LA FOI DES HALLUCINÉS
L’hallucination a beaucoup servi, Nous avons vu ailleurs que des philosophes l’ont observée ou éprouvée avec profit, bien qu’on s'étonne aujourd’hui de leur hardiesse à l’employer, de la confiance qu’ils accordent à cet être mystérieux et mouvant lorsqu'ils discutent de la perception, de l’image, et même de la réalité du monde extérieur. Les littérateurs en ont toujours fait une grande consommation, recherchent plus que jamais le secours des aliénistes, et s'intéressent certainement à la destinée de l’onirisme, ce précieux moyen. L'Etat est loin de la dédaigner : les églises ont largement utilisé ses services et surveillent toujours ce fait singulier, si peu maniable, si dangereux, jamais « de foi », même lorsqu'il produit, chez une Jeanne ou un François, des fruits divins. Des sociétés paraissent lui confier leur destin, si l’on croit ce qu’on dit des primitifs, du Yagé, du Peyotl. L’'historien s’y heurte quelquefois, et on se rappelle l'effort des Lélut, des Maury, pour retrouver chez leurs déments et les grands hommes, Pascal, Socrate, la même hallucination et la même folie. La police et les juges ont fort à faire avec elle, et il n’est pas d'expert qui n’ait eu à présenter ou à soustraire au jury quelque meurtrier trop docile à la suggestion d’une apparition ou d’une voix. Le pédagogue en réglera peut-être un jour l’usage; non qu’il faille craindre sa pullulation spontanée, mais parce qu'on peut rêver d’intensifier les images, d’en faire des perceptions, de dresser l’écolier à réciter sa fable avec son livre absent sous les yeux, à suivre au tableau les invisibles sinuosités de la carte non tracée, à copier la tête de Minerve enfermée
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