nous nous sommes bien gardé de suivre celte voie. Nous avons choisi, dans la bonne moyenne des produits de nos haras nationaux, des exemplaires représentant le caractère d’une race, eu égard aux qualités aussi bien qu’aux défauts. Ce sont ceux-là que nous avons désignés pour être envoyés à l'Exposition.
Nos deux chevaux de selle, c’est-à-dire le grand et le léger, puis les chevaux de harnais de moyenne grandeur, et surtout les chevaux propres au service militaire, se trouvent chez nous en grande quantité et doués de toutes les qualités requises; de sorte que nous sommes en état de pourvoir, non-seulement à tous nos besoins, mais encore d’exporter présentement jusqu'à 30,(100 chevaux par an, nombre qui, dans un bref délai, pourrait très-facilement s’élever à 40 et même à 50,000. Un écoulement certain et solide de ce considérable excédant de notre production est donc le but que nous nous sommes proposé de poursuivre en venant à Paris. Dans l’Exposition collective, il n’y a point de cheval de haras ni de cheval do grands propriétaires. Les trente-six chevaux exposés ont été achetés sans exception de petits éleveurs, afin que l'élevage de chaque contrée fut représenté de manière à faire le mieux ressortir la qualité des chevaux existants. Le prix de ces chevaux a été de 500 à 700 francs par tête; ayant été achetés récemment, le temps a manqué pour développer leurs talents et les dresser convenablement. Immédiatement après leur achat, ces trente-six chevaux ont élé transportés au haras royal dcBàlholna,où, ayant joui d’une nourriture convenable, ils se trouvent peut-être en meilleure condition qu'ils ne le seraient chez les producteurs; mais, quant à la forme et à l'allure, ils ne ditfèrent aucunement du grand nombre de chevaux qui sont la propriété du peuple. Ce que nous venons de dire est également applicable aux chevaux exposés par les haras de l’Etat. Ceux-ci n’ont pas élé préparés par un long dressage pour l’Exposition. 11 y a quelques semaines seulement, que les étalons exposés ont terminé leur saison de monte, pendant laquelle ils ont été employés, non au manège, mais aux saillies; la plupart des poulinières exposées ont déjà mis bas plusieurs poulains, elles étaient libres dans les haras et elles sont pleines présentent nt. Comme la plupart de ces chevaux viennent du pâturage où ils n’étaient jamais ferrés, leurs sabots, quoique très-bons, ne montrent pas l’état soigné des chevaux toujours ferrés. Attendre une action extraordinaire, surprenante de chevaux non dressés, ce serait assurément demander trop. A Paris, nous ne voulons que faire voir au public la matière première, pour ainsi-dire, qui, après un dressage convenable, pourrait être bien développée et élevée à un très-haut degré d'utilité, d’autant plus que la plupart de nos chevaux possèdent toutesles conditions d’une allure gracieuse etd’une action rapide. Sans briguer les lauriers distribués par le grand public, nous ne craignons pas la critique des vrais connaisseurs, qui savent fort bien que briller par les résultats d’une érolc de dressage n'est pas notre alfaire, et que nous allons simplement présenter une matière digne et susceptible de dressage.
Les chevaux exposés des haras de l'Etat ne seront point vendus maisramnées
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après la clôture de l’Exposition; tandis que les trente-six autres, achetés des éleveurs, seront mis à l’enchère. Ces derniers sont la propriété de la Société par actions pour l'amélioration des races chevalines en Hongrie, par laquelle ils ont été achetés.
Nous ferons observer que la réputation de nos chevaux ne date pas d’hier, et que l’exportation en a considérablement augmenté pendant les dix dernières années. Cependant, depuis deux ans, toute exportation avait cessé, le gouvernement trouvant nécessaire de prohiber le commerce à l’étranger à cause des derniers événements d’Orient. La défense ayant été levée, la possibilité de l’exportation est rétablie depuis un mois. Le nombre des chevaux d’attelage de grandeur moyenne, celui des chevaux de selle, moyens et petits, s’étant augmenté par suite de la défense d’exportation, nous en disposons en ce moment d’une quantité énorme. Ce sont surtout les chevaux de selle qui ont été très-recherchés avant la prohibition, notamment pour le service militaire de la part de la France, de l’Allemagne, de l’italiè, de l’Angleterre et même de la Hollande. Le jugement qu’on a porté sur ces chevaux exportés, notamment sur leur utitilé, a été dans la plupart des cas favorable. On en a loué la ténacité, la docilité, la frugalité ; ils se ressentent beaucoup moins d’une nourriture insuffisante et d’un traitement dur que la plupart des chevaux des races occidentales; le travail, joint à une bonne nourriture et à un bon traitement, les renforce de jour en jour et les rend propres à un très-long service. En outre de ce que nous venons de dire, ils s'acclimatent très-aisément et s'accoutument très-facilement à tout changement de nourriture. 11 faut remarquer que nous n’avons fait inscrire, dans certaines catégories bien définies, nos chevaux collectivement exposés, que parce que la Commission d’Exposition l’exigeait ainsi. De plus, il faut ajouter que, dans la liste d’origine, la dénomination adoptée pour les chevaux exposés n’a servi qu’à en délinir l’origine et le type. Ainsi, sous les noms d 'anglais, à’arabc, de normand ou de no r folk , notre Exposition fait voir des chevaux améliorés parle sang anglais, normand, arabe ou autre; mais, au fond, ce sont des chevaux hongrois, dont nous voulons augmenter l'exportation.
Cependant, l’Exposition de chevaux ne favorisera cette exportation qu’autant que la qualité de 110s sujets contentera parfaitement l’étranger. Le jugement du jury nous fera savoir si ce dernier est réellement satisfait des matières mises à sa disposition. D’après son verdict, nous ferons notre possible pour développer les qualités qui auront obtenu l’approbation des connaisseurs, de même que nous nous efforcerons de corriger toutes celles qui ne répondront pas à leurs justes désirs. Autant que le climat, la structure du sol et nos circonstances d’économie rurale le permettent, nous nous prêterons aux exigences de nos acheteurs étrangers. Si le résultat obtenu à l’Exposition internationale de Paris nous rapproche de ce but, nous aurons contracté une dette énorme envers la grande nation française, qui nous a donné l’occasion de faire connaître au public les richesses de notre production. —
Semblable entreprise fut déjà tentée, en 18t>7, par la Russie, comme nous le verrons tout à l’heure. Celle de la Hongrie n’aura pas un meilleur sort, parce que la France est moins pauvre en chevaux qu’on ne le croit et qu’elle peut suffire à ses besoins.
L’immense empire russe est peuplé de chevaux du type asiatique. Là, comme ailleurs, l’influence du régime sur la production est considérable, car à côté d'une généralité misérable, on trouve aux mains des riches, quelques familles améliorées et jouissant d'une certaine réputation. Les chevaux russes sont élevés pour la plus grande partie en liberté ; il en meurt beaucoup pendant les
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premières années et ceux qui résistent. sont capables d’endurer des fatigues que ne pourraient supporter leurs semblables, pi 11s élégants, du centre et du midi de l’Europe. Le service des postes et messageries dans les déserts de la Russie se fait par des chevaux de la Tartarie. Ces animaux parcourent souvent 80 kilomètres sans s’arrêter, et quand, tout couverts de sueur, ils arrivent au relai,on les envoie au bivouac sur la neige, sans les bouchonner, ni les couvrir. Le grand-duc Constantin allait, parait-il, de Varsovie à Pétersbourg en 24 heures. Alexandre ne mettait que 2(i heures pour se rendre de Moscou à Pétersbourg, faisant 180 lieues, par des relais de 12 lieues.
L’alliance de l’étalon arabe avec la jument danoise ayant produit une stature et des formes plus amples, le comte Orloir continua cette opération et créa la variété qui porte son nom. Les trotteurs russes ressemblent aux chevaux de pur sang anglais à l’exception de quelques dilfércnees dans l’arrière-train ; la croupe est ici plus arrondie, moins élevée, et les membres sont plus conformes à la loi de la 'similitude des angles. Les deux variétés, explique M. Sauson, ont commencé par des importations similaires d’étalons asiatiques, et pour les deux il est arrivé un moment où l’on a renoncé ù cette importation, pour les faire reproduire par elles-mêmes, quand on s’aperçut que la domination du type oriental était suffisamment assurée, par sou intervention répétée, pour qu’il n’y ail plus de crainte au sujet de l’atavisme des premières mères. Au début, il y avait, le croisement indiscontinu, dans le haras du comte Orlolf, par l’accouplement des pères avec leurs Mlles et leurs petites-filles, durant une cinquantaine d’années: aidé de la sélection, un tel mode a conduit au but que-nous connaissons : l’élimination de la race des mères, et la conquête du terrain par celle des pères. « On ne peut donc invoquer l’exemple des trotteurs russes comme une preuve de la formation des races nouvelles par voie de métissage, pour les deux excellentes raisons qu’ils ne sont qu’une variété de la race asiatique, réserve faite, bien entendu, de ceux qui appartenaient à un autre type, e^ qu’au moment où les familles ont été admises ù se marier entre elles, elles 11c contenaient plus de sujets métis. »
La Russie présentait dix-sept étalons, appartenant tous au grand-duc Nicolas. Cinq seulement était de pur sang arabe, les autres montraient les résultats que l’on obtient des croisements plus ou moins bien faits. Druitze (fig. 48 ), Dante, Churodeij et Soircpy attiraient l’attention un peu au détriment du reste.
En parlant des chevaux hongrois, j’ai dit que le mérite de ces animaux avait été beaucoup trop surfait, par un clan qui prétend donner le branle à l’opinion publique et ne sait pas le premier mot des choses qu'il avance. 11 en a été de même pour les chevaux russes. Depuis (pie l’Exposition hippique a été décidée et qu’on a su qu’il y viendrait des trotteurs Orloff, j'ai entendu plus de cent fois vanter ces animaux outre-mesure et, par contre, déprécier les nôtres, et toujours par le même personnage, « l'homme de cheval, » expression à la mode aujourd’hui. — On est un homme de cheval, ou du moins l’on se dit tel, sans même qu’il soit nécessaire pour cela de posséder un seul de ces animaux. Fréquenter les courses, parler la langue du turf, parier (pie Trois-Etoiles devancera Mllc de . d'une longueur de tête, porter un pantalon collant, un veston
court, des bottes molles, un stick anglais, dire négligemment cinq (jamais moins), dix, quinze ou vingt louis pour Fanfaron! on est classé parmi les hommes de cheval connus, ce qui, parait-il, n’est pas d'un mince honneur. Mais tout cela ne constitue pas, j’ai du moins la faiblesse de le croire, une connaissance du cheval bien développée. Qu’est-ce qui connaît cet animal en France? On peut le dire ù coup'sûr, fort peu de personnes, relativement au nombre considérable de celles qui s’en occupent ou qui prétendents’en occuper.— Et celle affirmation
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serait bien peu difficile à appuyer de preuves irrécusables, si la nécessité s’en faisait sentir le moins du monde.
Nous n’avons pas vu cette année, relate judicieusement M. E. Gayot, divers spécimens russes envoyés ;ï notre précédente Exposition universelle'de laquelle ils ont dtï cependant emporter de bons souvenirs. « Certes on leur a fait fête, très-grande fête même. Leur promenade quotidienne, r/rrat-attraction, obtenait le plus grand succès. Cependant, le résultat cherché ne se produisit point. Le
Fig. 4 S". — Drouze, étalon du pur sang arabe, appartenant au grand-duc Nicolas.
gouvernement russe, grâce aux bons Français qui sans cesse dénigrent e cheval élevé chez eux, avait cru à une situation autrement pauvre qu’elle n'a jamais été. Il venait tout simplement à nous dans la pensée qu’il pourrait parer à notre insuffisance. « Voilà nos races de chevaux, disait la Russie, apprenez à les connaître et importez-les chez vous! Elles vous donneront satisfaction. » Le courant sollicité ne s’est pas établi. La Russie n’a pas insisté. Cette année, elle ne nous a envoyé que ses trotteurs. Elle n’a pas à le regretter et nous pouvons d’autant plus nous féliciter de les avoir vus sur le turf que, près d’eux et en leur illustre compagnie, nos demi-sang français se sont très-honorablement placés. A bon droit, notre élevage normand peut se glorifier d'un pareil résultat, fort inattendu pour beaucoup qui n’ont jamais su qu’en médire. J’ajoute qu'en
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France les chevaux bons sont aussi communs qu'ils sont rares en Russie où. je le répèle, la généralité équine est des plus misérables.
Dernièrement M. Rocher, s’exprimait ainsi devant une commission législative : «Toutes les nations peuvent aisément satisfaire aux besoinsde leurs années. La Russie n’est pas embarassée pour fournir A sa cavalerie les 325,000 chevaux qui lui sonl nécessaires, ni l'Autriche pour mettre en mouvement les 180,000 cavaliers et artilleurs de son armée. L’Allemagne a poussé sur notre territoire, dans l’espace de quelques mois, près de 300,000 chevaux. Les conditions de la France, sous ce rapport, sont bien différentes. A aucune époque, sous aucun régime, elle n’a pu remonter sa cavalerie, même en temps ordinaire, sans de grandes difficultés. »
Un député, rapporteur du budget pour 1878, s’exprimait ainsi : « Il est triste à dire que, depuis leur fondation par Colbert, les haras ont dépensé près d'un milliard sans atteindre le but. » Au contraire, toutes les races appropriées au service de la cavalerie légère ont disparu. La faute ne revient pas tout entière au haras, car nous pouvons utiliser une quantité considérable de chevaux que nous refusons d'abord parce qu’on ne veut pas les payer ce qu'ils valent, — le prix moyen, pour la cavalerie de ligne et la cavalerie de réserve, étant de 900 francs, dans la Normandie, autrement dit dans le pays où l'on en achète le plus grand nombre et où ils coûtent le plus cher, — et ensuite, sous les prétextes les plus futiles : manque d’élégance, défaut d’ampleur, tares légères et sans conséquences, etc. Souvent même des défauts imaginaires sonl inventés par des officiers de remonte qui rejettent des quantités de bons sujets.
Dans une communication faite à la Société centrale d’agriculture de France, M. Gayot a donné quelques chiffres intéressants et relatifs au mouvement commercial international des animaux de l’espèce chevaline pendant les six dernières années, c’esl-à dire de 1872 à 1877. Pendant cette période, on trouve à l’importation 97,151,000 et à l’exportation 113,310,000, soit 16,167,000 en faveur de l’exportation. C’est le contraire qui se produisait dans le passé, l’importation dépassait l’exportation. Les résultats sont encore plus satisfaisants quand on divise la période en deux. Pour 1872, 1873 et 1874 on obtient une moyenne de 18,913,000 à l’importation, contre 26,996,000 à l'exportation, et pour 1875-1876 et 1877 une moyenne de 18,470,000 à l'importation, contre 27,828,000 à l’exportation. Ce sont là des chiffres dont il faut se féliciter, car ils témoignent d'une grande activité commerciale et d'une production chevaline mieux conduite; jamais l’échange international n'avait eu pareille importance. L’Angleterre et l’Allemagne nous arhelenl plus de chevaux quelles ne nous en vendent: il faut ajouter que l'administration des remontes tend de plus en plus à se fournir exclusivement en France et en chevaux français. Nous voudrions que le fait ne pût être contesté à l’avenir et qu’il devint pour la production des races légères de notre pays, dans l'intérêt même de la patrie, un stimulant nécessaire depuis longtemps. Toutefois, ajoute le savant économiste, le travail de la commission du budget ne permet point de seconder les bonnes dispositions de l’administration des remontes, car il repousse l'augmentation de crédits demandés pour élever le prix du cheval de cavalerie. Les membres de cette commission ne savent pas, pour la plupart, comment on arrive à produire un cheval et quelles sont les dépenses qu'occasionne cette production.
Dansla description des variétés arabe et anglaise, le mot sang revient à chaque instant. C'est une expression figurée, conventionnelle, qui désigne toute au Ire chose que ce que l'on entend par le même mot en physiologie et dans la langue ordinaire. Sous la dénomination de sang, on a voulu désigner la puissance, la force et l’énergie qui sont l’apanage de l'arabe pur et de l'arabe transformé dans les
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Iles-Britanniques et appelé cheval de pur sang anglais. Il est difficile de donner une bonne et courte définition du sang; l'essentiel est de saisir ce qu’on a voulu désigner et ce que tout le monde comprend. Le petit propriétaire et le cultivateur se rendent un compte exact de la signification du mot; quand ils disent qu’un animal a du sang, c’est qu'ils pensent qu'il est fort et énergique.
Les Arabes sont véritablement les créateurs du sang; pendant de longues années, ils ont employé leur intelligence à l’achèvement de cette œuvre. Le cheval qu’ils ont reçu de la Perse et de la Syrie, déjà beaucoup amélioré, a été amené par eux au plus haut degré de perfection réalisable. En même temps qu’ils s’appliquèrent à lui donner la beauté des formes extérieures, ils le traitèrent en ami et lui constituèrent des qualités morales tout aussi précieuses que les qualités physiques. C'est là le pur sang, c’est-à-dire la source de la solidité des tissus organiques, l’agent de la force de résistance, le soutien de l’énergie, la cause des facultés morales. Si la création du pur sang a demandé de longues années au choix sévère de reproducteurs et de soins de tous les instants, la conservation n’en exige pas moins; en opérant autrement les qualités feraient place aux vices, les beautés aux imperfections, et la pureté de la souche, s’altérant de jour en jour, tomberait jusqu’à la dégradation 1a. plus complète. Cela arrive souvent, surtout dans les produits issus du pur sang anglais.
Les Anglais avaient pu de bonne heure constater l’excellence du cheval arabe et apprécier la manière dont il avait été produit. Possédant au suprême degré la patience et l’entente de l’élevage, ils voulurent, à leur tour, créer un cheval de pur sang anglais. Du projet à la mise en exécution, il n’y eut qu’un pas. Ils avaient d’abord songé à introduire l’arabe et à le conserver dans 'sa forme, mais la nature concentrée de cet animal ne répondait pas suffisamment aux exigences de leur pays; il leur fallait plus de corpulence, aussi résolurent-ils de le métamorphoser, ils en modifièrent donc la forme et la structure, et, par le système de reproduction et d'éducation qui leur est propre, ils obtinrent des produits en rapport avec leurs besoins. Le volume du corps est plus grand, la taille plus considérable, la forme plus droite que chez le cheval oriental; les aptitudes elles-mêmes ont changé avec la transformation corporelle. On n’a introduit que des mâles, car nous ne voyons figurer aucun nom de jument sur le livre généalogique. Quoique sorti du sang arabe, le sang anglais n’en est pas une spécialité, car le pur sang les contient toutes. Si on se sert de ces deux dénominations, c’est plutôt pour indiquer la source de production que pour div.ser une chose qui n’est pas divisible de sa nature. Aussi, sur les hippodromes, admet-on indifféremment le cheval arabe et le cheval anglais sous la désignation générale de pur sang.
Le nouveau type, pur ou mélangé, répond certainement mieux que le cheval arabe à la marche du siècle, dans les contrées septentrionales où les fourrages sont abondants et les méthodes zootechniques mises en pratique. Dans ces conditions, il conserve toute sa pureté; la preuve en est que sur nos hippodromes, comme sur ceux d’outre-Manche, les victoires sont partagées.
Le cheval de pur sang anglais possède un corps long, svelte, haut monté sur jambes ; une peau fine et mince ; des poils doux et fins ; des vaisseaux sous-cutanés très-apparents; des muscles fermes et bien dessinés; des saillies osseuses grosses; des articulations fortes; une taille de et plus, etc. Examinées en détail,
les formes semblent merveilleusement disposées pour la*vitesse; aussi la tête est sèche, bien attachée et portée en avant; le crâne large ; le chanfrein droit et épais, ce qui indique que les cavités nasales sont larges et donnent un facile passage à l’air; les yeux grands et vifs; les oreilles longues et bien plantées; l’encolure mince, droite, pyramidale et peu chargée de crins; la poitrine
élevée; le garrot Lien sorti; les épaules longues et obliques; le ventre cylindrique et relevé; le liane court; le dos droit; la croupe longue, horizontale et musculeuse; les membres forts; les avant-bras longs et larges; les fesses charnues; les jarrets droits; les tendons forts et bien détachés; les pâturons longs, etc. Complétons le tableau : ce cheval est intelligent, vif et plein de vigueur; il fait des bonds de 5 à G mètres; sa vitesse est vraiment prodigieuse, et la rapidité avec laquelle il fend l’air suppose une force dont il est difficile de se faire une idée exacte. Mais à ces brillantes qualités se joignent de grands défauts : il faut lui prodiguer des soins minutieux, le couvrir de laine et lui donner une nourriture abondante eL spéciale. Sous ce rapport, il diffère du cheval arabe, des variétés russes et orientales et même de beaucoup de nos variétés réputées communes qui, sans précaution et sans régime particulier, peuvent faire vingt lieues par jour et plusieurs fois de suile. Au point de vue militaire, il ne rend pas les services qu'on serait en droit d'en attendre. Emporté, peu sensible au mors cl par conséquent difficile à manier, il n’est pas propre à la cavalerie, car ses allures sont dures et fatigantes pour l’homme qui le monte et qui ne peut éviter ses réactions que par des mouvements correspondant aux siens. Ce sont ces défauts qui font que les cavaliers anglais seront toujours audessous de ceux des autres nations; ces derniers, en possession de chevaux souples et obéissants, peuvent attaquer l’ennemi et se défendre avec une liberté d’action qu’ils doivent à leurs montures.
Dans le principe, le cheval anglais était étoffé, vigoureux, résistant, et venait occuper une place qui sans lui rostait vide; malheureusement, les courses sortirent des limites qu’on leur avait sagement assignées, elles ne furent plus ce critérium utile auquel chacun applaudissait, et, eu se transformant en jeu et en spéculation, causèrent A l’élevage un préjudice inappréciable. Aujourd’hui, le cheval de pur sang a perdu ses qualités primitives, et jusqu’à son nom même, en devenant cheval de course, dénomination fréquemmentappliquée et devenue synonyme de celle de pur sang. Partisan des courses, je ne les critique qu’à cause de leur mode actuel, espérant, et celles au trot en sont le premier indice, qu’elles reviendront dans la voie quelles n'auraient jamais dit quitter.
Que sont aujourd'hui nos chevaux de pur sang anglais? Le célèbre William Youatt va nous répondre. « Ils sont plus rapides dans la marche, mais plus longs, plus légers, et de moins en moins bien musclés; ils sont rendus avant que la moitié de la course soit achevée, et, sur quinze ou vingt, il n’y en a que deux ou trois qui reslent eu pleine possession de leur énergie. Dans les courses des premiers temps, le cheval se présentait sans qu'aucune de ses facultés eût souffert la moindre atteinte, et, dans une longue série d’années, il était prêt à entrer en lutte avec ses rivaux. Aujourd'hui, une seule course, comme celle du Derby, rend le gagnant incapable de courir jamais, cl cependant la distance est seulement d'un mille et demi. Celle du Saint- Léger est encore plus dommageable pour le vainqueur, quoique la distance 11e soit que de deux milles. Lorsque la course est achevée et que quelques gros enjeux ont été gagnés, l’animal vainqueur est emmené de l’hippodrome les flancs déchirés par l’éperon, les côtes ruisselantes de sueur, les tendons forcés ; et c’est une chose rare, si jamais plus on entend parler de lui ou si l’on y pense : il a rempli le but pour lequel on l'avait élevé, et tout est dit. Par quelle aberration tout cela s’est-il accompli? Comment se fait-il que des hommes intelligents aient conspiré pour alléreiMe caractère du cheval anglais? Ce 11’est pas une conspiration, c'est la marche des choses. Il n’appartient pas à la nature humaine d’être satisfaite, même de la perfection ; on essaya si l’on 11e pourrait pas obtenir encore plus de vitesse. Ou réussit, mais celte fois ce ne fut pas sans amoindrir dans un certain degré la puissance d'action. II est facile de se figurer
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maintenant qu'elle a dû être la conséquence dernière de ce système. F.e grand principe étant d’obtenir de la vitesse, c'est aux conditions de la vitesse qu'on s’est principalement attaché dans le choix des reproducteurs, celles d’où dépend la force étant placées en seconde ligne. La conséquence de ce système a ôté la création d'un cheval aux formes allongées, aussi beau que ses prédécesseurs, si non plus, mais laissant voir aux yeux du véritable connaisseur, des muscles moins développés, des tendons moins saillants, un garrot plus tranchant, mais recouverts de muscles moins puissants. La vitesse fut portée au degré le plus extrême qui ait jamais pu être rêvé, mais le fond, la force de résistance à la fatigue, l’ endurance furent incroyablement diminués. On ne tarda pas à en avoir la preuve Ces chevaux de nouvelle création ne purent parcourir la distance que leurs prédécesseurs franchissaient avec tant de facilité. Les épreuves tombèrent de mode ; on les qualifia, avec trop de vérité, de dures et de cruelles eL force fut bien de raccourcir de moitié les distances consacrées aux épreuves ordinaires. IJn tel résultat ne devait-il pas être suffisant pour convaincre les éleveurs de la marche vicieuse qu'ils avaient suivie? Sans doute, pour peu qu'ils voulussent se donner la peine de réfléchir. Mais le moyen de réparer cette erreur? Comment retourner sur ses pas et en revenir à l'élément fondamental du bon cheval : la force et la puissance d'action, actuellement que l'élevage était poursuivi dans de faux errements? Et puis les courses de peu de longueur étaient devenues de mode; en deux ou trois minutes l’affaire était terminée; on échappait à ces longues heures d'incertitude qu'exigeaient nécessairement les sept ou huit épreuves de seconde main dans les luttes contestées. Et puis enfin, comment lutter contre la toute puissance de la mode? Mais quelle force ont les chevaux? Aucune.
<• Il y a une conséquence particulière des courses de peu de longueur qui n'a pas été suffisamment prise en considération. Dans l'ancien système, les qualités réelles et la force assuraient presque constamment le prix au cheval qui le méritait le mieux ; mais avec les chevaux d’aujourd'hui et les courtes épreuves de deux ou trois cents yards auxquelles on les soumet, le jockey joue un rôle principal dans la lutte. Si les animaux sont à peu près d'égale force, tout dépend de lui. Pour peu qu’il ait confiance dans la force de son cheval, il peut distancer tous ses compétiteurs, ou bien, ménageant sa monture rapide mais sans fond, jusqu'au dernier moment, il peut atteindre le poteau avec la vitesse d’une flèche avant que son rival ait eu le temps de rassembler son cheval pour lui faire faire le dernier effort. On ne saurait nier que la conscience qu'a le jockey de son pouvoir, et le compte qu'il sait être appelé à rendre de la manière dont il en aura fait usage, ont conduit à l'emploi de pratiques plus cruelles dans les courses de nos jours que dans celles des anciens temps. L'habitude développait dans le cheval d’autrefois le sentiment de l'émulation et celui de l’obéissance. Une fois la course commencée, il comprenait ce que lui demandait son cavalier, et il n’était pas nécessaire de .recourir à l’usage du fouet et de l'éperon pour le porter en avant s'il était capable de gagner. Les chevaux de nos jours ne sont pas animés de ce sentiment d’émulation et disposés à épuiser toutes leurs forces dans un effort suprême, et il faut, pour que leurs propriétaires puissent gagner le prix de la course, qu’ils soient cruellement excités par leurs cavaliers jusqu'à extinction de leurs forces; aussi arrive-t-il souvent qu’ils sortent de l'hippodrome estropiés pour leur vie. C'est là une conséquence fatale du système actuel; ce sont là ‘les fonctions des jockeys de nos jours, fonctions qu'un certain nombre d’entre eux accomplissent avec une sorte d'orgueil; mais un tel état de choses ne devrait pas être toléré et le système dont il est l'expression devrait être promptement et radicalement réformé ».
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La production la plus estimée de nos jours est celle qui donne de solides chevaux et le but est incompatible avec les vices du système actuel. Les turfistes ne veulent point accepter la critique des gens compétents et invoquent pour la combattre quelques sujets exceptionnels et bien construits qu'ils mettent en évidence de temps à autre. Mais depuis quand l’exception détruit-elle la règle? Non, les courses 11e sont pas faites pour développer les qualités du pur sang et encore moins les services qu’on peut en retirer pour l’élevage. Il est certain qu’un coureur dont les formes et les qualités sontproduites pour obtenir, durant un court instant, une vitesse vertigineuse, 11e pourra transmettre à scs descendants que ses aptitudes et nullement celles qui font la force du cheval de chasse et de route. Le jeu seul y trouve une complète satisfaction. Faible parcours, faible poids à porter et gros prix à gagner, voilà ce qui domine les courses actuelles.
Tel est l’état présent du cheval anglais ; cela 11e veut pas dire, loin de là, qu’on ne puisse s’en servir très-fréquemment et très-avantageusement. Le tout est de savoir bien le choisir. Il a beaucoup amélioré l’espèce en Normandie, en Vendée, dans la Charente-Inférieure, dans tous les départements avancés en agriculture, en Allemagne, etc., et il la perfectionnera encore toutes les fois que les cultivateurs sauront prendre des étalons étoffés et des juments bien membrées, et distribuer une nourriture abondante en fourrages et en avoine de bonne qualité. Les faits, dit M. Magne, qui ont donné naissance aux opinions contradictoires que l'on a sur le mérite des étalons de pur sang sont faciles à expliquer; il eut été même possible de les prévoir et. d’éviter ceux qui n'ont pas été avantageux. Malheureusement, on 11’a consulté jusqu'ici, pour diriger la multiplication et le perfectionnement des animaux domestiques, que la routine: on a cru que pour avoir en France un cheval semblable à celui du Yorkshirc, du Norfolk, il n’v avait qu'à faire couvrir une jument quelconque par un étalon anglais et que celui-ci pourrait produire des chevaux parfaits tout aussi bieu à Aurillae, à Tarbes qu’au Pin. Les résultats n’ont pas confirmé ces prévisions. Il n’y a rien là qui doive surprendre, si ce n’est de voir qu’un sujet aussi important que l'amélioration des races soit resté hors du domaine de la science. Tout le monde sait à présent qu'il 11e suffit pas d’unir une jument française à un étalon de pur sang pour créer une bête de choix ; cette illusion 11’existe plus que dans la cervelle des gens des haras et des anglomanes obstinés.
Les troisième et quatrième catégories de l’exposition chevaline comprenaient 38 étalons anglais, dont 30 nés en France, I en Angleterre, 1 en Autriche-Hongrie, 2 en Italie et 2 en Amérique. Les Anglais nous boudent. La triste* figure qu’ils ont faite avec leurs durhams les a sans doute indisposés, à moins cependant qu’ils n’aient craint de nous montrer les reproducteurs tarés auxquels ils sont forcés de confier le repeuplement de leurs écuries de courses. Ce n’est pas que les nAlres méritent une approbation sans réserve, car ceux qui ont connu les étalons de pur sang entretenus par l’État de 1830 à 1852 et qui les comparent à ceux d’aujourd'hui sans même en excepter les plus célèbres, constatent une grande déchéance du sang anglais, ce qui est profondément regrettable. On n'a signalé que quelques bons sujets, et, parmi eux, seulement sept ou huit chevaux de courses qui se reposent sur leurs lauriers et sont employés à la reproduction.
La France applique, chaque année, au renouvellement de l’espèce une force étalonnière de 12,000 entiers. Où sont tous ceux du turf à la fabrication desquels on sacrifie tant d argent? Où sont donc ces illustrations, demande M. Oavot, ees gagnants millionnaires qui ont charge d’améliorer en face, àcûlé, au-dessous, à toutes les hauteurs et aussi à toutes les profondeurs? Où sont les produits de cette industrie gourmande qui remue, grâce aux paris, le grand côté de l'affaire, tant et tant de millions? Il y en a vraiment 30 à l’espla-
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nade des Invalides, 30 dont 9 appartiennent à l’État! Voilà le gros lot! C’est en appelant je ban et l’arrière-ban qu’on a réussi à les réunir en dehors de toutes conditions quelconques et sans aucune limite d’âge! Voilà l’inventaire de nos richesses!
La généralité n’est pas destinée à un service sérieux, et comme le dit M. de La Valette, c’est à ces sortes d’étalons qu’il faut le plus souvent attribuer l'état fâcheux d'infériorité dans lequel se trouve l’élevage français. Que peuvent donner ces étalons avec des juments qui leur ressemblent? Dans la plus grande partie de la France, les étalons et les juments ont une tendance à fournir des extrémités plus grêles que les leurs, il serait donc excessivement important d’arrêter cette tendance, et le seul moyen consiste à prendre des chevaux largement étoffés qui seuls peuvent faire disparaître cette tendance. Faut du sang, mais pas trop n’en faut, alors que ce sang n’esL pas toujours ce qu’il y a de meilleur. Les Anglais s’amusent à faire des chevaux de course, mais ils savent parfaitement, quand il le faut, laisser de côté l’agréable pour se tourner du côté de l’utile; ils obtiennent alors des chevaux d’attelage, des chevaux de trait qui se trouvent dans les meilleures conditions d’harmonie.
Les juments, au nombre de 27, dont 11 nées en Angleterre mais appartenant à des Français, se trouvaient à peu près dans les mêmes conditions : une dizaine de bonnes bêtes au milieu de sujets un peu décousus, et plusieurs célébrités de l’hippodrome inférieures à celles de la période antérieure.
Le cheval dit de demi-sang vient de l’union de deux races distinctes par leurs caractères et leurs aptitudes, mais, en général, on ne désigne sous ce nom que le produit résultant du mélange d’une race commune avec la variété arabe ou la variété anglaise, et, dans ce cas, on dit : demi-sang arabe, demi-sang anglais, ce qui en fait nettement ressortir la source et l’origine. On voit ainsi que le cheval de demi-sang naît à la faveur du métissage. Le plus souvent, en Angleterre, la production du cheval de demi-sang n’est qu’un résultat individuel; on fait couvrir une jument commune par un cheval de sang, on vend le poulain et on répète l’opération.
Les métis de demi-sang anglais, l’anglo-normand surtout, que l’on s’obstine à vouloir transformer en race, alors que son principal facteur appartient luimême à une variété de la race asiatique, ne sont pas du tout constitués comme on veut bien le dire, avec les caractères qu’on leur attribue, et, malgré les assertions contraires des intéressés, la poursuite de leur transformation en race est une œuvre chimérique. On continuera donc pendant longtemps encore à désigner simplement sous la dénomination de demi-sang, le produit issu soit d’un premier accouplement d’une jument commune avec un étalon de pur sang, soit de la réunion des métis obtenus.
Le demi-sang ressemble plus ou moins à ses auteurs, selon que le père ou la mère exerce une influence prédominante dans l’acte de la génération. Il reçoit de son père l’énergie, la puissance et une grande partie des formes; il puise le reste de ses qualités dans la constitution maternelle. Le demi-sang anglais est d’ordinaire mince et élevé, mais le contraire se produit assez souvent ; en effet, qui dit demi-sang indique le produit de l’union de la variété anglaise avec une race commune, et non la production d’un sujet grêle. Rien n’est donc plus variable que la conformation des chevaux de demi-sang : les uns sont sveltes, les autres épais et forts, et souvent on ne pourrait croire, si on n’en avait la preuve, que le sang anglais existe à la même dose dans les différents spécimens que nous possédons. Les produits minces et grêles doivent être impitoyablement rejetés; l’union de la femelle est seulement permise avec un étalon commun ou avec un demi-sang corpulent et régulier.
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Les Anglais ne nous surpassent plus guère dans la fabrication du cheval demi-sang, l’exhibition en a fourni la preuve évidente.
Le cheval de chasse irlandais possède une taille moyenne, des formes amples, et, comme conséquence de cette con truction, une grande résistance aux fatigues. Rien réussi, il n’a pas de prix. C’est un métis provenant de l’alliance du pur sang avec le double-poney, et le mérite de l’éleveur consiste à le maintenir entre ces deux souches et à soigneusement éviter de faire dominer l’inflpence du cheval de course. Celte recherche de la pondération des aptitudes est remarquable chez tous les métis anglais et constitue la réussite générale de leurs opérations. Le cheval de chasse anglais [Ihe hunier) s’est trop rapproché de la conformation du cheval de course auquel il ressemble parfois à s’y méprendre. Encore quelques années, et il ne pourra garder sa qualification de métis qu’en souvenir de l’origine première des familles auxquelles il appartient. II a son pendant en France dans le cheval du Merlerault.
Les trotteurs du Norfolk sont le résultat d’intelligentes combinaisons entre l’étalon de pur sang et les diverses variétés des comtés de Norfolk, de Sutfolk et des rives de la Clyde, variétés améliorées par des alliances antérieures. Gros, épais, trapus, corpulents et membres, ni communs ni distingués, ils respirent l'énergie, sont doués d’une grande force et suffisent à lous les travaux : culture du sol, transport au pas des marchandises, attelage aux omnibus de ville et aux voitures du riche, etc.
Le carrossier du Yorksliirc, dit encore cleveland bai , à cause de son centre de production, district herbager situé d’abord sur ies rives de la Tees et s’étendant sim- les comtés de Lincoln, Durham et Nortbumberland, est le résultat de l'alliance du pur sang avec l’ancienne variété du Cleveland. Cet animal semblait réunir en lui l’énergie du pur sang avec la vigueur de la variété indigène, et on aurait dû le maintenir dans ces conditions, quand la mode est venue lui donner davantage de finesse et le trop rapprocher du cheval de course. Il répond A notre carrossier des plaines herbeuses de la Normandie.
Les chevaux de demi-sang classés dans les catégories réservées par le catalogue aux races propres à la selle et il l’attelage de luxe, de la7meA la 22me inclusivement, comprenaient environ 550 sujets et formaient, de l’avis de tous les visiteurs, la fleur du bouquet de l’Exposition. Les produits anglais étaientencorc améliorés et admirablement choisis. Mais c’est le demi-sang normand qui dominait et qui tenait la place la plus distinguée.
Le cheval normand n’existe plus; il a été transformé par le sang anglais et amené par voie de métisalion à la formation d'une autre famille connue sous le nom d’anglo-normande. Il était indispensable de relever le tempérament et l’énergie des juments poulinières indigènes, de diminuer leur corpulence et leur haute stature et de leur communiquer les qualités du sang. On arriva au but d'abord par l'accouplement de l’étalon de pur sang avec les meilleures poulinières, puis par des alliances entre des sujets les plus parfaits. Les défauts étaient nombreux : ainsi la taille haute, le corsage développé, la tète longue et busquée, les membres infiltrés, le tempérament lymphatique, la fluxion périodique, la pousse, le cornage formaient le triste apanage de la constitution normande. Tout ce cortège de maux disparut peu à peu. La perfection ne fut pas atteinte du premier coup et il resta encore bien des choses A faire. Ainsi, la poitrine n’était pas assez vaste, le rein pas assez large, les hanches étaient trop resserrées, les membres trop grêles et trop élevés. Les éleveurs se sont appliqués A choisir attentivement les reproducteurs, les femelles principafement, A soigner l’alimentation, et sont arrivés A diminuer l'exagération du pur sang et A en corriger les défauts Le problème A résoudre consistait A conserver aux mères leur -truc-
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lure large cl étoffée, afin d’établir un équilibre entre le gros et le léger, et d'empêcher le pur sang de grandir ses produits. De nos jours, grâce à la perfection de l'industrie, la Normandie est dotée de la femelle chevaline précitée, réalisant l’idéal de la forme uni à la distinction et à la légèreté, et offrant deux modèles : celui de la Basse-Normandie et celui du Merlerault.
Le premier modèle embrasse toute la Basse-Normandie, c’est-à-dire les départements de l’Eure et notamment ceux du Calvados et de la Manche; il est en possession d'une taille élevée, lm,5;> à 1 1,1 ,60, d’une assez forte corpulence, et est spécialement propre à l'attelage. On l’a perfectionné au moyen des méthodes zootechniques, et encore par les primes ordinaires, les primes de dressage, les courses au trot, etc. Les types qu'il offrait à l’Esplanade des Invalides étaient excessivement remarquables, quoiqu’il y eut quelques ombres au tableau. En examinant avec attention Lous les individus exposés, on remarquait trois sections bien tranchées : chevaux parfaits, chevaux en voie de perfectionnement et un peu loin du sang, chevaux trop légers et accusant trop de sang, et on acquérait la preuve que les mieux réussis n’étaient pas issus du pur sang, mais bien du métissage. Par cette méthode. — application raisonnée de la loi des semblables, — on obtient et on maintient un juste équilibre entre les qualités physiques et les qualités morales, entre le sang et l'étoffe « deux facteurs également nécessaires des races iutermédiaiies ou moyennes, des diverses classes do la population où l’on rencontre le cheval de service le mieux doué. » On s’occupe trop du dessus et pas assez du dessous ; bien des étalons et même des juments, pourtant remarquables en masse, péchaient sous ce rapport. Si l’élevage des chevaux de luxe est un progrès, il faut néanmoins se garder de croire qu’il ne laisse rien à désirer; ce serait une grosse erreur, car il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre le but. Les animaux sont élevés entièrement à l’herbage, et il n’y a que les individus d'élite qui reçoivent une meilleure nourriture et soient mis de bonne heure à l'écurie. L’exemple de Merlerault, où les poulains sont mieux logés, mieux soignés et mangent de l’avoine, se répand de proche en proche et gagne le Calvados. « Le principal progrès introduit dernièrement dans la plaine de Caen, lisons-nous dans le Journal de V Agriculture, sous la signature de M. Sanson, est d’avoir ajouté au régime du pâturage une ration d'avoine distribuée en plusieurs repas à l’aide d une musette. Cette ration est d’environ 4 litres. Son usage est devenu à présent à peu près général. En outre, depuis que l’administration des haras impose des épreuves de vitesse à l’allure du trot à tous les jeunes étalons qui lui sont présentés, chaque éleveur a disposé une piste de deux kilomètres environ sur son domaine, et ses élèves y sont régulièrement entraînés durant les quelques mois qui précèdent le moment de leur présentation. En cheminant sur les routes qui coupent en divers sens la plaine de Caen, on aperçoit ainsi à tout instant, au milieu des sainfoins ou des coupages, des jeunes chevaux exercés au trot, montés par les fils ou par les garçons des éleveurs. Ils subissent l’entrainement méthodique nécessaire pour satisfaire aux épreuves qui leur sont imposées. Ces deux circonstances, l’adjonction de l’avoine au régime alimentaire d’été et celle de l'entrainement à l’allure du trot, ont eu une influence très-heurense sur les qualités individuelles des chevaux de la plaine de Caen. On ne s’est point trompé eu signalant l’amélioration qu’ils montrent actuellement par rapport à ce qu’ils étaient il y a quelques années. La solidité de leurs membres, encore plus que l’élégance de leurs formes corporelles, y a beaucoup gagné. Les jeunes chevaux de la plaine de Caen sont tous élevés en vue de devenir des étalons. Tous n’y arrivent point, bien entendu, leur nombre étant supérieur aux demandes, mais ils n’en sont pas moins choisis, dans la production générale, en vue de les y conduire. Les sujets présentés
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comme étalons et non admis subissent la castration, puis entrent dans le commerce comme chevaux de luxe ou de service, ainsi qu'on les appelle encore. Ils forment la deuxième catégorie de la population chevaline normande, qui en compte encore plusieurs autres. Ils ont été soumis au même régime, leurs frais de production sont par conséquent les mêmes, avec les risques de castration en plus. Mais les prix de vente diffèrent considérablement, parfois de plus des deux tiers, l.es efforts très-sensés et très-pratiques de la Société hippique française, dont les concours, véritables institutions patriotiques, leur ont ouvert un débouché qui auparavant se tournait plus volontiers du côté de la production anglaise; ces efforts ont amélioré d’une manière notable la condition économique de l’industrie chevaline de la plaine de Caen ».
On a la fâcheuse habitude d’engraisser, en peu de temps, les animaux destinés à la vente dans des écuries chaudes et humides et avec des aliments trèssubstantiels. Sous l’influence d'un pareil régime, les chevaux se présentent dans un état qui plaît à l'œil, mais qui occasionne plus tard de grandes déceptions aux acheteurs. En changeant de pays et d’habitudes, les bêtes payent tout de suite leur tribut à la nature, sous forme de gourme, d'affections de poitrine, de boiterie, etc., pendant deux ou trois mois et quelquefois davantage.
Le second modèle du demi-sang anglo-normand se trouve dans le Merlerault qui produit les meilleurs chevaux d’attelage de France; c’est de ce pays que sont sortis Paleslro, l' Africaine. Bois-Roussel, Fille-de- l’Air, Eclipse, Mayenla et Bayadcre, tous vainqueurs dans les dernières grandes courses, et chers aux turfistes. Le sol du pays offre dans toute son étendue, dit M. du Hays, une constante uniformité et présente partout un calcaire argileux, légèrement mélangé de cailloux dans la partie nord-ouest. Seule, une petite plaine située entre le Merlerault et Nonant, et complètement enchâssée dans les herbages, réunit le sable à l’argile et au calcaire et doit à cette composition une fertilité remarquable. Les eaux sont belles et contiennent de notables quantités de chaux et de fer, circonstances auxquelles il faut attribuer la densité des os et des muscles des animaux élevés dans le Merlerault, la netteté de leurs membres, la longévité et la distinction douL ils sont doués. Les affections qui désolent certaines autres contréesd’élevage: le cornage, la fluxion périodique, les engorgements des jambes, etc., y sont complètement inconnus. Le cheval, constamment excité par les herbes et Faction des eaux qui composent son alimentation, est porté aux courses échevelées au milieu des prairies, et souvent les meilleures clôtures sont impuissantes contre scs désirs de l’inconnu, contre ses besoins de se visiter d’un herbage à l'autre. Le Merlerault ne fait pas indistinctement des chevaux de tous les genres, et ne demande au sol que ce qu'il peut produire. Pour le cheval de sang nerveux et compacte, le cheval de selle distingué, le cheval brillant de phaéton, le Merlerault ni redoute aucune rivalité. Chercher plus de taille, c’est forcer la nature, et tous ceux qui dans cette contrée ont voulu sacrifier à la mode du grand carrossier ont échoué complètement. Ces renseignements font bien connaître l’état de la production chevaline dans le Merlerault et la nature des ressources de cette partie de la Normandie. En présence de situations si essentiellement différentes, ce serait méconnaître les principes fondamentaux de la science que d’appliquer les mêmes procédés zootechniques chez tous les éleveurs normands.
L’ancienne variété normande s’est fondue dans les deux modèles de demisang que nous venons de passer en revue. Il en est de même d'une variété que l’on rencontrait principalement dans l'arrondissement de Cherbourg : la variété cauchoise. Les individus de cette variété, encore connus sous le nom de bidets d'allure, marchaient au pas relevé, avaient une grande taille et une vigueur à
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toute épreuve; on les reconnaiseait à leur forte corpulence, leur queue courte et leur marche artificielle.
Les 21 étalons et juments que le Finistère a exposés clans celle division du concours ont surpris les visiteurs, nationaux et étrangers. « Eu tout temps, raconte M. Gayol, le cheval breton a été réputé bon serviteur et solide ouvrier; mais il était commun, de formes raccourcies, et sans l’ombre de prétention aux divers emplois du luxe. Aujourd’hui, tout cela est changé. Sous l’influence du sang, principalement apporté par des métis, une nouvelle famille a surgi, et des spécimens de celle-ci, très-remarquables d’ailleurs, ont été à bon droit remarqués à l’Exposition universelle. De taille moyenne, mais de riche corpulence avec de belles lignes, ils donnent l’idée de la force et de l'énergie plus que delà distinction. Ils n’ont pas la vitesse des trotteurs russes, ni celle des trotteurs américains, mais ils ne sont ni paresseux ni lourds.» Le cheval que nous avons vu est le cheval de l’avenir : il donnera satisfaction aux caprices du luxe aussi bien qu’aux exigences d'un bon et rude service. Il trouvera son emploi supérieur dans les équipages élégants aussi bien que pour les nécessités des services publics. Bien membré, avec une profondeur et une largeur de poitrine remarquables, avec des muscles indiquant une puissance exceptionnelle que n’excluent pas des attaches élégantes, bien que d’une taille peu élevée, il semble, par toutes les qualités essentielles qu’il possède, devoir justifier la bonne renommée qu’il a naguère acquise comme cheval de guerre. C’est un type spécial à la Bretagne, qui s’est considérablement amélioré et s'améliorera encore. La fabrication du cheval dans ce pays est appelée à jouer un rôle d’autant plus important, au point de vue des profits réservés à l’éleveur intelligent, que cette fabrication est'peu coûteuse. Jusqu’à l’àge de quatre ans, âge auquel l’éleveur le livre au commerce, il a déjà indemnisé, par la somme de travail qu’il a fournie et par le fumier qu’il a produit, les soins et la nourriture qu’il a demandés. « A mesure qu’il se complétera, il sera aux races de travail sérieux, en France, ce que l’anglo-noimand a été pour la Normandie, ce que le trotteur du Norfolk a été à la même classe de chevaux en Angleterre. Encourageons donc dans la plus large mesure la production intelligente et la bonne éducation du demi-sangbreton, et nous établirons sur de solides assises une variété puissante, dont les produits les mieux réussis fourniront à la classe nombreuse et arriérée des chevaux agricoles l’étalon améliorateur qui lui convient le mieux. » En appréciant les produits du Finistère, primés en grand nombre à l’Esplanade des Invalides, le jury a témoigne de l’estime en laquelle il les tenait. C’est un bon commencement.
La Chaaente-lnférieure et la Vendée possèdent le long du littoral une longue suite de prairies, appelées marais, qui servirent pendant longtemps à l’engraissement des bœufs et à l’élevage des poulains de la variété mulassière issue du type danois. Après le dessèchement et la division de ces prairies, le sol s’est amélioré par des dépôts marins; des herbes fines et aromatiques remplacèrent l’herbage marécageux et l’élevage fut mieux conduit. Les prairies de la Charente-Inférieure sont connues sous le nom de marais de Rocliefort, marais de Saint-Louis, et celles de la Vendée sous la désignation de marais de Saint-Gervais. On créa d’abord, avec le carrossier anglo-normand, des chevaux de grosse cavalerie qui, faute d’un tempérament robuste, ne fournirent qu’un faible el mauvais contingent à la remonte On suivit ensuite une autre voie en choisis sant mieux les reproducteurs, en distribuant du foin et de l’avoine pendant l'hiver, et l’on arriva en peu de temps à constituer une famille d’où sortent aujourd’hui une partie des plus beaux chevaux de France. Les concours hippiques en témoignent hautement.
L’étalon normand de demi-sang a encore heureusement transformé la popu-
ANIMAUX DOMESTIQUES
lation chevaline du Bas-Médoc et de l’Entre-deux-Mers, qui a toutes les qualités désirables pour faire un bon cheval de ligne.
Les métis allemands que l'on produit dans le Hanovre, le Sleswig-Holstein, le Danemark, le Mecklcmbourg, la Bavière et le Wurtemberg, etc., ont été créés avec le type naturel, croisé d’abord avec le cheval arabe et ensuite avec le cheval de course, et se ressemblent tous. Les meilleurs ne sont pas le résultat du lieu qui leur donne naissance, mais de l'habileté de l’éleveur. Les étalons normands sont exportés sur une grande échelle en Allemagne, où l’on reconnaît hautement la supériorité des producteurs français. Le Hanovre et le Mecklcmbourg furent les premiers à renoncer an sang oriental. Il y a quelques années, le cheval de ces pays produit du pur sang cl de la variété locale, était devenu commun en France pour les attelages de luxe. Il s’y distinguait par sa taille élevée, un corps long, une tête bien faite, une encolure droite, un garrot ressorti, et surtout par des avant-bras courts et des canons longs, ce •pii est l’antipode de la vitesse et le contraire de ce qu'on observe chez l’anglais et le normand. Depuis le perfectionnement de l'anglo-normand, l’animal en question, le meilleur pourtant de la création allemande, est presque abandonné du commerce français. La situation est la même dans le Holstein et le Danemark. La Bavière et le Wurtemberg, malgré leur préférence marquée pour le sang oriental, ont désiré grandir leur population chevaline, et en ont demandé les moyens à l’étalon anglais, qui n’a pas aussi bien réussi que dans les pays baignés par la mer du Nord et la mer Baltique.
La rack africaini:, offre les caractères suivants, décrits par M. Sanson : frontaux incurvés en tous sens ou bombés en segment de sphère; arcades orbitaires peu saillantes; orbites de moyenne grandeur; sus-naseaux continuant la courbe des frontaux jusque vers la moi I ié de leur longueur, puis présentant une courbe inverse ou restreinte à long rayon et redevenant ensuite convexe jusqu'à la pointe; face elliptique ; profil moutonné; petit sus-maxillaire plus oblique que celui de l’asiatique; arcade incisive petite; vertèbres cervicales 7, dorsales 18, lombaires ü, sacrées ;>, soudées de bonne heure, eoccygiennes en nombre variable; métatarsiens plus longs que chez l'asiatique, et prismatiques à base triangulaire, au lieu d’être cylindriques
La découverte de l’espèce africaine est de date récente et duc à l’auteur précité qui la fit connaître en 1868, dans un mémoire inséré dans le Journal de l'Anatomie et de la Phi/siologic de M. Ch. Hobin. Jusqu’en 1868, elle avait passé inaperçue parmi les sujets de la race asiatique auxquels ses représentants se trouvent mêlés presque partout. C’est elle qui est figurée sur les anciens monuments de l'Egypte et qui est connue des savants sous le nom de cheval de dongolâwi. M. Piètrement la croit originaire d'Asie, puis domestiquée et introduite en Égypte, et proposa de lui donner le nom de Touranienne ou Mongolique. M. Sanson n'a pas cru pouvoir se ranger à cette opinion, parce que le système touranien qui lui sert de base est encore au moins fort controversé parmi les érudits, — que les conclusions de l'histoire naturelle ont bcsoiu de s’appuyer sur des bases moins fragiles que celles qui dépendent de textes, dont les interprétations semblent devoir rester toujours douteuses, — et enfin, que l’origine nubienne est corroborée par des considérations d'ordre zoologique d’une valeur autrement solide que celle des hypothèses fournies par la pure érudition.
« La position qu’occupe le type de cette race dans la série générique à laquelle il appartient le place à côté des Anes, dont la formule vertébrale est la même. Les plus fortes probabilités sont donc pour que le berceau de la race chevaline
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à cinq vertèbres lombaires soit au nord-est de l’Afrique. C’est en Nubie, dans le Dongola, qu’existent aujourd'hui ses représentants les plus complets et les plus beaux. On ne la trouve plus guère ailleurs à l’état de pureté. » Elle a été introduite avec le type asiatique qu’on lui a préféré; sa tête moutonnée l’a fait éliminer de tous les haras d’Europe où son séjour a été de courte durée.
Les principales variétés du type africain se trouvent en Nubie, en Égypte, en Algérie, au Maroc et dans le sud de l’Espagne.
Le cheval nubien n’a pas la conformation régulière de l’arabe; aussi, malgré sa taille généralement élevée, lm,65 et parfois plus, sa vélocité et son fond, les habitants de l’Europe se sont-ils abstenus de l’employer à la reproduction, dès que le type oriental ne leur a plus manqué. Le prix des animaux d’élite est néanmoins fort élevé. On en a vu atteindre, au Caire, le prix de 23,000 francs. Les habitants de Dongola s’en servent pour chasser les girafes et les autruches; ils les nourrissent avec de l’herbe verte ou séchée et du maïs qui remplace l’avoine et l’orge. .
Dès que les chevaux nubiens quittent le sol de leur patrie, ils ne tardent guère à perdre leur caractère de supériorité. Le cheval égyptien, pourtant si près de cet animal, est loin de lui ressembler. Celui de la Basse-Égypte a la taille un peu moins élevée, quoique cependant au-dessus de la moyenne, les formes plus épaisses et plus arrondies, l’encolure droite et chargée de crins, la croupe avalée, le ventre trop développé. Les Égyptiens de la vieille roche préfèrent les animaux dont le ventre est volumineux et prétendent qu’ils sont plus résistants, opinion qui n’est pas partagée par les habitants de la Haute-Égypte, où la population équine est beaucoup meilleure.
Ayant pour foyer principal les territoires de Tripoli, de Tunis, d’Alger, de Fez et du Maroc, la variété barbe ou berbère offre une population très-nombreuse, et s’étend presque du fond de la Méditei'ranée à l’océan Atlantique. De tout temps, elle a été très-connue en Europe. Ses caractères sont ceux du type décrit plus haut. La robe alezan doré, fréquente chez les barbes, est rare parmi les autres variétés africaines. Ces animaux se montrent d’abord froids, mais déploient, après avoir été excités, une ardeur presque égale à celle des arabes. Leurs mouvements harmonieux et cadencés sont appréciés au manège non moins qu’à la course. Le cheval barbe séduit au premier coup d’ceil, et quoiqu’il n’ait pas la vitesse de l’arabe, il a parfois assez d’haleine pour faire de longs trajets. Sa force, sa vigueur se conservent jusqu'à la fin de la vie, d’où ce dicton parmi les écuyers : les barbes meurent , mais ne vieillissent pas. U en est de tellement dociles qu’on peut les conduire sans la bride, avec la voix et une petite baguette.
Les chevaux d ’Oran sont beaux et offrent le vrai type du cheval de guerre. Ils sont habitués à un régime très-dur et savent, comme leurs maîtres, supporter des fatigues et des privations inouies.
On désigne généralement sous le nom de poney, tout cheval de petite taille et à queue écourtée ; de double poney, celui qui joint à une taille peu élevée une corpulence relativement forte ; et de cab, the cab, l’animal de stature moyenne, ramassé, fort, capable de porter un gros poids, et jadis appelé chez nous double-bidet. Les véritables poneys proviennent de variétés existantes ou disparues; ils sont représentés par des sujets seuls capables de vivre sur des lieux où la nourriture ne peut suffire aux exigences des espèces supérieures. Leur petite taille n’est donc due ni à l’abandon ni à la misère, mais à l’insuffisance des produits du sol. Les poneys les plus connus sont ceux de Corse, des landes de Gascogne et jadis de celles de Bretagne, du pays de Galles, d’Écosse, des îles de Shetland et d’Islande.