‹ Études sur l'Exposition de 1878Chapitre 132 sur 174 · II. — Produits de la corderie · texte numérisé non relu

II. — Produits de la corderie

La fabrication des cordages, qu’elle se fasse à la main ou à la mécanique, se divise toujours en trois parties bien distinctes :

1° Fabrication du fil de caret; 2° fabrication des cordes; 3° opérations accessoires.

La fabrication des fils de caret, c’est-à-dire des fils simples qui, par leur réunion, formeront un cordage, varie avec la matière employée et suivant les usines. Le peignage, par exemple, qui est l’opération préliminaire, ne peut évidemment se faire pour des textiles de 3 mètres de long, comme le chanvre de Manille, sur les mêmes machines qui servent à peigner d’aulres textiles beaucoup plus courts, comme le lin; à moins cependant que ce peignage ne se fasse à la main. De même, certains cordiers se contentent d'un simple banc à broches pour fabriquer le fil de caret; d’autres emploient des machines de différents systèmes.

La fabrication proprement dite des cordes varie avec le genre de produit ipie l'on veut obtenir : telle usine qui ne fabrique que des ficelles fines ou de petites cordes, ne peut avoir le même matériel que celle qui fabrique les gros cordages et les câbles.

Enfin, les opérations nécessaires, élrillagc, glaçage, pelotage, etc., se font à peu près constamment sur les mêmes machines; mais elles exigent souvent,

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lorsqu’elles se font à la main, un « tour de main » qui ne s’acquiert qu’à la longue et fait varier beaucoup les produits.

D'une manière générale, réunir entre eux plusieurs fils de caret et les tordre s’appelle commettre. Or, suivant le nombre de fois que des fils de caret sont commis ensemble, le produit qu’on en obtient porte un nom différent. Dans l’ensemble toutefois, plusieurs fils de caret tordus ensemble ne sont jamais autrement désignés que par le nom de toron. Il va sans dire que lorsqu’on forme un toron, on tord toujours les fils en sens inverse de la torsion des fils de caret, de même que, lorsqu’on réunit plusieurs torons ensemble pour en faire ce que l’on désigne plus génériquement sous le nom de câble, ces torons sont tordus dans le même sens que les fils de carat.

Le commerce fait généralement cinq catégories dans les câbles proprement dits. C’est ainsi qu’on distingue :

1° Les cordages commis une fois, qui se composent de trois torons tordus, ensemble;

2° Les cordages commis en quatre, formés de quatre torons au lieu de trois, entourant une âme (t), ou cordage mince formé de torons tordus en spirale, destinée à maintenir les torons extérieurs dans une bonne position;

3° Les septains, formés de six torons câblés autour d’une mèche (6 torons et une mèche font 7);

4° Les cordages commis en aussièrcs, formés de trois cordages commis une fois;

5° Les cordages plats, qui se composent de cordages placés ensemble pour former une bande plate, tordus alternativement à droite et à gauche afin d’empêcher le câble de tourner, et réunis entre eux par des cordes obliques. Ces cordages sont surtout employés dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais, et se fabriquent spécialement à Lens. Ils sont cousus à l’aide d’une forte machine à coudre munie de deux aiguilles très-solides, fonctionnant une de chaque côté, qui sont enfoncées à travers le câble par des vis horizontales agissant dans une direction oblique.

Mais en dehors des cordages, il y a encore les ficelles et les petites cordes dont les noms varient à l’infini. C’est ainsi qu’on appelle bitord l'assemblage de deux brins; merlin, celui de trois. Une corde faite de plusieurs fils commis et tordus ensemble est une aussière; plusieurs aussières commises ensemble forment un grelin (limite généralement adoptée, bien que plusieurs exposants nous donnent ici, à titre d'essai, plusieurs grelins commis ensemble), et ce n’est que lorsque la corde atteint certaines dimensions, qu’on lui donne le nom de câble ■ Outre cela, il y a encore les dreux, les chapelières, les longes, les traits, les hèlingues, les babines, les chablots, les fils à gorre, les luzins, les seizennes, les fils de fouet, les avançons, les lignes, etc., tous termes qui demanderaient une définition spéciale. La destination de chacune de ces cordes les fait encore varier de nom; c’est ainsi qu’on distingue les lignes à tambour, les lignes de sonde, lignes de lock, d’amarrage, etc. Nous ne parlons pas des patois et dialectes, qui changeât tellement d’une contrée à l’autre les noms d’un même produit, qu'il est impossible d’y rien reconnaître. Tous ces produits donnent lieu en France à un commerce assez étendu.

En 1835, l'industrie de la corderie comptait dans notre pays 290 établissements, d'une valeur de 3 millions de francs environ, occupant 2,068 hommes gagnant I fr. 30 à 4 francs par jour, 418 femmes dont les salaires variaient de 0 fr. 75 à

(1) Cette âme est ordinairement en étoupe de chanvre. On à essayé de la remplacer par des fils de zinc, mais cet essai ne parait pas avoir donné de résultats satisfaisants. Généralement, le diamètre de l’àme est presque toujours égal à celui des torons.

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1 fr. 50, et 769 enfants gagnant de 40 centimes à 90 centimes par jour. Ces établissements employaient 63,343 quintaux métriques de matières textiles diverses, valant 5,662,794 francs, et les transformaient en 59,221 quintaux métriques de produits fabriqués représentant une valeur de 12,424,037 francs.

De 1865 à 1876, il a été importé en France 11,600,242 kilogrammes de cordages divers valant 1 1 ,300,494 francs. Dans la même période, il a été exporté 32,268,769 kilogrammes de cordages divers, représentant une valeur de 42,592,400 francs.

Propriétés de ces produits. — L'usure, qui résulte du frottement, constitue le principal inconvénientdes cordages en matières végétales. Aussi, danscertains cas, pour diminuer la perte qui résulterait de la cessation d’usage de certains câbles de gros diamètre, particulièrement les câbles plats, impropres, par suite d’usure, à l'emploi auquel ils servaient, a-t-on recours à un artifice pour les utiliser à nouveau. On les fend alors au milieu pour séparer les aussières les unes des autres, en coupant la couture au couteau au iur et à mesure qu elle se présente. Reprenant ensuite chaque partie, on en détache les torons en tirant latéralement sur chacun d’eux. Si l’on peut avoir à sa disposition une locomotive, comme dans les mines, on tire le toron détaché au moyen de la machine, en maintenant l’autre partie à un point fixe. A l’aide d’un crochet mû par un levier, on dépouille facilement les torons extrêmes de la couture qui y est restée : on saisit alors le fil par le milieu, au point où il se replie pour changer de sens (1). Cette opération se pratique très-souvent pour les câbles plats en aloès en usage dans les houillères du Pas-de-Calais; on se sert alors des torons de ces cordages pour desservir les plans inclinés du fond des mines.

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