TOME II. — NOUV. TECH
L'INDUSTRIE SUCRIÈRE
Défécation. — Nous n'avons pu dans noire première partie donner des dessins convenables des chaudières à déféquer employées dans la sucrerie de canne. La maison Cad a eu l’obligence de nous communiquer ceux des appareils qu’elle construit à cet effet et que nous reproduisons. Ils sont de deux sortes : les uns à double fond, les autres à serpentin.
Les premiers, tout eu cuivre (lig. 3,pl. IX', qui ont le fond hémisphérique, se vident par une large ouverture sur laquelle on peut placer à volonté un tube percé aune certaine hauteur de lumières latérales. L’usage de ce tube est de permettre la décantation des jus clairs au-dessus de la bourbe qui tombe au fond de la chaudière et dont la hauteur ne dépasse pas la partie inférieure des lumières. Lorsque tout le jus clair est décanté on enlève le tuyau, et la bourbe passe à son tour. On a eu soin dans ce cas de fermer le robinet des jus clairs et d'ouvrir celui qui conduit la bourbe dans un caniveau spécial juxtaposé au premier. A gauche de la ligure on voit le robinet qui amène le vesou, un autre plus petit pour l’eau de lavage; à droite le robinet de vapeur qui est mis à la main de l’ouvrier au moyen d'une coudurc du tuyau de vapeur.' Les eaux de condensation s’écoulent par un petit tube placé au-dessous à gauche et muni d’un clapet d’arrêt évitant le refoulement de l’eau condensée. La fig. 2 représente une chaudière en tôle avec serpentin pour le même usage. Les dispositions y sont les mêmes que dans le précédent.
On fait, comme nous l’avons dit dans notre première partie, très-souvent usage d’une seconde chaudière, dite à clarifier (fig. 3 et 4), en cuivre ou en tôle, comme les précédentes, et présentant les mêmes dispositions générales. Seulement elles sont entourées d'une gouttière à leur partie supérieure, dans laquelle s’écoulent les mousses pendant la forte ébullition que l’on y fait subir au vesou. Ces mousses retombent dans la gouttière des boues au moyen d'un tube latéral à la chaudière, indiqué à droite de la figure.
Enfin les planches XII et XII I nous indiquent comment la maison Cad fait le montage des fabriques de sucre de canne avec les appareils nouveaux, et planchers tout en fer. Le vesou, sortant du moulin, qui seul n’est pas représenté, passe dans le réchauffeur qui suit le triple effet (planche XII;; une tuyauterie spéciale permettant de supprimer ce réchauffage, monte dans les chaudières à déféquer accouplées, s’écoule dans les bacs à clarification placés au-dessous, sont repris alors par le triple effet, et expédiés à sa sortie à l'état de sirop au moyen d’une pompe dans un bac élevé servant à l’alimentation de la chaudière à cuire (planche XIII). En sortant de la chaudière à cuire on coule la masse dans deux bacs qui dominent une batterie de turbines Weston dans laquelle on la fait écouler. Les bacs qui sont indiqués derrière, rangés le long de la muraille, reçoivent la mélasse écoulée des turbines et reprise par une pompe montée sur la machine motrice des turbines. Cette installation légère et correcte est le type de celles que la maison Cad a fournies dans tout l’univers.
Enfin la fig. 3, pi. V représente l’appareil que la maison Cail fournit aux fabriques de sucre pour la distillation des cannes et mélasses.
Évaporation. — Les appareils spéciaux d’évaporation du vesou à l’air libre, étaient de trois sortes à l'Exposition. Dans la section anglaise M. Buchanan a présenté une chaudière Wetzell (lrc partie, p. 39 et fig. 2 pi. IV,) à tubes droits, se chauffant au moyen de la vapeur de retour.
L’appareil est placé sur un châssis de fonte, et reçoit son mouvement d’un arbre horizontal placé en dessous, avec double engrenage, ce qui empêche les tubes de supporter le moindre effort et prévient le cas de fuite de vapeur par les joints. C'est une très-belle machine bien conditionnée.
M. Droux a exposé dans la section française, annexe des machines, classe 53,
FABRICATION DU SUCRE DE CANNE
un appareil composé d’un fort serpentin tournant dans une auge, et dans lequel circule la vapeur.
M. Chenaillier dispose dans une même auge sur trois axes parallèles et dans le même plan horizontal trois séries de neuf lentilles chacune, en cuivre, de 1 mètre de diamètre environ et à travers lesquelles circule la vapeur. Le vesou contenu dans l’auge est relevé chaque fois par dessus les lentilles au moyen de godets de cuivre soudés sur leur périphérie et qui se vident sur leurs parois extérieures, aussitôt qu’ils dépassent un certain angle. De la sorte la vapeur est parfaitement employée. La construction de l’appareil est d’ailleurs bien comprise.
A côté de cet évaporateur, M. Chenaillier a exposé un petit modèle d’un appareil à évaporer dans le vide, composé des mêmes séries de lentilles tournant dans une chaudière close.
Là se termine la série des machines ayant trait à la fabrication du sucre de canne. Nous allons passer en revue les produits qui ont été exposés par les différents pays sucriers exotiques.
Sacres de canne. — La plus importante de toutes ces expositions est sans contredit celle des colonies françaises. Nous avons vu en effet, dans la galerie spéciale affectée à nos produits coloniaux un magnifique ensemble de sucres de premier jet, à côté desquels sont des produits de qualité moins belle de fabrication courante, montrant que les bas produits sont en général aussi bien traités que les autres.
A la Martinique on remarquait le travail de M. Quennesson qui a exposé des sucres en pain et tapés, des premiers et deuxièmes jets en petits cubes pour la consommation, et des premiers jets en sable blanc à petits grains.
L’usine centrale de la Trinité, les usines de Sainte-Marie, Saint-Pierre, etc., ont exposé de beaux sucres de Ier et de 2° jet.
Les sucres des fabriques de Petit-Bourg, Chalvet, LaTartane, Basse Pointe, etc., sont de nuances diverses.
A la Guadeloupe, les usines Darbousier, Zévallos, Blanchet, Duchassaing, etc., ont envoyé des sucres qui rivalisent de beauté et de grosseur de grain; elles donnent aussi les sucres de fabrication courante.
La Réunion a envoyé des échantillons des usines de Saint-Pierre, Sainte- Rose, Saint-Paul en très-gros grains jaunâtres. Les fabriques de Laugevin et Piton ont des sucres blancs de moyenne qualité, et ceux des fabriques de Dugol, Sainte-Suzanne, etc., sont moins beaux, mais en somme ces sucres sont très-secs, et malgré la nuance jaunâtre générale c'était une très-bonne exposition.
La Nouvelle-Calédonie a montré quelques bocaux de sucre en petits grains, nuancés et peu secs.
Enfin la Cochincliine a exposé des sucres en petits grains blancs de l’usine de Bienhoa, ainsi que trois llacons de sucre en grains clairs, et une sorte de sucre en pain très-grossier, coulé en plaques et rempli d’yeux. L’usine d’Hoemon a des sucres nuancés et celle de Donyvan des sucres candis défectueux.
Si maintenant nous visitons les autres pays nous voyons en général leur exposition inférieure à la nôtre; c’est que la France ayant pris l’initiative du beau travail en sucre de betterave, a doté ses colonies de tous ses appareils perfectionnés, et le mouvement se propageant lentement dans ces pays chauds, bien peu d’usines dans d’aulres contrées se sont montées comme les nôtres.
Ainsi Vile de Cuba, qui cependant possède des appareils à évaporer dans le vide, présentait, sous un dais soutenu par des cannes à sucre, des sucres grossiers ainsi que des sirops et des mélasses.
L’INDUSTRIE SUCRIÈRE
La Louisiane a envoyé des sucres évaporés en plein air qui sont assez blancs et très-fins, mais encore humides, car ils se purgent dans les bocaux.
L’Inde a de très-vilains sucres et des mélasses qui cristallisent encore, et à côté de cela des sucres blancs humides plus ou moins nuancés, qui ne sont pas malgré cela plus purs que les autres.
Les expositions de l’ile Maurice , de Démerara (Guyane anglaise) étaient remarquables cependant, car la fabrication dans ces pays est méthodique, et l’on y fait usage de la cuite dans le vide. C’est dans l’ile Maurice que l’on emploie le travail au sulfite dont nous avons parlé dans notre première partie.
Dans les sucres de la Trinité on retrouve ceux produits par le concrclor décrit précédemment aussi.
Le Pérou possède aussi de beaux sucres, des raffinés, des sucres en tablettes. En efi'et les usines du Pérou sont modernes et outillées merveilleusement.
Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur ce sujet quelque intéressant qu’il puisse être, parce que le classement des produiLs. sucriers exotiques se forme de lui-même selon que l'outillage des usines y est ancien ou moderne, ce qui fait que la même contrée peut produire les échantillons les plus extrêmes, et nous renvoyons nos lecteurs è l’exposition de nos ports de commerce dont nous disons quelques mots dans notre conclusion, pour embrasser d'un coup d’œil la différence qui caractérise les sucres de chaque contrée.
RAFFINAGE
Nous aurons peu de chose à dire du raffinage, les exposants ne nous montrant généralement que des pains de sucre de la valeur desquels il y a peu à s’entretenir, ne possédant malheureusement pas d’analyse qui nous enseigne si telle ou telle usine fabrique mieux ou plus mal, n’ayant pas non plus de prix de revient qui nous apprenne si les bénéfices des raffineries parisiennes proviennent d’une meilleure méthode, ou d’un commerce plus savamment conduit. Nous remarquerons seulement une tendance remarquable chez les raffineurs à abandonner l’antique pain de sucre, et à faire des blocs plus faciles à scier, variables dans leurs volumes et leurs formes, mais, en tout cas, plus aptes à rendre au commerce et au consommateur les services qu'on lui demande. — • Les raffineurs qui ont exposé dans la classe 74, sont, parmi ceux de Paris :
M. Say , qui outre un très-beau pain cassé suivant une génératrice sur toute sa hauteur de manière à en montrer le grain brillant, outre d’autres pains classés comme consommation de nos pays, présente encore les qualités d'exportation ainsi que des pilés et des sucres en morceaux. — La raffinerie parisienne a placé dans sa vitrine de beaux pains de sucre en tablettes, des pilés et des blocs paraissant obtenus par turbinage direct. — MM. Jeanli et Prévost ont exposé des pains des sucres en morceaux et des sucres d’exportation. — M. E. François nous a montré des spécimens de ses sucres sciés ainsi que du sucre en poudre et en miettes. — De Marseille, les raffineries de la Méditerranée avaient envoyé des spécimens de tous leurs sucres d’exportation, variables comme texture de grain avec les pays auxquels ils sont destinés, pains et pilés, de plus des poudres et des vergeoises de leur fabrication.
Dans les expositions des raffineries de Nantes, on remarquait :
La raffinerie Cézard, pains et tablettes obtenus directement par turbinage. — La raffinerie Etienne qui a apporté deux énormes blocs de sucre parallépipédiques, avec des pains, des tablettes, du sucre à l'usage de l'armée, et des
RAFFINAGE
sucres cassés en morceaux. Ou retrouvait une seconde exposition de la raffinerie Etienne dans la galerie des ports de commerce.
Raffinage en fabrique , procédé Mérijot. — A l’exception de sucres raffinés en pains et en blocs, la raffinerie proprement dite ne nous offrait aucun spécimen de ses procédés. Au contraire, les fabricants de sucre ont montré un effort immense vers le raffinage direct en fabrique, et l'on sentait en parcourant la classe 74, qu’il suffit d’un revirement même minime dans nos lois fiscales, pour voir paraître sur nos marchés le sucre directement consommable, à l’exclusion du classique pain de sucre de nos raffineurs privilégiés; en effet, le sucre des fabriques est réellement d'uu prix inférieur au raffiné à cause delà maind’œuvre beaucoup moindre qu’ils comportent; leur pureté ne laisse rien à désirer, comme le montraient les expositions si belles de toute la classe 74; pourquoi donc consommer du sucre raffiné? pourquoi donc payer un surplus de main-d'œuvre à des intermédiaires inutiles, et ne pas trouver sur nos marchés des sucres directement consommables de nos fabriques? Parce que le mode de perception des impôts, comme nous l’expliquions précédemment, offre une prime au raffineur qui lui permet de vendre son sucre au même prix et même parfois meilleur marché que nos sucres de fabrique qui acquittent tous les droits, tandis que les raffinés n’en acquittent qu’une partie.
Cependant le raffinage en fabrique progresse chaque jour, et M. Mérijot, qui a exposé dans la classe 74 des pains et des blocs de sucre raffiné et les mêmes sucres cassés en morceaux, a fait faire à ce genre de travail un grand pas comme les produits qu’il nous montre en sont la preuve. Qui ne prendrait pas ses raffinés pour des produits analogues à ceux que l’on consomme journellement? Et en effet, ces sucres, sans passer par toutes les manipulations longues et encombrantes de la raffinerie proprement dite, proviennent d’un travail tout à fait analogue dans le fond et beaucoup simplifié dans la forme. Voici en quelques mots comment s’effectue ce travail.
Le sucre brut des fabriques est fondu, clarifié avec le sang, débourbé au filtre Taylor ou autres, filtré et cuit en grains, exactement comme nous l’avons expliqué dans l'article Raffinage. La masse cuite coulée dans un réchauffoir est versée dans des moules ayant la forme troncpyramidale, présentant les blocs de sucre exposés par M. Mérijot, et ces formes sont portées dans la salle d’empli où elles séjournent six heures; Pendant ce séjour on mouve la masse dans les formes, de manière à la rendre homogène ; et en effet, lorsque par le refroidissement elle se prend en bloc, toutes les parties du pain sont parfaitement semblables. Ces opérations sont d’ailleurs les mêmes que celles qui se font en raffinerie dans les emplis. C’est ici que le travail prend sa physionomie propre. Ces pains de sucre, en sortant des emplis, sont amenés sur des chariots dans une salle où sont installées des turbines d’une disposition spéciale, dont on voyait un spécimen dans l’exposition de la maison Cail et Cie, classe 32, et qui ont une forme analogue aux turbines allemandes. Dans le tambour on place les pains côte à côte, verticalement, au nombre de six, en appuyant la plus petite base du tronc de cône contre la toile métallique, et remplissant les espaces vides entre les pains par des coins en bois, on ferme le dessus du tambour qui n’a pas de rebord par un disque annulaire en tôle qui laisse A jour la partie centrale, et empêche le jeu des blocs dans le sens vertical, et l’on met en marche, tout en recouvrant toute la turbine d’un couvercle, au centre duquel un large tuyau vertical amène un courant de vapeur détendue et d’air. L’action de cette vapeur, qui pénètre profondément les pains de sucre, se fait bientôt sentir, et un clairçage régulier et complet s’effectue, ce que l’on remarque à la mélasse ou sirop vert qui s’écoule de la turbine, analogue à la mélasse de raffinerie par la couleur et l’aspect
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général. Cependant au bout d’un certain temps le sirop d’égout se décolore, le turbinage est terminé ; la buée est dispersée par un tuyau d’évacuation placé aussi sur le couvercle. Les pains après cette opération, qui dure 40 à 50 minutes, sont étuvés quelques heures et présentent l’aspect complet du sucre raffiné.
Les sirops d’égout sont filtrés, cuits, donnent un 2° jet d’une blancheur et d’unepureté presque égalesà celles dupremier.Lesucredes3e et4cjetssont refondus pour le raffinage; on peut faire parfois jusqu’à six jets. Les frais de raffinage par le procédé Mérijot sont de 4 francs par 100 kilogr. de sucre brut, avec un bénéfice de 6 à 10 francs suivant le cours. Remarquons que tout ce travail ne réclame d’autre machine particulière que les turbines, tous les autres appareils existant dans les fabriques ; en sorte que le raffinage en fabrique permet d’utiliser le matériel pendant toute la morte-saison de l’extraction du sucre, ce qui réduit les frais généraux d’autant. C’est donc un genre, d’entreprise digne des plus grands encouragements de la part de nos gouvernants, mais que l'on ne peut réussir aujourd’hui que dansles conditions particulières où se trouve l'usine de Bourdon (Puv-de-Dùme) où il est appliqué, à cause des primes des raffineries proprement dites.
Colorimètre. — Nous avons décrit dans notre première partie (page 44) le colorimètre (fig47.). M. Duboscq l'a modifié par l’addition sous les tubes T et T entre eux et le miroir M d'une pièce spéciale dont le but est indiqué dans notre figure 48. En etfet, lorsque la lumière vient d’un point unique oeu éloigné, et qu’elle se reflète sur le miroir M, elle diverge à droite et à gauche et n’éclaire que très imparfaitement la base des tubes T, pénétrant obliquement dans ces tubes. La disposition adaptée au colorimètre par M. Duboscq permet de venir chercher les deux rayons au même point de la source lumiueuse et de les obtenir de même nature et de même intensité. Dans ce but, entre les deux godets et le miroir, il place un système de deux prismes réfringents identiques, accolés base à base, le plan des deux arêtes de réfringence étant horizontal, et les bases étant bien exactement dans le plan médian qui sépare les deux godets. L’angle des deux prismes doit être faible et tel, que les rayons réfléchis par le miroir viennent après leur réfraction traverser les godets suivant leur axe, comme l'indique leur marche sur la figure. On évite ainsi une cause d’erreur provenant de ce que les deux faisceaux puisés jadis à des sources différentes ne pouvaient pas avoir la même intensité.
Le reste de l’appareil est le même, et notre figure 48 ajoute à la description que nous en avions faite dans notre première partie, plus de clarté pour comprendre la disposition ingénieuse qui a permis à M. Duboscq, premier constructeur de ces appareils, de comparer avec un même œil par la juxtaposition des deux images, en coupant par moitié le champ de vision, deux teintes différentes ou semblables, ce qui donne des mesures beaucoup plus exactes. C’est à Soleil que l’on doit le premier cette idée qu’il a appliquée d’une façon si ingénieuse et si savante à la construction de son saccharimètre.
Machines à diviser le sucre en morceaux — Une industrie nouvelle qui ne remonte pas à vingt ans, est celle qui consiste à scier ou casser le sucre raffiné dans des usines spéciales qui portent le nom de scierie ou casserie de sucre. En effet, depuis que le sucre est devenu l’aliment de toutes les classes et non plus un objet de luxe, la consommation française se portant uniquement sur le sucre en morceaux parallélipipédiques, l’immense travail nécessité par la division des pains s’est concentré dans quelques grands établissements qui, possédant de puissantes machines, réduisent à peu de chose la main-d’œuvre. En
RAFFINAGE
dehors de ces machines on en fait d'autres pour la petite industrie et pour l’usage domestique.
La division d'un pain de sucre en morceaux demande trois opérations : la division du pain en rondelles, la division des rondelles en lingots, et celle des lingots en morceaux, d'où trois espèces de machines.
Les premiers instruments dont on se servit en grand pour couper le sucre furent les scies circulaires de différentes dimensions pour effectuer les trois opérations. Les scies circulaires ont des défauts graves, tant au point de vue de
Fig. 47.
Colorimètre Duboscq.
Fig. 48.
Diagramme du nouveau colorimètre Duboscq.
la grande quantité de sciure qu'elles font, qu a celui des dangers qu’elles présentent pour les ouvriers.
M. Gentil, de la scierie parisienne, les a remplacées par des scies à ruban d’une disposition spéciale, dont il a exposé le modèle classe 52, groupe VI, annexe des machines, et qui débitent les pains, et comme ces scies ont moins de voie, que le travail en est plus délicat, et qu'elles demandent moins de force motrice, leur emploi est en tout avantageux.
Pour la division en lingots, et celle des lingots en parallélipipèdes, M. Gentil emploie une petite machine fort ingénieuse qui se compose d'une série de lames de scie circulaire de petit diamètre, calées sur le même axa horizontal et recouvertes d’un tambour pour recueillir toutes les poussières de sucre. Ces scies sont espacées selon la grosseur du morceau que l’on veut obtenir. Les
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rondelles de sucre ou bien les lingots sont poussés contre ces scies au moyen d'un système ayant la forme d’un peigne, dont les dents pénètrent entre chaque scie et poussent de l’autre côté les morceaux découpés. Par ces ingénieuses dispositions, que l’on voyait fonctionner 4 l'Exposition, un pain de sucre de lOkilogr. se trouve rangé dans une caisse, divisé en parallélépipèdes égaux et sciés sur toutes leurs faces, en moins d’une minute. Les déchets sont concassés, blutés et vendus suivant la grosseur du grain et la linesse de la poudre, ce qui achève dans l’usine de M. Gentil, l’installation complète de cette récente industrie.
La maison de Fives-LUle a exposé aussi une machine à casser le sucre lingoté, en parallélipipèdes, système Scheibler. Cette machine se compose d’une grande table en fonte, divisée par des rainures en saillie dans toute sa longueur, de manière à recevoir un nombre égal de rangées de lingots de sucre bout à bout. Vers le milieu de la table se trouve un système de deux couteaux horizontaux perpendiculaires aux rainures, animéstous deux d'un mouvement de va-et-vient dans le sens vertical, simultané et opposé, la table étant coupée en cet endroit pour laisser passer la tranche du couteau inférieur. De la sorte les lingots qui se présentent entre les couteaux se trouvent saisis par les deux tranchants et se cassent net à celte place. Un ensemble de tringles armées de brosses qui se meuvent dans le sens de la longueur de la table à laquelle elles sont ellesmêmes perpendiculaires, entraîne tous les lingots dehors sous les couteaux. Comme leur avance peut être plus ou moins accrue ou diminuée, les morceaux de sucre sont d’épaisseur variable à volonté, selon les exigences du commerce.
Deux de ces machines étaient exposées, lune mue par la vapeur, l’autre à bras. La machine grand modèle a une table de 600millim.de largeur utile, qui reçoit 12 rangées de lingots; elle produit par 10 heures de travail et suivant les dimensions des lingots 3 44,000 kilogr. de morceaux de sucre rangés en caisse, ou 5 à 6,000 kilogr. île morceaux non rangés. La machine petit modèle peut être mue à volonté à bras ou mécaniquement ; sa table a une largueur utile de 300 millim., et reçoit 6 rangées de lingots; dans ces deux machines d'ailleurs, les rainures sont suffisamment espacées pour recevoir des lingots de toute dimension. La production de cette machine par 10 heures de travail est de 1,500 à 2,000 kilogr. de morceaux rangés ou 2,500 à 3,000 kilogr. de morceaux non rangés, lorsqu’elle est mue par transmission.
Indépendamment de ces machines, on en trouvait d’autres pour la petite industrie fort intéressantes aussi ; telles sont la casseuse fort ingénieuse dite casseuse E. François, de Paris; les scies à bras et les casse-sucre de M. Tovany, de Toul, qui peuvent débiter un pain de 11 4 12 kilogr. en 3 minutes, ce qui répond déj4 4 une consommation importante, et les scies 4 main alternatives du même constructeur pour des besoins plus restreints.
Nous n’insisterons pas davantage sur ces machines qui nous écartent de l'Iiis toire de la fabrication elle-même, mais qu’il était bonde mentionner, de même que nous avons passé en revue dans tout le cours de notre travail les industries qui forment le corollaire de l’industrie du sucre.
Sucres candis. — Il est difficile d’imaginer déplus beaux cristaux de sucre, quant 4 la netteté des formes, la pureté des arêtes, et la limpidité de leur eau, que les candis exposés par M. Cossé-Duval, de Nantes (classe 74). Indépendamment de ces magnifiques spécimens qui mesurent 7 4 8 centimètres dans leur grand axe, on en rencontre d’autres beaucoup plus volumineux mais moins nols. de seconde cristallisation, et enfin une très-belle collection de terrines de candis blancset jaunâtres du plus bel aspect. A côté de ceux-14 nous remarquions l'exposition fort belle aussi de MM. Corhumel et Eudel, de Nantes, qui présentent d’énormes cristaux blancs légèrement teintés, ainsi que des candis marchands
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de toutes nuances: celle de M. Bourcart, de Nantes, qui, indépendamment d’échantillons de toutes nuances et de toutes dimensions, mettent sous les yeux des flacous de sirop en voie de cristallisation.
Dans la galerie de nos ports de commerce, nous retrouvons les expositions de MM. Bourcart, Siméon Lasnier, Brissonneau frères, qui ont des candis fort beaux.
En somme, la France nous offre de très-beaux spécimens d'une fabrication qui a fait d’immenses progrès, et qui se concentre à Nantes. Tous ces candis, d’ailleurs, sont faits avec des sucres de canne, dont quelques exposants nous montrent les échantillons à côté de leurs produits. Nantes emploie pour cette fabrication au moins 600,000 kilogr. de sucre exotique, et les candis qui en résultent sont presque exclusivement employés pour la fabrication des vins de champagne, ce qui explique le grand essort de la candiserie en France, et les efforts qui sont faits par les fabricants pour arriver au produit le plus beau, et dès lors le plus estimé des fabricants de vins mousseux.
La candiserie dans les autres pays n’offre rien de remarquable, et se présente généralement sous la forme de produits bruns préparés par des moyens barbares.
Conclusion. — Il se fabrique en Europe 1 ,270,000 tonnes de sucre de betterave dans lesquels la France entre pour 325,000 tonnes. La canne fournit 2,140,000 tonnes de sucre, soit un total do 3,110,000 tonnes de sucre qui sont transportées, consommées en nature ou raffinées, sur lesquels le cabotage, les chemins de fer, les fabricants de machines, les établissements métallurgiques, les houillères, enfin des millions d’ouvriers ont pu tirer profit, et que les gourvernements savent imposer à la quintescenee, surtout en France où le sucre paie eu droits plus que sa valeur marchande. La fabrication du sucre est une industrie toute agricole; en France la culture de la betterave à sucre s’étend sur plus de 100,000 hectares, sur plus de 300,000 dans le reste de l’Europe, et la canne occupe un espace d’environ 300,000 hectares. La betterave demandant une grande et continuelle main d'œuvre réclame les soins de nombreux ouvriers, qui, dans la mauvaise saison, trouvent de l’occupation dans les usines. Les pays qui s’adonnent à cette culture sont enrichis non-seulement par l’argent qui circule en abondance à la suite de ces travaux sans chômage, mais encore parce que les terres à betterave admirablement travaillées et fumées donnent des blés magnifiques, des récoltes abondantes, et que le nombreux bétail nécessité dans ces exploitations agricoles, nourri avec les résidus de la fabrique, ajoute la production de la viande et du fumier à celle que fournit le sol.
L’ensemble des nombreux intérêts mis enjeu par la sucrerie, de ces travaux si variés qu'elle procure dans toutes les branches de l’industrie et du commerce, son importance au point de vue foncier, pécuniaire et fiscal en font elle-même une industrie de premier ordre. Les gouvernements ne sauraient donc trop favoriser son essor par tous les moyens possibles, en éliminant les mesures administratives qui entravent leur développement, diminuant les impôts qui arrêtent la consommation du sucre, donnant toutes les immunités demandées pour l’emploi du sucre dans les industries latérales qui en réclament la franchise, en un mot faire en sorte que le sucre se répande dans l’usage de plus en plus, comme il fait en Angleterre où tout impôt est aboli sur cette denrée. Ils y trouveront leur avantage dans l’augmentation de la valeur foncière des pays betteraviers, dans celle des transports de charbon aussi bien que du sucre à poids égal, dans le développement des productions de toute espèce, dans l'échange et le roulement plus considérable du numéraire, enfin dans la richesse générale plus grande des contrées où l’on cultivera la précieuse racine. Puissent ces quelques
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vœux qui ne sont pas les miens seuls, mais eoux de tous les économistes versés dans la matière, se réaliser un jour dans notre belle France, et dans le monde entier, à la satisfaction de tous les intérêts.
Si maintenant il est une chose qui puisse donner à nos assertions un reflet de véracité plus grand que toute autre aux yeux des personnes qui ne sont pas exactement versées dans la matière, c’est la place énorme qu’occupait la betterave et le sucre à l'Exposition universelle. En effet, un quart, pour le moins> de l’exposition agricole du bord de l’eau était affecté au sucre et à la betterave ; qu’aurait-ce donc été si nos fabricants, se rattachant en cela à une pensée mauvaise inspirée par je ne sais quel esprit chagrin, ne s’étaient abstenus pour la plupart d’envoyer leurs produits, sous prétexte que les lois fiscales les forcent à faire des sucres de basse nuance. Heureusement quelques autres et des meilleurs, les meilleurs même d’entre tous, ont tenu il honneur de faire voir ;la puissance de nos appareils et la perfection de nos produits en marche normale dans leurs expositions particulières. Mais si nous quittons la section française, nous voyons en Hollande, nous voyons en Russie surtout, en Danemark, et en bien d’autres contrées du Nord, que la sucrerie est une industrie de premier ordre ; dans nos colonies, à la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, etc., même en Cochinchine, dans les autres pays du Sud, les Indes, les Amériques du Sud, les produits de la canne occupent une place des plus imposantes. En parcourant la si intéressante galerie de nos ports de commerce, sur la berge du quai de Grenelle, on voyait qu’à Nantes, au Havre, à Dunkerque, à Marseille, à Rordeaux, le sucre est le pivot d’un commerce important entre la France et les pays les plus divers, Démerara, Maurice. Java, la Martinique, la Réunion, Mayotte, Cuba, Rallia, Porto-Rico. Pernambuco, Vénézuela, l’Egypte, le Pérou, les Antilles, Bourbon, la Guadeloupe, etc. Que dans ces mêmes ports s’embarquent pour l’Angleterre et tout le monde entier nos raffinés de Paris et de Marseille surtout ; et ce que l’on n’y voyait pas c’est encore tout le commerce qui se fait sur nos frontières du Nord entre la Belgique, la Hollande, l’Allemagne, la Suisse et l’Italie, voire même la Russie. Le sucre est donc une richesse universelle, du Nord et du Midi, qu’il faut savoir exploiter, et non étouffer comme la poule aux œufs d’or.
Nous nous arrêterons là dans notre travail, trop écourté parce qu’il y aurait un gros volume à écrire sur les richesses sucrières de l’Exposition, tant au point de vue de produits que nous y rencontrons que de la morale qu’on pourrait en tirer au point de vue philosophique etéconomique tout à lafois, heureux toutefois si ces quelques pages ont pu entrouvrir les yeux de nos lecteurs sur la difficulté et l’intérêt si grand que présente la question des sucres, posée devant nos Chambres depuis vingt ans, et jamais résolue, quoique se rattachant à l’une des branches les plus importantes du commerce universel.
P. Horsin-Déon.
NOTES SOMMAIRES (1