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HALLUCINATIONS IRRÉDUCTIBLES

esthésicité de ces hallucinations, même si on ne prétend plus qu’elles laisseraient vérifier leurs détails, parcourir des yeux leurs contours, dédoubler leur masse, naître d’elles enfin des images consécutives.

Cette puissante et parfaite hallucination, il ne semble pas que ce qui précède permette de la nier. Mais si l’histoire des visions exesthésiques n’interdit pas d’opposer à tout objet une hallucination capable d’en être exactement mimétique, au moins invite-t-elle à doubler toute hallucination d’une attitude hallucinatoire et d’une croyance, que soutient une métesthésie, mais que ne nourrissent pas on ne sait quelles images projetées au dehors, pas même, quelquefois, des images tout court.

En résumé, ce qui diffère le plus de l’image, ce n’est pas la perception, c’est l’image consécutive; et cette sœur de l’hallucination affirme la puissante originalité que les hallucinés prêtent à leurs visions.

La pathologie des post-images est encore insignifiante; post-images obsédantes ou pullulantes, mentisme métesthésique, métesthésies matériaux d’un délire, métesthésies mal interprétées, non reconnues, prises pour des objets, des doubles de l’objet, des hallucinations, tout cela ne tient qu’une place infime en psychiatrie Leur principal intérêt est dans leur double parenté avec les perceptions et les hallucinations.

On en voit d’assez vigoureuses pour masquer des objets et devenir des « états forts ». Autre supériorité sur les objets et leur perception, elles acquièrent parfois l’étrange relief et la liberté de relief des perspectives ambiguës; et c’est un lien de plus entre elles et l’hallucination. Habituellement pauvre et confuse, la métesthésie peut afficher une profusion de détails qui la fait rivaliser avec l’objet et lui permet de prétendre à l'emploi d’'hallucination.

Cette prétention nous à conduits à la théorie qui fait dépendre la post-image moins de la surface sensorielle réceptrice, de la rétine, que des centres. D'origine « centrale », elle pourrait en effet plus aisément tenter de s’annexer les hallucinations. Dans ce chapitre, nous avons eu à douter que les hallucinations soient sensorielles au

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point de laisser d'elles des images consécutives, des postimages vraiment endogènes. Invités, toujours au profit de la théorie « centrale » des métesthèmes, à les modifier, à les « contrôler » en y projetant des images, des souvenirs, nous n’y avons pas réussi; ils ont opposé une irréductible indépendance à la volonté et une complète imperméabilité à l’imagination ; et cet automatisme, modèle, n’est du reste pas fait pour les distinguer de l’hallucination, Enfin s’est posée la question du dédoublement des métesthésies par le prisme et la loucherie. Périphériques ou centrales, nous n'avons pas pu faire de la diplopie sur elles; elles se sont avérées indédoublables, comme les hallucinations nous a-t-1l semblé; et les deux états ont trouvé là un trait commun de plus, un motif nouveau de se distinguer des perceptions aussi bien que des images.

Bien des fois encore il nous a fallu rapprocher l’hallucination de la métesthésie, Contrairement à l’objet, toutes deux suivent le regard. Alors que les apparences de l’objet et sa perception, forme, positions, dimensions, couleur, résistent à d’amples variations de la forme, des attitudes, des dimensions, de la distance et des couleurs « réelles » ; la post-image, au contraire, oppose aux raideurs et aux constances de la perception des variations d’une étrange souplesse. En faisant simplement varier la distance d’un objet ou la distance de projection d’une post-image, en faisant simplement tourner un écran porteur d’un cerele, d’un carré, d’une croix ou de leurs images consécutives, nous avons vu celles-ci subir des déformations, des métamorphoses surprenantes, incomparablement plus profondes que celles de la perception, et, surtout, inverses. Dans ces larges et originales variations nous avons reconnu quelquesunes des étranges habitudes de l’hallucination, qui s’écarte ainsi un peu plus de la perception normale et de l’image. Se comportant tout autrement que la perception, tout autrement que ne le ferait prévoir l’expérience commune des perceptions et des images, la post-image et ses surprises nous ont aidé à comprendre l’obstination de l’halluciné, sûr de l’originalité de ses visions, de leur splendide isolement entre les perceptions et les représentations.

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Il poursuit son offensive. Prenant acte des analogies entre métesthésies et hallucinations, il en a profité pour achever de détacher celles-ci des images. Il veut aussi prévenir toute tentative pour réduire ou subordonner les hallucinations aux métesthésies. Il aftirme que les métesthésies, quelquefois prises par un dément pour des objets ou des visions, ne fournissent d'ordinaire à celles-ci qu'un détail, un fond, une occasion, et ne jouent qu’un rôle contingent dans leur histoire. Débarrassée de l’image grâce à la post-image, l’hallucination se retourne contre son alliée.

L'halluciné craint en effet qu’on ne veuille faire de sa vision une métesthésie et minimiser les deux. On a par exemple cru trouver dans certaines images consécutives d'objets pauvres ou mutilés plus qu’il n’y avait dans l’objet, des compléments, une forme plus complexe, des faits de « Ergänzung » qu’on pourrait croire illusoire et imaginatif. L’opsiphile a contesté ces faits soit en assurant que ces compléments, ces « Ergänzungen » qu’introduirait l’imagination dans la post-image n’existent pas, soit en prétendant que les détails qui achèvent la post-image d’un objet inachevé sont, si le sujet les perçoit, très légitimement, très naïvement sensoriels, esthésiques, non imaginatifs, non imaginaires, automatiques, neurologiques, quasi apsychiques.

La perception du métesthème, si elle peut être plus riche que le métesthème lui-même, devenu objet à percevoir, c'est le commencement de l’hallucination dans la postimage. La post-image ne se contente pas d’être parfois, peut-être, un peu plus compliquée que l’objet, ou d'évoquer, dans les singularités de sa forme, à la façon des nuages, quelques objets qu’on sait imaginaires. Plus généreuse, la post-image la plus simple peut devenir une riche vision et dans le petit cercle homogène qu’est la métesthésie d’une ampoule électrique blanche nous avons vu défiler toute la hiérarchie hallucinatoire.

L’observateur s’est donné une post-image dont il connaît exactement Les formes, Les tons, l’évolution ; or, spectateur aussi passif que possible, il voit en elle, sans vouloir, sans rêver, sans chercher, quelquefois même sans nommer, un film capricieux d’apparitions; et, averti, spécialiste, cri-

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