‹ Études sur l'Exposition de 1878Chapitre 105 sur 174 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

SOMMAIRE

Examen des différents appareils de distribution d’eaux figurant à l’Exposition universelle de 1878 : Compteurs à turbines et à ailettes. — Compteur à colonne d’eau. — Filtres David et Manceau. — Filtre Carré, système Chanoit. — Filtres Bourgeoise. — Appareils accessoires des distributions d’eaux. — Différents types de robinets de puisage. — Robinets-Vannes. — Bornes-fontaines : à l’abri de la gelée; à débit variable; évitant le coup de bélier. — Bornes-fontaines filtrantes. — Bornefontaine jaugée. — Tuyaux et conduites d’eau. — Tuyaux en fonte; en tôle; en poterie et en ciment. — Fabrication et pose des conduites en ciment. — Formule pratique servant à déterminer leur diamètre en fonction de la pression qu'elles doivent supporter.

1° Compteurs d’eau.

Dans la première partie de notre étude, nous avons dit qu’on pouvait distinguer trois systèmes de distribution, pour les eaux :

1° La distribution continue à robinet libre; 2° la distribution jaugée; 3° la distribution par compteur.

Avec le premier système, ou la Compagnie pour se prémunir contre des abus fera payer à l’abonné un prix trop élevé , ou ce sera le contraire et l’exploitation deviendra onéreuse pour l’entreprise.

On employait en Angleterre un mode de distribution connu sous le nom de ystème discontinu : à certaines heures , les fontainiers ouvraient le robinet d’arrêt, qu’ils venaient refermer quelque temps après, quand le réservoir de l’abonné était rempli. Il y avait, bien entendu, des robinets à flotteurs ou des tuyaux de trop-plein pour éviter le débordement des réservoirs. Ce système avait de nombreux inconvénients : en cas d’incendie, il fallait aller trouver le fontainier qui détenait la clef du robinet, et souvent la maison avait brûlé avant qu’on ait pu être mis en possession de l’eau nécessaire pour l’éteindre. Aussi, a-t-on renoncé à ce mode de distribution.

Dans la distribution jaugée, le jaugeage s’effectue à l’aide d’un diaphragme qu’on interpose dans le branchement de l’abonné de façon à n’y laisser passer dans les vingt-quatre heures que le volume d’eau concédé. Le jaugeage entraîne tous les inconvénients du système discontinu. Il faut nécessairement un réservoir pour recueillir le mince filet d’eau que débite le robinet. Ainsi , pour une concession de 13 hectolitres par jour, il est facile de calculer que le robinet

(1) Pour la lre partie, voir pages 43 et suivantes.

HYDRAULIQUE

ne doit laisser passer qu’un litre environ par minute et qu’il faudrait par suite un quart d’heure pour remplir un seau ordinaire. Si la maison dans laquelle on distribue l'eau admet plusieurs ménages, on voit de suite qu’il s’établit entre eux une solidarité gênante. Pour éviter cet inconvénient, on serait amené à faire aboutir toutes les conduites de distribution dans un réservoir public muni d’un robinet. En ouvrant ce robinet, à une heure quelconque de la journée, les habitants recevraient l’eau qui s’en échapperait avec une vitesse due à la charge du réservoir. Mais cette solution est évidemment toute théorique et on est forcé de convenir que la seule véritablement pratique consiste dans l’adoption d’un compteur, c’est-à-dire d'un appareil enregistrant aussi exactement que possible. le volume d’eau débité par le robinet de l'abonné.

En 186a, un ingénieur anglais, M. Siemens, inventa un compteur qui donne des résultats très-satisfaisants.

Avec cet appareil ou ceux du même genre, les abonnés n’ont plus à établir de réservoirs volumineux et encombrants et reçoivent l’eau sous pression. Ces avantages sont si frappants qu’à la Compagnie des Eaux de la Banlieue de Paris, la majeure partie des abonnés ont réclamé l’adoption du compteur, et qu’aujourd’hui il n’existe plus que de rares distributions à la jauge, ainsi que le prouvent les chiffres suivants : en 1872, les 23,100 des abonnés avaient un compteur; en 1870), cette proportion s’était élevée à 51,100.

Dans un grand nombre de villes, on a adopté ce mode rationnel de distribution. Ainsi : à Bruxelles, sur 17,976 abonnés, 9,571 sont desservis par compteur; à Liège, sur 2,400 abonnés, 2,200 ont un compteur; enfin, à Lille, un règlement rend obligatoire la distribution par compteur pour tous les usages autres que ceux exclusivement domestiques.

On remarquait à l’Exposition de 1878 plusieurs systèmes de compteurs, parmi lesquels il convient de citer le compteur Siemens et le compteur Faller, tous deux employés par un certain nombre de Compagnies et basés sur le principe de la rotation d’une turbine ou d’une roue mises en mouvement par le passage de l’eau dans l'appareil. D’autres types de compteurs fonctionnent à la manière d’une colonne d’eau, tel est l’appareil Hirt. Bien qu’il ne figurât pas au Champ de Mars, nous avons cru intéressant d’indiquer son mode de fonctionnement (p. 275).

Compteur Siemens. — Le compteur Siemens et Adamson, construit en Angleterre par MM. Guestet Cbrimes, est basé sur le principe de la force centrifuge. Il se compose d’une turbine H tournant sur un pivot vertical placé à la partie inférieure, et dans un collier placé à la partie supérieure (PI. V, fig. 1 et 2). L’eau est introduite au centre de l’appareil par un conduit A et elle en sort par des ouvertures courbes ménagées sur la turbine, en imprimant à celle-ci un mouvement de rotation. Un certain volume d’eau se trouve débité à chaque révolution de la turbine et on n'a qu'à enregistrer le nombre de tours pour connaître la quantité d’eau délivrée. Cet enregistrement est effectué au moyen de vis sans fin, pignons et engrenages différentiels montés sur le cadran et sur l’arbre des aiguilles, ainsi que le montre la coupe verticale de l’appareil (PL V, fig. 1).

Nous avons résumé dans le tableau page 273 les dimensions, prix et débits des divers numéros de compteurs.

Le compteur d’eau Siemens n’a pas la prétention d’être d'une exactitude mathématique, mais il enregistre les volumes consommés à moins de 3 0/0 près.

A la vérité, pour de l’eau vendue entre 23 et 50 centimes le mètre cube, on n'a pas besoin d’une plus grande approximation. On lui reproche de livrer l’eau, même quand il cesse de fonctionner régulièrement, et de causer ainsi des per-

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