L'HALLUCINATION : I. C. MODIFIÉE
un cube de façon à voir un peu une de ses faces latérales, en y regardant des horizontales dessinées et des horizontales métesthésiques, les horizontales réelles de cette face paraissent obliques et montent en fuyant; les horizontales métesthésiques, au contraire, descendent, Sur Le dessin d’un cube — et le pire nous donne une merveilleuse impression de relief — mes sujets et moi-même n’avons jamais réussi à voir ainsi plonger les images consécutives de lignes horizontales. On pourrait aussi parler de suggestion si l’image verte d’un carré rouge, projetée sur fond bleu ou orange restait du même vert ou devenait bleue, ou jaune. Suggestion, quand, après fixation d’un carré rouge à un mètre, la projection de sa post-image à deux mètres devant un sujet qui la croit toujours à un mètre, lui donne des dimensions libérées des exigences de la loi de Emmert. Suggestion, quand le dessin d’un carré sur un écran réussit à circonscrire une post-image qui devrait le déborder. Suggestion, quand, devant une post-image verte, l'évocation du vert ou d’une autre couleur perpétue le vert de la post-image ou le modifie, le supprime, lui substitue quelqu’autre ton.
S1 la suggestion crée ici plus qu’une conduite, un comportement ou une attitude, mais une perception, ces faits, dont je ne peux d’ailleurs confirmer le moindre, montreraient les premières traces de l’hallucination dans l’image consécutive, Soit, mais quand une image consécutive régulière cesse d’être une image consécutive pure et simple pour devenir hallucination ou du moins illusion, cela ne veut pas dire tout de suite et sans chicane que ces commencements d’hallucinations ne sont que des images consécutives, simplement modifiées ou interprétées. Un autre avis est possible, qui préserve la spécificité de l’hallucination, Le voici : lorsque la post-image cesse d’obéir à ses lois coutumières, la loi de Emmert par exemple, c’est que la post-image est secrètement envahie par un parasite, intime mais spécifiquement distinct d’elle, une hallucination. Une image consécutive plus grande ou plus petite que ne le veut la loi de Emmert est victime d’une hallucination, une image consécutive verte qui devient bleue sur fond bleu est une hallucination, et, si projetant une post-image circulaire sur un écran frontal tournant autour de son axe
162 I. C. PARASITÉE PAR L'HALLUCINATION
vertical, un sujet réussissait enfin à voir, ce qui s’appelle voir, une ellipse dressée, un O, il aurait substitué à son image consécutive, détruite, une hallucination,
Toutes les fois que grossissant le rôle de l’image conséeutive, on veut lui donner sa part de l’hallucination démembrée, des hallucinations paraissent qui méprisent les pauvres adresses de la post-image. Iei, c’est bien pire, puisqu’on tente de voir dans des modifications élémentaires de la post-image un conflit entre image consécutive et hallucination et non l’image consécutive faisant figure d’hallucination, usurpant, sans cesser d’être elle-même, toutes les libertés de la représentation pour les objectiver.
C’est le jeu de la cuirasse et du canon : des efforts, opposés, de l’image consécutive pour détruire la prestigieuse et dangereuse perception sans objet, et de l’hallucination pour préserver son extraordinaire personnalité, et réduire l’image consécutive à n'être qu’occasion, prétexte, « utilité ».
Image consécutive d’un carré projetée sur la face droite d’un parallélipipède, ou sur un écran frontal tournant en sens inverse des aiguilles d’une montre et regardé par sa face droite. Si l'écran s'élève ‘ou si l’image s’abaisse un peu, l'angle antéro-inférieur de celle-ci débordera largement le bord inférieur de l’écran. Si on inverse l’obliquité des bords supérieur et inférieur de l’écran, si on abaisse son extrémité distale en conservant l'orientation de son plan, l’image n'inverse pas son obliquité, elle pique toujours du nez et ne se cabre pas, bien que chez certains sujets cette dernière perception s’observe quelquefois au début, et puisse exceptionnellement se maintenir.
J’ai projeté la post-image d’un carré sur un plan oblique, sur la face droite d’un cube, et j'ai vu un trapèze, une sorte de section longitudinale de tronc de cône plongeant en bas et en avant, sa grande base loin de moi. Cette perception est sans objet extérieur, et l’objet virtuel qui l’occasionne serait, sur la rétine, un carré. Et cependant je vois un quadrilatère bizarre, je le vois tout simplement, je n’interprète pas plus, je n’imagine pas plus, je n’objective pas plus des images que si ce trapèze était effectivement