‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 89 sur 95 · I. — Des abeilles · texte numérisé non relu

I. — Des abeilles

L’apicullure a sensiblement progressé depuis un quart de siècle. Les producleurs de miel ont cherché à se relever du coup funeste que leur a porté le développement de la fabrication du sucre de betteraves, et ils y sont arrivés en étudiant mieux l’art de conduire et de faire produire les abeilles Ce n'est pas seulement en France, mais dans la plus grande partie de l'Europe (pie ce mouvement s’est accompli, grâce à l’apparition de publications périodiques qui ont vulgarisé les méthodes perfectionnées. C'est surtout de l'Allemagne que sont sortis les premiers jets de lumière, et aujourd'hui on compte plus de trente journaux apicoles, allemands, français, anglais, polonais et italiens.

Pour la France, la production apicole était tombée à 13 ou 14 millions de francs il y a vint-cinq ans, et le pays était tributaire de l’étranger de 5 ou G millions, en miel et cire, pour compléter sa consommation. Mais depuis une douzaine d’années notre production apicole s’est élevée à 22 ou 23 millions de francs, et si nous importons encore de la cire non ouvrée, qu’en bonne partie nous réexportons ouvrée, nous produisons du miel au delà de notre consommation, et nous en fournissons à l’étranger. Dans le nombre nous signalerons nos miels surfins du Gûtinais, qui n’ont pas de concurrents, et nos miels de Bretagne, les meilleurs pour la fabrication du bon pain d'épice.

Le nombre des ruches cultivées actuellement en France est de 2 millions à 2,500,000. Les ruchers ont diminué d’importance,, mais ils ont augmenté en nombre dans les cantons où l’apiculture est bien faite. En règle générale, dans une bonne année, le nombre des ruches augmente d’un quart ou d'un tiers, mais dans une année mauvaise il diminue d'autant. 11 y a vingt-cinq ans on trouvait des possesseurs d’abeilles ayant de 1,000 à 1,500 colonies. Il n’est pas commun d’en rencontrer actuellement possédant plus de 4 ou 300 colonies. L’importance des ruches a diminué parce que, d'un côté, le prix des colonies a haussé et que, de l'autre, la main-d’œuvre est devenue plus rare, parlant plus fbère, en outre, On sait qu’il faut donner plus de soins pour obtenir un rendement plus grand. Le prix de la rucliée, qui était de 12 à 14 francs, a monté de 18 à 20 francs pour le Gâtinais. Le rendement en miel, qui était de 13 à 10 kilogrammes par ruche, est actuellement de 20 à 25 kilogrammes. Le prix des ruches s’est élevé, parce que, d'un côté, on en obtient un rapport plus élevé en miel et, de l’autre, parce que le nombre des possesseurs d’abeilles, éleveurs seulement, a diminué, les autres travaux agricoles absorbant le temps de ces apiculteurs.

L’apicullure s'est améliorée, grâce aux méthodes plus perfectionnées, aux soins mieux entendus; mais elle a fait un grand progrès le jour où des chemins de fer ont permis de transporter facilement F abeille au loin. Dès ce moment,

(1) Pour la Sériciculture, consulter la nouvelle Technologie des arts-et-métiers, lrc partie, t. 2, p. 191.

APICULTURE ET SÉRICICULTURE.

des races plus mellifiques et plus travailleuses ont été mises en relief et introduites dans les cantons où l’espèce indigène dégénérait parce que les abeilles d’une même souche fécondaient entre elles. L’apiculture pastorale a aussi pu s’étendre. Parmi les races les plus actives, il faut placer l’abeille ligurienne (abeille italienne ou jaune des Alpes), l'abeille carniolienne, l’abeille cypriote. L’abeille italienne a été la plus propagée : depuis vingt ans, elle a été portée sur tous les points de l’Europe, en Amérique et jusque dans l’Océanie; au Chili, on en compte des ruches de plus de mille colonies.

En France, la Société centrais d'apiculture et d‘ insec tologie s’est appliquée à propager les races italienne et carniolienne; grâce au transport facile des mères (femelles développées et fécondées) et à la manière simple et pratique de les faire accepter par des colonies étrangères, ces abeilles, surtout la première, ont été introduites dans toutes les localités mellifères importantes. La Société a aussi recommandé instamment l’introduction, dans les ruchers de colonies, d’abeilles prises dans d’autres localités, pour que la fécondation fût croisée.

D'après la statistique officielle, il y avait, fin 1873, en France, 2,073,703 ruches d’abeilles, se répartissant ainsi :

Départements les plus peuplés:

Ille-et-Vilaine . 96,038 ruches.

Finistère . 63,207

Côtes-du Nord . 60,000

Ardèche, Loire-Inférieure, Manche, Morbihan, Saône-et-Loire, au-dessus de . 40,000

Comme on le voit, ces départements sont isolés, et, sauf la Bretagne, ne constituent pas de contrées privilégiées dans notre pays pour la culture des abeilles.

Ces ruches produisent 93,112 quintaux métriques de miel et 27,021 quintaux métriques de cire, représentant la production approximative de la France entière.

IL — Sériciculture.

Dès l’Exposition universelle de 1867 on a pu constater qu’on s’occupait trèssérieusement en France, et déjà dans quelques parties de l'Europe, de l’importation et de l’acclimatation de plusieurs bombyx, producteurs d’une soie applicable à l’industrie. Beaucoup de personnes ont pensé à remplacer le ver à soie ordinaire; mais elles se sont rapidement convaincues qu’aucune autre espèce n’est capable de fournir une soie semblable et de donner l’éclat que la soie du bombyx du mûrier seule possède. Il est plus sage de songer à importer par d’autres vers une production diticrente et nouvelle fournissant des étoffes spéciales et pouvant répondre à d’autres besoins.

On a essayé avec des succès divers la soie de plusieurs grands bombyx, parmi lesquels il faut citer le bughy (bombyx mylitta) et l’arrindy (bombyx arrindia), tous deux du Bengale et des provinces voisines.

Puis on a essayé encore le bombyx de l’aylanthe ( atlacus cynlhia), dont on a obtenu des éducations assez grandes, et aussi le bombyx du chêne ibombyx Yuma-Maï). On a fait de ce dernier de nombreuses éducations qui ont bien réussi. Cependant il faut avouer que ces éducations ont été, non en augmentant, mais à peine en se soutenant depuis une dizaine d’années, résultat qu’il faut attribuer à la terrible maladie qui depuis tant d’années désole et ruine les régions séricicoles.

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