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L'HALLUCINATION, PERCEPTION OU INEXISTANTE

dans l’armoire. Le psychiatre et le neurologiste ont pour métier d'isoler, décrire, expliquer les diverses formes des phénomènes hallucinatoires et les affections où on les observe, de guérir s’il se peut, et de confier leurs résultats aux psychologues.

Quelque intérêt qu’ait l’étude littéraire, sociologique, historique, judiciaire, religieuse, et peut-être pédagogique de l’hallucination, j'ai cru devoir me donner ici une autre tâche.

Les mnémotechnies et les plus ingénieuses cultures de la mémoire n’ont jamais permis l’utilisation, la provocation, le choix, l’étude à loisir des riches perceptions du rêve ou de l’hallucination. Les toxiques nous donnent parfois ces illuminations, mais les paradis artificiels qu’ils procréent sont de bien mauvais goût. Le rêve et l’hallucination sont irrémédiablement des sous-produits, toujours inutilisables, parfois encombrants ou dangereux. Malgré « le charme de sentir », l’esprit se détourne des sens. C’est en eux et dans limagination qu’il trouve, avec Spinoza, l’abstraction et l'erreur, et dans une pensée sans image son progrès, son bonheur, les vrais êtres et le réel.

Philosophiquement détaché de la sensation, mais ne pouvant négliger ce fait étrange : Le retour, chez le visionnaire, des apparences matérielles malgré leur absence, l'observateur n’hésite pas, fréquemment, à égaler ces deux perceptions, et, quelquefois, à faire de la perception « vraie » un rêve. D’autres fois, et cette tendance est beaucoup plus récente, il voit dans le rêve un scandale, un scandale à étouffer. Habitué à la série : objet, perception, image, idée, il ne peut se familiariser avec la présence de cet intrus : le rêve, l’hallucination, la perception sans objet, la perception de l’objet malgré son absence, être morbide, trompeur, inquiétant, diabolique. Il l’étudie, et encouragé par certains faits, il en vient à se demander si ce parasite existe vraiment, si on ne pourrait pas le supprimer, mieux, constater son inexistence.

Dans ce dessein, on utilise surtout des observations cliniques, on réduit à d’humbles phosphènes les rêves et les visions toxiques les plus somptueuses, on cherche à vider

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