I. C. LILLIPUTIENNES NON RECONNUES
maintenant, dans notre chambre, ce tableau champêtre reparaisse dans une hallucination, sur le mur ou sur le plancher, ce sera toujours avec les mêmes dimensions physiologiques. Tout à l'heure, les vaches en miniature de notre rétine étaient toujours aperçues comme de vastes ruminants; maintenant, circulant entre les pieds des chaises et des tables, elles deviennent enfin, dans notre rêve, les joujoux, les vaches Lilliputiennes qu’elles se refusaient à être dans notre perception « vraie ».
On ne s’est généralement pas rallié à cette théorie optique des hallucinations Lilliputiennes. Je crois pourtant qu’on pourrait parfois le faire, puisqu'on voit des hallucinations se comporter comme des images consécutives : Jalliputiennes de près, Brobdingnaciennes de loin.
Il semble en être ainsi dans le célèbre cas du syndic Lullin ? : quand l’hallucination est à quelques pouces de lui, elle a un pouce carré; errant dans la chambre, c’est un mouchoir; sur le toit, elle est deux fois plus grande; dans la rue, près de la fontaine, c’est une grande nappe. Et dans le cas d'hallucinose d’Alajouanine #, les objets hallucinatoires sont petits quand ils sont proches, grands quand ils sont lointains.
Très souvent, sur moi-même, devant des hallucinations nées dans l’image consécutive, grande comme un pain à cacheter, d’une ampoule électrique, j'ai constaté la très fréquente inconscience de la petitesse des visions. Des hallucinations, nombreuses peut-être, seraient ainsi très petites sans le savoir, à l’insu du sujet, et les images consécutives pourraient songer à capter l’intéressante espèce des hallucinations lilliputiennes, conscientes ou inconscientes.
Mais d’abord, les sujets comme le syndic Lullin sont rarissimes et je n’ai encore rencontré aucun halluciné en état de me dire : « mes visions grandissent quand elles s'éloignent ». S'il pouvait le dire ou si on pouvait le dire pour lui, on pourrait conclure : certaines hallucinations se comportent, quant aux variations des dimensions, comme des images consécutives, ou bien, ces hallucinations sont
27. Th. Flournoy, Le cas de Ch. Bonnet, Arch. de PSsy., 1902. I, 1 et 351. 28. Rev. Neurol., 1998, II, 714.