EXPOSÉS PAU L’ADMINISTRATION DES PONTS ET CHAUSSÉES (I
LES TRAVAUX MARITIMES
Port de Dunkerque. — Écluse à sas d’entrée du bassin de l’Ouest.
Dans le projet d’amélioralion du port de Dunkerque qui s’exécute en ce moment, se trouve compris un nouveau bassin à Ilot, dit « bassin de l'Ouest », communiquant avec le port d’échouage par une grande écluse à sas.
Les dessins exposés et que nous regrettons de ne pouvoir mettre sous les yeux de nos lecteurs représentaient les maçonneries decelte écluse, qui est aujourd’hui terminée, mais qui ne sera mise en service qu'en 1879, lorsque le bassin à Ilot sera complètement achevé.
Dispositions générales de l’ccluse. — L’écluse a 21 mètres de largeur. Elle admettra, en vives eaux moyennes, des navires de 7m, 35 de tirant d’eau, et en mortes eaux moyennes, des navires de 6m,3o. Les navires qui n’ont pas plus de 120 mètres de longueur pourront être sassés en quelques minutes ; les navires plus longs entreront, toutes portes ouvertes, pendant l’étale du plein.
L’écluse s’ouvre à peu près au milieu du côté Nord du bassin à tlot de l’Ouest. A son extrémité d’aval, elle débouche dans le port d'échouage.
Le sas est fermé, à chacune de ses extrémités d’amont et d’aval, par une paire de portes d’èbe busquées. Les portes d’aval sont munies de portes-valets; enfin, une paire de portes d’èbe intermédiaires, placées entre les portes extrêmes et aux deux tiers de leur distance à partir de l’amont, divisent le sas en deux parties.
De cette sorte, on disposera de trois sas entre lesquels on réglera son choix d’après les dimensions des navires : 1° un petit sas, ayant 52 mètres de longueur de buse en buse et compris entre les portes d’aval et les portes intermédiaires; 2° un moyen sas, ayant 77 mètres de longueur de buse en buse et compris entre les portes intermédiaires et les portes d’amont; 3° un grand sas, ayant 129 mètres de longueur de buse en buse et s’étendant entre les portes extrêmes.
Deux ponts tournants assurent la communication entre les deux rives de l'écluse; l’un est placé immédiatement en aval des portes d amont, et 1 autre immédiatement en aval des portes intermédiaires.
Les mouvements d’eau pour les sassements se feront à la fois par des aque-
(1) L’administration des ponts et chaussées avait une très-riche 'exposition de carte, de plans cotés et dont la reproduction à petite échelle aurait eu un grand intérêt pour nos lecteurs, et aurait rendu la lecture de la présente note plus intéressante. Nous regrettons de n’avoir pu nous la procurer.
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ducs ménagés dans l’épaisseur des maçonneries et par des vannes disposées dans les portes.
Dans le but de rendre faciles les épuisements qui permettront la visite et la réparation du radier et des portes, une feuillure pour bateau-porte a été préparée à chaque extrémité de l’écluse.
Un avant-radier protège chacune des têtes de l’écluse.
Radier et bajoyers. — Le radier est construit en voûte renversée dans le moyen et le petit sas. Il est plan dans toutes les autres parties.
Le profil du radier courbe est une anse de panier à cinq centres, ayant 3m,ü0 de flèche et tracée d’après cette condition, qu’il n’y ait que 0m,D0 de différence de niveau entre le point le plus bas et le point situé à 4 mètres de distance horizontale du bajoyer.
Les bajoyers du sas sont verticaux.
Dimensions principales. — Les dimensions les plus importantes sont les suivantes :
Hauteur d'eau sur le radier en basses mers moyennes de
vives eaux ordinaires . 2m,00
Hauteur d’eau sur le radier en pleines mers de vives eaux
moyennes . 7 ,45
Hauteur d’eau sur le radier en pleines mers de mortes eaux
moyennes . 6 ,45
Largeur de l’écluse . 21 ,00
Longueur de tête en tète entre les lignes de palplanches
extrêmes de la fondation . 1G8 ,00
Distance entre les pointes des buses des portes extrêmes. . . 129 ,00
Distance entre les pointes des buses des portes d’aval et des
portes intermédiaires . 52 ,00
Distance entre les pointes des buses des portes intermédiaires et des portes d’amont . 77 ,00
Longueur d’une enclave de portes . 12 ,00
Longueurs franches des sas (entre la corde du buse d'amont et l’origine de l’enclave des portes d’aval) :
1° Pour le petit sas . 40 ,00
2° Pour le moyen sas . 65 ,00
3° Pour le grand sas, constitué parla réunion du petit et du
moyen . 117 ,00
Flèche des buses . 3 ,70
Saillie des buses . 0 ,35
Saillie des seuils de bateaux-portes. • . 0 ,50
Épaisseur du radier dans les sas . 3 .00
Épaisseur maximum du radier sous les buses . 4 ,50
Hauteur du couronnement au-dessus du fond du radier des sas . 9 ,20
Manœuvres d'eau pour les sassements. — Le grand sas, compris entre les
portes extrêmes, présente une superficie horizontale de 2,780m,i. Eu égard à l’étendue de cette surface, les manœuvres exigent de grands orifices, tant pour l’introduction de l’eau du bassin dans le sas, que pour l’évacuation de cette eau dans le port d’échouage.
Les dispositions de l’écluse assurent, pour l’introduction de l’eau dans le grand sas, un débouché de 16ml, et pour l'évacuation, un débouché de 20mti. Les vannes sont d’ailleurs organisées de manière à s’ouvrir en une minute.
D’après cela, on a calculé que le remplissage ou la vidange du grand sas durerait environ trois minutes et demie, dans le cas le plus défavorable, c’est-à-dire
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dans colui d’un sassement à mi-marée montante ou descendante de vive eau d’équinoxe. En tenant compte du temps perdu par les éclusiers pour mettre en train les organes de manœuvre, on peut dire qu’en praLique, dans les circonstances les plus désavantageuses, on emploiera moins de cinq minutes à remplir ou à vider le grand sas, et que, dans les cas moyens et ordinaires, la manœuvre ne durera pas trois minutes.
Le remplissage ou la vidange du petit ou du moyen sas exigera un temps un peu moindre.
Le moyen sas dispose à cet effet d’un débouché de I6m<i, et le petit sas d’un débouché do 10m,i, pour l’introduction comme pour l’évacuation.
Vannes et aqueducs. — Les sections indiquées ci-dessus sont données par les vannes des portes busquées et par des aqueducs ménagés dans le massif des bajoyers.
Chaque paire de portes busquées offrira 6mi de surface de vannes.
Un aqueduc longitudinal est logé dans l’épaisseur du bajoyer, sur chaque rive, depuis la tête amont jusqu’à la tête aval de l’écluse. Sur chacun des deux aqueducs longitudinaux, s’embranchent trois aqueducs transversaux qui débouchent dans le grand sas, savoir : le premier à l’extrémité amont, immédiatement en aval des chardonnets des portes amont; le second, à peu près au milieu de la longueur totale du grand sas, immédiatement en amont de la chambre des portes intermédiaires; le troisième, dans la chambre des portes avals.
Chacun des aqueducs transversaux d’amont présente un débouché de 3mï, et chacun des aqueducs transversaux intermédiaires et d’aval, un débouché de 2m<L
Chacun des aqueducs longitudinaux a 5n,i de section depuis la tête amont de l’écluse jusqu’à l’aqueduc transversal d’amont correspondant; il mesure 3mi de section depuis sa jonction avec cet aqueduc jusqu’à la rencontre de l’aqueduc transversal intermédiaire; à partir de cette rencontre jusqu’à celle de l’aqueduc transversal d’aval, il prend une section de 5,n,J, somme des sections des aqueducs transversaux intermédiaires et d’amont; enfin, sa section s’accroît de 2lu‘i après la rencontre de l’aqueduc transversal d’aval, et demeure fixée à 7u,,i jusqu’à la tête aval de l’écluse.
Les radiers des aqueducs sont un peu au-dessus du niveau des plus basses mers, pour que la visite en soit toujours facile pendant les marées basses de vive eau.
Les têtes des aqueducs longitudinaux sont disposées de manière à pouvoir être munies de clapets de fermeture. Les clapets d’amont sont montés à charnière, et pourront être facilement rabattus sur leurs sièges, toutes les fois qu’il faudra visiter les aqueducs à marée basse. Les clapets d’aval ne seront mis en place que momentanément, lors de grosses réparations.
Les vannes des aqueducs transversaux et des portes busquées sont levantes et à jalousies; elles seront manœuvrées au moyen d’appareils hydrauliques du système Armstrong, et pourront aussi être mues à bras d’homme.
Dans les aqueducs longitudinaux, dont les sections, variables entre 5 et 7mn, sont trop grandes pour admettre un système de vannes levantes, on a disposé la construction de manière à faire concourir la chute même de l’eau à l’ouverture de l’aqueduc.
A cet effet, chaque aqueduc longitudinal est fermé, à chacune de ses extrémités, par une porte tournante dièdre dont l’axe est vertical et dont les deux côtés sont inégaux. L’angle des deux cotés est droit pour la porto d’amont, un peu obtus pour celle d’aval. L’axe de rotation est placé suivant l’arête du dièdre,
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en dehors et à 0m,2a du contour de l’orifice qui met l’aqüeduc en communication avec le puits oh est logée la porte tournante. Le petit côté du dièdre ferme, de l’amont vers l'aval, l’orifice de l'aqueduc, en s'appuyant, par un recouvrement de 0m,f0, sur la paroi d’aval du puits; le grand côté se meut, avec un jeu de 0m,01, dans une chambre cylindrique pratiquée aux dépens de la paroi du puits. Du fond de cette chambre, part un tuyau de décharge, muni d’une vanne et aboutissant à une certaine distance en aval de la porte. Quand la vanne du tuyau de décharge est fermée, la pression de l’eau d’amont tient la porte hermétiquement close. Quand on lève la vanne du tuyau de décharge, l’eau contenue dans la chambre cylindrique s’écoule vers l’aval, et la pression sur la lace postérieure du grand côté diminue, tandis que la face antérieure reste soumise à la pression de l’eau d’amont; bientôt, le moment de la différence des pressions que supportent respectivement les deux faces du grand côté l'emporte sur le moment de la différence des pressions que l’eau d’amont et l’eau d’aval exercent sur les deux faces du petit côté, alors la porte s’ouvre d’elle-même; ou bien, si la différence des niveaux d’amont et d’aval est trop faible pour vaincre les frottements du système, on aide à l’action des pressions de l’eau en tirant au moyen d’une chaîne, manœuvrée par un treuil qui est placé au sommet du puits.
La fermeture ne doit jamais avoir lieu qu’après que l’égalité de niveau s’est établie entre le bassin et le sas ou bien entre le sas et l’avant-port ; il n’y a plus dans ce cas de pression d’eau à vaincre, et il suffit de tirer la porto au moyen d’une seconde chaîne, manœuvrée par le même treuil.
Lorsqu'on fait usage du grand sas, il n'y a pas lieu de manœuvrer les vannes des aqueducs transversaux, qui doivent rester ouvertes pour le remplissage comme pour la vidange. Le remplissage du sas se fera en ouvrant : 1° les vannes des portes busquées d’amont (6mu) ; 2° les portes tournantes amont des aqueducs longitudinaux (2 X amq= 10nuQ ; on aura ainsi en totalité fGm,i do débouché; l’eau qui proviendra des aqueducs longitudinaux sera jetée dans le sas par les aqueducs transversaux en six points : deux à l'amont, deux à l’aval et deux au milieu, de manière que les effets d’impulsion sur la carène des navires se neutralisent autant que possible. La vidange du grand sas s’opérera par les vannes des portes busquées d’aval (6u,,i) et par les portes tournantes aval des aqueducs longitudinaux (2 X 7mq = f4mq), soit par un débouché total de 20m4 ; et l’eau sera appelée dans les aqueducs longitudinaux par six points h la fois ; deux à l'extrémité d’amont, deux au milieu et deux à l'extrémité d’aval.
Les vannes des aqueducs transversaux ne deviennent nécessaires que pour les manœuvres du moyen et du petit sas; si l'on se reporte à la description cidessus il est aisé de voir comment elles permettent de réaliser, concuremment avec les vannes des portes busquées, les débouchés de lGu,q et de fO'l,,i indiqués plus haut.
En résumé, on s’est efforcé, dans l’écluse à sas du bassin de l’Ouest, d’accélérer le plus possible les manœuvres de dénivellation, moyennant : f° de trèsgrands débouchés d'introduction et d’évacuation de l’eau; 2° l’utilisation de la chute d’eau qui existe du bassin vers l’avant-port, pour rendre facile et rapide l’ouverture des grands aqueducs longitudinaux; 3° l’emploi des appareils hydrauliques du système Armstrong, pour ouvrir les diverses vannes levantes du système. . '
Utilisation des aqueducs et des vannes des portes pour les chasses. — Cet ensemble d’aqueducs et de vannes ne servira pas seulement aux manœuvres de sassements, on l’emploiera encore pour donner, pendant les marées basses de vive eau, des chasses destinées à concourir au maintien de la profondeur du
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chenal en aval de l’écluse; chacune de ces chasses aura pour effot de faire baisser la retenue jusqu’au niveau moyen des hautes mers de morte eau, soit d’environ I mètre par rapport au niveau initial qui correspond moyennement au plein des marées de vive eau.
Détails de la construction. — Le terrain sur lequel est établie l’écluse est constitué par du sable pur farineux, jusqu’à une profondeur d’environ 20 mètres au-dessous des basses mers. L’écluse est assise sur uno table de béton, dont l’épaisseur est de t,n,50 sous le radier des sas et de 2m,50 à 3 mètres le long des têtes, sous les chambres des portes busquées et sous les seuils de bateauxportes. Ce béton est composé de volumes égaux de briques concassées, de galets de Calais et de mortier; il a été coulé dans une enceinte de pieux et palplanches en orme. Les faces latérales de l'enceinte ont été arrachées après la prise du béton, et l’on n’a conservé que celles des têtes amont et aval. Celles-ci sont faites de palplanches de 8m,50, assemblées à rainures et grains d’orge et moisés.
Le mortier employé dans la confection du béton contient, pour lmc : 0mc,800 de chaux éminemment hydraulique de Tournay, 0mc,400 de trass d’Andernach, et 0inc,250 de cendre de houille.
Le mortier des maçonneries au-dessus du béton est composé de ciment de Portland et de sable en proportions variables suivant les cas : celui des maçonneries de pierres de taille et des enduits est dosé à raison de 570 kilogrammes de ciment par mètre cube de mortier; pour les autres maçonneries, la proportion a varié de 350 à 500 kilogrammes de ciment par mètre cube de mortier, suivant le degré de résistance ou d’imperméabilité que comporte chaque partie de la construction.
Toutes les maçonneries de remplissage sont en briques jaunes du pays, et les parements vus sont en pierres de taille de diverses provenances. Seuls, les parements intérieurs des aqueducs font exception : ceux-ci, sauf aux angles, sont en briques revêtues d’un enduit en mortier de ciment de Portland de 0m,02 d’épaisseur. Pour les parements des parties inférieures de l’écluse, placées audessous des naissances du radier courbe, on a employé comme pierres de taille les calcaires durs des environs de Marquise (Pas-de-Calais); toutefois les seuils et feuillures de bateaux-portes et les plates-bandes extrêmes du radier sont en calcaire dur de Soiguies (Belgique). Dans les parties de l’écluse placées au-dessus des naissances du radier courbe, on a employé comme pierres de taille le calcaire dur des environs de Marquise et le granit de Normandie (carrières de Dielette ou des îles Chausey) : le granit pour les musoirs, cliardonnets, angles d'enclaves des portes busquées, feuillures de bateaux-portes, encuvements de ponts et tablettes de couronnement.
Les parements vus des pierres de taille de sujétion (musoirs, buses, chardonnets, feuillures de bateaux-portes, encuvements de ponts, tablettes, pierres d’angle), sont bouchardés et ciselés. Les pierres courantes sont simplement smillées à la grosse pointe dans toutes les parties de l’écluse placées au-dessous du niveau moyen de la mer; elles sont bouchardées avec ciselures d’encadrement au-dessus de ce niveau.
Les avant-radiers sont limités par une enceinte de pieux et palplanches en orme, moisés; ils comprennent ;
i° Un corroi d’argile (terre grasse de Watten) de 1 mètre d’épaisseur; 2° une couche de 0m,50 d’épaisseur de menus matériaux, mélangés avec les déchets provenant du blutage de la chaux de Tournay employée dans le béton; 3° un revêtement supérieur en maçonnerie sèche de libages grossièrement équarris, de 0m,50 à 0m,60 d’épaisseur, dont les joints sont remplis avec les mêmes déchets de chaux et avec des débris de pierres fortement coincés au marteau.
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Ce massif est consolidé et maintenu, dans l’avant-radier d’aval, par trois liernes transversales en orme, boulonnées de 2 en 2 mètres sur des pilots d’orme en grume de 4 mètres, et qui partagent la longueur de l’avant-radier ne quatre parties égales.
Dépense. — La dépense correspondant aux terrassements et aux maçonneries de l’écluse est évaluée à 3 millions; il faut compter, en outre, sur un chiffre de 300,000 francs pour les ponts, les portes, les vannes, les appareils de manœuvre, la maison éclusière et le pavage des abords de l'écluse.
Bateau à vapeur aspirateur, dragueur et porteur.
Régime de la passe d’entrée. — La passe d’entrée du port de Dunkerque est une dépression entretenue artificiellement dans une vaste plage de sable, sur une longueur d’environ 600 mètres au-delà de la tôle des jetées.
Les matériaux de cette plage, remués par l’action combinée des vents et des courants, s’avancent de l’Ouest vers l’Est et tendent continuellement à combler la dépression; il se produit en outre, de temps en temps, sous l’influence des vents de Sud-Ouest, des apports brusques de sable : des masses de 30,000 à 40,000mc s’amoncellent ainsi en moins de quinze jours dans la partie Ouest de chenal intérieur et de la passe, rétrécissent et barrent même quelquefois l’entrée du port.
Effet des chasses agissant seules. — Les chasses actuelles, qui comportent une émission de un million de mètres cubes lancés en trois quarts d'heure, attaquent facilement les alluvions déposés dans les parties d’amont de la passe et entretiennent une profondeur de 2 mètres à 2m,50 dans les 300 ou 400 premiers mètres à partir de la tête des jetées; mais elles sont incapables d’approfondir les 200 ou 300 derniers mètres, qui s’étendent jusqu’au talus des grands fonds de la rade; dans cette partie d’aval subsiste toujours un bourrelet, sur lequel on ne trouve, en basse mer de vive eau ordinaire, que t mètre à lm,30 de profondeur, quand les chasses produisent leur maximum d’effet. Or il faut que cette profondeur soit portée à 3 mètres pour que les grands navires, de 6m,50 à 7 mètres de tirant d’eau, puissent entrer au port à marée haute en tout temps.
Combinaison des chasses et des dragages. — Ou travaille actuellement à doubler la puissance des chasses au moyen de nouveaux réservoirs, et l'on espère qu'ainsi augmentées, elles maintiendront en tout temps la profondeur nécessaire de 3 mètres dans la partie d’amont de la passe, sur 300 ou 400 mètres au delà de la tête des jetées. Quant à la partie d’aval, un bourrelet y subsisterait toujours si les chasses agissaient seules. L’administration des travaux publics a décidé, en conséquence, que cette partie d'aval serait creusée et entretenue par des dragages à la même profondeur que la partie d’amont.
Ou a entrepris, depuis deux ans, ces dragages dans le but de se rendre compte, par un premier essai, des résultats que peut produire la combinaison de leur effet avec celui des chasses, et d'améliorer en tout cas la situation actuelle.
Le modèle exposé en 1878 représentait au 1/1- de la vraie grandeur le bateau aspirateur-porteur Fives-Lille il0 1, qu'emploie, pour ces dragages de la passe d’entrée, la Compagnie de Fives-Lille, adjudicataire des travaux.
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Difficultés du dragage. — Les fonds qu’il s’agit d’attaquer ne sont souvent que de 0m,50 à 0m,60 au-dessous des basses mers de vive eau; il en résulte quo le travail de déblai cesse d’ôtre possible aux environs de la marée basse, pendant une durée qui dépend du tirant d’eau des appareils et du régime des marées.
L’emplacement des déblais à exécuter est d’ailleurs entièrement découvert; l’horizon marin, allant de l’Ouest à l’Est en passant par le Nord, est à peu près égal à l’horizon terrestre; celui-ci ne présente lui-même qu’un pays plat, dont le niveau moyeD, derrière les digues et le cordon de dunes basses qui bordent la côte, est inférieur au niveau des hautes mers. Les vents conservent donc toute leur force, de quelque point qu’ils soufflent, et il y a presque toujours une boule très-sensible sur la passe, où la marée produit, en outre, des courants alternatifs dont la vitesse s’élève jusqu’à lm,75 par seconde.
Enfin, le mouvement de la navigation est très-actif à l'entrée du port (o,000 à 6,000 navires, plus un millier de bateaux de pêche par an); il dure environ cinq heures par marée, et constitue une gêne sérieuse pour le dragage, qui doit avoir lieu sur le trajet môme des navires.
Telles sont les conditions dans lesquelles on est placé.
A la suite d’une étude approfondie de toutes ces sujétions, la Compagnie de Fives-Lille, aidée de la collaboration de M. Lavallev, ancien entrepreneur général des travaux de l’isthme de Suez, n’a pas cru pouvoir résoudre le problème avec des dragues à godets, et s’est décidée à créer un matériel nouveau d’engins hydrauliques.
Caractères essentiels de V appareil. — Les caractères essentiels de l’appareil adopté sont les suivants :
1° Le bateau extracteur est un navire à hélice, qui tient bien la mer et porte lui-même ses déblais à la décharge dans des puits à soupapes : on n'a donc pas besoin de chalands-porteurs, qui encombreraient l’entrée du port et qui d’ailleurs, à raison des difficultés de l’accostage, ne pourraient fonctionner sous une houle un peu forte.
2° Le déblai est amené dans le bateau par simple aspiration d’un mélange d'eau et de sable; l'appareil peut, en conséquence, travailler en se tenant dans le courant sur une seule ancre d’avant, aidée, pour tenir contre les vents de travers, d’une petite ancre à jet à l’arrière ; il embarrasse aussi peu que possible l’entrée du port par ses amarres; il peut quitter et reprendre son travail en quelques minutes.
3° La partie des appareils extracteurs qui opère sur le fond est reliée au navire par des organes absolument flexibles, et ne participe en rien aux mouvements de roulis et de tangage auxquels le navire obéit librement sans choc.
Dispositions d'ensemble. — Le bateau présente trois parties distinctes :
lo A l’avant se trouvent le guindeau à vapeur, le logement de l’équipage, les magasins d'approvisionnement pour les machines, l’outillage et l’armement.
2° Au centre sont les puits destinés à recevoir les déblais. Ces puits, au nombre de deux, peuvent contenir ensemble 250mc de sable, et présentent, dans le fond, des clapets de vidange. Une poutre longitudinale, fixée au-dessus de ces puits, supporte, par des poulies de renvoi, les chaînes de retenue des clapets, qui sont manœuvrées à bras d’homme au moyen de treuils placés aux deux extrémités de la poutre.
3° A l’arrière sont disposés les appareils de propulsion du navire et d’extraction des déblais, comprenant :
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a. Une machine à vapeur, qui actionne, à volonté, soit l’hélice, soit les organes d’extraction;
b. L’hélice du navire;
c. Deux élindes, suspendues de chaque côté, à l’arrière et le long des flancs du bateau. Une élinde se compose d’un couple de tuyaux, partie en tôle, partie en caoutchouc; dans chaque couple, l’un des tuyaux, dit « tuyau de montée », sert il conduire dans le bateau le mélange d’eau et de sable aspiré par l’appareil; il cet effet, il aboutit, par son extrémité supérieure, à une pompe centrifuge installée au-dessus de la flottaison dans l’intérieur du bateau; cette pompe est amorcée, puis aidée dans son action d’aspiration par un jet d’eau sous pression, lancé de bas en haut au pied du tuyau de montée par une tuyère annulaire, dite « injecteur », à laquelle l’eau sous pression est amenée par le second tuyau de l’élinde ;
d. Deux pompes centrifuges, dites « de pression », qui refoulent l’eau dans les injecteurs;
e. Deux pompes centrifuges, dites « d'aspiration », placées aux extrémités supérieures des deux tuyaux de montée;
f. Deux treuils mus par une petite machine à vapeur spécialo logée dans la chambre d’arrière, pour manœuvrer et relever hors de l’eau les élindes.
Dimensions principales. — Les dimensions principales du bateau sont les suivantes :
Longueur au pont . 45”, 00
Largeur à la flottaison . 7 ,70
Creux à la ligne droite du pont . 3 ,73
Longueur des puits à sable . 18 ,00
Largeur des puits en haut . 5 ,50
Largeur des puits en bas . 3 ,00
Tirant d'eau à l'arrière, le navire étant léger . 2 ,60
Tirant d’eau maximum en charge . 3 ,10
Coque. — La coque, entièrement en fer, est solidement établie; elle ne présente d’ailleurs aucune disposition nouvelle, non plus que les puits à clapets.
Machine motrice. — La grande machine motrice est du système Compound, à condensation par surface et changement de marche; elle est verticale et du type dit « à pilon ».
En marche normale, la pression absolue de la vapeur dans la chaudière étant de 6 atmosphères, la machine fait 100 tours par minute, développe sur les pistons un travail de 1Ü0 chevaux de 7o kilogrammètres, et consomme lut) kilogrammes de bouille par heure.
La machine est munie de deux embrayages, dont l’un, sur l’avant, commande les appareils d’extraction des déblais, et l’autre, sur l’arrière, commande l’arbre de l’hélice, qui fait le prolongement de l'arbre de la machine.
Pompes de pression et d'aspiration pour l’extraction des déblais. — Les deux systèmes de pompes centrifuges « de pression » et « d’aspiration » reçoivent leur mouvement de la machine par l’intermédiaire d’engrenages et de courroies.
Les pompes de pression prennent l'eau à la mer et la refoulent dans un réservoir à air; de là elle se rend, par des tuyaux coudés en cuivre, dans le tuyau de refoulement de chaque élinde, qui la conduit jusqu'à l'injectcur correspondant. L’appareil est actuellement disposé de manière à lancer l’eau sous une pression de 2 atmosphères */2 à 3 atmosphères ; mais il serait possible qu’on fût amené à diminuer la pression et à augmenter le volume de l’eau injectée.
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L’axe des pompes d’aspiration est à 0m,8o au-dessus de la flottaison lége. Chacune de ces pompes est reliée à l’élinde à laquelle elle correspond par une tubulure en fonte, boulonnée sur le bordé du navire, à 13m,o0 de 1 arrière. Entre cette tubulure et la pompe se trouve, à l’intérieur du navire, un bout de tuyau droit muni d’un regard et d’une grille transversale qui ne laisse passer quoie sable; on recueille souvent, devant cette grille, des morceaux de minerais, de pierres, etc., pesant plus de 2 kilogrammes.
Le mélange d'eau et de sable, en sortant des pompes d’aspiration, est refoulé dans des couloirs cloisonnés qui le distribuent uniformément dans les puits.
Le débit moyen, il la sortie des couloirs, est de 23mo de mélange par minute.
Blindes. — Los tuyaux accouplés qui constituent chaque élinde sont composés comme suit :
1° Tuyaux eu caoutchouc servant d’articulation, près de la
tubulure d’attache à la coque . 2m,00
2° Tuyaux en tôle galvanisée . . . 7 ,00
3° Tuyaux en caoutchouc reliant les tuyaux en tôle à l’injectcur et permettant à la tubulure d’aspiration qui termine l’élinde de rester en contact avec le sol, malgré les oscillations du bateau . 1 ,50
Longueur totale . 10 m,50
Cette longueur, augmentée de celle de l’injecteur et de la tubulure d’aspiration, permet de draguer dans des fonds de 8m,50.
Le tuyau démontée a 0m,300 de diamètre, et le tuyau de refoulement 0m,200.
lnjeclcurs. — L’injecteur établi à l’extrémité inférieure de chaque élinde est un appareil analogue à celui qui est employé depuis quelque temps pour les fonçages do caissons à l’air comprimé et cpii a été appliqué au pont Saint-Louis sur le Mississipi. 11 est constitué par une boîte ou enveloppe en fonte contenant la tuyère d’injection en bronze.
La boite présente à sa partie supérieure deux orifices : l'un, de 0m,200 de diamètre, correspond au luyau de refoulement; l’autre, de 0m,300, correspond au tuyau de montée. L’orifice de refoulement sert d’entrée à une sorte de chambre courbe, de forme méplate, qui tourne autour de l’axe prolongé du tuyau de montée, en conservant autour de cet axe un vide central cylindrique de 0m,220 de diamètre. La chambre courbe communique avec ce vide intérieur par une tuyère annulaire dirigée vers le tuyau de montée. L’eau en pression s’échappe avec une grande vitesse par le mince orifice annulaire de la tuyère; elle produit ainsi, par un effet d’entrainement de bas en haut, l’aspiration du déblai dans une tubulure courbe qui continue inférieurement le vide central de l’injecteur et termine l’élinde en reposant sur le sol.
Cette tubulure, dite « tubulure d’aspiration » ou « aspirateur », est en fonte et a 0m,230 de diamètre intérieur; elle est courbe à l’extrémité, de manière que sa tranche pose bien sur le fond, quelle que soit l’inclinaison que donne à l’élinde la hauteur d’eau dans laquelle on travaille.
Tuyaux à jet pour la désagrcyalion des déblais. — L’aspirateur est muni sur son pourtour de trois petits tuyaux venus de fonte, ayant 0m,0'0 de diamètre intérieur et communiquant avec la chambre extérieure de l’injecteur, qui leur fournit ainsi de l’eau sous pression. Ces tuyaux sortent, par trois points équidistants, de la tranche de l’aspirateur en contact avec le sol, et ils la dé-
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passent de 0m,06. Los jets d’eau, lancés avec vitesse par ces tuyaux, désagrègent le sable et le mettent en suspension, ce qui rend l’aspiration plus facile.
Équipage. — L’équipage du Vives-Lille comprend un capitaine, un chef dragueur, deux mécaniciens, quatre chauffeurs, six matelots, un mousse.
A terre, un mécanicien travaille à l’entretien courant du matériel et un charbonnier prépare l’embarquement du charbon.
Un agent supérieur de la compagnie adjudicataire dirige sur place 1 ensemble des opérations, tant au point de vue technique qu’au point de vue de l’administration et de la comptabilité.
L’equipage est organisé de manière à travailler aux marées de jour et de nuit, quand le temps le permet. Si l'on ne devait opérer qu’aux marées de jour, on pourrait supprimer un mécanicien, deux chauffeurs et deux matelots.
Mode de fonctionnement. — Le bateau, arrivé sur la partie de la passe où il doit fonctionner, mouille son grappin d’arrière, puis son ancre d’avant, raidit ses amarres, mouille ses élindes et commence à pomper. Le mélange d’eau et de sable remplit bientôt les puits. A partir de ce moment, l’eau se déverse pardessus le bord et retombe à la mer en cascade ; le déblai se dépose dans les puits par décantation, sauf une certaine quantité qui reste en suspension dans j'eau déversée et retourne à la mer. Cette quantité perdue est relativement faible lorsque la mer est calme et que le fond est de sable pur; elle est importante quand le roulis ou le tanguage est violent ou que le fond est vaseux; la vase, en effet, ne reste pas dans les puits, et l’ou ne recueille que le sable qui y était mêlé.
La succion exercée sur le fond par les élindes produit rapidement un entonnoir, dont les talus, en s’éboulant brusquement, pourraient ensevelir les aspirateurs si l’on descendait trop bas. Aussi, quand la profondeur de l’entonnoir au-dessous des fonds environnants atteint 2 mètres, on relève les aspirateurs sans cesser de pomper, on se déplace d'une vingtaine de mètres, puis on rabaisse les aspirateurs sur le fond, et l’on commence un nouvel entonnoir. La durée de chaque station est, en moyenne, d’une heure. On doit d’ailleurs, pendant cet intervalle, relever de temps en temps les aspirateurs, pour qu’ils ne «s’ensouillent » pas, puis les rabaisser immédiatement.
Quand les puits sont remplis autant que le permet l’état de la mer, on remonte les élindes hors de l’eau, on lève les ancres, et l’on se met en route pour le lieu de déchargement, situé à une distance de 2 milles. Le navire chargé a une vitesse moyenne de 6 nœuds; à vide, il peut filer 8 nœuds.
Les durées des diverses opérations sont les suivantes :
Pour appareiller, sortir du port et arriver sur la passe. . . 0|l,2am
Mouiller les ancres et se remettre au travail . 0 ,10
Remplir les puits (de 2 à 5 heures, suivant l’état de la mer
et la nature du fond), en moyenne . 3 ,00
Lever les élindes et les ancres et partir à la décharge. ... 0 ,20
Faire route jusqu’à la décharge . 0 ,20
Vider les puits, de 2 minutes à . 0 ,10
Relever les clapets et revenir sur la passe, de 25 minutes
Total . 5 ,00
Le bateau, étant sorti à mi-marée montante, revient donc en moyenne une heure avant la mi-marée descendante. En vive eau, il rentre directement au port, parce que, daus l’état actuel de la passe, il échouerait en continuant à travailler; il ne se remplit ainsi qu’une fois par marée. En morte eau, quand
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la mer baisse très-peu, il recommence à fonctionner en revenant de la décharge, et peut ainsi se remplir deux fois et demie ou trois fois en deux marées. A mesure que la profondeur de la passe augmentera, ce dernier cas deviendra de plus en plus fréquent.
Dépenses. — Le prix payé aux entrepreneurs pour l’extraction et le transport d'un mètre cube de déblais est de 2f,89. 11 pourra être notablement réduit dans les marchés ultérieurs.
L’appareil actuel, compris tous frais d’études, d’essais, de modifications, etc., a coûté environ 5o0,000 francs. L’n appareil semblable reviendrait aujourd’hui tout au plus à 350,000 francs.
Port du Havre. — Agrandissements de l’avant-port du côté Sud.
Objet des travaux. — L’agrandissement de l’avant-port a pour but de faciliter les évolutions des grands navires et de créer, en dehors des lignes d’accès aux écluses, un nouvel avant-port où se tiendront les remorqueurs et les relâcheurs.
Au moment de la mer montante, le courant de flot est perpendiculaire aux jetées du port: il conserve cette direction jusqu’à ce que l’embouchure de la Seine se trouve remplie ; à ce moment, il se produit dans la partie Nord de la baie un contre-courant nommé « verhaule ». Ce courant, à l’ouvert des jetées, porte au N. 65° O. : il commence à se faire sentir quarante minutes avant l’heure de la pleine mer, et persiste pendant deux heures après le plein ; son intensité est de 2k,5 pour une marée dont le coefficient est 100.
A l’entrée, les navires sont donc soumis à l’action de la verhaule, qui les contraint d’attaquer le port par le S. O.; mais, quand ils ont l’avant engagé dans le chenal et masqué par lajetée du Sud, le courant n’agit plus que sur l’arrière, tandis que l’avant est pris par le courant réfléchi sur la jetée du Nord. Les navires sont alors soumis à un couple qui tend à les faire pivoter sur eux-mêmes et à les jeter sur les écluses de chasse.
Ce danger évité, et les bâtiments se trouvant à peu près parallèles aux deux jetées, ils doivent revenir au S. E. pour gagner l’écluse des Transatlantiques. II leur faut décrire un arc de cercle de 400 mètres de rayon ; cette manœuvre est d’autant plus difficile que les navires, n'ayant que peu de vitesse et peu d’eau sous le quille, obéissent mal au gouvernail ; ils sont, de plus, rejetés au Nord par le refoulement de l’eau comprise entre eux et le quai Courbe. Aussi parfois de grands steamers ont-ils échoué sur le talus en terre qui se trouve en avant du grand quai.
Lorsque l’avant-port aura été élargi, les difficultés actuelles n’existeront plus, et les navires pourront décrire un arc de cercle de plus de 900 mètres de rayon. D’autre part, on ne sera plus forcé d’interdire les mouvements de la navigation pendant l’entrée ou la sortie des grands bâtiments.
La création d’un nouvel avant-port donnera aux relâcheurs ou aux remorqueurs un lieu de stationnement qui leur a manqué jusqu’à présent. Ces bateaux, dont le nombre est souvent assez grand (on en a vu parfois plus de quatre-vingts ensemble), n’entraveront plus la marche des navires entrant dans les bassins.
Dispositions générales. — Le quai Courbe et la jetée du Sud, jusqu’au point de raccordement avec le mur d’enceinte, seront démolis. Le bassin de la Floride sera divisé par une traverse en deux parties. La plus grande, celle de l’Ouest, sera réunie à l’avant-port ; une passe de 80 mètres donnera accès dans
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ce nouvel avant-port, qui sera séparé de l'ancien par un môle en maçonnerie. La jetée du Sud, rétablie en arrière de sa position actuelle, se raccordera avec le mur de quai construit au Sud de l’ancien bassin de la Floride. Dans l’espace compris entre le mur d’enceinte, la nouvelle jetée du Sud et les fortifications qui dominent l’entrée du port, on construira un grand brise-lames et une rampe pour descendre sur le poulier du Sud.
La largeur de l'ancien avant-port, dans sa partie centrale, sera portée de 90 à 18b mètres; l'annexe aura environ 290 mètres de longueur sur 100 mètres de largeur. Le môle intermédiaire aura 345 mètres de longueur et une largeur variant de 26 à 63 mètres , il sera terminé par un musoir en maçonnerie. L’estacade du brise-lames aura 103 mètres de longueur.
La surface de F avant-port sera portée de 11 hectares 21 ares à 21 hectares 34 ares. Le développement des quais utilisables pour les navires atteindra 1 ,790 mètres, et la surface des terre-pleins sera de 30,600m,i.
Mode d’exécution. — Pour les déblais généraux, jusqu’à la cote 0m,15 (19 mètres), on a pu s’abriter derrière des batardeaux, comme aussi pour les murs de quai du môle et de l’annexe et la culée Est du brise-lames. Dans ce but, on a commencé par construire la traverse en terre qui divise en deux le bassin de la Floride et par fermer les écluses de chasse au moyen de murs en maçonnerie.
Le complément du brise-lames, quelques terrassements, la démolition du quai Courbe, des écluses de chasse de la Floride et des brise-lames d’Harcourt et Vidame s'exécutent en prise à la mer. Le creusement de la surface annexée à l’avant-port s’opérera par dragage.
Les déblais ont été faits dans d’excellentes conditions, après drainage complet, au moyen d’appareils d'épuisement très-puissants. Le terrain était formé, à la partie supérieure, de sable et galets provenant de l'ancienne plage, puis au-dessous, de sable plus ou moins argileux traversés par des bancs de tourbe. Ces sables argileux, d’épaisseur très-variable, reposaient sur une couche de galets que l’on trouve sous toute la ville du Havre, à des profondeurs différentes. Dans le chantier, l’altitude de cette couche a varié de la cote — 2m,i0 (2 11” ,55) à la cote — 14m,10 (33m,25). Au Sud. le sable argileux disparaissait en certains endroits, il était replmacé par un banc de sable mouvant, Huant comme de l’eau, et dont l’épaisseur était comprise entre ln,,10 et 2m,80.
Les murs du môle et le mur Est de l’annexe ont été fondés en fouille blindée. Les terrassements généraux ayant atteint la cote 3,n,I5 (16 mètres), on a ouvert, sur l’emplacement du mur, une tranchée dont les parois, à peu près verticales, étaient maintenues au moyen d’un revêtement en madriers, avec fermes en charpentes composées d éfais horizontaux et de montants verticaux. Dès qu’on fut parvenu en moyenne à la cote — 3“,10 (22m,25), on a battu les pieux et construit le mur. Les bois employés à 1 etayement des fouilles étaient enlevés au fur et à mesure de l’avancement des maçonneries: leur cube était d'environ 2m,85 par mètre courant.
Les ouvrages longeant les fortifications et la jetée du Sud n’ont pu être fondés d’après le même système, par suite de la présence des sables mouvants; il a fallu recourir à l’emploi de cadres ou puits.
Le déblai ayant été amené à la cote 3™, 15 (16 mètres), on battait deux lignes de pieux, l'une en avant, l’autre en arrière de l’emplacement que devait occuper le mur; les pieux étaient distants de ln,,50 dans chaque file. Des madriers cloués contre eux maintenaient le terrain en place pendant la fouille. Le déblai était arrêté un peu au-dessus du niveau des sables mouvants, puis on plaçait au fond de la fouille des cadres en charpente de dimensions variables en plan, mais de
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structure uniforme. Ces cadres étaient formés de trois cours de madriers superposés ; ils avaient 0ra,2i de hauteur et étaient taillés en biseau ; leur largeur était de 0m,30 à la partie inférieure et de 0m,60 à la partie supérieure. Au-dessus de cette charpente, on montait une couronne en maçonnerie de briques. Chaque rang de briques était placé à 0m,0o en saillie sur le précédent, jusqu’à ce que le puits eût atteint son épaisseur normale.
Les mortiers ayant acquis une résistance suffisante, des ouvriers déblayaient à l’intérieur du cadre en même temps que l’on épuisait. Le puits s’enfonçait, et, lorsqu’il était arrivé au fond de la fouille, on surélevait la couronne de maçonnerie. L’opération était ainsi poursuivie jusqu’à ce que le dessous du cadre fût descendu à la profondeur qu'il fallait atteindre. Le puits était alors rempli en béton.
Afin d’arrêter les sables en arrière des murs de quai, il était nécessaire de bétonner également l'intervalle d’environ 0m,80 laissé entre les cadres. Pour y arriver, on enfonçait, en avant et en arrière, des panneaux de charpente et l’on déblayait dans l’espace compris entre ces panneaux et les cadres. En certains endroits, le terrain était si tluant qu’il a fallu calfater les joints des panneaux.
Les cadres mesuraient en général 6 mètres sur 6; ceux de la culée Est ont eu jusqu’à 6 mètres sur 8, tandis que ceux du seuil n’avaient que 3m,70 sur 5™, 70. La largeur de la couronne était généralement de Im,03, mais elle a été portée à lm,14 pour les cadres de la culée Est du brise-lames, et réduite à 0m,80 pour ceux du seuil. Dans la partie courbe de la jetée, les cadres ont dû être déformés : les deux faces latérales étaient dirigées suivant les rayons de la courbe, et la face antérieure se composait de deux parties droites faisant un angle trèsouvert.
Antérieurement au 8 octobre 1876, jour où l’eau a été introduite dans le chantier, les épuisements s’effectuaient au moyen de trois appareils comprenant chacun deux locomobiles et deux pompes. La construction d’une partie des murs du môle a nécessité un relais composé d’une machine et d’une pompe. En outre, une locomobile et une pompe ont été spécialement employées aux cadres. Les locomobiles, de la force nominale de 18 chevaux, avaient développé plus de 30 chevaux aux essais.
Dans les conditions normales, quatre locomobiles et quatre pompes étaient constamment en marche ; elles ne pouvaient être arrêtées qu’une demi-heure environ à chaque basse mer. Les autres engins servaient de rechange ; mais il fallait parfois une ou deux machines de renfort, notamment pendant les grandes marées de vives eaux.
Des dispositions avaient été prises pour réduire autant que possible, la hauteur d’ascension des eaux d’épuisement ; cette hauteur a varié de 5 mètres à 13m,10; mais le plus souvent, elle était de 8 à 10 mètres.
Port de Saint-Nazaire* — Nouveau quai Ouest du bassin à flot de Penhouët.
Le nouveau bassin de Penhouët, actuellement en construction au Nord dü bassin actuel de Saint-Nazaire) sera l’un des plus vastes du monde. 11 a la forme générale d’un rectangle de 1,100 mètres de longueur sur 230 mètres de largeur ; le côté de l’Est porte un redan en saillie, de 300 mètres de long sur 70 mètres de large, dont l’angle Sud-Est est remplacé par un pan coupé de 400 mètres de longueur. La surface totale entre les arêtes des murs de quai
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sera de 23 hectares 1/2, tandis que la superficie du bassin actuel n’est que de 10 hectares. L’avant-projet général fut approuvé dès l’année 1860, trois ans après l’ouverture du bassin actuel. On commença le creusement en 1869 ; mais le projet définitif des murs de quai ne date que de l’année 187a, et les travaux n’ont été poussés activement que depuis la fin de cette même année. On y consacre par an 2 à 3 millions, dont le département de la Loire-Inférieure fait l’avance à l’État; selon toutes les prévisions, les travaux seront achevés en 1880.
La situation topographique du terrain a nécessité ces grandes dimensions. L’espace sur lequel s’étend le bassin de Penhouët est traversé en diagonale par une ancienne vallée rocheuse de granit et gneiss, très-profonde et aujourd'hui complétementrempliepar lesalluvions argilo-sableusesdelaLoire. Il fallait établir les deux côtés Nord et Sud sur les deux rives extrêmes de cette vallée. En se rapprochant du thalweg dans les deux sens, on est obligé de descendre les fondations des murs de quai, le long du plan très-incliné des coteaux, jusqu’à la ou 18 mètres au-dessous du fond du bassin. Dans les environs du thalweg même, il faudrait atteindre en certains points 30 mètres au-dessous du niveau du bassin ; aussi l’on abandonne en cette partie les quais verticaux de maçonnerie, et on les remplace par des estacades en bois sur pilotis destinées aux marchandises légères.
Ainsi le côté Ouest ou bassin de Penhouët se divise en trois sections distinctes : les deux extrêmes ont 336 mètres de longueur chacune avec quais verticaux de maçonnerie; elles encadrent une section de 388 mètres de longueur, desservie par six estacades en bois de 12 mètres de largeur chacune.
La section à laquelle se rapportent les dessins exposés est la section Sud de ce quai Ouest ; elle est en maçonnerie et correspond à la rive droite de la vallée rocheuse.
Les fondations ne présentent aucune particularité notable tant que le rocher se rencontre à moins de 4 mètres au-dessous du fond du bassin. Dans ces limites on se contente d’une fouille directe, et la seule difficulté consiste dans l’appréciation du talus nécessaire au déblai des alluvions extérieures.
On a reconnu que, dans ces conditions de profondeur (10 à 14 mètres) et de fixité du pied des talus, il convient d’adopter pour le déblai de vase une déclivité variant de 2 à 3 de base pour 1 de hauteur : on le divise en gradins horizontaux de de 1 mètre de hauteur, ce qui facilite l’accès des matériaux.
Dès que la fouille descend à plus de 4 mètres au-dessous du fond du bassin les talus de déblais sont si peu stables, pendant les périodes humides de l’année, qu’il faut admettre un système de fondation à l’aide de puits coulés en place dans toute la profondeur de l’alluvion; ces puits forment, lorsqu’ils sont calés et remplis, des piles solides qu’on réunit ensuite par des voûtes en plein cintre de 6 mètres de diamètre ; c’est sur ces voûtes que sont établis les quais. Le havage de tous ces puits s’exécute à l’air libre et ne présente aucune difficulté sérieuse tant que le massif de maçonnerie se meut dans la vase ; mais il n’en est plus de même lorsqu’il arrive à toucher au rocher par un de ses angles ou par un de ses côtés. La déclivité du rocher étant souvent à 2 ou 3 de base pour 1 de hauteur, il se produit un porte-à-faux si considérable qu’il est impossible de soutenir définitivement le puits ou de circonscrire par un blindage le prisme de vase situé au-dessous. Les premiers puits au Nord avaient une section de 1 1 mètres sur 3, avec un vide intérieur de 3 mètres sur 2. La pente du rocher se trouvait dans le sens de leur longueur ; il en résultait que, lorsque l’un d’eux atteignait le rocher par son côté Ouest, il avait encore 6 mètres de vase sous son côté Est. On n’a pas hésité à les faire descendre dans le roc même dérasé en encastrement régulier, et c’est dans cette opération fort délicate que réside la nouveauté du travail ; en voici la description sommaire :
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Lorsque le puits touche au rocher par l’un de ses côtés extérieurs (voir la série des dessins exposés représentant la suite des phases de l’opération), on bat de gros pieux de 0m,i0 à lm,50 ou deux mètres au-dessus de la plate-forme inférieure du massif, pour les ramener, à l’aide de vérins hydrauliques, sous un fort palàtre encastré dans la maçonnerie . On fouille alors la vase sur fm,50 de profondeur au-dessous du puits, et l’on attaque le rocher qui se découvre à la pioche ou à la mine, de manière à enlever un prisme triangulaire dont la face inférieure soit horizontale. A mesure qu’on avance, on dispose de forts billots sous le puits, afin de le soutenir; puis, lorsque le prisme de roc est enlevé, on perce un trou de tarière dans tous les billots jusqu’à la moitié de leur épaisseur; on place dans chacun de ces trous horizontaux une cartouche de 50 grammes de dynamite avec une mèche à poudre ordinaire de 1 mètre de longueur : on allume toutes les mèches, on remonte, et, par l’effet de l’explosion, tous les pieux éclatent et s'écrasent. Le massif de maçonnerie descend alors en brisant soit les gros pieux battus, soit leur palàtre qu’on a eu soin de ne pas pétarder, pour obtenir une résistance du côté de la vase. Cette résistance et le matelas de vase qui s’écrase de côté déterminent une descente très-régulière et verticale. On recommence alors l’opération d’une façon analogue à lm,50 plus bas» en détachant cette fois un prisme trapézoïdal de rocher, et, de chute en chute, on arrive à loger le massif dans son encastrement rocheux dont la base est horizontale et la surface assez grande pour qu’onn’ait pas à craindre le déversement, et qu'on puisse effectuer à vif le déblai des vases restantes, sans avoir trop à compter avec le siphonnement des vases extérieures.
On a fait descendre ainsi de 4 mètres dans le rocher, en trois opérations successives, le grand puits-culée, qui mesure 9 mètres sur 12 de côté et qui pesait 2 millions de kilogrammes; il était supporté à sa dernière descente par 25 étais de 0m,45 d’équarrissage, et vingt mineurs travaillaient par-dessous avec la plus grande sécurité.
Pour rendre le fonçage plus économique et plus facile, on a été cependant amené à diviser les puits de fondation en deux puits échelonnés l’un derrière l’autre lorsque les sondages indiquaient une trop forte inclinaison de rocher. De cette façon, le nombre des descentes est notablement diminué, le cube de rocher à extraire l’est encore davantage, et il ne reste plus, une fois les deux puits calés en sous-œuvre, qu’à déblayer l’entre-deux à vif pour le remplir de maçonnerie. Mais ce système a des inconvénients : d’abord les puits sont beaucoup moins lourds, ils s'enfoncent moins bien, à cause du frottement latéral des vases, et souvent il faut les charger de 80 ou 1 00 tonneaux de gueuses de fonte pour les mettre en mouvement ; de plus, le puits d’arrière, poussé par la différence de pression des déblais, est entraîné vers le puits d’avant, de telle façon que le déblai de l’entre-deux devient parfois difficile. Les deux puits étant de 5 mètres sur 5 mètres, et l’intervalle entre l’un et l’autre de 2 mètres, il arrive presque toujours qu'ils se rapprochent d’au moins un mètre en pénétrant de 10 à 15 mètres dans la vase.
On a employé avec avantage, pour extraire simultanément les déblais des petits puits conjugués et manœuvrer les pompes d’épuisement, un treuil à vapeur roulant, dont tous les mouvements sont obtenus à l’aide de câbles en fils de fer et chanvre tressés.
Malgré les difficultés exceptionnelles, malgré de fréquents éboulements survenus dans les talus des déblais extérieurs, malgré le siphonnement continuel des vases inférieures par l’intérieur des puits, le travail s’est exécuté dans des conditions assez économiques. La dépense du mètre cube de maçonnerie des piles, tous frais compris et les déblais étant transportés à 1 kilomètre de distance, se décompose ainsi qu’il suit ;