COMPLEXITÉ, PERFECTION GÉOMÉTRIQUE
le voulait »; et, parfois, se dessinait d’un seul coup, tout aussi net, le double système de la trame et de la chaîne. Une fois, sans l'avoir voulu ni prévu, j'ai soudain aperçu un de ces beaux ensembles de stries parallèles et, cherchant son objet, je l’ai trouvé au plafond, dans les traces, jusqu’alors inaperçues, du pinceau qui l'avait enduit 1. Et la perfection des lignes, la finesse de leur ensemble ne sont pas amoindries par l’apparent agrandissement que provoque la projection sur un écran plus ou moins éloigné.
La perception directe du dessin le plus manqué offre quelquefois quelque chose de cette perfection. Tirons d’une plume négligente, et sans règle, quelques lignes vaguement droites et parallèles; choisissons un point de fixation, et fixons. Assez souvent, assez rapidement, à intervalles de plus en plus rapprochés, et par moments de plus en plus fréquents et de plus en plus durables, les irrégularités et accidents de ce brouillon disparaissent ; un beau système de parallèles surgit soudain, parfait. Maïs ce qui est rare et fugitif dans la perception directe est courant et stable dans les images consécutives. Elles ont une autre supériorité les traits y frémissent et s’y transfigurent sans trêve mystérieusement, sans cesser de former le même dessin parfait, d’être, dans notre exemple, des parallèles ; tout le tableau est un organisme mouvant.
Je n’ai pu obtenir la résurrection satisfaisante de quadrillages; mais après vingt secondes de fixation d'un système de lignes parallèles, si je fais faire un quart de tour à l’objet et poursuis la fixation vingt secondes encore, j'obtiens, soit un conflit des deux images consécutives, soit un quadrillage lacunaire ou parfait, soit, plutôt, une combinaison variable et mouvante des deux résultats.
Ici comme dans l’observation des images consécutives positives, J'ai dû parfois recourir au petit artifice du battement des paupières ou de la brusque ouverture des yeux avec regard sur fond neutre. J’ai obtenu ainsi des images de parallèles ou de quadrillages extrêmement tardives, sortes d'images consécutives secondaires, postérieures de deux minutes à la perception.
10. IL faut naturellement ici un fond très homogène, et les meilleurs papiers sont insuffisants.
L’impression de richesse, de rigueur et de beauté géométrique est, dans tout cela, toute vigoureuse qu’elle est, fort illusoire. [/image du contour où sont enfermées les droites est extrêmement vague, je n’ai pu ébaucher des lignes la moindre numération, je n’ai pu en individualiserune seule. Dès que j'ai accru, si peu que ce soit, la complexité du dessin, les résultats se sont aussitôt considérablement amoindris ; presque satisfaisants avec des rectangles concentriques, ils ont été très mauvais avec des courbes parallèles, et ne se sont pas élevés au-dessus des images banales, vagues, pauvres et confuses, quand j'ai utilisé des lettres ou des figures un peu plus compliquées. Il est enfin notable que l’image consécutive d’un système de parallèles soit si précise et que l’exesthème d’une de ces lignes isolées soit si confus, que l’élément détaché soit vague et la Forme totale distincte.
Bien petit pour l’instant, le domaine des images consécutives compliquées touche à celui des hallucinations de grand luxe morphologique, Celles-ci, comme nos dernières postimages, font parler de prodigalité, de rigueur et de beauté géométrique. Illusoire, mais immédiate et de l’ordre de la perception quand il s’agit des images consécutives, cette impression de richesse et de perfection, a bien des chances d’avoir même défaut et même vertu quand il s’agit des hallucinations.
Les images consécutives, telles que nous venons de les décrire, voisinent par bien des traits avec les hallucinations.
Souvent inconnues des malades, leur pouvoir hallucinogène peut n’en être que plus grand. Parfois, exceptionnellement, obsédantes et pullulantes, elles sont alors une forme originale de l’automatisme mental, du mentisme par exemple; et leur naissante pathologie est toute dans leur comportement hallucinatoire.
Les premiers traits de celui-ci sont dans l’aspect en quelque sorte « toxique » de leurs teintes et dans l’ampleur et le mystère de leurs changements. On peut remplir le champ visuel de visions élémentaires qui, jusque dans leur microscopique détail, sont animées de surprenants changements