LES CENTRES —— RÉTINE CORTICALE
S'il y a, sur les deux faces, interne et externe, du lobe occipital, deux centres visuels, l’un « perceptif », l’autre « imaginatif », quelque sens détourné que prennent ici ces termes, l’halluciné méditatif veut savoir si c’est plus spécialement à l’un ou à l’autre de ces centres qu'est liée l’histoire de ses visions, et si, par exemple, leurs envers physiologique comporte quelque action de l’esprit sur un centre imaginatif, du centre imaginatif sur un centre perceptif, et du centre perceptif sur la rétine : renversement d’une physiologie qui va plus ordinairement de l’objet à la rétine, de la rétine au centre perceptif, et de là on ne sait Où.
Prenant l’exemple privilégié de l’hallucination visuelle, le neurologiste commence naturellement par la question suivante : y a-t-il, dans cet appareil visuel qui s’étend de la cornée à la face externe du lobe temporo-occipital, des parties, des segments ou des foyers intéressant plus particulièrement l’hallucination ? On le croit et on a surtout demandé le secret des perceptions sans objet à ce qu’on appelle le centre de la perception visuelle.
Il existe à la face interne du lobe occipital, de part et d'autre de la scissure calcarine, dans les deux circonvolutions qui la bordent, une région très Justement et très correctement appelée « rétine corticale ». Le nerf optique, devenu bandelette optique après son entrecroisement, s’est terminé à la face dorsale du cerveau moyen, dans le tubercule quadrijumeau et le corps genouillé externe; et ce sont les neurones nés dans le corps genouillé, les radiations optiques, qui vont alimenter la rétine corticale,
La destruction de celle-ci, comme celle de l’œil, du nerf optique, de la bandelette, du corps genouillé ou des radiations optiques, entraîne la cécité ; mais toute lésion frappant le cerveau au-dessus de la rétine corticale laisse subsister la vision, et l’atteint, non dans sa matérialité mais dans son esprit, en créant des amnésies et agnosies visuelles.
La rétine corticale occupe donc, dans l’appareil optique, une position privilégiée, et paraît recéler les principales conditions cérébrales de la perception visuelle, Il n’est pas étonnant qu’on ait voulu lui laisser le soin de faire la perception visuelle sans objet.