‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 126 sur 422 · LES I. C. SUIVENT LE REGARD · texte numérisé non relu

LES I. C. SUIVENT LE REGARD

mouvements volontaires du regard. Elles les suivent même obstinément: il y a une liaison rigide entre le milieu de la macula et un point, un seul, toujours le même, de l’image consécutive. Le regard est rivé à ce point; où qu’il aille, c’est ce point qu’il fixe; nous sommes condamnés à ne voir qu’en vision périphérique le reste de l’image, nous ne pouvons pas la parcourir.

Comment se conduisent les hallucinations ? ? D’après mon expérience personnelle, très lacunaire, les hallucinations sans point de repère objectif, différentes, ici comme ailleurs, des perceptions objectives, se conduisent comme les post-images ; elles suivent les déplacements volontaires ou involontaires du regard et peuvent rester immobiles devant les déplacements passifs des globes. Comme les images consécutives enfin, et surtout quand elles sont périphériques, elles paraissent précéder, entraîner le regard, le dépasser et lui échapper. On ne peut pas en fixer des points successifs, les parcourir, les palper des yeux. Un persécuté de Peterson se plaignait de la disparition des visions, situées à sa droite, quand il se tournait vers elles. Schilder, en excitant le labyrinthe de ses hallucinés visuels, a mobilisé leurs visions dans le sens voulu ?1.

Y a-t-1l enfin des hallucinations moins tyrannisées par les mouvements du regard et moins enchaînées à leur point de fixation, des hallucinations qui suivent le regard maïs qui consentent à s’immobiliser sous lui quand il les parcourt ? Des hallucinés disent que oui, et ainsi se comporteraient les images eidétiques. N'ayant jamais, sur moi et sur mes sujets, observé hallucination d’une telle complaisance, je me borne à présenter l'affirmation sous sa forme à mon avis la moins improbable : Nos regards peuvent construire une image visuelle sur le papier; si elle peut être hallucinatoire, nos regards peuvent aussi la construire, la tracer et paraître ainsi en suivre les contours, comme ils suivraient ceux d’une image virtuelle ou d’un objet.

20. Cf. p. 212, et p. 369. — 21. Peterson. N. Y. med. Journ., 30 août 1891 et 31 janvier 1892. — Schilder, Zeitschr. f. d, ges. neur. u. PSsych., 1920, LIII, 169.

I] y a des images consécutives qui rivalisent avec l’hallucination. Traitant celle-ci comme une perception sans objet, nous l’avons comparée aux images consécutives fortes et nous avons, en multipliant leurs analogies, travaillé au démembrement de la vieille hallucination classique, celle des mystiques, celle de T'aine, la grande ennemie de l’objectivité des perceptions et même de l’existence du monde extérieur. Si l’hallucination ne donne pas d’image conséeutive, si le transfert d’une hallucination monoculaire à l’autre œil n’existe pas, si l’hallucination suit absolument le regard, si elle est rivée au point de fixation, si on ne peut la parcourir des yeux, si on ne peut fixer une hallucination périphérique, si l’hallucination suit la secousse lente du nystagmus, si, après rotation, elle se meut dans le sens du mouvement qui vient de cesser, si elle ne peut être dédoublée quand elle est simple ou simplifiée quand elle est double, la voilà munie enfin de critères qui la séparent absolument de la perception objective et permettent toujours de l’en distinguer ; la voilà réduite à l’état de descendant lointain, dégénéré, et — par mutation — spécifiquement distinct de la perception.

Vaine ambition, Sans doute, entre le laborieux automatisme des images consécutives et notre passivité devant les fusées hallucinatoires, il n’y à pas un abîme, et nous allons observer des hallucinations dans des post-images, ou des post-images qui seront prises pour des hallucinations, Mais la pathologie des images consécutives, dans sa pauvreté, nous à déjà empêchés de faire d’elles des états préhallucinatoires, Ensuite, même si la post-image voisine avec l’hallucination et si l’hallucination visuelle suit des lois de la post-image, elle n’en est pas une pour cela, Eût-on obtenu de l’image consécutive qu’elle égalât l’hallucination, eût-on réussi à détacher l’image consécutive de la rétine pour la rattacher aux centres corticaux, on n’aurait pas montré que l’hallucination n’est que l’image consécutive positive, mentalement complétée et incorrectement interprétée, de l’objet qu’on vient de percevoir, Même égales, hallucination et image consécutive ne seraient pas nécessairement une seule et même chose. Enfin et surtout, chaque fois qu’on a voulu établir une analogie entre hallucination et métes-

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