I. C. ET HALLUCINATION LILLIPUTIENNE
reconnaît un tout autre objet, elle reçoit un nom qui l’éloigne infiniment de la chose sur laquelle elle a été moulée. Exemple : une brève rêverie; et une vaste maison à trois étages, aux innombrables fenêtres illuminées m'apparaît. Nouvelle rêverie, réapparition du luxueux hôtel. Ce n’était que la fidèle image consécutive de ma bibliothèque, inconsciemment fixée avant la chute des paupières.
Ces fausses reconnaissances de post-images sans fantaisie naissent parfois d'un conflit entre les dimensions de l’objet perçu et connu, si obstinément fixes, et les dimensions de l’image consécutive, si variables et si dociles à l’interprétation. Le soldat grec pendu que je voyais tout à l’heure dans un disque d’un demi-centimètre, ne me cachait pas qu’il était Lailliputien ; mais quand le disque, toujours aussi petit, dut loger l’architecture de fer d’un pylône, j’eus une hallucination lilliputienne inconsciente ; « qu’il est haut! » me dis-je un instant. Parfois, cette liberté d'appréciation de la grandeur des hallucinations s'étend aux images consécutives méconnues; et quand j'ai vu un grand hôtel dans l’image pourtant sincère, et grande comme un sou, de ma bibliothèque, j'ai oublié de penser aux dimensions, j'ai vu un grand hôtel. On sait ce que deviennent, suivant qu’on envisage le fait ou le droit, nos perceptions des objets les plus volumineux dès que leur distance est suffisante ; et qui n’a été surpris, à sa fenêtre, de voir le plus grand arbre du jardin, imposant, énorme, s'inscrire dans le carré d’une petite vitre, et rester gigantesque ? Mais l’image consécutive de ce grand arbre, de cet arbre que je vois si grand, est une minuscule image, et celle qui succède à la fixation d’une grosse lampe à globe, large comme une assiette, peut n'être qu'un infime point lumineux, introuvable, méconnaissable. [1 peut être alors impossible d’établir la filiation : objet — métesthésie — vision, surtout dans l’état hypnagogique. Ayant vu, les yeux fermés, un petit poisson très brillant, j’eus à chercher pour y reconnaître l’image consécutive du toit ensoleillé d’une immense grange.
L'image consécutive a fait de grands efforts pour conquérir et détruire l’hallucination, Elle s’est constitué une pathologie, elle a rempli le champ visuel de couleurs
LA VISION : HALLUCINATION OU I. C. ? nid
et de grouillements, elle a quelquefois réussi à être un état plus fort que la perception de l’objet, elle a acquis relief et perspectives ambiguës, elle a quelquefois montré une grande richesse morphologique. En faveur de sa tentative, nous avons espéré provisoires les échecs des efforts qui visaient à fortifier, et le caractère hallucinatoire de l’image consécutive, et le caractère sensoriel de l’hallucination « transfert » des images consécutives, « contrôle » des postimages, dédoublement des exesthésies et des hallucinations par le prisme, la loucherie ou la diploblepsie, mouvements des métesthésies et des hallucinations, Nous nous sommes enfin employé à expliquer les bizarreries hallucinatoires, de l’hallucination Lilliputienne par exemple, consciente ou inconsciente, par les variations de forme et de dimension des images consécutives.
Mais tout cela ne mène pas le métesthème bien loin dans sa conquête de l’hallucination, car, nous l’avons répété, à chaque succès de la post-image l’hallucination a opposé une réaction qui l’a au moins équilibré.
Voici là-dessus l’opinion primitive de l’halluciné métesthésique moyen : le visionnaire voit des objets parfaitement distincts et très détaillés ; Les visions ne sont pas des images mais des perceptions ; ces perceptions n’empruntent à l’exesthème que son siège, ses dimensions, et quelque chose — plus ou moins — de sa couleur et de sa forme; mais ces emprunts sont contingents; il y à une distance qui peut être infinie et une différence qualitative entre l’exesthème — vision élémentaire ou résiduelle et dont l’action se borne à l’éveil d'images mentales d’objets — et la vision perception d'individus infiniment complexes, parfaits.
Mais l’halluciné ne tarde pas à en rabattre peu à peu. D'abord, entre l’exesthème élémentaire et résiduel et la perception hallucinatoire de l'infini individuel, j'ai subi l’apparition de quelques intermédiaires : tout en bas, c’est le disque, lumineux et coloré, homogène puis troublé par des lisérés et des taches; un peu plus haut, c’est, dans le disque lumineux, une sorte de tourbillonnement, de fermentation, de germination confuse; un degré de plus, et ce sont des figures géométriques, du simple aster et du