NOMS DES BETTERAVES
Ren¬
dement
brut
Sucre
dans
1 liect. de jus.
Sucre
produit
l’hectare.
Rendement industriel approximatif.
ti
l’hectare.
Par
1,000 kil.
Par
hectare.
Betterave à sucre, allemande . . . .
kil.
kil.
kil.
kil.
kil.
— — collet vert ....
— — collet rose ....
— — collet gris . . . .
— améliorée Vilmorin. . . .
Ce que nous disons à l’occasion de l’exposition de M. Vilmorin, nous pourrions le répéter pour quelques autres encore; par exemple, pour celle de M. Lepeuple-Lecouffe, de Bersée (Nord), qui nous a montré de jolies betteraves bien faites, donnant en culture spéciale 12 à 18 °/0 de sucre avec un rendement de 30 à 50,000 kilogr. à l’hectare, et en culture courante avec des graines plus acclimatées 11 à IL °/o de sucre avec un rendement de 40 à 70,000 kilogr. à l'hectare. Il y a encore celle de M. Henri Petit, (de Champagne, Seine-et-Oise), qui offre de très-bonnes racines, et quelques autres également que nous passerons rapidement en revue tout à l'heure. D’autres expositions très-importantes, comme celle de M. Simon Legrand à Bersée, et celle de M. Desprez à Capelle, nous ont montré soit des gravures, soit des modèles en plâtre qui sont dignes de tout éloge; mais à côté de cela leurs betteraves naturelles conservées ne répondent pas aux figures théoriques mises en vue, et sont généralement énormes quoique bien faites, ce qui ne peut concorder avec la culture serrée qui est à l’ordre du jour. Il y a là anomalie, divergence entre la théorie qui est le modèle, et la pratique qui est la betterave naturelle, et aussi danger de se méprendre sur la vraie valeur des spécimens au double point de vue qui nous occupe.
Si nous quittons un instant ce côté de la question., qui a pour but de mettre d’accord la culture et la fabrique, nous trouvons celui qui tendrait à intéresser le cultivateur à fournir de la betterave riche, et qui consiste à payer la racine suivant la richesse; c’est ainsi que 1,000 kilogr. de betteraves à collet rose à
12 °/o seraient payés moins cher que 1,000 kilogr. de betteraves de Silésie à
13 °/0 de rendement, dans le rapport de 12 à 13. Mais l'analyse de la betterave est longue et ne peut se faire facilement en un lieu quelconque. Or, on a reconnu que plus les betteraves étaient riches en sucre et pauvres en sels, plus leur jus était dense, tandis que les jus riches en sels et pauvres en sucre étaient beaucoup plus légers; on a donc imaginé l’achat des betteraves à la densité du jus, en
L’INDUSTRIE SUCRIÈRE
prenant comme moyenne et comme base de prix une densité de I,05a que l’on nomme 5°, 5, et payant plus cher toutes les betteraves dont le jus pèse 6° ou etc., proportionnellement à cette densité et au rendement correspondant reconnu par l’expérience. Voici donc le cultivateur honnête et soucieux de ses propres intérêts, encouragé à la culture des racines riches. Nous trouvons qu’on a eu le tort de prendre la contre-partie, et de diminuer proportionnellement au-dessous de 5°, a les prix des racines. C’est juste, mais ce n’est pas pratique car le cultivateur n'est pas maître des variations climatériques qui perdent les récoltes. Si vous voulez des hommes obtenir quelque chose, encouragez-les si vous le jugez convenable, mais ne les découragez jamais. Or, c’est décourager le cultivateur que d’exiger de lui la vente à perte de son produit, parce que la nature ne l’a pas favorisé; et comme le prix de la betterave dont le jus pèse ;i0,a est celui qu’on lui paye depuis longues années bon an mal an, celui qui lui donne l’honnête bénéiiee que ‘chacun peut espérer de son travail, même quand il réussit mal, on a tort de demander une réfaction de ce prix : tellement que jusqu’à ce jour, à cause de cette clause seule, presque aucun cultivateur n’a voulu se soumettre à ce genre d’achat.
Nous avons décrit l’instrument que M. Possoz emploie pour prendre un échantillon de jus. Nous avons trouvé à l'Exposition plusieurs autres spécimens de laboratoires portatifs. Dans l’exposition collective du Nord se trouve la râpepresse Violette, petit instrument que l’on peut visser sur le rebord d’une table, et qui est composé d'une petite râpe à tambour en bronze et lames de scies, de I) ceut.de diamètre environ, contre laquelle on presse les tranches d’échantillon au moyen d'un poussoir qui s’engage dans un court tuyau placé au-dessus. La pulpe tombe dans une petite cuve en bronze à paroi filtrante, dans laquelle s’engage un piston que pousse un excentrique en fer mise en mouvement par la même manivelle qui fait mouvoir la râpe. En quelques secondes on peut avoir assez de jus pour faire une pesée aréomélrique. A côté de ce petit instrument, très-portatif et très-commode, et dont le but spécial est de râper les échantillons pris sur les racines, s’eu trouve un autre du même auteur pour des échantillons plus gros. C’est encore une râpe à tambour de plus grande dimension, qui s’adapte à une table également, sous laquelle est suspendu au moyen d’une tringle de fer un petit sac à grande maille. Le sac plein, on le retire et on le place dans une petite presse à vis en bronze placée à côté. On peut sur ce sac en placer d’autres eu interposant de petites claies métalliques.
MM. Achille Thomas et C'e, à Lille, ont exposé aussi une table d’analyse qui se compose d'une râpe à tambour et d’une presse à vis de dimension assez grande, portées sur la même table et disposées de manière à rendre le maniement des opérations rapide et facile. C’est un instrument de laboratoire industriel commode, que l'on peut même transporter dans les champs, mais qui ne servira qu'à analyser des betteraves entières et non des rondelles prises avec une sonde comme la petite machine de M. Violette.
Après cet aperçu général des conditions dans lesquelles se trouve notre culture betteravière, des ressources que lui offre la science pour allier ses intérêts à ceux de la sucrerie, afin de faire de belles et bonnes betteraves à grand rapport cultural, et des résultats obtenus par quelques-uns, passons rapidement eu revue l’exposition betteravière, en entrant dans l’annexe du quai d’Orsay par la porte du pont de l'Alma. Dans cette galerie les différentes régions agricoles ont réuni leurs produits pour en faire l'exposition collective. Grâce à cette heureuse disposition, on jouit rapidement de la vue de tous les spécimens culturaux de chaque pays, et l'on peut faire d’utiles comparaisons entre tous. C est par le nord que l'on commence, à l’extrémité par laquelle nous entrons, pour terminer par l'exposition des produits du midi. Nous ne pouvons qu’ap-
FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVE
prouver cet ordre normal et intelligent des organisateurs. Commençons donc par l’exposition collective du département du Nord.
Nous trouvons d’abord à droite en entrant quelques petits tableaux accrochés au mur, quelques brochures dispersées sur la table, et ces quelques feuilles de papier résument à elles seules les meilleurs principes de culture rationnelle de la betterave, et entre autres les études de M- Correnwinder sur l’effeuillage ; voici en quelques mots quels sont ces principes : les betteraves à larges feuilles sont généralement plus riches que celles dont les feuilles sont petites, et l’on doit choisir les premières comme porte-graines ; l’emploi des engrais azotés en grande abondance est nuisible; l’effeuillage porte un grand préjudice à la croissance de la betterave en sucre et en volume, un tableau peint en montre la différence ; les jeunes pousses qui végètent sur les betteraves arrachées et conservées contiennent un sucre réducteur tournant à droite les rayons de la lumière polarisée (comme le glucose proprement dit), sucre «qui provient évidemment de la betterave elle-même, etc. Tous ces faits sont appuyés d’analyses et d’exemples nombreux. On peut passer en revue ainsi tous les beaux travaux du savant chimiste du Nord.
C’est près de là que se trouvent les râpes-presses Violette, décrites précédemment. On y verra aussi quelques procédés spéciaux d’analyses d’engrais chimiques au point de vue de leur mélange avec les chlorures. Il y a là aussi un ensemble d'appareils de M. Olivier Lecq, destinés à faire très-rapidement l’analyse des jus sucrés, au moyen de la réduction des sels de cuivre (liqueur de Fehling ou de Violette), soit 2.000 en 10 heures. (?) Nous n’oserions pas entreprendre la vérification du fait. Puis une sonde emporte-pièce fixe munie d’un bras de levier, pour prélever les échantillons sur les betteraves que l’on tient à conserver, et qui divise chaque rondelle en neuf morceaux longitudinaux. Enfin, dans la même région, soit à droite soit à gauche, une série d’expositions d’engrais spéciaux à la betterave, avec brochures des Annules Ufironomiques, de M. Dehérain; tels sont les engrais de M Woussen, du grand Clos, etc.
M. Plicque a exposé tous les produits qu’il est parvenu à extraire des écumes de défécation. En etfet, ces écumes, qui répandent pendant leur décomposition une odeur sui generis, où se mêlent celles de toutes les fermentations, alcooliques et lactiques surtout, en même temps que des vapeurs ammoniacales, renferment toujours à l’état frais du sucre, (des matières azotées nombreuses et d’autres éléments fertilisants. Si l’on utilise les écumes de suite, le sucre seul est perdu pour tout le monde ; si l’on attend la décomposition, la majorité des matières azotées s’évapore dans l’atmosphère ; en somme les écumes sont des engrais très-chargés de calcaire et que l’on vend à un prix minime. M. Plicque, en travaillant une écume de la composition suivante :
Eau . 52,70
Sucre . 3,50
Matière azotée . 3,72
— organique . 9,24
Phosphates . 4,77
Chaux, silice, fer, etc. . . . 26,07
Total . 100, °/0
est parvenu à en retirer un ou plusieurs des éléments suivants :
Noir d’écumes ....
Chaux .
Alcool à 85° .
Sulfate d’ammoniaque.
Mannite.
50 °/o (décolorant).
L’INDUSTRIE SUCRIÈRE
On voit donc que le traitement des écumes donne des produits dont la valeur est élevée, et que la vente à vil prix de ces boucs est basée sur une application défectueuse de leur utilité.
Enfin en nous reportant un peu plus loin, nous retrouverons un nécessaire assez volumineux contenant toutes les burettes, liqueurs et liolcs utilisées dans l’analyse selon jlc système Violette, et exposé par MM. Achille Thomas rf Cie à Lille.
Viennent ensuite les expositions do betteraves.
M. Porqucl-Lefebvrc, de Dunkerque, a exposé des betteraves qui sont de bonne qualité.
M. Simon Legrand, agriculteur à Hersée qui cultive 400 hectares de terre en betteraves porte-graines, possède l'une des expositions les plus importantes de la galerie. Nous avons parlé précédemment du défaut de concordance de l’ensemble des tableaux et racines qu’il présente. D’ailleurs M. Simon Legrand a l’air de préférer la grosse betterave à la petite, si l’on en juge par le spécimen en plâtre qu’il semble se proposer comme terme de ses efforts, et par les énormes racines naturelles conservées dans des bocaux, et qui d’ailleurs ont poussé dans des terrains profonds et bien retournés. Malheureusement, aucune analyse n’indique la valeur sucrière de ces racines. En somme nous ne croyons pas pouvoir approuver la tendance des recherches culturales de M. Simon Legrand, qui se trouve en contradiction llagrante avec le résultat de tous les essais et de toutes les recherches, tentés depuis quelques années par maint agriculteur, fabricant et chimiste.
Nous dirons la même chose de l’exposition également très-importante de M. Desprez, de Capclle, qui donne de bons spécimens en plâtre, et d’énormes racines en conserve. Nous en avons d’ailleurs déjà parlé plus haut.
M. Simon Legrand et M. Desprez sont les plus grands fabricants de graines de betterave du Nord. Quelle que soit l’imperfection de leur exposition, il faut cependant reconnaître les efforts qu’ils ont tentés chacun de leur côté pour arriver à la sélecLion, qui seule permet d'obtenir la racine que le cultivateur croit la plus propice à ses intérêts. C’est au moyen de nombreux travaux de laboratoire qu’on arrive à ces résultats, eL nous trouvons sur le quai deux installations fort bien aménagées par chacun des deux exposants, indiquant l'ensemble des méthodes suivies à Bersée et à Capelle pour arriver à effectuer, le plus rapidement et le plus exactement possible, l’analyse de toutes les racines choisies comme porte-graines. Ces deux laboratoires sont d’ailleurs sous la direction de chimistes distingués, M. Durin et M. Violette. Nous espérons que cet exemple ne sera pas perdu pour ceux qui n’ont pas encore adopté l'usage des laboratoires et qui, dès lors, marchent en aveugles dans le dédale de la production du sucre dans les champs. En cela M. Simon Legrand et M. Desprez ont donc bien mérité de l'Exposition.
Les betteraves de la fabrique de Wargnies-le-Grand sont généralement trop grosses; celles de MM. Brabant frères, fabricants de sucre àOnnaing, sont trop grosses aussi. Cependant ces derniers obtiennent avec de telles racines 52,000 kil. de betteraves à f i % de sucre; c’est assez bon si toutefois le jus est pur, ce dont nous doutons beaucoup.
L’exposition de M. E. Cartier, agriculteur à Orchies (Nord), méritait une attention spéciale. En effet, M. Carlier nous a présenté douze types de bclteravcs, et il nomme betteraves de conciliation les types 7 et 8 qui lui ont fourni jusqu’à 70,000 kil. à l'hectare avec f i % de sucre, c’est-à-dire la richesse moyenne marchande. Ces racines sont de lionnes dimensions d'ailleurs, à collets roses ou rosés. On se demande malheureusement pourquoi, présentant de bonnes racines qui méritent des éloges, M. Carlier affecte d’attirer l’attention sur des spécimens beaucoup plus gros et en contradiction avec la théorie, et qu'il
FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVE
conserve précieusement dans des bocaux bien en vue, et cela aussi bien dans l’exposition agricole que dans la classe 46, où il a encore des spécimens de sa culture? Nous nous arrêterons un moment devant celle exposition pour faire une réflexion. Le mot betterave tir conciliation veut dire racine, qui profite au cultivateur et ne ruine pas tout à fait la sucrerie, pas autre chose. Cette racine n’est donc pas un progrès réel dans l’industrie agricole et sucrière, c’est un terme de passage, attendu qu’il est certain qu'un jour plus ou moins éloigné, les cultivateurs intéressés à la fabrication, ou les fabricants plus soucieux de leurs intérêts personnels arriveront à produire et à travailler de la betterave riche, aussi bien que dans les pays qui nous font concurrence, et nous tueront si nous ne nous mettons pas à leur hauteur. Donc, la betterave de conciliation est plutôt un pas en arrière qu’en avant dans le progrès. Cependant elle peut rendre actuellement do bons services en l’améliorant, surtout par une culture raisonnée.
Après cette série de betteraves où s’en rencontrent tant de défectueuses, nous retrouvons l’exposition très-importante de M. Lepcuplc-Lecouff'e il Hersée, dont les spécimens sont très-beaux, comme nous l'avons expliqué précédemment, et celle de M. II. Bouzel à Sequedin, qui nous a montré des racines d’excellente dimension ayant fourni à l’hectare 55,000 kil. de betteraves, dont le jus pèse 6° à C°,5, ce qui est très-bon à tous les points de vue.
Nous quittons les départements du nord pour visiter ceux du centre.
M. Henri Petit, à Champagne (Seine-et-Oise), a exposé de bonnes betteraves.
L’arrondissement de Clermont (Oise) nous a montré un mélange de bonnes betteraves, qui sont d’ailleurs en majorité, avec d’autres moins parfaites.
L’arrondissement de Beauvais a fait une bonne exposition de variétés nombreuses de l’acines, à côté desquelles se trouvent les analyses. L’exposition du Soissonnais est très-bonne aussi.
M Decrombecque, à Cens (Pas-de-Calais), a exposé les photographies de betteraves cultivées en billons, ayant fourni 55,000 kil. à6°,l. La culture en billons consiste à relever la terre en lignes, et à semer les betteraves au sommet des monticules ainsi formés. Cette culture a pour effet d’augmenter la profondeur du sol, d'aérer davantage les racines, de permettre par un grattage facile à exécuter à la surface le renouvellement des couches, etc. D’ailleurs le résultat obtenu par M. Decrombecque est assez remarquable pour prouver en faveur de ce procédé; nous y reviendrons plus loin.
Les expositions betteravières qui suivent ne sont plus que des racines à forts rendements, propres à l'engraissement du bétail. L’Aube, cependant, nous montre encore de bonnes betteraves; mais Rouen, Dieppe, la Meurthe-et-Moselle, la Haute-Marne et la Sologne, etc., n’exposent que des plantes fourragères. Telle est l'exposition bien agencée et très-intéressante du quai d’Orsay.
Culture. — Nous venons de passer en revue, dans le paragraphe précédent, les spécimens nombreux de betterave que nous offrait l’Exposition de 1 878 ; nous avons vu que le besoin de faire rendre à la terre poids et qualité avait conduit à la culture serrée qui donne de si beaux résultats. Nous pouvons constater aussi que beaucoup de spécimens, ayant été cultivés dans des conditions spéciales en vue de l’Exposition, sont parfaitement pivotants, longs et de belle forme, d'où l'on peut conclure que la belle et bonne betterave, celle qui rend le plus en poids et en sucre, est celle qui répond à la plus parfaite culture. Le cultivateur ne doit donc rien négliger sous ce rapport, et il trouvera son intérêt à un surcroît de dépense en main-d’œuvre. L’Exposition confirme donc les préceptes que nous avons enseignés dans notre première partie, sans nous étendre davantage sur ce point.
L’INDUSTRIE SUCRIÈRE
Nous dirons seulement quelques mots sur la culture en billons, qui a donné de si beaux résultats à M. Decrombecque, de Lens, et qui est préconisée depuis quelque temps par M. Champonnois, et pour cela nous allons jeter un coup d'œil sur la physiologie de la betterave. Nous trouvons, en effet, que la betterave, comme toute racine du même genre, est composée de la racine proprement dite à laquelle se rattache hors du sol le feuillu, et dans le sol les radicelles ou chevelu. On a beaucoup dit sur les feuilles, mais on ne s’est que rarement occupé de la manière dont la plante se nourrit dans le sol. Or, si l’on fait une section de la terre autour de la racine en coupant la betterave elle-même par son axe, on remarque que les radicelles s’étalent horizonlement d'abord, et remontent vers la superficie du sol. Le fait se constate d’ailleurs facilement dans les binages, les radicelles opposant, lorsque la betterave est déjà forte, une résistance à la pioche. S’il en est ainsi, les radicelles demandent donc de l’air? L’aération du sol reconnu nécessaire est donc pratiquée au profit de l’assimilation du chevelu? La plante respire donc en terre comme elle respire dans l’air? Ces remarques qu’a faites fort judicieusement M. Champonnois l’ont conduit à reprendre la culture en billons, qui permet aux radicelles de s’étendre facilement près de la surface du sol, et au moyen desquels, avec un ratcau spécial, il est très-facile d’aérer la terre en grattant seulement la surface, de manière à briser la couche dure qui masque l'air au chevelu. De cette manière la betterave profite considérablement, et avec une culture suffisamment serrée, on obtient rendement et richesse. Cette méthode, conduite d’une manière nouvelle par M. Champonnois, lui a déjà donné de bons résultats. 11 continue ses essais et pourra bientôt nous donner une méthode complètement pratique de la culture en billons.
La culture de la betterave nous obligerait à parler des instruments aratoires appropriés : semoirs, arracheurs, etc.; nous renvoyons pour cette partie agricole à l’article spécial traité dans cet ouvrage.
Transport du jus dans les tuyaux (Sucrerie, p. 9). — Il était représenté à l’Exposition universelle par un plan en relief de l’usine de Cambray qu’exposait M. Linard, l’inventeur du procédé. Ce plan, fait à l’échelle de '/s de millimètre par mètre, a 2m,60 de long sur lm,80 de large et représente une superficie de 19 lieues carrées environ. On y voit près de la ville de Cambray, sur le bord du chemin de fer, du canal et de l’Escaul, l’usine reliée à ses 19 ràperies par la tuyauterie souterraine qui ne mesure pas moins de 125 kilomètres de longueur. Dans le plan, cette tuyauterie est à découvert, en cuivre, et montre comment elle suit toutes les sinuosités des montagnes et des roules le long desquelles elle est placée. En outre, les ràperies, surmontées d’un petit drapeau pour être bien visibles, sont en communication avec l’usine centrale au moyen de fils télégraphiques montés sur poteaux.
On peut voir que ces ràperies sont situées dans les centres de culture les plus propices à la croissance de la betterave, et que l’emplacement de l’usine ellemême a été choisi uniquement au point de vue industriel des transports faciles de charbon et de sucre. Ces deux points importants, si difficiles à réunir dans la plupart des usines ordinaires, se trouvent complètement résolus par la belle invention de M. Linard, qui a permis de concentrer dans un seul atelier le travail du produit de 4,100 hectares environ ensemencés en betterave. Soutenu par des colonnettes au-dessus du plan général, se trouve le plan en relief au Vsoo de l'usine elle-même. On y voit la grande construction principale ou salle des appareils, contre laquelle s’appuient, derrière la chambre des générateurs surmontée de ses 10 cheminées de tôle, le four à chaux, l’estacade des boues
FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVE
cl tous les unîtes serviecs secondaires. En nvunl le grand réservoir qui reçoit les jus chaulés venant des rùperies.
lieux îàpeiies luîtes à lu même échelle et identiques de forme sont aussi exposées près de l'usine.
Ces plans en teliel, exécutés pur d habiles ingénieurs, MM. Regnard frères, sont d une exactitude remarquable tant au point de vue topographique qu’à celui des détails. En elfet, les 133 \illagcs qui couvrent le plan principal comptent 2,700 maisons environ, toutes reproduites; les hauteurs, les chemins de fer, les routes et les moindres sentiers sont étudiés avec soin. Dans l’usine, le four à chaux mignaluro, la tôle ondulée qui la recouvre, et qui en 1807 servait de toiture à l’Exposition, jusqu’à la poulie du ilotteur qui indique lu hauteur du jus des rùperies dans le bac, y sont fidèlement représentés. En un mot, l’œuvre de MM. Regnard est à la hauteur
de la belle invention qu’ils ont reproduite.
L’exposition de M. Linard est complétée par tous les produits des fabriques centrales qui se trouvent dans la classe 74 et dans la galerie des produits de l’agriculture, quai d'Orsay, et dont nous parlerons à l’article Sucres.
Fig. 32. — Pompe de ràperie (maison de Fives-Lille).
En outre, M. Linard a exposé des tuyaux qui ont servi déjà sans discontinuité pendant plusieurs années et qui sont dans un parfait état de conservation. De plus, appendu au mur, un plan de l’usine de Cambray montre toute la disposition intérieure. C'est donc une œuvre complète que celle du grand ingénieur, qui a porté ses fruits et qui s’étend chaque jour sans démentir un seul instant l’excellence du procédé.
La maison de Fives-Lille, faute de place, n’a pu exposer le système de pompes qui sert à refouler le jus dans les tuyaux et que nous donnons ici en gravure (lig. 32). Le jus dépulpé et chaulé arrive par F dans le filtre E, analogue à celui
L'INDUSTRIE SUCRIÈRE
que nous avons décrit dans la première partie (p. 43, lig. 21), et à la pompe B par le tuyau D. A est le piston plongeur de la pompe mu par l’arbre coudé N, auquel se rattache aussi le piston d’une pompe ii eau M nécessaire dans le service des râperies. Le jus est refoulé dans la colonne (1 surmontée d’une grande chambre à air, en passant par le clapet de retenu U. La colonne est munie d'un niveau H et d’un manomètre K. Enfin le jus s’échappe dans la tuyauleric par le tube Q.
Réception des betteraves à l’usine. — Nous n'avons rien de nouveau à signaler sous ce rapport à l'Exposition. Nous recommandons seulement l'emploi des bascules Chameroy pour la réception des racines. Cette bascule, en effet, inscrit elle-même le poids quelle pèse, et comme le système en est simple et rustique, il sera très-facile d’établir un nouveau modo de réception en remettant aux intéressés des tickets imprimésqui éviteront toute discussion sur les pesées, et dont les différentes teintes permettront un classement facile pour la comptabilité de la balance.
Elévateurs. — Un seul système se présentait â l’Exposition, mais il est bon, ce qui console. C'est l’ élévateur Gallois, tout eu fer, construit par la maison Lecointe clVillettc. Sur deux chaînes Vaucanson, dont les attaches sont espacées de 2a centimètres, sont boulonnées des plaques de tôle donnant l’écartement, et se faisant suite de manière à former une sorte de courroie métallique articulée. De deux en deux chaînons, sur les lames de tôle, à 50 centimètres l’un de l'autre, par conséquent, sont également boulonnées des palettes en tôle d'une construction fort simple et solide. Le système se meut sur deux tambours à pans montés aux extrémités de la charpente (pii est en bois et fer. Tout le système est d’une extrême solidité ne présentant aucune chance de détérioration, et d'un prix égal à tout autre élévateur à courroie de caoutchouc. C’est donc une machine très-recommandable.
Épierreurs et laveurs. — Èpierveur Collas. — La maison Leeoinic et Villettc a exposé dans la galerie des machines 1 epierreur Collas de Dixmude (Belgique). Le système sur lequel est basée cette ingénieuse invention est celui-ci : Dans une bâche divisée en deux compartiments par deux cloisons formant entre elles un angle droit (tig. 33 et 34), dont l'une verticale formant déversoir à sa partie supérieure et l’autre horizontale n’occupant environ que les % de la longueur de la caisse, placée à une certaine distance du fond et présentant un orifice central circulaire, se meut une hélice horizontale à quatre branches semblables à celles qui sont usitées dans la navigation. Une grille horizontale est placée dans le compartiment de gauche en prolongement de la cloison horizontale de droite, et une grille inclinée dans celui de droite en haut de la cloison verticale. L appareil étant rempli d’eau et l'hélice mise en mouvement par l’intermédiaire de deux roues d’angle, il se produit un mouvement circulaire de l’eau qui remonte dans le compartiment de gauche, passe au-dessus du déversoir et, traversant la grille inclinée, rentre dans le compartiment de droite où elle est reprise par l'hélice.
Si dans ce courant rapide on jette les betteraves dans le compartiment de gauche, les pierres restent sur la grille ou tombent au fond, tandis que les racines, en vertu de leur densité relativement faible, sont entraînées par le courant d eau sur la grille inclinée et sont rejetées hors de l’appareil par un petit tambour armé de palettes inclinées cl mû par deux engrenages droits.
Une trappe à levier sert a vider la caisse de l’eau sale, de la bouc et des pierres qui s amassent dans le fond. Un panneau vertical en tôle, placé au-dessus
FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVE
du compartiment de gauche, empêche les betteraves de tomber directement sur la grille inclinée de sortie, et protège la courroie de commande contre les éclaboussures d’eau.
Cette machine est rustique, tient peu de place, et fonctionne déjà dans quelques fabriques. Elle se place à la suite du laveur et produit un second lavage utile, surtout pour le travail de la diffusion.
Fig. 33 et 3i. — Épicrreur Collas (maison Lecointe cl Villelle).
Râpes. — Râpe Champonnois. — C’est la seule râpe que nous ayons trouvée exposée. Le modèle en est plus petit que celui employé ordinairement, et dilfère de celui dont nous avons donné la description dans notre première partie (p. 13) , en ce que l’arbre n’est pas creux, l’injection se faisant par la trémie, et que la fourche F est garnie d’une tôle coupante à la tête, qui divise les racines. Nous donnerons un détail plus grand de la râpe à l’article Fèculeric.
Presses. — L’Exposition nous a présenté les presses hydrauliques sous deux aspects, qui sont la transformation du système français et du système allemand, de manière à en rendre le maniement plus simple. Le premier système est représenté par la presse Lalouette, que nous rencontrons dans l'exposition de MM. Lecointe et Villette, de Saint-Quentin; dans celle de la maison Cail,Halot, de Bruxelles, et sous un autre aspect dans celle de M. AI. Audry (ateliers de Bossu, Belgique).
La presse Lalouellc permet à deux ouvriers, aidés d’un gamin, de faire le service de cinq presses. Le système se compose d’une caisse en fonte percée de lumières verticales assez rapprochées, garnie intérieurement d’une tôle perforée de petits trous, et que l’on pose sur le plateau inférieur de la presse liydrau-
L'INDUSTRIE SUCRIÈRE
lique ordinaire. On étale sur le plateau une serviette de laine; un boyau en toile, ou chaussette, fixé dans le centre du chapiteau de la presse, déverse sur la serviette une quantité constante de dix litres environ de pressin, que l’on distribue régulièrement sur la serviette en tournant circulairement la chaussette, et sans y mettre la main. Le pressin est fourni par une pompe qui le prend de la râpe et l'introduit dans un distributeur automatique placé au-dessus du chapiteau. Lorsqu’une serviette est couverte, on pose dessus une deuxième serviette, et le même travail recommence. On eiïecluc alors la pression de la manière que nous allons décrire plus loin et qui est un peu différente avec les constructeurs. Ces presses fournissent 15,000 kilog. par 24 heures en première pression et 30,000 en deuxième.
Les trois systèmes de presse exposés présentent quelques différences. Dans celui de MM. Lccoinle et Villotte, dont nous donnons le dessin (fig. 3ô), le coffre filtrant est fixe, et le piston de la presse hydraulique se meut à l’intérieur. Pour fermer le coffre on place sur le dernier sac une tôle, puis on descend dessus un système de bouchon rentrant dans le sommier du haut de la presse , équilibré par un contrepoids, et que l’on fixe en place solidement au moyen de verrous attenant au sommier.
La fermeture diffère dans le système exposé par MM. Cail, Halot.
Elle est effectuée par le sommier supérieur lui-même, contre lequel \ienl s’appliquer le coffre filtrant. A cet effet, «le chaque côté du piston plongeur de la presse s’en trouvent deux autres plus petits ayant pour but de soulever le coffre filtrant par leur action combinée. Le déchargement alors est très-simple; car si l’on supprime après la pression l’action des petits pistons, le coffre descend seul, laissant le gâteau de pulpe isolé entre le plateau de la presse et le sommier. En desserrant alors la presse, on peut d’un seul coup jeter dehors le gâteau de pulpe. On objecte à cette ingénieuse disposition que si la garniture de l’un des petits [listons vient à manquer en marche, le collre ne monte plus droit et se coince dans le châssis, objection difficile à éviter avec le système. Dans le modèle exposé par M. Audry, il y a un bouchon comme dans le
Fig. 33. — Presse Lalouette (maison I.crointe ot Villotte),
FABRICATION OU SUCRE UE BETTERAVE
;>tu
système de MM. Lecointe et Villette, seulement il . est mobile horizontalement et s'enlève au moyen de chaînes qui l'entraînent sur des rails placés au-dessus de la tète des ouvriers. Cette méthode rend la presse très-encombrante. Dans cette presse le eolt're filtrant est entouré de manière à éviter l’action trop libre de l’air.
M. Lalouette en autorisant tous les constructeurs à perfectionner la machine qui porte son nom, est donc arrivé à ce résultat, d’essayer fous les systèmes, pour permettre de s’arrêter au plus avantageux.
Le système allemand consiste à établir les piles de sacs sur des plateaux de fer reliés entre eux par des crochets, de sorte qu’en tirant avec uu treuil la pile achevée, du même coup la pile nouvellement formée se met en place, celle qui se forme prend la place de la seconde, tandis qu'un dernier plateau se présente pour être chargé de sacs à son tour. La Société Lilpop , Rail et Lœwenslein, de Varsovie (exposition russe), nous présentait une presse hydraulique à mouvement rapide, avec un buffet de pompes et «uu piston de chargement» ou régulateur de pression. En arrière de la presse se trouve une table sur laquelle glissent les plaques.de tôles chargées de sacs, maintenues entre des rouleaux verticaux; enfin en avant de cette table se trouve un distributeur de pulpe ou carousel, qui est formé d’une table tournante portant les plateaux ou claies qui séparent les sacs, et au-dessus de laquelle est placée une caisse remplie de pulpe, qui déverse sur les serviettes formant les sacs la quantité voulue de pressin ; le travail est ainsi divisé régulièrement et la tâche de chaque ouvrier est diminuée, ce qui accélère notablement le service des presses.
Presses continues. — L’Exposition était riche en système de presses continues. Nous y avons retrouvé presque toutes celles décrites dans notre première partie, et d'autres d'invention plus récente; nous trouvons aussi une industrie nouvelle, c'est celle de la fabrication des surfaces filtrantes qui a pris une véritable importance. En effet, pour qu’une surface métallique soit propre à filtrer convenablement une matière pressée, il ne suffit pas qu’elle présente de nombreuses ouvertures d'un diamètre voulu, il faut encore que la tôle dans laquelle sont percées ces ouvertures ait a ou G millimètres d’épaisseur pour offrir une résistance suffisante à la pression, que les ouvertures s'évasent rapidement pour empêcher la pulpe de les obstruer, en laissant cependant sur les bords, près de la surface active, une quantité de métal suffisante pour que l'usage ne l’émousse pas et n’agrandisse pas ainsi les lumières. C’est donc un travail minutieux, qui a pour but d'ailleurs d’imiter la surface filtrante exceptionnellement bien comprise et bien exécutée de la presse Chainponnois, en lui donnant des dimensions, des formes et des applications plus variées. C’est ainsi que M. Louis Deny a exposé des plaques de cuivre de formes les plus variées, cylindriques, circulaires et autres, perforées de lumière de quatre centimètres de longueur environ, d’ouverture variable à volonté et s’évasant sur l'autre face en entonnoir. Ces lumières sont produites mécaniquement et avec rapidité par une série de poinçons agissant parallèlement sur une grande largeur de tôle.
La presse Manuel et Socin (fig. 36 et 37) était représentée à l'Exposition, parmi les appareils construits par la maison Cad, avec d’heureuses modifications. Une des plus ingénieuses est celle qui tend en largeur constamment la toile en poil de chèvre sur laquelle est pressée la pulpe. A cet effet, le rouleau tendeur est garni d'une grosse corde enroulée sur sa surface, en spirale double et de sens contraire, chacune de ces spirales partant du milieu du rouleau pour se terminer aux extrémités, en sorte que la toile est sollicitée à suivre le mouvement d’écartement que lui imprime cette corde à droite et à gauche, ce qui produit la tension désirée. Voici, selon l’auteur, les avantages de cette presse sur laquelle nous n’avons dit que peu de chose dans la première partie, préférant en parler TOME II. — NOUV. TECH. 36
L’INDUSTRIE SUCRIÈRE
à nos lecteurs en présence de la machine même, parce qu’elle se recommande par l’excellent principe de sa construction. Chaque presse, conduite par un seul homme, travaille 70,000 kilog. de betterave par jour et même 80,000, n’employant que la force d’un cheval-vapeur à peine. Le jus qu’elle fournit filtré à travers
Fig. 36. — Élévation.
Fig, 37. — pian, échelle 1/10. — Presse Manuel et Socin (maison Cail),
la toile en poil de chèvre est exempt de pulpe folle, ce que ne produisent pas les autres systèmes, et l’on sait que la pulpe folle est un grand ennemi du bon travail. Le prix de revient du jus de betterave, tous frais compris, est de à 40 centimes par 1,000 kilog5 de racine; on obtient 26 à 28 % de pulpe.
Le jus de la betterave ne peut être complètement extrait qu’en employant une seconde pression de la pulpe mouillée. Pour effectuer cette double pression on
FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVE
emploie deux presses de première pression pour une de seconde. La pulpe tombe des premières presses dans l’auge d’une hélice où elle est mélangée avec une forte quantité d’eau. Entre la deuxième et la troisième presse se trouve une autre hélice qui remonte cette pulpe mouillée sur la troisième presse où elle subit la deuxième répression. Tout ce travail demande â peine 2;i a 30 secondes pour que le pressin soit rendu depuis le bac de la râpe jusqu’au magasin, où il arrive à l’état de pulpe pressée dix lois successivement et gra-
Fig. 3S. — Presse Champonnois.
duellement. Les jus de deuxième pression sont versés au lieu d’eau sur la râpe, car à cause de cette rapidité du travail ils n’éprouvent aucune altération, de telle sorte que les jus sont envoyés à la carbonatation presque au degré de tensité qu’ils possèdent dans la betterave même, et les pulpes retiennent trèspeu de sucre. Toutes cesqualités, et celles inhérentes à la bonne construction de toutes les machines qui sortent de la maison Cail, font de cette presse un insdrument de premier mérite.
La presse Champonnois a subi une évolution nouvelle cette année. On la trouvait à l’Exposition sous deux dimensions différentes: les unes, exposées par la maison Cail, de Douai, qui constituent l'ancien système que nous avons décrit dans notre première partie (p. 16 et iig. 1 et 2, pl. I), etles autres, exposées par M. Gbamponnois, qui sont de dimensions beaucoup plus restreintes (fig. 38). La
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distribution du pressin a changé elle-même; on a reconnu un grand avantage à placer son entrée à la partie supérieure, près de la portion immergente des cylindres, plutôt qu’à la laisser en dessous, comme l’indique notre figure. I.a iig. 39 indique le détail de la construction des presses, le mode d’attache du fil, et la dentelure des barrettes sur lesquelles nous nous sommes suffisamment arrêté dans notre première partie. Ainsi modifiées, les nouvelles presses produisent presque autant que les anciennes, et ont l’avantage de coûter moins cher. Leur fonctionnement esL d’ailleurs plus’ régulier et le matériel général moins encombrant. La presse Cliamponnois s’améliore donc et tient toujours la tête parmi les presses continues à surface métallique.
L’emploi des presses continues à surface métallique a conduit à effectuer la répression des pulpes à chaud, ce qui produit une macération rapide suffisante
pour enlever une grande quantité de sucre restant après la première pression. Cette opération a produit dans l’emploi des presses continues, une grande amélioration dont l’application est toute nouvelle encore et promet de se généraliser; c’est pourquoi nous attirons sur ce procédé l’attention de nos lecteurs.
La presse Collette, telle que nous l’avons décrite dans la première partie (p. 16), a été exposée par MM. J. Jean et Peyrusson, de Lille (ancienne maison Farinaux père, puis Baudet et Boire).
Presse continue E. Cuvelier. — F.lle se trouvait dans l’annexe parallèle à l’avenue de La Bourdonnaye. Elle présente un espace lenticulaire compris entre deux parois de fonte montées verticalement sur un support. Les deux parois sont boulonnées entre elles sur leur circonférence. A l’Exposition, la paroi de devant était retirée et laissait voir une surface filtrante plane, circulaire, devant laquelle tourne une came de forme particulière, tout en bronze, composée de trois branches ou couteaux présentant un tranchant, et dont le dos, en forme de développante de cercle, est muni d’un rebord fermant l’espace compris entre les deux surfaces filtrantes. La base des couteaux, qui occupe le centre de la came, porte une sorte d’hélice évidée dans le bronze; l’ensemble des trois couteaux, des trois hélices, d’une seule pièce, est animé d’un mouvement de rotation provoqué par un axe horizontal, auquel il est relié par un énorme écrou de bronze dont la tête se voit en avant de la came. L’axe traverse la paroi de derrière, et y reçoit le mouvement d’un engrenage. La paroi de devant est aussi garnie d’une surface filtrante plane, et est percée en son centre d’une large ouverture circulaire où se loge la tête de l’écrou, et qui est fermée extérieu-
FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVE
remenl par une porte à charnière en fer, dont on règle l’ouverture avec une vis de pression. Lorsque l’on boulonne les deux fonds, entre les deux surfaces lillrantes se trouve un espace vide dans lequel se meut la came. Une pompe refoule le pressin près de la circonférence de la chambre vide, où il rencontre d’abord les extrémités des branches de la came, puis poussé plus avant vers le centre par le rebord du dos des lames, il se presse contre les parois filtrantes au passage delà came; enfin, au bas de celle-ci, il se trouve saisi par les portions héliçoïdales qui terminent la pression et le chassent dans l’ouverture centrale, d'où il s’échappe avec une vitesse proportionnelle à l’ouverture que l'on donne à la porte de sorLie.
Cette presse rustique et simple dans sa construction et son maniement, ne présentant pas d’autre cause de dérangement que l’obstruction que pourraient produire les semelles de betterave, si celles-ci n’étaient retenues par une sorte de coupe-racines placé en avant de l’aspiration de la pompe, donne de bons résultats. Elle a été construite par M. Lobbedez et vaut 4,000 francs avec un débit de 700 à 800 hectolitres. Le premier modèle construit, qui ne coûte que 3,000 francs, ne fournissait que 400 à 450 hectolitres. Deux ouvriers conduisent huit ou dix presses; chaque presse de première pression demande une presse de seconde pression; on obtient 28 à 30 °/0 de pulpe retenant peu de sucre. Cette presse fonctionne régulièrement depuis plusieurs années à Lonez près d’Arras et dans quelques autres établissements sucriers, en suivant les mêmes principes de travail qu’aux autres presses.
Presses V. Piêron à hélice. — Ce système se compose d’une surface filtrante cylindrique horizontale au milieu de laquelle se meut une hélice de même diamètre que le cylindre, à un demi-millimètre près. L’une des extrémités du cylindre est surmontée d’une trémie, l’autre est fermée par un fond boulonné, dans lequel est pratiquée une ouverture munie d’un obturateur à charnière comme dans la presse Cuvelier, réglé par une vis calante. Dès lors si le pressin tombe dans la trémie, il est pris par l’hélice, pressé contre les parois filtrantes, et, s’écoule à l’état de pulpe sèche par la petite porte ménagée en avant de la machine avec une pression finale proportionnelle à l’ouverture de cette porte. Le principe est donc le même en somme que celui de la presse Cuvelier, la forme seule ditfère.
M. Piéron emploie avec son système une presse préparatoire et trois presses à forte pression, le tout pouvant travailler 106,000 kilog, par 24 heures, et laissant moins de sucre que les presses hydrauliques dans les pulpes. Voici comment on dispose l’opération.
Dans la presse préparatoire la pulpe abandonne 45 °/o de son jus. Le pressin est alors additionné d’eau, puis il est distribué entre les autres presses au moyen d’un simple conduit fermé, muni intérieurement d’une hélice; de plus, avant de sortir définitivement de la presse, la pulpe reçoit encore une injection d’eau sous pression qui déplace les dernières portions de jus sucré libre. Ces lavages successifs assurent une bonne extraction du sucre des pulpes, comme on a pu s’en rendre compte en dernier lieu à la fabrique de Montigny où les presses Piéron sont installées. On peut aussi, à la suite des presses, en installer d’autres pour la double pression.
Ces presses continues donnent de bons résultats, supérieurs d’ailleurs, comme dans toute presse continue passable, aux presses hydrauliques, se traduisant par une grande économie dans la fabrication.
Les presses Piéron valent 3,500 fr. (4,500 fr. la presse préparatoire). La presse préparatoire débite 100,000 kilog. de betterave par 24 heures; la presse
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ordinaire de première pression, 40,000 kilog. et la presse de deuxième pression 80,000 kilog.
Presse Larochaijmond (Tournay). — Dans l’exposition des machines belges nous avons trouvé cette presse basée encore sur le même principe que les deux autres, seulement ici c’est la surface filtrante qui est mobile.
Dépulpeurs. — L’emploi des presses continues hydrauliques nécessite celui des dépulpeurs, car les jus que ces machines produisent sont chargés de pulpe folle, dont la présence dans le cours du travail est des plus nuisibles à la fabrication.
L’Exposition nous présentait trois dépulpeurs : celui inventé parM. de Loynes, appliqué d’abord à Meaux, et exposé par la Cic de Fives-Lille; puis le dépulpeur Mariolles, et enlin celui de M. Mesnard qui se trouvait dans l'exposition de la maison Cail.
Le filtre tamiseur rotatif de Loynes, qui fonctionnait dans l’annexe parallèle à l’avenue de Labourdonn aye, se compose d’un tambour de 600 millim. de diamètre etdet mètre de longueur, dont la paroi extérieure est garnie d’une toile métallique perforée de trous de faible diamètre. Les fonds sont fermés et l'axe de rotation, qui est horizontal, est creux. Le tambour se meut dans une bâche à fond incliné et surmontée d’un tamis. Le jus à filtrer arrive directement dans la bâche audessous du niveau moyen du liquide pour ne pas faire de mousse; il traverse la paroi perforée du tambour, en se dépulpanl, pénètre dans l’axe creux percé d’ouvertures â cet effet, traverse l’un des tourillons, et continue sa route à travers le tuyau de sortie du jus filtré. La pulpe restée dans la bâche séjourne surtout au fond. Une pompe, mue par une excentrique callée sur l'axe de rotation du tambour, enlève, au fur et à mesure de sa production, la pulpe mêlée de jus, cl la déverse dans le tamis placé sur la bâche où elle s'égoutte et d’où on la retire pour la porter aux presses.
Ce dépulpeur fonctionne toujours bien, grâce â sa construction qui est telle, que la surface filtrante, fort lisse et glissant continuellement contre de la pulpe, est entretenue constamment en bon étal de propreté. On construit des tamiseurs dont le tambour n’a que 700 millim. de longueur.
Outre son emploi en sucrerie, le tamiseur de Loynes peut être appliqué aux papeteries, brasseries, féculerics, etc., et la ville de Parisa fait installer àLevallois-Perret, sur le grand collecteur, des appareils de grande dimension sur le même système.
Le dépulpeur Mariolles, exposé à côté du précédent, est basé sur un autre principe. Il tamise les jus â l'abri de l’air sans leur imprimer de mouvement. 11 se compose d’une caisse base carrée au milieu de laquelle se trouve un tambour lixe à parois filtrantes; le jus arrive par le bas du tambour, se filtre et sorl par le côté de la caisse. Pour enlever la pulpe qui s’accumule dans le tambour une hélice se meut dans son axe et provoque à la sortie une légère pression. Un système de balais animés également d’un mouvement rotatif nettoie continuellement la surface filtrante.
Ce dépulpeur demande peu de place, peu de surveillance, la vidange en est facile, et suffit pour un travail de 1,000 hectolitres de jus.
Le dépulpeur Mesnard (breveté Cail et Mesnard) se compose d’un tambour vertical cônique garni d’une toile métallique en laiton formant surface filtrante; ce tambour fait 30 tours par minute. Le liquide à filtrer est à l’extérieur du tambour; un cuir convenablement disposé forme le joint entre ce tambour et une couronne faisant corps avec la bâche, de manière à séparer complètement la matière non filtrée du liquide clair qui s'écoule naturellement par une tubulure supérieure. A la partie inférieure de l’appareil se trouve une petite pompe
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aspirant constamment les pulpes qui tombent au fond naturellement, et les envoie sur un tamis d’égouttage placé au-dessus de la bâche. Le tambour se retire facilement pour les nettoyages et réparations et peut être au besoin remplacé par un autre en quelques minutes sans nécessiter l’arrêt de l’atelier.
La filtration s’opère A l’abri de l’air, ne fait pas de mousse, et l’appareil étant fort simple ne demande pas de réparations. Il peut filtrer le jus de 200 à 250,000 kil. de betteraves en 24 heures.
Diffusion. — C’esL dans la section autrichienne que nous avons trouvé le seul exemple de la diffusion, dans l'exposition de « Prager Maschi-
Fig. 40. — Appareil rotatif pour la diffusion.
nenban aciion Gcsselschaft. » Le modèle exposé que représente notre gravure (fig. 40) est destiné à travailler un maximum de 250,000 kilog. de betteraves en 24 heures; cette quantité est obtenue en Bohême où les jus sont très-dilués pour fonctionner plus vile; si au lieu d’avoir des jus à 3°, par exemple, on voulait les obtenir à 4°, ou ne traiterait dans cet appareil que 100,000 kilog. avec une perte de 0,2 de sucre % pulpe.
Quatre ouvriers suffisent pour faire le travail journalier. En effet cet appareil est rotatif ; les neuf diffuseurs qui le composent, de forme tron-conique renversée, sont portés en cercle sur un bâti roulant sur des galets autour
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d’un axe rentrai. Le bâti porte un engrenage qui lui communique le mouvement rotatif au moyen d’un système ingénieux de transmission, n’employant pas plus d’un cheval de force. Le tout fait un tour en 3/4 d'heure. Le coupe-racines, est placé au-dessus sur un plancher fixe spécial, et déverse les cossettes dans chaque diffuseur au moyen d’un entonnoir articulé formé de segments mobiles, de telle sorte que sa douille puisse suivre le mouvement lent de rotation du diffuseur qu’il emplit, jusqu’à ce que la quantité de cossettes y soit suffisante. L'axe de rotation de l’appareil se compose de deux conduites concentriques en fonte, l'une amenant l'eau, l’autre la vapeur. Entre chaque diffuseur on aperçoit un cylindre vertical en fonte qui est le réchauffeur de jus. Ce réchauffeur est tubulaire; chaque diffuseur étant muni d'un réchauffeur, la température s’y règle à loisir, et le système des robinets est des plus simples, et en effet trois robinets suffisent pour chaque appareil. Tous ces robinets sont placés au centre du système à la hauteur de la bouche supérieure du diffuseur. L'n plancher y est disposé de manière à permettre à un homme de se tenir au milieu. Un autre plancher, placé circulairement à la même hauteur, est destiné à recevoir l’ouvrier qui ouvre et ferme les diffuseurs et celui qui dirige l'entonnoir. La fermeture supérieure des diffuseurs se fait au moyen d’un lourd couvercle équilibré, du diamètre du diffuseur même, et qui repose sur un tube circulaire en caoutchouc faisant joint hermétique et dans lequel on entretient la pression de la vapeur, de manière à ce que ce tube ne s’aplatisse jamais.
La vidange des diffuseurs se fait au moyen d’une porte latérale qu'un ouvrier ouvre au-dessus d'une conduite d’écoulement, dans laquelle tombent les cossettes épuisées. Le jus est évacué dans une nochère creusée dans le sol. Une plaque de tôle perforée formant faux-fond empêche la cosselte de se mélanger au jus, lorsque l’on ouvre le robinet de vidange et force l’évacuation complète de toute la cossette que contenait le vase Un ouvrier procède à l'ouverture des portes inférieures chaque fois qu’un diffuseur passe devant la conduite d’écoulement des cossettes. Enfin le quatrième ouvrier est au coupe-racines.
Cette machine, d’un petit volume, est basée sur de bons principes d’économie générale de temps et de main-d’œuvre. Son volume est restreint, et son installation facile. La maison Lecointe et Villette a pris la concession de sa construction en France.
A l'Exposition, le coupe-racines avec son entonnoir articulé n’élaient pas en place; ils étaient à terre près de l’appareil; on doit les supposer au-dessus du diffuseur qui suit celui que l’on vient de décharger.
Voici quelques-uns des éléments de la batterie exposée. Elle se compose de neuf vases de 16 hectolitres. Elle peut faire de 8 à 40 tours par 24 heures. Moyenne : I tour à 1 heure, et son diamètre est de 3'", 20, soit un parcours de Om,l66 par minute, ce qui nécessite une force de >/3 de cheval-vapeur.
Ses principaux avantages sont les suivants :
Chargement facile des diffuseurs, les cossettes sortant directement du couperacines, d’où économie de ce chef dans la main-d’œuvre. De plus, l'emplissage est très-régulier.
Déchargement des cossettes épuisées toujours à la même place. La durée de la dillusion, étant réglée par la vitesse que l'on donne à l'appareil, est toujours la même et n'est plus à la discrétion des ouvriers.
Économie importante dans 1 installation, la tuyauterie étant toute centrale et nécessairement fort courte.
Coupe-racines. — Le coupe-racines de l’appareil diffuseur exposé mérite une attention particulière. Le mouvement est en dessus au lieu d’être en dessous comme on les construil généralement, ce qui permet de charger directement
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les diffuseurs. Les porte-lames se glissent facilement dans des rainures avec un simple ressort pour les arrêter. Enfin la visite des lames cl leur remplacement est très-facile.
Presse à cossettes. — Lorsque les cossettes sortent épuisées des diffuseurs elles sont trop chargées d’eau pour être livrées à l’agriculture. On les soumet alors A une pression suffisante pour leur enlever cet excès d'humidité. La presse Cluzemann, que nous avons décrite dans notre première partie, a le défaut pendant la pression de déchirer les cossettes. La maison E. Skoda, de Pilsen (Bohême), exposait près de l’appareil de diffusion une nouvelle presse continue qui évite cette déformation des cossettes épuisées soumises à son effet. Elle se compose de deux cylindres excentriques placés l’un dans l’autre, de diamètres très-différents, et se mouvant dans la même direction et avec la même vitesse périphérique. Une hélice fait tomber les cossettes humides à l’intérieur du plus grand cylindre, et elles sont entraînées par le mouvement général dans l’espace restreint qui se trouve entre les surfaces externe du petit cylindre et interne du grand, et qui est réglé par un double cercle en fer fixé sur la paroi intérieure du grand cylindre. Des cames facilitent cet entraînement qui se continue après la pression, le long d’une tôle conduisant],! cossette sèche dans une hélice d’exlractiou. Le mouvement est communiqué par une série d’engrenages extérieurs. Le petit cylindre se meut sur un arbre horizontal; le grand cylindre tourne sur des galets, et ses engrenages sont venus de fonte avec lui sur la surface externe.
Cette machine presse avec facilité dans les 24 heures les cossettes diffusionnées de 150 à 175,000 kilog. de betteraves, réduites à 40 ou iü °/0 du poids primitif. La force motrice qu’elle nécessite est de 1 1/.2 à 2 chevaux. Son prix était coté à l’Exposition à 7,000 fr. Elle est d’assez grande dimension.
Filtres-presses. — Nous avons trouvé dans l’exposition de MM. Cail, Halot, de Bruxelles, un filtre-presse Trinks { pl. V fig. I) parfaitement monté. Le jus troubleet la vapeur arrivent par le conduit central. Une seule vis à volant ferme l’appareil (lrn partie, p. 24). La fig. 2 représente l’installation de, sou double monte-jus.
M. Farimux a exposé, dans l’annexe de la galerie des machines (classes 52 et 531, deux modèles de filtre-presse. Le premier, qui date de 1872, se compose de plateaux analogues il ceux de Trinks (cadres de Wicksteed modifiés par Heckner). Dans la partie supérieure de ce cadre, ressortent deux portées sur lesquelles est vissé un étrier en fer forgé qui se dévisse aisément. Une traverse horizontale est fixée d'un côté du cadre fixe, à la partie supérieure et médiane, et de l’autre au bâti, et cette traverse horizontale passe dans tous les étriers, soutenant les cadres. Les deux autres traverses horizontales latérales à faces plates avec bouts filetés, ne servent qu’au serrage des cadres et guident leur mouvement.
Les avantages de cette disposition sont les suivants : A l’aide des vis d’attache des étriers, il est toujours facile de régler les cadres à la même hauteur, par conséquent d’avoir tous les joints égaux, ce qui peut ne pas avoir lieu dans les autres filtres-presses, vu l’impossibilité dans laquelle on se trouve de rattraper les imperfections de la fonte. De plus, si les talons des plateaux Trinks se cassent, il faut remplacer tout le plateau, ce qui n’a pas lieu avec la présente machine. Le démontage d'un plateau et le remplacement par un autre est plus facile que dans les autres procédés. La vidange des tourteaux se fait en secouant simplement les cadres, sans faire usage de palettes en bois qui concourent à l’usure des toiles.
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Au lieu d’étriers, M. Farinaux emploie aussi des crochets qui facilitent encore le montage et le démontage des cadres, en supprimant le desserrage des vis des étriers.
Le second modèle de filtre-presse, que M. Farinaux a exposé à la classe 53, supprime un ouvrier sur deux. En effet, les cadres sont supportés sur deux rails placés à la partie supérieure du bâti, au moyen de galets callés sur un arbre it manivelle. Il suffit alors d'un seul homme pour faire la manœuvre du filtrepresse, l’écartement des plateaux se faisant sans effort et bien parallèlement au moyen de la manivelle.
Les serviettes sont d’ailleurs d’un modèle spécial approprié ; quelques-unes sont exposées, renforcées vers le milieu pour paralyser l’effet de l'écrou qui maintient les tôles perforées. Elles sont en toile à voile et durent de 24 à 30 jours. Les serviettes en jute ne durent que 5 à 8 jours.
Comme usage auxiliaire du filtre-presse, M. Farinaux a exposé des tourteaux de noir obtenus en raffinerie au moyen de ses machines ainsi que les liquides très-clairs qui en découlent.
Dans la section anglaise (galerie des machines), nous trouvons un filtre-presse spécial dit /illre-prcsse Bowing, dont les usages principaux sont la dessication des terres à poterie, ciments, engrais humain, etc., et aussi, selon l’inventeur, pour les houes de sucreries. 11 se compose d’une série d’anneaux en bois séparés par des disques de tôle, sur les deux faces desquels sont tendues des toiles épaisses. Les disques sont percés de deux ou trois grandes ouvertures permettant la circulation des boues dans toute la capacité de l’appareil. La filtration s’elt'eetue non pas à travers la toile, mais le liquide suit les libres dans le sens de leur longueur et suinte tout autour des cadres. L’inventeur a remarqué que les Loiles travaillent dans toute leur surface, et non-seulement à leur périphérie, en sorte que les tourteaux se sèchent rapidement au contact de ces toiles, surtout si leur épaisseur est minime par rapport il leur diamètre. La construction de ces filtre-presses étantforl simple, on leur donne de très-grands diamètres, jusqu’à deux mètres. Les cadres sont soutenus par des oreilles sur des longrines qui reposent elles-mêmes sur des murailles en briques. Le serrage s’effectue au moyen de quatre boulons.
L'idée qui a présidé à cette invention est ingénieuse, mais la disposition en est défectueuse et le maniement peu commode en comparaison de nos appareils. Cependant ce filtre-presse mérite une attention spéciale à cause de son originalité.
■Laveurs à noir. — M. Schreiber, de Saint-Quentin, a imaginé un laveur à noir dit laveur universel (fig. 2, pl. VI), dans lequel le noir est mis en contact avec l’eau courante en cheminant lui-même en sens inverse sous l’action unique de son propre poids, sans être brisé par aucun organe de machine, comme cela a lieu pour tous les autres laveurs. Celui-ci se compose d’un cylindre creux horizontal de 2 mètres de longueur sur 0m,70 de diamètre, tournant sur des galets extérieurs au moyen de roues d'engrenage callées sur le mêmœaxe qu'eux, et do crémaillères fixées sur le pourtour du cylindre ; à l'intérieur de ce cylindre se trouvent deux aubes ou surfaces courbes et gauches inclinées légèrement sur les génératrices. 11 se prolonge par une partie également cylindrique, qui se voit sur la gauche de notre figure, de moindre diamètre, qui fait corps avec lui. Le tuyau d'eau pénètre dans le cylindre suivant l’axe de cette partie plusétroite. Le noir tombe par l'autre extrémité dans le cylindre qui est fermé, mais dont le fond est percé d’une large ouverture centrale pour laisser passage à ladouille courbée horizontalement de l’entonnoir. Au milieu de ce conduit horizontal, se meut une vis sans fin qui entraîne le noir animal, et, tout autour, le fond du
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cylindre laisse un espace annulaire suffisant pour l’écoulement de l’eau. Pendant la rotation, le noir est relevé continuellement par les aubes courbes intérieures, par le fait même de cette rotation du cylindre, en même temps qu’une certaine quantité d’eau, et retombe naturellement avec chute dans le même bain. Dans ce mouvement, les grains de noir s’éparpillent et traversent l'eau par la vitesse acquise; le lavage se fait donc sans choc et sans détérioration du noir. Le niveau de l’eau est réglé par le rebord de l'espace annulaire au centre duquel pénètre le noir, et d'où elle sort en déversoir, et, comme les aubes ont une inclinaison du côté opposé, il en résulte qu’à chaque chute de grain il s’ell'ectue un petit déplacement dans ce sens; de sorte que, lorsque le cylindre a fait un certain nombre de tours, le noir qui était à l’entrée du cylindre se trouve à l’autre bout, du côté de l’arrivée de l'eau; de là, il est rejeté tout naturellement au dehors par la partie rétrécie. Cette partie est en effet un filtre en forme de blutoir, composé d’une chemise intérieure en tôle perforée, qui laisse égoutter l'eau du noir dans le cylindre lui-même.
Cette excellente machine se recommande à l’exclusion de toutes les autres, sur lesquelles elle procure une économie réelle de noir.
Un autre laveur était exposé dans la galerie des machines russes par M. K. Rudslti, de Varsovie. Il est de très-grande dimension, et se compose d'une série de palettes animées par une manivelle d’un mouvement analogue à celui des rames, et qui soulèvent le noir dans d^s auges au milieu d’un courant d’eau, le faisant passer de l’une à l’autre, comme dans le laveur de Kluzemann dont elle n’est en réalité qu’une modification.
Fours à noir. — Nous trouvions à l’Exposition deux fours à noir complets, le four Schreiber et le four tournant de M. Ruelle, tous deux dans l’annexe des machines; de plus, un petit modèle du four Blaize et d’un four russe de M. K. Rudski, de Varsovie.
Four Schreiber (de Saint-Quentin). — Le four Shreiber (tig. 1 et 3, pl. VI) est un four coulant composé d’un séchoir, de tuyaux ondulés verticaux pour la calcination et de tuyaux rafraichisseurs inclinés, terminés par des boisseaux tournant à l’aide de manettes pour exécuter la vidange méthodique et à poids constants des tubes.
Le four est entouré d'une chemise eu maçonnerie rectangulaire. De chaque côté du foyer sont alignées des rangées de cornues de forme ondulée en fonte et composées chacune de trois tronçons s’emboîtant l'un dans l’autre. Elles sont prolongées en bas par des tuyaux plats en fonte servant au refroidissement du noir et formant avec la direction des cornues un angle de 45°, de manière à être complètement à l’air. A la partie supérieure des cornues correspondent deux autres séries de tuyaux plats de forme ondulée également, mais avec ouvertures latérales formant persiennes sur le devant, et couronnées par un entonnoir destiné à emmagasiner le noir avant d’entrer dans les cornues; cet ensemble forme le sécheur automatique. Les cornues ondulées servant à la revivification sont cuirassées à l'intérieur et à l’extérieur par des plaques superposées en terre réfractaire; ces plaques sont destinées à éviter les coups de feu des cornues, à régulariser la transmission de la chaleur, et s’opposent à ce que la température dépasse 375 à 450°, température au delà de laquelle le noir peut se vitrifier.
Le noir est alors emmagasiné dans l’entonnoir du haut; delà, il descend dans les séchcurs, rentre dans les cornues à la température de 90° environ, et, lorsque la revivification est terminée, parcourt les tubes réfrigérants.
Un feu de coke ou de tout autre combustible étant établi dans le foyer, la
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flamme se répand dans tout l’espace de la chambre de feu compris entre les deux séries de tuyaux cuirassés de plaques de terre réfractaire et limité en haut par une voûte, se dirige vers le fond, se divise en deux parties à droite et à gauche, chauffe en passant le derrière des cornues, puis les deux courants remontent par des canaux latéraux pour aller n’en former qu’un dans le sécheur. •
Cela posé, au moment où l’on décharge le noir et que l’on retourne le boisseau vidé dans sa position primitive, il s'emplit instantanément de noir; en même temps, toute la colonne descend, et le noir, en passant par toutes les ondulations, est jeté tantôt à droite, tantôt à gauche, dans le séchcur d'abord, dans les cornues ensuite, en sorte qu’il se trouve constamment mélangé, de manière à ramener au centre les grains qui étaient en contact avec les surfaces des cornues, et vice versa. L’opération est répétée environ une quarantaine do fois pour la descente d'une colonne entière.
Près du four est monté un ascenceur qui permet la vidange automatique des seaux chargés du noir provenant du laveur.
L'ensemble du four parfaitement compris et organisé en lait un appareil de sucrerie fort recommandable ;ï tous les points de vue, facile à monter et à surveiller, et produisant un noir de qualité bien supérieure aux anciens fours et beaucoup moins roulé, vu les soins qui sont pris dans tout le cours du travail pour éviter sa détérioration.
Four Ruelle (fig. 9, pl. Vil). — Ce four très-ingénieux a de grands avantages et ne ressemble pas aux autres comme disposition générale. Il se compose, comme tout four coulant, d’une série de tubes en fonte oii s'opère la revivification, suivis de tuyaux de refroidissement. L’ensemble de tous ces tuyaux est disposé en faisceau régulier autour d’un axe vertical, et se meut d’un mouvement lent, deux tours par heure, circulaire, automatique, dans l’intérieur d’une chemise cylindrique en maçonnerie, flanquée d'un foyer latéral. Le noir se charge sec en mince épaisseur sur la partie supérieure du four où débouchent les tuyaux de fonte, traverse ces tuyaux qui se présentent tous l’un aprèsl’autre devant le foyer, en sorte qu’ils sont portés à des températures successives jusqu’au rouge sombre, régulièrement et tous de même manière, ce qui assure la régularité de la cuisson et évite les coups de feu que peuvent recevoir dans les fours fixes les tuyaux les plus rapprochés de la grille.
Le mouvement circulaire du four a permis à l’inventeur d'opérer la vidange automatique des tuyaux. F.n elfet, chaque fois qu'un tuyau revient à une certaine place, il rencontre une came à ressorts qui ouvre la soupape de vidange, ensorte que l’ouvrier n’a plus à s’inquiéter de cette partie du travail qui est par Jà plus régulière. D’ailleurs, une chaîne à godets entraîne le noir au fur et à mesure qu'il sort de l'appareil. La fumée du foyer s’échappe sous une sole placée prés du four et où s’opère la dessication préalable.
Le four tournant réclame très-peu de force à cause de la lenteur de son mou vcment; il demande peu de monde pour sa manœuvre, produit du noir trèsbeau, ne fait jamais de blanc. C'est une bonne machine fort appréciée, et qui a reçu de nombreuses applications en sucrerie. Elle est utilisée aussi pour la dessication des phosphates et leur calcination.
Four Blaizc (fig. \ ;\8, pl. VII).— Le point le plus intéressant du four Blaize est celui qui a rapport au mode d'agencement des tuyaux de revivification, au point de vue de l’échappement des gaz et de la vapeur d'eau pendant le chauffage. En effet, le noir après lavage et vaporisation retient une humidité intérieure que la calcination fait seule échapper. Si le four est chargé avec du noir trop
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humide, ce noir forme bouchon sur le haut du tuyau, et la vapeur d’eau sans issue entre en pression dans la colonne. ; alors plusieurs phénomènes se passent : la vapeur sous pression traverse la colonne de noir portée au rouge, se décompose en ses éléments, calcine le charbon, tandis que les gaz combustibles s’échappent parla première issue qui se présente, issue qu’ils se fraient généralefnent à travers les joints des tuyaux en les disloquant, d’où détérioration du four, formation de noir blanc et mauvaise marche générale de l’appareil. Ordinairement on évite ces inconvénients en séchant aussi fortement que possible le noir avant de l’introduire dans les tuyaux ; alors l’humidité restante peut se frayer plus ou moins facilement un passage entre les grains de noir presque secs. Dans le four Blaize, le départ des vapeurs est facilité de la manière suivante : Les têtes Edcs tuyaux F qui débouchent tous surfaire de chargement (fig, 2), sont munies d’une barre en fer transversale A R (lig. 7), ayant la forme d'une gouttière renversée, et composée de tronçons AQ, QB, réunis entre eux en Q par un simple recouvrement en tôle, et qui supporte dans l’axe des tuyaux F un autre tuyau de plus petit diamètre en fer étiré, percé de trous allongés sur toute sa longueur, et qui, pénétrant dans la masse de noirjusqu’au point le plus chaud, favorise la facile sortie des vapeurs et les fait échapper dans la cheminée.
D’ailleurs le noir arrive sec dans les tuyaux, car il passe au préalable par la touraille ou séchoir A (lig. 3), chambre traversée par ungrand nombre delubes métalliques B, à travers lesquels passent tous les gaz de la combustion, et que l’on peut nettoyer en débouchant leur extrémité D’. ü est la trappe qui sert au déchargement du séchoir. On voit par la disposition en chicane des tubes que le noir, chargé dans une trémie à la partie supérieure de la touraille, ne tombera sur la sole du four qu’après avoir subi de nombreux changements de positions, ce qui en assure la parfaite dessication.
Le second point important du four Blaize, c’est la constitution des tuyaux qui sont en terre réfractaire émaillée. En effet, les tubes en fonte se détériorent vile, les tubes en terre réfractaire non émaillés font du noir blanc à cause de leur grande porosité qui laisse passer l’air. Enfin il n’est pas à craindre que les tubes émaillés sc détériorent au feu du four, car l’émail est posé au rouge blanc, température qui n’atteint jamais le four à noir. Enfin ces tubes présentent une facilité de plus au fabricant, c’est que si par hasard ils se fendent, ils peuvent être raccommodés, au moyen d’une composition spéciale que les rend aussi bons que des tubes neufs. Rappelons d’ailleurs que la revivification dans la terre est bien supérieure en qualité à celle produite dans la fonte. Le four Blaize a donc des propriétés exceptionnelles sous ce rapport.
En troisième lieu, le four a été construit de manière à ce que son montage soit des plus faciles, qu’il n’y ait pas de voûtes qui résistent toujours mal au feu. A cet effet, la sole supérieure et le second plancher sont formés de blocs en terre réfractaire carrés, au centre desquels passe chaque tuyau. Ce sont les tuyaux qui soutiennent tous ces blocs, en sorte que les dilatations qui sont uniformes empêchent les dislocations du four qui ne se fend jamais. Chaque tuyau soutient donc sa partie de voûte, de maniéré que si l’on a quelque changement à faire, soit par suite d’une rupture ou de toute autre cause, on enlève le bloc de terre réfractaire, remet le tuyau, et tout est dit, sans briser rien dans le four. Le second plancher s’appuie sur les tuyaux refroidisseurs qui sont eu fonte et sont munis à la partie inférieure d’un système de trappes et de tiroirs, permettant la vidange par portions constantes de toute une rangée de colonnes toutes les vingt minutes (fig. 8).
Enfin la construction même du four permet de les agrandir avec la plus grande
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facilité, sans rien détruire, par simple addition. On peut dans ce cas accoupler deux ou quatre fours, ou ajouter des rangées de tuyaux. Les dimensions de ces fours sont de lm,80 à 3 mètres de longueur, 3«»,45 à 4m,4o de largeur, 2m,60 de hauteur, et 4m, 15 à 4m,40 du côté de la touraille. Le foyer a lm,80 de largeur.
Notre gravure (fig. 1, pi. Vil), représente la vue d’ensemble d’un four double, la fig. 2 en est la coupe, par un plan perpendiculaire à son axe. On y voit ladistribulion de la chaleur autour des tuyaux, guidée par des obstacles H qui limitent le coup de feu. La fig. 3 est la coupe transversale, montrant entre autres le mouvement des gaz de combustion dans la cheminée T et le séchoir A; la fig. 4 est la vue en plan, et les fig. a, 6, et 7 font voir l’agencement du sommet des tuyaux.
Triple effet. — L’Exposition nous montrait trois appareils à triple effet complets. Oc plus, nous trouvions un spécimen de l’une des deux plaques de bronze
percées de trous qui soutiennent les tubes intérieurs du triple effet exposé par M. Hector Varguy de Lille, et dressé contre la muraille de l'exposition dcFourchambault, près l’École militaire.
Parmi les appareils à triple ell’et, nous avons vu à l’étranger celui de la fabrique de Stoom, d’Amsterdam, fort bien agencé avec une bonne machine, mais ne présentant aucun autre perfectionnement que l’adjonction d’un thermomètre à chaque chaudière. C'est un joli appareil.
L’appareil exposé (fig. f, pl. VIII) par la maison Cail Halot, de Bruxelles, peut opérer sur f ,500 hect. de jus, avec une surface de chauffe totale de 240 mètres carrés. Le perfectionnement opéré dans cet appareil consiste dans le mode de distribution de la vapeur autour du faisceau tubulaire, de manière à la mieux utiliser. Eu elfcl, au lieu d'une entrée unique pour cette vapeur, l’appareil en présente deux latérales, lui donnant issue à la fois à droite et «4 gauche des cloisons, ce qui rend le courant moins tourmenté, plus rapide et plus égal.
Les vases de sûreté, selon le nouveau modèle adopté par la maison Cail,
Fig. 41. — Triple effet (maison de Fives-Lille),
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sont placés au-dessus des chaudières directement, ce qui est moins encombrant, et permet de recueillir plus facilement le jus qui s’y accumule.
Enfin, entre la dernière chaudière et le réchauffeur de jus, se trouvait un appareil système Ilodeck, destiné à recueillir le sucre entraîné par l’évaporation, et qui retourne au triple effet. Nous reviendrons plus loin sur cet appareil qui peut être placé entre chaque chaudière.
Près de l’appareil, il y avait une pompe à air(lig 2, pl. VIII) de 0m,450 de diamètre et 0m,500 de course pour faire le vide dans le triple elfet, mue directement par la tige prolongée du piston d’une machine à vapeur. La maison de Paris a exposé une pompe à air analogue.
En France, la maison de Fives- Lillc présentait un beau triple effet (fig. 41), de 330 mètres cubes de surface de chauffe, pouvant concentrer 2,200 heetol. de jus en 24 heures, monté sur son plancher, avec colonnes en fonte, et muni de sa pompe. La distribution de la vapeur autour du faisceau tubulaire est faite sur un modèle tout nouveau, fort ingénieux, et donnant d’excellents résultats. La calandre A (fig. 42), au milieu de laquelle sont les tuyaux , a les lianes renflés comme l’indique notre figure.
Entre le faisceau tubulaire et eeLlc enveloppe, se trouve une seconde enveloppe en tôle per forée H, obligeant la vapeur, affluant par la tubulure d'admission C, à se répandre préalablement dans toute la hauteur et sur tout le pourtour de la caisse tubulaire, de manière à produire une distribution circonférentielle parfaitement uniforme, allant de la périphérie au centre du faisceau. De la sorte, la vapeur rencontre d’abord la portion qui contient le plus de tubes, c’est-à-dire le pourtour, et finit sa condensation sur celle qui en contient le moins, et sur le tube central IJ de gros diamètre à la base duquel se fait l'aspiration par la pompe des eaux de condensation, par le tuyau E F. Les vapeurs non condensées et les vapeurs ammoniacales s’échappent par trois tuyaux analogues à G H, boulonnés sur la plaque tubulaire supérieure au lieu et place de trois tubes traversant le jus, et se réunissent au même robinet I d’échappement pour s’évacuer dans la chaudière suivante, et finalement se condenser dans la pompe à air. Cette modification dans l’échappement des vapeurs ammoniacales est une très-bonne chose.
Pour permettre le nettoyage facile et sans arrêt des faisceaux tubulaires de la deuxième ou de la troisième chaudière, l’appareil est muni d’un système de
î. — Coupe il'uno chaudière du précèdent (échelle do 26 mil], par mètre).
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soupapes et robinets de communication pour les vapeurs et les jus, tel qu’il se prête au travail à double elt’et pendant le nettoyage, soit avec la première et la deuxième chaudière, soit avec la première et la troisième.
L’appareil se complète par un aspirateur de jus, récipient vertical cylindrique monté sur une colonne, et en charge sur la première chaudière. 11 est muni de deux tubes indicateurs de niveau, d'un robinet d’aspiration de jus, et d'un robinet à deux voies, permettant de le mettre en équilibre de vide alternativement avec la troisième chaudière, pour le remplir par aspiration et avec la première pour permettre à celle-ci de s’alimenter.
De plus, la troisième chaudière est en communication avec un vide-sirop» espèce de monte-jus muni d’un robinet à deux voies, pour le mettre alternativement en communication de vide avec la troisième chaudière pour le remplissage, et avec l’atmosphère pour la vidange.
La pompe à air, analogue à celle de la maison Cail, comprend en plus une pompe à double effet, à sirop avec clapets mus mécaniquement, aspirant dans le vide-sirop; une pompe à double ellet, du même mécanisme que la première, dont l’un des côtés du piston aspire les eaux provenant des vapeurs condensées par surface dans la partie tubulaire de la troisième chaudière et destinée au supplément d'alimentation des générateurs de l'usine. L’autre côté aspire celles condensées dans la partie tubulaire de la deuxième; ces dernières sont employées au lavage du noir.
Chaudières à cuire dans le vide. — Outre l’appareil à cuire, de la maison Cail-Halot, de 2m,300 de diamètre, et d’une contenance de60hectol. à trois serpentins avec vase de sûreté sur la chaudière et appareil llodeck, dont nous allons parler d’abord, nous avons trouvé dans l’exposition française ceux des maisons Cail, de Paris ; Carion-Delmotte, d’An/.in-lès- Valenciennes, et Lecointe et Villelte, de Saint-Quentin, munis d’un appareil llodeck spécial.
L’appareil Hodeck est destiné à arrêter les vésicules sucrées entraînées dans le mouvement extrêmement rapide des vapeurs sortant de la chaudière à cuire ou du triple ellet. Le problème a été résolu par M. llodeck, en ralentissant subitement le mouvement des gaz, de manière à laisser tomber les plus lourdes particules sucrées de leur propre poids, et ensuite en appliquant à ces vapeurs une filtration énergique qui les dépouille complètement. A cet effet, les vapeurs pénètrent subitement dans un ballon composé d’un cylindre horizontal de section vingt fois plus grande que celle de la section du tuyau d’aspiration des vapeurs, et dont la longueur esL le double de son diamètre. A ses deux extrémités, il porte intérieurement une cloison verticale percée de trous équidistants, et tels que leur surface totale égale celle, plus 1/10, du tuyau d'aspiration. La partie inférieure de ces cloisons jusqu’au quart de leur rayon, n'est pas garnie de. trous. Dans la partie médiane du cylindre, se trouve un autre diaphragme formé d’une tôle de cuivre perforée (500,000 trous par mètre de surface), puis entre celui-ci et le diaphragme de l’extrémité, s’en trouvent encore trois autres équidistants et semblables. Ces quatre diaphragmes opèrent une tiltration tellement suffisante que depuis l'emploi des condensateurs on ne retrouve plus dans les vases de sûreté aucune trace de sucre.
La maison Lecointe et Villette (section française, classe 32) a exposé un appa. reil analogue, de même forme extérieure, appliqué à une chaudière û cuire, mais différent par la disposition intérieure. Il n’y a que deux diaphragmes aux deux extrémités, mais dont les trous ont la forme d’un entonnoir dont la douille est tournée dans le sens du courant de vapeur ; delà sorte, les vapeurs se brisent contre les diaphragmes, se débarrassent des parties lourdes et passent épurées par les trous.
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L appareil à cuire de la maison Cail, de Paris (fi-. 43), d'un diamètre!de2“,500 contient quatre serpentms d’une surface totale de 35 mètres cul.es, et peut produ.rc 80 a 8o hect. de masse cuite. Les serpentins sont munis d'une double robinetterie permettant 1 usage de la vapeur directe ou de la vapeur de retour des machines, pour commencer la cuite dans le cas où, comme dans les colonies on dispose d un excès de ces vapeurs.
Cet appareil porte son vase de sûreté directement sur la chaudière, de manière à faire office de brisemousses. 11 est muni dans toute la hauteur d’une lunette-fenêtre pour suivre la marche de la cuite.
L’appareil de MM. Ccirl' ion-Delmotte offre seulement une particularité. On sait combien est difficile le déplacement latéral de la soupape de vidange. Pour iaciliter cette opération, le constructeur a laissé du jour dans la glissière de la manette, et le serrage de la soupape contre son siège s effectue par une vis qui meut une seconde manette placée au-dessous de la première.
MM. Lecointe et Villelte exposaient une chaudière (lig. 44) à quatre serpentins, munie de tous ses accessoires, avec sa pompe à air; elle a 2“,500 de diamètre, peut faire 85 hectol.
de masse cuite. Elle est montée sur charpente en fer, avec colonnes en fonte.
Elle offre aussi une particularité dans la soupape de vidange. Elle est à charnière sur son levier, et le siège est en caoutchouc.
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£3. — Appareil à cuire (maison Cail.).
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raffineur en fabrique, on veul que le turbinage soit la pierre d’achoppement d'une bonne fabrication. De plus, au procédé barbare de vaporisation du sucre, qui en dissolvait une grande quantité, on a substitué celui du clairçage à l’air et à la vapeur sèche détendue, qui a produit les magnifiques résultats qui transforment maintenant la fabrication en raffinage. Nous allons donc passer en revue les différents procédés et appareils proposés en vue de ce travail, et les quelques systèmes particuliers exposés.
Toutes les maisons de construction pour la sucrerie font des turbines, modèle Cad (fig. f, pl. IX), à transmission par dessus, telles que les appareils de
MM. Carrion-Delmotte, Lccointc et Villette, Fives- Lille, Jean et Peyrussion, Wauquier, etc.
Nous trouvions dans l'exposition étrangère des turbines provenant de MM. Belle froid et Lévéque, à Liège, recevant leur mouvement directement par une petite machine à vapeur rotative, placée au-dessus du châssis, actionnant directement l’arbre vertical.
La maison Cail , de Paris, a exposé une batterie de quatre turbines accouplées,
Fig. 4L - Appareil à cuire (maison Lccointe et Villette). d une forme sPédal®, inven-
tées par un américain, Wes-
ton, et brevetées Weston-Cail (fig, t 2, 3, pl. X). Cet appareil est plus spécialement destiné aux colonies, ayant l’avantage d’éviter tout contact de la main avec le sucre, condition indispensable pour obtenir du sucre blanc, quand on emploie des nègres qui salissent tout ce qu’ils touchent.
La turbine Weston tourne en l’air, recevant son mouvement en dessus, et se vidant en dessous. Voici comment est agencée cette intéressante machine. Le tambour a 0m, 760 de diamètre, et est animé d’une vitesse de 1200 tours. L'arbre de rotation est creux et porte à la partie supérieure la poulie de commande. Dans son axe pénètre un autre arbre fixe sur lequel tourne le premier, au moyen d’un système de galets très-mobiles qui supportent tout le système, et qui sont placés intérieurement à mi-hauteur environ de l’arbre creux. L'axe fixe est soutenu sur un bâti, au moyen d’une partie élastique, qui permet à la turbine un certain mouvement de nutation. Le tambour ainsi suspendu et libre tourne dans une enveloppe fixe qui reçoit la mélasse projetée. Le cône intérieur du tambour se relève à volonté jusqu'en haut de l’arbre où le retient un ressort, et laisse béante ainsi une ouverture centrale par laquelle on rejette le sucre «pii tombe dans des vagoncts, l'enveloppe fixe étant évidée également à cet usage.
Le mouvement est communiqué au système par une courroie, roulant sur un tendeur qui corrige l'effet du rapprochement et du grand diamètre de la poulie motrice, (jette poulie elle-même est folle sur l'arbre de couche, et se met en mouvement par l'intermédiaire d un embrayage â friction agissant surlagcnle.
L'axe fixe des quatre turbines est porté sur un bâti «pii supporte également un malaxeur régnant sur toute la longueur des appareils, et dans lequel à l’aide d'un agitateur, on conserve la matière à l'état lluide, de telle sorle qu’il n'y a
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qu’à ouvrir la goulotte placée au-dessus de chaque tambour pour laisser arriver immédiatement dans celui-ci la quantité de matière que l’on désire turbiner. Enfin, au-dessus du malaxeur se trouve placé un moulin à diviser la masse cuite. L'auge à masse cuite dans laquelle fonctionne le malaxeur, porte à sa partie supérieure une grille en fonte s’ur laquelle on peut verser directement la cuite lorsque celle-ci est encore chaude et fluide, mode de travail quelquefois employé qui donne un peu moins de sucre, premier jet, mais qui procure une grand économie de temps, de bras et de bacs; le sucre obtenu est d'ailleurs mieux purgé, celui resté dans les mélasses se retrouve aux cuites suivantes.
L’auge à masse cuite, les turbines et la transmission sont supportés par des colonnes en fonte convenablement reliées entre elles et qui permettent de pouvoir installer ce groupe d’appareils presque sans fondation.
Toutes ces dispositions ont eu pour résultat d’amener une économie considédérable dans la durée moyenne des opérations, en supprimant beaucoup de main-d’œuvre, en sorte que l'on est parvenu à produire moyennement avec un de ces tambours le double de la quantité obtenue avec l’appareil centrifuge ordinaire. Un autre grand avantage de cet appareil, consiste dans la facilité que trouve le turbineur de charger son tambour à volonté, et plus ou moins suivant la nature de la matière à travailler.
Le jeu de quatre appareils exposés peut suffire au turbinage d’une sucrerie de canne, opérant sur 200,000 kilog. de canne par 24 heures. Son application n’a pas encore été essayée pour la betterave, mais il est probable quelle procurerait également de très-grands avantages.
Turbine Mérijot. — Nous décrirons plus loin à propos du raffinage le procédé Mérijot. La maison Cad a exposé une turbine commandée en dessous pour ce mode de travail. Le tambour a 0m,760 de diamètre et 0ra,300 de hauteur, fait 1,000 à 1,200 tours par minute, et son arbre est muni d’un régulateur rétablissant toujours I équilibre lorsque la charge est mal répartie dans le tambour. Ce régulateur, qui est entériné dans le cône central, est composé de plusieurs disques de bronze pesants, superposés, libres de leur mouvement, et faisant nalurellement équilibre pendant la rotation à la charge de la turbine. Cet appareil ressemble beaucoup aux turbines allemandes (fig. 2 et 3, lr0 partie, pl. III), quant à la disposition générale.
La maison Cail-HaloL, de Bruxelles, a exposé un modèle analogue ; seulement elle a supprimé les ressorts, et la crapaudine peut, au moyen d’une vis avec volant, agissant sur un levier, être relevée en même temps que l’arbre du tambour, pour rattraper 1 usure qui se produit dans la douille conique de la partie supérieure de l’arbre.
L’un et 1 autre de ces appareils sont disposés pour pouvoir être fermés par un couvercle en tôle mobile, au moyen d’un contre-poids, ce qui permet d’employer au blanchiment des sucres la vapeur de retour au lieu de la vapeur directe.
Chaque turbine peuL laire 1,000 à 1,200 kilog. de sucre raffiné en 20 heures. Le modèle de 1 mètre de diamètre de tambour pourrait faire 1 ,000 à 1 ,800 kilog. dans le même temps. On retire du sucre Mérijot, au découpage, 35 °/0 de morceaux réguliers, 35 % d’irréguliers, 10 % de poudres ou déchets se vendant comme pilés.
Turbine Frémaux . Dans 1 annexe du côté de l'avenue de la Bourdonnaye nous trouvions, parmi les nombreux objets qui ont été exposés par la maison Lecointe et Viliette, la turbine Frémaux(fîg. 45). Son diamètre est plus grand que celui des turbines ordinaires, et elle reçoit le mouvement par en dessous, main-
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tenue verticale, comme la turbine Allemande, par des attaches élastiques. Le point capital de la machine consiste dans la disposition du panier. Son centre est occupé par un cylindre vertical garni d'une toile métallique comme la paroi principale, et l'intervalle annulaire, compris entre cette paroi et celle du cylindre, est partagé, par des cloisons perméables également, en six cases dans lesquelles on peut introduire six compartiments mobiles de même forme en toile métallique serrée. Voici comment on opère le turbinage avec ce système. La masse cuite délayée avec de la clairce à 9° B, est versée dans les compartiments ou formes mobiles; on laisse égoutter cinq minutes, on remplit de nouveau jusqu'au bord, et laisse égoutter de nouveau le même temps. Alors on introduit les formes dans l’appareil, on met la turbine eu mouvement pendant 3 à L minutes, on clairce à la vapeur détendue sèche qui pénètre au fond du panier par un dispositif spécial; on laisse tourner encore une minute ou deux, et l’on arrête.
Fig. 45. — Turbino Frcmaux (maison Locointc et Villette).
La masse obtenue dans les formes est blanche et sèche, le rendement en cristaux est supérieur aux anciens systèmes, comme nous l’expliquerons plus loin, cl la turbine travaille dans le même temps beaucoup plus de masse cuite que les autres.
Turbine Reischauer. — La maison de Fives-Lille possède un procédé de turbinage analogue aux précédents, dans lequel l'air et la vapeur sont fournis par un appareil soufQeur Koerting, décrit dans un autre article. Ce procédé est appliqué aux centrifuges Reischauer.
Le souffleur Koerting se compose d’une caisse cylindrique verticale sur laquelle sont montés le souffleur de vapeur d’échappement et le souffleur d’air, lequel peut envoyer au moyen d’un disperseur, une certaine quantité d’eau en pluie fine rendant l’air humide afin de remplacer le clairçage. Le mélange d’air et de vapeur se fait dans la caisse, et s’échappe par une tuyauterie en tôle dans les centrifuges.
La turbine Reischauer, est commandée en dessous d'une manière ingénieuse, et de telle sorte que le tambour soit équilibré naturellement pendant la rotation, reposant sur son axe vertical en un point placé bien au-dessus du centre de gravité. Cet axe vertical est maintenu à ses deux extrémités, ce qui donne beaucoup de régularité à la marche, tout en laissant complètement libre l'accès de la partie supérieure du tambour.
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L’intérieur (le la turbiné est garni d’une toile de chanvre qui épouse la forme du tambour et du cône, dont l’écrou supérieur lui sert d’attache. Sur cette toile on place un cylindre vertical en tôle perforée dont le diamètre est légèrement plus grand que celui de la base inférieure du cône, et qui forme par conséquent un espace annulaire entre la paroi verticale du tambour garni de toile, et le cylindre en tôle perforée. C'est dans cet espace annulaire que l’on verso la masse cuite, et le clairçage à la vapeur détendue s’exécute en faisant arriver le tuyau de l’injecteur Koerting dans l’axe de la turbine. A la fin de l’opération on enlève le cylindre intérieur puis la masse contenue dans la toile, qui est légèrement humide, et que l’on porte alors dans une machine à agglomérer. Les blocs de sucre ainsi obtenus sont étuvés, et cassés à la mécanique; leur plus petite dimension correspond au plus grand côté des morceaux desucre ordinaires et la machine n’a plus qu’à les casser parallèlement pour obtenir les morceaux do forme marchande; il y a ainsi très-peu de déchet.
La maison de Fives-Lille applique aussi l’injccteur et tout le procédé aux turbines commandées par en dessus dont ils construisent un modèle spécial, dans lequel l’arbre de commande horizontal est maintenu par ses extrémités entre deux ressorts de tension inégale : le plus fort agit dans le sens de l’embrayage, le débrayage consistant à supprimer l’effet de ce ressort au moyen d’une vis et d’un volant, et laisser l’autre pousser l’arbre en sens inverse ce qui empêche le contact des deux roues de friction.
Turbine Cosse Dltval. — M\I. Brissonneau frères ont exposé une turbine à laquelle est adapté un système recommandable. Le clairçage est à vapeur sèche obtenu par le passage de la vapeur dans un réservoir en cuivre qui forme couvercle sur la moitié de la turbine, l’autre moitié étant couverte également par une tôle ; ce brevet est pris en collaboration avec l’inventeur et le constructeur.
Ensachoir. — M Emile Cartier a exposé dans l’annexe des classes 51 et 52 un système à'Eilsachoir rustique, à l’aide duquel un homme seul peut emplir un sac; une trémie avec ouverture verticale, permettant un pelletage et cnsachage rapides, et un chariot collecteur de sucre aux turbines, avec double bavette, évitant les pertes de sucre et tenant les sacs à l'abri des taches. Tous ces instruments sont bien conçus et fort utiles pour le travail des turbines et des magasins.
Extraction du sucre des mélasses. — Procédé Manoury. — Nous avons décrit le procédé de l’Elution. M. Manoury a imaginé en France une méthode analogue pour extraire le sucre du sucrate de chaux formé avec la mélassç, et l'a mise à exécution dans l’usine de Capelle près Dunkerque, avec un plein succès. Le principe est le même que celui du procédé allemand de l’Elution, l’application seule diffère. Dans un mélangeur spécial on introduit la mélasse avec 3 % de chaux à l'état de lait de chaux à 20 %. La combinaison s’y fait et le sucrate de chaux en sort à l’état granuleux, pas plus gros qu’un pois, et mélangé à l’excès de chaux pulvérulente. Un blutoir sépare de la poussière trop ténue, les grains qui tombent alors dans les lessiveurs avec de l'alcool à 40 °/0. Là le sucrate s’épure des matières solubles, sels et matières organiques, et de brun foncé qu’il était il sort grisâtre. Il contient environ 20 °/0 de chaux, et lorsqu’il a été délayé dans l’eau, formant une sorte de sirop à 26°B, il contient en moyenne 15 °/0 de sucre pour 1,30 de cendres.
100 kilog, de mélasse donnent environ 250 kil. de sucrate. Les lessiveurs étant clos, la perte d’alcool, revivification comprise, s’élève à 2 °/o d’alcool à 40 %. Les frais de fabrication du sucrate sont évalués à 1 fr. 45 par 100 kil. de mélasse.
L’INDUSTRIE SUCRIÈRE
Le sucrate se faisant dans la fabrique de sucre, est employé comme chaux à la carbonatation des jus, ce qui évite des manipulations inutiles dans l’extraction même du sucre des mélasses.
M. Manoury a présenté à l'Exposition des spécimens de son procédé. Les mélasses sur lesquelles il opère, dans la fabrique de Capelle, le sucrate qu’il en obtient, le même sucrate après lessivage à l’alcool, l’alcool qui a servi au lessivage, enfin de belles masses cuites provenant de la carbonatation des sucrâtes. L’outillage nouveau que comporte l'application de ce procédé n’est pas dispendieux comme celui que nécessite les autres procédés; le maniement en est facile, l’épuration alcoolique du sucrate granuleux est beaucoup plus complète que celle des masses plus considérables obtenues dans l’Elution, en un mot M. Manoury a fait un procédé pratique et qui permettra d’appliquer dans toutes les usines l’extraction du sucre des mélasses, désidéralum que nous posions dans nos études préliminaires, et que nous sommes heureux de voir si bien réalisé.
Au-dessus de ses produits, M. Manoury a donné les plans de son installation qui se compose du magasin à chaux, de son bluteur, du mélangeur de chaux et de mélasse, de quatre grands cylindres verticaux en ligne, dont trois servent à la macération du sucrate, et le quatrième ;ï l’extraction par la vapeur de l’alcool qu’il retient; puis d’un condensateur pour les vapeurs alcooliques, de deux appareils à rectifier, de deux générateurs qui fournissent la vapeur cl la force nécessaire à tout le travail. On voyait aussi à une plus grande échelle le détail du mélangeur, cylindre horizontal dans lequel se meuvent de puissants bras de fer. Le visiteur a donc pu d’un coup d’oeil juger de l’installation et de la fabrication ; c’était une exposition bien comprise et qui a fait honneur à l’inventeur du procédé.
Osmose. — L’osmogène a reçu une heureuse modification qui a été exposée dans la section russe par la Société Lilpop liait rl Lœwenstein de \'arsovir. On lui a donné la forme d’un filtre-presse Trinks; les cadres,» au nombre de 51, reposent au moyen d’oreilles sur deux bras horizontaux, et sont serrés l’un contre l’autre au moyen d’une vis de pression munie d'un grand volant. De plus la vidange de l’appareil ainsi que le changement dans la marche des liquides, sont facilités par un mouvement de rotation que l’on peut donner à tout le système, sur son axe de manière à le renverser complètement, sans grand effort. L’osmogène est monté avec du papier parchemin fabriqué en Russie. Les cadres et la distribution des liquides sont identiques à ceux décrits précédemment.
Nous avons rencontré dans les expositions des fabricants de sucre différents produits de l’osmose, particulièrement dans celle de M. Dervaux-Ibled (agriculture), qui nous a montré des sucres d’osmose et de réosmose des eaux d’exosmose, ainsi qu’un appareil ii effet multiple pour la concentration des eaux d’osmose, dans le vide.
Le marquis d’Ilavrincourt (classe 74) osmose les sirops d’égout des sucres de second jet. En somme l’osmose n’était pas représentée au Champ-de-Mars, autant que le mérite la belle invention de M. Dubrunfaut.
Aperçu sur les rendements de la fabrication de sucre. — Nous avons donné dans la première partie de cet ouvrage le rendement rationnel en sucre de tous jets que peut fournir une fabrique. Mais ce rendement se trouve modifié dans ses proportions par maintes considérations fiscales, que nous retrouvons reproduites dans un ouvrage exposé dans la section belge, parM. Hiltorf, au milieu de pains de sucre obtenus par turbinage, par le procédé Langen. Eu
FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVE
elFet on devrait normalement trouver le rapport suivant entre les sucres des diverses nuances :
Poudre blanche et Ier jet
2° jet .
3° jet .
Blanc . 28,34
1er jet . 43,19
L’année 1872-1873 a fourni en France, d’après les documents officiels :
,, . ,, , i Poudres blanches. 29,67
Poudre blanche et .... 31,47 7„ J lor jet . , 80
2» jet . 32,78
3° jet . 35,73
C’est qu’eu effet les classements se faisant d’après la nuance autrefois, aujourd’hui d’après l’analyse, dans l'un et l’autre cas les sucres de 1" jet sont cotés à leur juste valeur, tandis que plus la nuance descend, plus il y a d’écart possible entre le rendement au raffinage et l’analyse, et plus aussi le raffmeur a de prime sur le drawback. Quant aux poudres blanches, leur rendement étant presque égal à celui du raffiné avec une différence appréciable dans l’impôt, le raffmeur jouit sur son achat de primes équivalentes à celles des plus bas sucres. En sorte que les fabricants, négligeant complètement les premiers jets titrant moins de 98 °/0, se sont rejetés sur les deuxième, et troisième jets qui leur sont demandés presque l’exclusion des autres, et qui, en somme, sont d’une fabrication plus économique.
C'est ainsi qu’après avoir jeté les yeux, à l’exposition agricole du quai d’Oi’say, sur la vitrine collective contenant l’ensemble des échantillons des sucres produits dans les fabriques du département du Nord, nous y avons lu en gros caractères cette inscription \ Sucres qui auraient pu par le turbinage être transformés en poudre blanche, mais qui sont livrés à plus bas titre, à cause <le notre législation défectueuse. » Et comme preuve de ce qui est avancé dans ces lignes, chaque échantillon portait à côté de son titrage le nom de l’acquéreur, et c’est la plupart du temps l’un de nos grands raffineurs de Paris, qui a acheté le sucre exposé. Nous n’avions donc dans notre Exposition que des sucres en poudre blanche à haut titre, et des sucres roux, les intermédiaires n’existant presque pas. En outre nous verrons les sucres raffinés, et les raffinés en fabrique qui commencent à renaître de leurs vieilles cendres, par suite d’inventions modernes dont nous allons avoir à parler et qui permettent de faire ce travail à un prix rémunérateur, même sans drawback.
C’est à cause de cette infériorité relative de la qualité de nos sucres bruts, infériorité, nous le répétons, qui n’est due qu'aux exigences du fisc, et non à notre superbe installation, que la majorité de nos fabricants n’ont pas exposé leurs produits, ou ne l’ont fait que collectivement, d’une manière tout à fait effacée. Les autres ont montré beaucoup plus ce que l’on peut faire avec notre excellent outillage que ce que l’on fait en réalité. Passons donc en revue les sucres bruts de betterave que nous a présentés l’Exposition.
Dans la classe 74 nous trouvons une série de vitrines fort bien agencées et éclairées qui nous montrent de beaux spécimens de notre industrie sucrière, en même temps que toutes les phases de la fabrication proprement dite. Prenons-les par ordre, en passant les expositions des raffineurs proprement dits, sur lesquelles nous reviendrons.
M. Minier, a exposé des sucres, dits poudres blanches, en grains de trois dimensions, très-beaux, provenant de la fabrique centrale de Roye (Somme).
M. Raynaud, de Tournus (Saône-et-Loire), a inventé un procédé de turbinage,
L'INDUSTRIE SUCRIÈRE
consistant à introduire dans le panier du centrifuge une toile métallique garnie de petites lames métalliques qui lui sont perpendiculaires, et qui divisent la paroi interne du panier en cases verticales séparées par ces lames formant cloison et assez rapprochées. Au turbinage la masse se répand dans ces petites cases, et lorsque l’opération est terminée, on retire de la machine autant do tablettes qu’il y avait de cases. Des tablettes fort belles, obtenues avec cette machine ainsi que les moules, étaient exposés par l’inventeur.
MM. Massignotl et Dufour, fabricants de sucre à Crèvecœur-lc-Grand (Oise), nous ont présenté un essai de dessication de la pulpe. Ce procédé fut tenté, dès le début de la fabrication du sucre, par Scbutzenback ; il a pour résultat l’emmagasinage des betteraves réduites par cette opération au cinquième de leur volume, de telle sorte que l’on puisse les travailler longtemps après la récolte
répartir l'extraction du sucre sur toute l'année, au lieu de la faire en trois nois. Jusqu’à ce jour on n’avait pas réussi à rendre praticable cette dessication très-dispendieuse si l’on veut éviter la destruction d’une partie du sucre, et qui présentait l’inconvénient de former des cosscttes hygrométriques, et par conséquent non exemptes d'un mouvement de fermentation lactique, qui répand dans les magasins une odeur particulière désagréable correspondant à la transformation d'une partie de la matière sucrée. Nous souhaitons à MM. Massignon et Dufour plus de chance qu'à leurs prédécesseurs.
M. Le franc, fabricant de sucre à Flavy-le-Martel (Aisne) et à Tracy-le-Val (Oise), indépendamment de ses sucres en poudre blanche, nous a fait voir des échantillons de sucres en blocs obtenus directement par le turbinage, et des tablettes de sucre n° 3 aggloméré et divisé en morceaux de 21 grammes, ration militaire, livrables à un prix moins élevé que le raffiné, ce qui permet un plus ample emploi du sucre dans l’armée. C’était une très-belle exposition digne du grand industriel qui l'a composée.
La fabrique centrale de MM. d’Ormoij et C'e, à Élrcpagny (Eure), avait exposé des sucres de tous jets, des poudres blanches, et des sucres en très-gros grains en même temps que des mélasses, derniers produits de la fabrication; c’était une exposition complète, très-belle et très-intéressante.
Le marquis d'Havr incour l, fabricant de sucre à Havrincourt (Pas-de-Calais), possédait une exposition des plus intéressantes, en ce sens que le grand industriel se tient au courant de toutes les nouveautés de la science qu’il applique dans son usine et dans sa ferme, de manière à obtenir tous les beaux résultats qui forment l’apanage de la science unie à la pratique. M. d'Havrincourt emploie les presses Champonnois et l'osmose; il y avait dans la vitrine un peu petite qui lui avait été réservée les pulpes des presses, les mêmes pulpes mélangées à du sel, dénaturé par la régie, qu’il donne aux bestiaux de sa ferme; pour le même usage on y voyait les feuilles de betteraves mélangées avec de la paille hachée. Pour terminer ce qui a rapport à l'emploi des résidus dans la ferme, on trouvait à côté des superphosphates, du noir vieux pour engrais. Les sucres (fui étaient dans celte vitrine sont ceux de premier et de second jets; les sirops d'égouttage des seconds jets dont les échantillons étaient exposés eux-mêmes, sontosmosés, de manière à relever le coefficient salin de 4,39 à6, 90. On en extrait alors des sucres de troisième jet, puis de quatrième jet. Des eaux d'exosmose exposées aussi on retirait les sels qui étaient dans un ïlacon à côté, sels très potassiques. Enfin pour achever de nous montrer ce quia rapport à l'application de l’osmose dans son usine, M. d'Havrincourt avait placé à droite et à gauche de sa vitrine des papiers-parchemins neufs et d’autres ayant un certain temps d’usage. Tous les llacons étaient étiquetés avec soin, portant les analyses de tous les produits exposés; eu sorte que la visite à l’exposition de M. d'Havrincourt était des plus instructives, d'autant plus qu’elle était faite avec-
FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVE
Ii8.ri
beaucoup de goût et de conviction, ce qui dénote l’activité avec laquelle tous
es progrès sont réalisés dans l’établissement de ce grand industriel.
Venait ensuite l’exposition de MM. A. Gallié et C'° à Roziôrcs-en-Santerrc (Somme), belle exhibition de sucres en très-gros grains de sables (blancs, d’agglomérés ; puis celle de la fabrique de Lieusainl (Seine-et-Marne), qui nous a montré les échantillons de son travail, poudres blanches, sucres de tous jets, agglomérés d’un grain très-lin.
La fabrique de Courcclles (Aisne), de MM. Druolle, Payart, Cocquebert et Cie exposait des sucres en grains énormes, des poudres blanches bien cristallisées, des sucres agglomérés.
MM. Cartier et C'°, de la fabrique de Nassandres (Eure), n’ont exposé dans leur vitrine qu'une seule grande coupe en cristal remplie de sucre en grain n°3, d’une très-belle facture, qui prouve un travail soigné. M. Cartier est d’ailleurs connu pour ses écrits et ses recherches en matière sucrière.
MM. Vion etC'e, à Loeuilly (Somme), ont exposé les produits de leur fabrique avec râperies; ce sont des sucres de tous jets, d’autres en gros grains de différentes qualités.
La vitrine suivante contenait les produits de la fabrique de Villeneuve sur- Verberie, de MM. Quarez et fils et Ci0. C’est la première fabrique qui ait éLé montée en France avec le procédé de diffusion, par les soins de M. Quarez, qui, après avoir été chez M. Robert à Seelowitz apprendre à connaître [ce travail, a surmonté toutes les difficultés inhérentes à l’introduction d’un nouveau procédé dans notre pays, et a vu ses efforts couronnés d’un plein succès. M. Quarez en effet a fait voir dans son exposition les belles masses cuites à fort coefficient salin que procure la diffusion, les deuxièmes jets non moins beaux. Les cossettes épuisées contenant à peine de sucre, de nombreux échantillons de sucre en gros grains fort beaux, des poudres blanches moulues, etc. En un mot cette vitrine représentait le progrès réalisé par un industriel éclairé et courageux et qui mérite nos éloges à tous égards.
La fabrique de Lesdins (Aisne), de MM. Ch. Lemaire et Cio, a exposé de trèsbeaux échantillons de poudres blanches en gros grains, travail de doux années; ces sucres proviennent des masses cuites fort belles, dont on a vu un échantillon qui s’est égoutté naturellement, preuves d’un travail très-soigné; à côté de celte fabrication ordinaire de l’usine, se trouvaient des blocs de sucre turbinés en raffinés, directement consommables; cette vitrine étaitréellemcnt remarquable.
MM. Gilbert, Vuaflart, E. Lemaire et C'c, fabrique de Chavenay-Grignon (Seine-et-Oise), exposaient des sucres en poudres blanches, puis des agglomérés en plaques étroites pour la consommation française et en tablettes pour l’exportation, ainsi que des sucres pulvérisés. On y voyait un grand effort de la part du directeur pour arriver à la consommation directe des sucres bruts, ce qui est le véritable progrès.
L’exposition de MM. Curie et C'D, qui ont A Neuilly-Saint-Front (Aisne) une grande fabrique avec râperies, a été complète et bien comprise dans tout ce qui a rapport A la fabrication, graines, betteraves, jus clarifiés, masses cuites, sucres de tous jets, mélasses, calcaires, pulpes, écumes, etc. Chaque llacon portait sur son étiquette l’analyse du produit qu’il contient, en sorte que l’on pouvait d’un coup d'œil vérifier l’excellence du travail de la fabrique. Il eût été A souhaiter que tous les fabricants imitassent l’exemple de M. Curie, et missent en lumière leurs progrès faits ou A faire.
La vitrine suivante contenait les produits du raffinage eu fabrique, selon le procédé de M. Mérijot, sur lequel nous reviendrons A propos de la raffinerie.
Toutes les fabriques de l’ arrondissement de Cambrai se sont réunies pour former une exposition collective des plus intéressantes. En effet, cet arrondisse-
L’INDUSTRIE SUCRIÈRE
ment contient de grands établissements, et entre autres la grande usine centrale dont M. Linard est le fondateur, et dont nous retrouvons le plan en relief dans l’annexe de la classe 52. Dans cette exposition on retrouvait des sucres de tous jets, des mélasses, des alcools, salins, sels divers, tels que carbonates de soude et de potasse, sulfate de potasse, chlorures de potassium et de sodium, etc, des sucres pilés, des pulpes, des superphosphates, tourteaux, sels d’osmose etc. Enlin pour compléter la série des produits dont la fabrication du sucre a enrichi l'arrondissement, on voyait deux échantillons de blé de valeur bien différente : le premier, le plus beau, a été récolté après une culture de betteraves, tandis que l’autre, plus maigre, a suivi une récolte de lin et de colza, Nous pourrons donc terminer ainsi notre visite à la classe 74, en constatant que non seulement la fabrication du sucre apporte le bien-être dans les populations rurales qui entourent l’usine et y trouvent du travail en toute saison, fournit et met en circulation au profit des transports et du fisc maints produits accessoires, ouvre un grand débouché en France aux industries du charbon et du fer, mais encore la présence de la betterave dans les assolements, enrichissant la terre et forçant l’agriculteur à entretenir la culture de ses champs d’une manière toute particulière, en tant que propreté et défoncement profond, augmente la production du grain et celle des fourrages, par conséquent donne au cultivateur et plus de pain et plus de viande ; donc la culture de la betterave est une garantie pour la France du Nord, de grandes et généreuses récoltes, de richesse et de prospérité, et dès lors mérite de la part de tous une place de premier ordre dans l’attention qu’on porte à l’agriculture générale et de la part du jury une mention toute particulière de son immense utilité.
Nous continuerons l’élude des sucres dans l’exposition agricole où la betterave tient une grande place cette année, par le fait même des causes que nous venons d’indiquer.
C’est ainsi qu’au milieu d'une grande variété de graines de betteraves, de céréales, etc., nous retrouvons dans l’exposition de M. Simon Leqrand (voir culture de betterave) de beaux sucres en grains n° 3 et même un pain de sucre de belle qualité; dans celle de M. Desprez des sucres de tous jets fort beaux aussi.
M. .Manuel, de Dijon, a exposé des poudres blanches.
MM. Wousscn et C'e, ;\ Houdain (Pas-de-Calais), fabrique avec beaucoup de soin des sucres en poudre blanche à petits grains pour la consommation directe; les échantillons qu’il a exposés sont fort beaux et propres à amener les consommateurs de sucre à revenir de leurs préventions contre le sucre de betterave.
M. Dervnux-lblcd a exposé des sucres d’osmose, et des sucres de réosmose des eaux d’exosmose. Ce sont des sucres d'assez bas titre, mais qui méritent l'attention des fabricants. En même temps M. Dervaux-lbled montrait sur un tableau la disposition d'un appareil à double elfet pour vaporiser les eaux d’osmose.
M. Deslinsel ( Crcpin ), fabricant de sucre à Denain (Nord), a exposé des sucres de tous jets de son usine.
Une exposition collective d’une grande partie des fabriques du departement du Nord, ne montrait que des sucres de premier jet marchands, tous peu turbinés et titrant moins de 98, pour répondre aux exigences de la raffinerie, à cause du mode de perception des impôts; nous avons expliqué le fait précédemment.
Les arrondissements de Valeneiennes et d’Avesnes ont fait aussi une exposition collective de leurs sucres, auxquels ils ont ajouté quelques échantillons de sucre candi ordinaire.
FABRICATION Dll SUCRE DE BETTERAVE.
L’arrondissement de Soissons a aussi fait son exposition collective de sucres de tous jets, n’offrant d’ailleurs rien de particulier, quoique méritant comme les autres d’être signalée.
Enfin nous terminerons par la belle vitrine de l’exposition collective de l’arrondissement de Cambrai , qui était la répétition de celle que nous avons visitée (classe 74). Les produits y étaient classés avec beaucoup d’ordre: tout en haut la graine encore sur pied, au-dessous, des betteraves de bonne qualité, puis, sous le titre de « Transformation divers des jus de la betterave jusqu’il leur cristallisation » de la masse cuite, des sucres de tous types de lcp jet, de la masse de 2e jet, des sucres divers qui en proviennent, les sirops d’égout, les 3* et 4° jets osmosés, les sucres d'osmose, des pilés, etc.
Les produits « dérivant de la fabrication du sucre » mélasse, alcools de mélasse et de betteraves bruts et rectifiés, les salins, les sels, les noirs neufs et vieux, calcaires, os, pulpes, sels d'osmose, boues de carbonatation brutes et traitées par les procédés Farinaux et Durieux; enfin un échantillon de blé sur lin et colza pesant 75k,300 à l'hectolitre et un autre sur betterave posant 79,300.
L’exposition des sucres étrangers était peu intéressante, en ce sens qu’on nous montrait sans commentaires, qui du sucre en poudre blanche, qui du sucre de tous jets, sans qu il fût possible de faire un rapprochement avec les nôtres. Cependant nous pouvonsjeter un coup d’œil sur leur fabrication, à notre point de vue. D’abord nous remarquerons qu’il y a trois débouchés, pour toutes les nations, des sucres qu'elles produisent: ia consommation locale, la consommation des contrées limitrophes ou coloniales, et le grand marché anglais qui donne les cours.
La France, la Belgique, la Hollande travaillent presque exclusivement pour le marché anglais leur voisin ; la Prusse, nous n’en parlerons pas quoiqu’elle fasse autant de sucre que nous, elle n’a pas exposé. L’Autriche travaille également pour les trois débouchés qui lui sont ouverts, et la Russie consomme tous les sucres qu’elle produits, et d'autres encore, exportant très-peu et ne le pouvant faire qu’avec d’énormes primes.
Les sucres de la France , de la Hollande et de la Belgique se ressembleront donc considérablement, et c’est ce que l’Exposition nous a fait voir d'une manière très-nette, et ce que l'on constate aussi sur le marché parisien, où nos raffineurs consomment, les sucres de toutes provenances.
Les sucres autrichiens seront de trois catégories, mais généralement moins colorés que les sucres français en tous jets, grâce au procédé de diffusion qui y est général. On y rencontre des sucres analogues aux nôtres, des sucres en gros grains assez bruns, d’autres concassés jaunâtres, de beaux pains bien blancs et d'un grain très-fin, avec cela des mélasses, des poudres et des cassés. En somme c’était une très-jolie exposition, très -intéressante, d'autant plus que leurs procédés différant de ceux que nous employons généralement, il est trèscurieux pour nous de constater une certaine supériorité dans leurs produits. Seulement leurs sucres arrivent sur le marché au même prix que les nôtres, et comme ils jouissent d'une prime très-élevée qui nous fait totalement défaut, il est évident que leurpri.xde revient est plus élevé qu'en France. 11 estvrai de dire que les fabricants de ces pays gagnent de l’argent quand ici on en perd, ce qui entre aussi en ligne de compte dans le calcul.
Le Danemarck exposait du sucre en pain et des candis pour montrer qu'il s’occupe aussi de la fabrication du sucre.
La Suède, malgré sa position géographique, cultive la betterave. Elle montrait des spécimens de sa fabrication 1er jet, mélasses et raffinés obtenus par 38° de latitude nord.
Enfin la Russie ne fait que du sucre blanc, refondant tous ses roux qui ne
L'INDUSTRIE SUCRIÈRE
sont pas de vente, car la raffinerie russe n’achète que les poudres blanches. Aussi les sucres russes de lor jet sont-ils d’une grande richesse. Nous n’avons donc vu il l'exposition russe que des sucres blancs en pain et en poudre, parmi lesquels on peut citer ceux de la fabrique de Horovka qui nous montrait un anneau cylindrique de cristallisé blanc aggloméré par le travail de la turbine dont il a épousé la forme, et de la fabrique de Trostianetz, qui a détaché également de l’intérieur d'un centrifuge des pains eu forme de segments cylindriques; nous ajouterons que presque toutes les grandes fabriques ont envoyé des échantillons de leur travail, telles que Olchana, Kojanka, Woronzov etc., ainsi que celles de la Pologne et de la Finlande qui ont fait une exposition collective.
Nous terminerons ainsi l'élude de la fabrication du sucre de betterave dont les progrès ont été si rapides et continuent leur marche ascendante plus lentement, mais avec plus de science et dans le sens de perfectionnement plutôt que de l’invention. Nous allons passer en revue les appareils et les produits se rattachant au travail de la canne.
FABRICATION DU SUCRE DE CANNE
Nous aurons peu de choses dire sur l’exposition de la canne proprement dite, car la difficulté avec laquelle'ce roseau se conserve a arrêté le bon vouloir de ceux qui auraient pu nous en présenter les diverses espèces. Cependant nous avons trouvé dans les colonies portugaises quelques bocaux contenant des échantillons assez restreints de celles que l'on y cultive. On y a vu les divers aspects sous lesquels elles se présentent : les unes vertes, les autres rouges, quelques-unes rubannées.
Moulins à canne. — Les moulins qui servent à écraser la canne sont en grand nombre.
Ceux exposés par la maison Cail, (fig. 1 et 2, pl . XI) par lesquels nous commençons quoiqu’ils ne présentent rien de nouveau, mais parce qu'ils ont servi de types à tous les autres constructeurs, et que c’est sur eux que l'on a elfectué tous les perfectionnements successifs que l’on a apportés dans leur agencement, se composent de trois parties principales. Le moulin proprement dit, la transmission de mouvement, et la machine motrice.
Le moulin a trois cylindres horizontaux de 0,80(> de diamètre et Im,300 de longueur, et écrase 300,000 kilog. de canne en 22 heures, avec un rendement de vesou de 70 il 73 °/0 du poids de cette canne. La vitesse de rotation des cylindres est de deux tours par minute, les proportions larges données aux tourillons d’appui des cylindres, les soins particuliers apportés aux clavetages de ces cylindres sur leurs arbres, la disposition des bâtis, permettant la sortie facile des cylindres inférieurs, tout en assurant la répartition rationnelle des efforts, garantissent ces appareils contre les ruptures auxquelles ils pourraient être sujets.
Les organes de la transmission sont solidement établis et reliés entre eux par un bâti en fonte, de manière à assurer aux arbres une position invariable; les segments des roues d’engrenage sont rapportés sur les bras afin de permettre le remplacement facile d'une partie, il l’exclusion des autres, s'il venait à se produire une rupture de dents.
Le système mécanique porte en outre une pompe alimentaire, une pompe vesou, un bac à vesou placé directement à la suite de la plaque du moulin, un conducteur de cannes et un conducteur de bagasse dont les mouvements sont
FABRICATION DU SUCRE DE CANNE
supportés directement par les bâtis du moulin et dépendent des arbres de celui-ci; le conducteur de cannes est en outre muni d’un débrayage à friction permettant d’arrêter au besoin la trop grande arrivée de cannes.
La machine à vapeur est horizontale, à changement de marche et sans condensation, la vapeur d’échappement étant utilisée à l’évaporation ou cuisson des vesous. Enfin l’ensemble de cet appareil se présente dans des conditions faciles d’installation, les bâtis des trois parties qui le composent ayant été dis-
Fig. 46. — Moulin à canne, (Fives-Lille).
posés pour être placés sur des massifs peu saillants au-dessus du sol et sur un même plan horizontal.
Le moulin exposé par la maison de Fives-Lille, fîg., 46, à 0m,800 de diamètre et tm,600 de longueur, et peut travailler 240,000 à 250,000 kilog. de cannes en 24 heures.
Les arbres des cylindres sont en acier doux, ce qui leur assure une trèsgrande résistance et donne de très-bons frottements dans les coussinets. Les cylindres inférieurs reposent dans des coussinets montés sur glicière à rotule, et dont la face externe, garnie d'une plaque en acier, s’appuie sur l’extrémité des vis de pression qui servent à régler l’écartement des cylindres.
Au-dessous des cylindres inférieurs, et remontant entre les deux, se trouve, dans tous les moulins, une pièce appelée bagassière forçant la bagasse après la pression entre le premier et le deuxième cylindre, à. suivre le mouvement de rotation et à repasser entre le premier et le troisième cylindre pour subir une seconde pression. Ordinairement on démonte la bagassière en retirant une lige parallèle aux cylindres qui la soutient et dont les extrémités s’appuient sur chacun des côtés du bâti. La maison de Fives-Lille construit la bagassière en deux parties, elle repose alors à ses extrémités sur deux fortes consoles fondues avec les bâtis, et en son milieu sur un chevalet fixé à la plaque
L'INDUSTRIE SUCRIÈRE
do fondation du moulin, d’où résulte une plus grande solidité et un démontage facile.
Les bâtis portant les cylindres sont à section tubulaire, ce qui, pour un poids de métal déterminé, leur donne la plus grande résistance dans tous les sens.
Le transporteur de canne a 50 mètres de longueur, et le conducteur de bagasse 12 mètres. Le transporteur de canne est muni sur son arbre de commande d'un manchon ii friction. Pour soulager le bâti du poids du transporteur, ce dernier est soutenu sur deux colonnes et boulonné au moyen d'une portion en forte tôle après le bâti.
La machine motrice a une puissance de oa chevaux, elle est horizontale avec changement de marche à vis et détente par coulisse et n’a pas de condensation. Cette machine a en outre plusieurs perfectionnements sur lesquels nous ne disons rien, étant du ressort de la mécanique et non de la fabrication du sucre.
La transmission du mouvement de la machine au nioulin est composée, comme dans le modèle précédent, de deux couples d’engrenages assemblés de la même manière; nous n’en dirons pas plus long, ces appareils, sauf les quelques modifications importantes indiquées, ressemblant à ceux de la maison Caii. D’ailleurs leur construction est irréprochable, et l'ait honneur à la maison qui a exposé ces machines.
M. Rousxelol a montré dans la section des colonies françaises un petit modèle en bois du moulin construit à la Martinique d'après son système, par la maison Lccointe et Villelte. Ce système est à deux couples represseurs. Dans ce modèle on conserve le moulin ordinaire à trois rools et à deux pressions. La bagasse qui en sort est imbibée d'eau, et remontée au moyen d’une chaîne à godets pour être passée entre deux rouleaux horizontaux superposés formant un couple presseur. En sortant de ce couple, la bagasse est de nouveau mouillée et repassée de la même manière dans un second couple presseur. De cette façon la canne a subi quatre pressions successives, deux dans le moulin ordinaire, puis une dans chacun ees couples represseurs qui suivent, et entre chacun desquels on a fait subir une imbibition à la bagasse.
La disposition des couples presseurs avec un petit rouleau entraîneur est trèsingénieuse. L'inventeur se propose dans les nouvelles installations de supprimer le moulin â trois rools et de faire passer la canne dans quatre couples presseurs successifs, pour avoir un travail plus régulier et supprimer la bagassière des moulins à trois rools et ses inconvénients.
Nous avons indiqué dans notre première partie (p. i-0) l'importance qu'il y a à represser la bagasse après imbibition et les rendements que l’on a obtenus à la Guadeloupe. Le moulin Rousselot réalise, parait-il, pratiquement ces résultats.
Contre un des murs de la même salle, M. Duchassaing a exposé un dessin de sa méthode de répression essayée au « Moule » et qui lui a valu la grande récompense volée par le gouvernement de la Guadeloupe.
MM. Brissonneau frères et Cie à Nantes, de concert avec M. B. Laliaye de la Guadeloupe, ont cherché â réaliser les mêmes résultats en concentrant en une seule machine l’ensemble de tous ces couples represseurs, en effet, ils ont exposé un modèle en bois, grandeur naturelle, d’un moulin à huit cylindres à pression multiple, avec injection d'eau de vapeur ou de vesou, selon les besoins, entre chaque pression. L’appareil se compose de quatre couples de cylindres horizontaux, comme dans l’appareil précédent, montés sur le même bâti à la suite les unes des autres, de façon à produire quatre pressions successives et continues dans un plan horizontal. Les premiers cylindres sont cannelés pour faciliter l’entrainemcnl, et viennent immédiatement à la suite de la table iu-
FABRICATION DU SUCRE DE CANNE
cliiiée sur laquelle glissent les cannes. Les bagassières qui se trouvent entre chaque cylindre sont doubles, une en haut, une en bas, conduisant parfaitement la canne ; elles sont creuses, percées de trous et servent à l’introduction à volonté de l’eau, de la vapeur ou du vesou. Le vesou provenant de chaque cylindre tombe dans des cuvettes séparées venues de fonte avec la plaque de fondation du bâti. Voici comment on opère avec ce système. Le jus résultant des deux premières pressions est envoyé immédiatement à la défécation. Le jus provenant de la troisième pression est injecté dans la couche de bagasse qui va être soumise A la deuxième paire de cylindres et celui provenant de la quatrième pression est envoyé dans la bagassière qui précède la troisième pression. Entin la bagasse est injectée d'eau pure avant de subir la quatrième pression. Dans certains cas au lieu du liquide on injecte la vapeur d’échappement qui favorise la dissolution complète des dernières traces de sucre. De la sorte on opère un lavage complet et méthodique de la bagasse trèssimplement avec beaucoup de propreté, et sans avoir recours à d'autres dispositifs qu'un jeu de pompes agencées pour cet usage.
Le moulin qui figurait à l’Exposition présentait deux paires de cylindres coupés perpendiculairement à leur axe ainsi que leurs bagassières, pour montrer la structure intérieure, dette machine est extrêmement bien étudiée dans tous ses détails pour en rendre la marche correcte, et présente une foule de détails que nous ne pouvons mentionner. Elle est mise en mouvement par une machine à vapeur horizontale avec détente Meyer variable par le régulateur, et par l'intermédiaire d’un couple d’engrenage commandant un pignon sur lequel s'embrayent deux roues dentées égales communiquant chacune le mouvement à deux paires de cylindres.
La machine exposée avait des cylindres de 1 mètrede longueur sur 0m,700 de diamètre et travaille 10, 000kil.de canne par heure; elle était commandée par une machine de la force de-iOchevaux, et valait 95,000 francs, machine, transmission et pompes comprises, avec une prime de 150 à 200 fr. par millions de cannes travaillées.
MM. Brissonneau frères en construisent de plus petites écrasant 8,000 kilogr. et de plus grandes pour 18,000 kilogr.
Les résultats obtenus avec cet appareil à la Guadeloupe sont remarquables. Il augmente de I */2 à 2 % *e rendement de la canne. La forme des bagassières fait que l'on opère pour ainsi dire en vase clos. Le vesou sort des deux premières pressions très-chaud, et il arrive par conséquent à la défécation sans avoir subi la moindre altération, et, en raison de cette chaleur acquise, exige moins de vapeur pour cette opération, et par suite moins de combustible. La bagasse, après la quatrième pression, sort également très-chaude et par ce fait seul, avant d’atteindre les générateurs, elle a perdu une grande partie de son eau; de plus, et comme dernier avantage résumant tous les autres, la bagasse sort du moulin presque complètement dénuée de sucre. Cette machine se recommande donc à tous les planteurs comme solution du grand problème de l’extraction complète du sucre de la canne.
MM. Brissonneau frères exposent encore un petit moulin à canne divisible en colis de 80 kilogr. construit tout spécialement pour les pays de l’Amérique du Sud, qui produisent beaucoup de cannes dans les vallées, mais ne sont accessibles qu'en traversant des montagnes; aussi des mulets seuls peuvent-ils transporter les appareils nécessaires à l'établissement des usines. Ces moulins sont mis en mouvement par des chevaux, bœufs ou mulets. La même transmission met en mouvement une petite turbine dont les paniers ont des dimensions variables de 0m,50 à 0m,30 de diamètre.
Enfin nous avons trouvé dans l’exposition anglaise des moulins à canne action-
L’INDUSTRIE SUCRIÈRE
directement par un cylindre à vapeur, construits par G. Buchanan cl 6’ie. Il y en a trois modèles, ainsi qu’un quatrième mu par force animale. Le modèle A sc compose d’une machine à vapeur de la force de 12 chevaux à transmission directe et à haute pression, de trois cylindres écraseurs munis de double engrenage, le tout constituant une machine unique complète montée sur le même bâti, ce qui a pour avantage de ne pas nécessiter de grandes fondations, ni un terrain bien solide, et ne présente pas de difficultés d’installation, la hase unique étant parfaitement rigide.
La construction de M. G. Buchanan est très-solide; les arbres qui portent les cylindres, les pignons, la tige du piston sont en acier; les cylindres sont assujettis à la presse hydraulique sur leurs arbres: ils peuvent être enlevés en quelques minutes de dessus leurs coussinets, qui sont établis dans de très-bonnes conditions.
On peut avec ce moulin fournir i- à 5 tonnes de sucre par jour, suivant la qualité de la canne.
Nous devons rendre justice au constructeur anglais sur la perfection de sa machine et l’excellent principe sur lequel elle est agencée. Aussi, nombre de ces moulins a-t-il été vendu dans les Indes anglaises, dans les Antilles, à Bourbon, Java, Cuba, Natal, au Pérou, etc., ce succès de la part des intéressés est la meilleure recommandation que l’on puisse lui donner.
Le modèle X construit identiquement sur le même principe et avec les mêmes soins est fait pour produire le jus nécessaire à la fabrication d'une tonne de sucre par jour environ. La forme générale de la machine est la même, et à cause de son peu de poids, ne réclame presque aucune fondation ; de sorte qu’on peut la transporter d'un point à un autre des plantations. La machine motrice n'est que de 3 chevaux, et peut prendre sa vapeur d’une locomobile.
Le modèle XX est fait pour produire 758 kilogr. de sucre par jour, et exécuté avec le même soin que les autres.
Enfin le petit moulin avec moteur animal est également exécuté avec toute l'attention nécessaire pour être d'une grande solidité, et d’un démontage facile. En résumé, l'exposition des moulins à canne de MM. G. Buchanan et G'1» était trèsremarquable, et dénotait un sens pratique qui met leurs machines à la portée de toutes les industries.
En dehors du procédé de pression, l’Exposition présentait un autre mode d’extraction du sucre de la canne, dont les appareils sont construits par MM. Mignon et Rouart. En effet le système d’écrasement sous des laminoirs a le défaut grave de ne pas décortiquer le tissu ligneux, et de ne pouvoir exercer que des pressions limitées. Dans les dispositions nouvelles, la canne, en passant dans le défibreur, est d'abord réduite en une sorte de pâte, est ensuite, soumise à la pression énergique et variable d'intensité d’une presse hydraulique à piston différentiel.
MM. Mignon et Rouart construisent pour MM. Labrousse des machines à faire la pâte pour la fabrication du papier de paille, et ces machines donnent d’excellents résultats. Ils ont pensé qu’en raison de l’analogie qui existe entre la paille et la canne à sucre, on pourrait vraisemblablement broyer celle-ci avec un appareil Labrousse convenablement modifié et agrandi. Le succès a répondu à leur attente de la manière la plus complète.
L’appareil défibreurse compose d'un arbre de 0m,20 de diamètre et 2 mètres de long, sur lequel sont calées un grand nombre de dents à trois branches en fonte, fer ou acier, et rangées en hélice le long de l'arbre, de telle sorte que l'ensemble de toutes ces dents forme les différents éléments de trois surfaces héliçoïdales de l’ordre des vis.
Cet arbre garni de lames tourne dans une enveloppe en fonte, sur les parois
FABRICATION DU SUCRE DE CANNE
de laquelle se trouvent fixés des peignes composés de lames semblables entre elles, et en nombre égal au nombre des lames de l’arbre. A la gauche de l’appareil, où entreront les cannes, il y a trois peignes fixes placés il 90° l’un de l’autre; à la droite, où sortira la canne broyée, se trouvent quatre peignes mobiles, de manière à diminuer à volonté l’espace compris entre les lames et les peignes pour obtenir un broyage plus ou moins complet de la canne. On conçoit que la canne déversée dans l’appareil à gauche, au moyen d'une trémie de lm,20, se trouve prise entre les peignes et les dents animées du mouvement de rotation et est broyée aussi menu que l’on peut le désirer, vu la puissance des éléments de la machine. Elle en sort pétrie à l’état de magma sucré, et tombe dans la presse.
L’expérience a montré que pour réaliser l’extraction complète des jus sucrés, aussi bien de la pulpe de betterave que de celle sortant du défibreur, il faut atteindre et même dépasser des pressions voisines de 80 atmosphères, mais ces fortes pressions ne sont utiles que vers la fin de l’opération et sur une course très-petite. MM. Mignon et Rouart sont arrivés à réaliser cette pression dans les meilleures conditions possibles au moyen d’un piston différentiel hydraulique ainsi conformé. Le piston est formé d’un gros cylindre surmonté d’un autre de plus petit diamètre, le tout contenu dans un corps de pompe unique muni de deux cuirs emboutis correspondant à chaque cylindre. La pression agit d’abord sur le petit diamètre, et cela pendant presque toute la durée de la course. Ce faisant, le piston de gros diamètre descend dans l’enveloppe qui lui sert de cylindre. Cette enveloppe est en communication avec un réservoir d’eau supérieur qui remplit immédiatement la capacité restée libre par la descente du piston; de sorte que quand on fera agir la pression sur le piston de grand diamètre, on n’aura réellement ù fournir en eau comprimée que la très-petite quantité nécessitée par une course de quelques centimètres. L’ensemble des pistons est remonté par un appareil hydraulique placé au sommet de la presse.
La bouillie de canne tombe dans un cylindre à paroi filtrante très-résistanté dans lequel s’engage un piston sur lequel s’exerce la pression hydraulique. La paroi filtrante est basée sur ce fait que si l’on met en contact deux surfaces métalliques, quelque soin que l’on prenne à les roder, il est très-difficile de leur faire former un joint qui ne perde pas. Cette paroi est donc composée d’une série de barres rectangul ailles très-résistantes placées à côté les unes des autres, reliées par des frettes, et tournées toutes ensemble suivant le diamètre voulu.
11 y a trois de ces cylindres filtrants disposés concentriquement à un axe autour duquel ils se meuvent entre deux plateaux, l’inférieur servant d’assise à la presse. De cette façon chaque filtre vient se présenter successivement, par simple rotation, à l’emplissage par la canne broyée, puis à la pression, et enfin à l’extraction du tourteau qui se fait par la partie inférieure.
Cet appareil a fonctionné à la Guadeloupe, à l’usine de Marly, et peut défibrer 60,000 kilogr. de canne par jour avec un rendement de 77 °/0 de vesou. En défibrant de la bagasse sortant d’un bon moulin ordinaire, la nouvelle presse extrait encore 21 °/0 de son poids de vesou.
Ces appareils, quoique nouveaux et livrés à des ouvriers inexpérimentés, ont donc une puissance d’extraction très-grande et réalisent un certain progrès dans l’industrie sucrière coloniale; ils sont d’autant plus remarquables que le. principe en est tout nouveau, et qu’ils répondent à une idée vraie que le moulin et la diffusion des rouelles de canne, n’avaient pas entièrement résolue. L’avenir décidera si la machine de MM. Mignon et Rouart, essayée seulement pendant une campagne, répond en tout cas aux besoins de la sucrerie de canne; quoiqu'il en soit, l’exposition de ces constructeurs était fort remarquable, et l’application qu'ils ont réalisée digne d’encouragement.