LES PORTS DE L’OCÉAN
Brest. — Le port de Brest est une création récente ; ce n’est qu’en 1859 que le gouvernement s’est décidé à former à côté de nos grands établissements militaires et de cette magnifique rade un port où le commerce pût prendre librement son essor. Jusqu’ici l’essai n’a pas très-bien réussi, mais il ne faut pas désespérer ; du jour où on aura achevé les travaux nécessaires, le port de Brest prendra parmi nos grands établissements maritimes le rang auquel sa situation et ses conditions exceptionnelles lui donnent un droit incontestable. C’est en effet le seul port de l’Océan qui soit accessible aux grands navires à toutes les heures de la marée ; il présente 7m,50 d’eau au-dessous des plus basses mers. Le mouillage en rade y est d'une parfaite sécurité et cette rade, comme le port, est à l’abri de tous les vents. La surface du port est de 38 hectares ; il comporte 590 mètres pour le quai d’échouage et 1,710 mètres pour les quais à grande profondeur desservis par une voie ferrée, une grue de 20 tonnes, une grue à vapeur de 1,500 kil. , et deux grues à bras.
Les projets pour le port de Brest consistent dans l’achèvement duport àmarée.
Nantes et Saint-Nazaire. — Nous avons trouvé à l’embouchure de la Seine un grand port : le Havre, et sur la Seine même un port plus modeste quoique fort important : Rouen. Sur la Loire nous trouvons Saint-Nazaire et Nantes; malheureusement la Loire n’est pas aussi accessible que la Seine, et si elle se
LA MARINE MARCHANDE
développe dans sa partie moyenne sur une plus grande étendue, elle ne recèle pas une profondeur aussi grande que la Seine dans sa partie maritime et ne jette pas autant d’eau à la mer.
De Nantes à Saint-Nazaire la profondeur de la Loire maritime ne dépasse pas 3 mètres ;à certains endroits c'est une profondeur inférieure à celle que les travaux projetés assureront à la Seine de Rouen à Paris. La grande question à l’étude serait de porter cette profondeur à 7 mètres de manière à permettre aux grands navires l’accès des quais de Nantes. Quelques personnes seraient d’avis de creuser un canal latéral maritime, mais, quoiqu’il en soit c’est une grosse question et une grosse dépense et pour le moment on se contente de draguage dans le port. Cependant il n’est pas possible de laisser dépérir Nantes quoiqu’on ait accusé scs négociants d’un peu de torpeur et il est probable qu’on se décidera à construire ce canal, au moins latéralement à la portion du trajet où sont concentrés les hauts-fonds les plus dangereux.
Presqu’entièrement artificiel, le port de Saint-Nazaire ne date que de 1842 : son bassin à Ilot a 10 hectares de surface et un développement de quai de 1700 mètres. La profondeur de l’eau y varie de 6 mètres à 6m,50; la rade est excellente et le mouillage parfaitement sûr. On construit actuellement un second bassin de 20 hectares de surface. Le port est destiné au plus grand avenir et il a complètement détrôné Paimbœuf où les gros navires d’autrefois venaient s’aliéger pour atteindre les quais de Nantes.
Les grands navires transatlantiques peuvent aujourd’hui y aborder, mais on peut dire que Saint-Nazaire n’est qu’un bassin à Ilot du port de Nantes, car toute la vie commerciale est au chef-lieu.
Les ports de la Loire maritime représentent un mouvement de 8,000 navires, jaugeant 900,000 tonneaux et la somme des importations et des exportations est un peu supérieure à 1,100,000 tonneaux dont la valeur est d’environ 265 millions de francs. La flottille commerciale qui a pour ports d’attache Nantes et Saint-Nazaire est de 775 navires jaugeant 163,000 tonneaux dont les neuf dixièmes environ appartiennent à Nantes.
Le commerce des sucres est à Nantes en première ligne; le sucre brut provient de Bourbon et des colonies anglaises, ainsi que du Brésil, il en entre à Nantes 55 à 60,000 tonnes par an. Nantes importe d’Angleterre un million de tonnes de houille et 12,000 tonnes de fer, de Norwége et de Russie 50,000 tonnes de bois, du Pérou 28,000 tonnes de guano, en outre du riz de l’Inde, des arachides d’Afrique, des goudrons du Nord, des minerais de plomb d’Espagne, etc.
Le commerce d’exportation consiste en sucre pour l’Angleterre, blés et farines, ardoises, conserves alimentaires, une des grandes industries de la ville, vins, tissus, huiles, etc.
Bordeaux. — Le phare de Cordouan signale l’embouchure de la Gironde et laisse de chaque côté des passes d’une profondeur de plus de 20 mètres par lesquelles les plus grands navires peuvent pénétrer dans l’estuaire de la Garonne et de la Dordogne. Pauillac est l’avant-port de Bordeaux comme Saint-Nazaire est celui de Nantes, mais sans avoir son importance. C’est là que s’arrêtent les grands navires, les paquebots transatlantiques. Les bâtiments qui ne dépassent pas 2,000 tonneaux peuvent aller s’amarrer le long des quais de Bordeaux où ils trouvent, au moins dans le chenal de la rivière, sinon absolument sur sa rive, des profondeurs d’eau de 5 à 6 mètres. La vie maritime est concentrée presque toute entière sur la rive gauche de la Garonne, où se trouvent la gare d’un côté et de l’autre la cale de Bacalan où s’amarrent les grands navires. Le port est fort étendu et présente un développement de plus de six kilomètres; il pourrait donner asile à 1,000 ou 1,100 navires.
ET LES PORTS DE COMMERCE
Le port de Bordeaux est classé au 3° rang des ports français; il n’a avant lui que Marseille et le Havre; cependant, il manque d’un bon outillage, les chargements et déchargements y sont lents. Les projets nouveaux portent comme améliorations urgentes ledraguage du litde la Garonne, la construction de digues et de cales, la consolidation des quais actuels et la construction de quais nouveaux et de débarcadères. Il avait été question de creuser un port à Arcachon pour compléter celui de Bordeaux, mais on en a reconnu la difficulté, ou tout au moins l’inopportunité; de ce côté, on se contentera d’améliorer le port de la Teste. On doit par contre créer à Royan, bien protégé et facilement accessible, un port de refuge qui se trouvera ainsi à l'embouchure même de la Gironde.
Les principaux pays en relation avec Bordeaux, sont : la Plata, l’Uruguay, le Chili, le Pérou, le Mexique, Vénézuéla, les colonies françaises principalement la Réunion etles Antilles, lesÉtats-Unis,leSénégal, Terre-Neuve, Riga, Saint-Pétersbourg, Dantzick, Lubeck, Hambourg, Porto, Rotterdam, les ports anglais, etc.
Le mouvement général du port en 1876, a été de 24,700 navires jaugeant ensemble plus de 2 millions de tonneaux; la valeur totale des marchandises d’importation et d’exportation a dépassé dans la même année la somme de 550 millions de francs.
Les marchandises d’exportation comprennent surtout, le lard et les jambons d’Amérique, l’indigo, le chanvre de l’Inde, les cordages; le poivre de Saigon, de Singapore, du Malabar; le café d’Haïti, de la Guadeloupe, de Costa-Rica, de Guatémala, de Rio, de la Réunion, le cacao, les cornes et les cuirs du Chili, le rocou, l’huile d' Arachides; le sucre brut de la Réunion, de Maurice, de Java, des Antilles, les gommes du Gabon, le sésame du Levant, le tabac, le nitrate de soude, le tafia, les bois de teinture, le merrain de Bosnie, la houille anglaise, etc.
Les marchandises d'exportation sont principalement le vin, la térébenthine, le goudron, le brai, la colophane, les produits chimiques, les tourteaux, le sucre pilé, le sucre raffiné, les acides gras, les conserves, les spiritueux, le mercure d’Amérique.
La pêche représente un mouvement de 145 navires portant 13,067 tonnes de poissons d’une valeur de 9 millions de francs.