I. — Matières premières employées
Suivant les divers usages auxquels sont destinés les câbles et les cordages, les matières premières qui entrent dans leur fabrication appartiennent aux trois règnes de la nature. Pour certaines spécialités, on fait usage des dépouilles des animaux, notamment pour les arbalètes et les instruments de musique; dans d'autres cas, on préfère les matières minérales, telles que l’amiante, le fer ou l’acier; enlin, plus souvent encore, on utilise des matières végétales, comme le caoutchouc, le gutta-percha et différents genres de fibres textiles. — Nous n’avons évidemment à nous occuper ici que des cordages en fibres textiles.
En règle générale, presque toutes les fibres d’origine végétale sont employées à faire des cordes. C'est ainsi que bon nombre de cordes d’ameublement sont faites en coton, et que les ficelles en usage dans certaines contrées ne sont autre chose que de l’étoupe de lin. Mais le plus souvent la corderie préfère à toute autre matière le chanvre d'Europe, qu'elle remplace, suivant les circonstances, par divers textiles exotiques, tels que le jute, le chanvre de Manille, l’aloès, le sunn, etc.
Les détails que nous avons déjà donnés sur le lin, le jute, le coton et le chanvre d'Europe sont suffisamment étendus pour que nous n’ayons plus besoin d'y revenir; mais il nous semble nécessaire de dire quelques mots des autres.
Le chanvre de Manille; appelé encore abaca, nous vient des Philippines, où on le rencontre principalement depuis Luçon, dans la province nord de Camarine, jusque Mindanao; on le cultive aussi à la Jamaïque et dans les Antilles. Ses filaments, soyeux et extrêmement résistants, atteignent jusque 3m,50 de long. On les retire des feuilles de différentes espèces de bananiers, et principalement du musa texlilis , soit en les râclant à l’aide de couteaux pour enlever le parenchyme et en les lavant ensuite, soit en les mettant en tas sur place, pour laisser écouler la sève et séparer ensuite plus facilement les fibres de la partie charnue. Ce dernier procédé donne aux filaments une couleur foncée et nuit à leur solidité ; il est plus employé aux Antilles qu’aux Philippines. Le chanvre de Manille que nous recevons en France nous vient exclusivement par voie anglaise : comme il est facile de s’en assurer par l'administration des douanes, aucun vaisseau des lies Philippines n’a eu, depuis nombre d’années, pour destination un port français. De cette façon, cette matière nous coûte plus cher qu'à nos voisins. Outre les frais d’un transport par voie indirecte, le chanvre de Manille, qui nous vient d’Angleterre, est encore frappé d’une taxe de 3 °/0 aggravée d’un droit de *%, soit 3 fr. 12 par 100 kilog., qui, depuis 1872, atteint toutes les marchandises arrivant chez nous par l’intermédiaire d'un autre pays : une exception a été faite pour les jutes.
L alors, qu'il ne faut nullement confondre avec le produit officinal du même
LA CORDERIE
nom, se retire de l’agave americana, soit par le raclage des feuilles charnues de cet arbre, comme on le fait pour le chanvre de Manille, soit par le pilage de ces feuilles eL leur macération dans l’eau. Dans les deux cas, les libres qu'on en obtient sont extrêmement résistantes, raides, très-blanches, et avant tout légères; elles se divisent par le froissement, sans acquérir pour cela plus de douceur au toucher.
Le sunn (crotularia jacea) nous vient très-peu en Europe. Il est surlout tombé en défaveur depuis qu’on a reconnu que, moins encore que le jute, il peut être soumis aux influences humides. Il est désigné sur les marchés d’Europe sous le nom de chanvre des Indes, chanvre brun de Bombay ou de Madras. La lilasse du commerce, d’une longueur d’environ 1 mètre, est généralement très-sale, emmêlée et remplie de parcelles d’écorce adhérant aux fibres. Pour retirer celles-ci de la plante brute, on en fait d’abord immerger le pied dans l'eau un jour durant. Cette partie de la plante, qui serait dure et grossière et fournirait, comme dans le jute, un pied d’écorce adhérant à la filasse, s’attendrit alors rapidement. On suit ensuite, pour le rouissage et la préparation du sunn, les procédés, quelque peu modifiés, qui sont employés pour le jute.
Le coir, que l’on emploie encore à la fabrication des cordages, est un textile de couleur rougeâtre, gros et tenace, que l’on extrait du brou filamenteux qui entoure les fruits du palmier (COCOS nucifera), désignés sous le nom de noix de coco. Ce tégument recouvre les noix sur une épaisseur de 4 à 5 centimètres. Sept noix donnent en moyenne 500 grammes de fibres brutes. Pour retirer ces fibres et leur donner moins de raideur, on fait séjourner les noix peudant un an dans un fossé rempli d'eau; l’eau croupit et se colore fortement; un battage énergique suffit alors pour nettoyer les libres.
L’hibiscus, autre genre de textile dont on fait aussi des cordes, ressemble extérieurement au sunn, à tel point qu'il est presque toujours confondu avec lui. C’est un textile de qualité médiocre, qui s’assouplit facilement, mais qui manque de ténacité. On le casse très-facilement avec l’ongle.