CENTRES IMAGINATIFS
De très nombreux observateurs attribuent ainsi les hallucinations visuelles à la rétine corticale et disent qu’elle connaît parfois une sorte d’épilepsie, soit que sa propre lésion « l’irrite », soit que les lésions de centres sus-jacents lui vaillent des excitations centrifuges anormales, soit que, libérée de ces centres supérieurs et de leur action modératrice, échappée au contrôle, elle manifeste par des visions son « ébriété ».
La théorie de la rétine corticale-mère cérébrale des hallucinations visuelles vaut tout au moins, peut-on dire, mieux que rien et paraît bien être le meilleur provisoire. Il faut cependant retenir la possibilité d’hallucinations visuelles après destruction du centre visuel. Pour « penser anatomiquement » ces visions, on s'adresse alors, au-dessus de la calcarine, à la face externe du lobe temporo-occipital, au pli courbe dit-on, inexactement mais brièvement, à cette circonvolution qui unit la première temporale à la deuxième, à l’extrémité de la première scissure temporale, à l’union des trois lobes occipital, temporal et pariétal, des lobes gnosiques et praxiques... Les lésions qui frappent là et qui respectent rétine corticale et radiations optiques ne suppriment pas la vision mais détruiraient son intelligence, et entraîneraient tout au moins de l’agnosie.
Quand radiations optiques et rétine corticale sont détruites, mortes, des hallucinations sont-elles encore possibles, et faut-il chercher leur cause dans quelque libération des centres occipitaux externes, du pli courbe, des centres gnosiques et imaginatifs de la vision ?
Quand ce sont ces derniers centres qui souffrent, et sont « irrités », ou détruits, observe-t-on encore des hallucinations ? Trouvent-elles l’essentiel de leurs causes dans les centres lésés ? Faut-il au contraire les rattacher à l’activité libérée ou déréglée des centres sous-jacents, de la rétine corticale en particulier ? Ne doivent-elles rien à l’agnosie, à l’amnésie et à la démence qu’entraînent les lésions des hautes régions cérébrales ? Enfin, pourra-t-on se demander, sont-elles bien des hallucinations, et l’affirmation de Voir pe traduit-elle pas la simple inconscience de ne pas voir ?
D'abord attentifs à l’hallucination visuelle rattachée aux
SENSATIONS VISUELLES ENDOGÈNES 257
centres visuels perceptifs et gnosiques, à l’excitation endogène de la rétine corticale, à quelque courant descendant du pli courbe vers la calcarine, à quelque retour, progrès ou régression de l’image à sa sensation originelle, nous aurons à considérer l’autre face de la rétine corticale, la face tournée vers le dehors, et les hallucinations occasionnées par des lésions périphériques de l’appareil visuel, de la cornée au corps genouillé et aux radiations optiques.
Toutes ces visions nous paraîtront avoir quelques traits communs
L’abondance des photopsies et des sensations élémentaires, c’est-à-dire des sensations visuelles originales, spéciales à l’excitation directe, mécanique, électrique, pathologique... des voies optiques.
La possibilité, pour de nombreuses hallucinations complexes — objets, visages, scènes — d’être des illusions ou des interprétations portant sur des photopsies ou des hallucinations élémentaires.
La parenté de beaucoup de ces hallucinations, complexes ou simples, avec les phosphènes et les images consécutives : elles suivent le regard, elles grandissent avec la distance, elles sont souvent lilliputiennes, elles se forment de préférence dans des scotomes, dans des zones aveugles, comme les images consécutives sur un fond homogène.
Dès qu'il s’agit de visions d'objets et non de simples photopsies, les hallucinations sont favorisées par la démence, par la vieillesse, par les troubles mentaux dont la cécité psychique est le type.
On les retrouverait enfin dans la cécité corticale, et, plus le syndrome démentiel et amaurotique se complète, plus le sujet se montre apte à faire avec rien l'affirmation : « Je vois »; avec rien, c’est-à-dire sans phosphène, sans photopsie, sans hallucination et même sans image.
Les hallucinations visuelles par lésions de l'appareil visuel apporteraient en somme un triple enseignement :
Elles ne seraient pas la perception d’un objet absent, elles auraient pour substance en quelque sorte physique des sensations visuelles incontestables liées à l’excitation