LA RÉTINE CORTICALE : SENSORIELLE
l’éteint, deux demi-circuits qualitativement différents. La lampe et la rétine oculaire font partie du premier, le souffle et ses muscles font partie du second. Où passe leur ligne de démarcation ? Après les centres dont la destruction supprime la vision de la lampe et nous laisse capables de souffler sa flamme, avant les centres dont la destruction nous laisse voir la lampe mais nous empêche de la souffler. La rétine corticale appartient au demi-circuit sensitif après sa destruction je ne vois plus la lampe, mais, s’il est seul détruit, des explications orales et des sensations tactiles simples et peu nombreuses me suffisent pour que je souffle la flamme.
Sans doute, demi-circuits sensitif et moteur ne sont pas séparés par une ligne sans épaisseur et sans nuances. Ce malade voit la lampe, et tout à l’heure, en soufflant sur sa soupe, 1l a montré qu'il pourrait souffler la lampe; il s'avère cependant qu'il ne peut pas la souffler quand on l’y invite. Nous voici dans la région des apraxies et des agnosies. Agnosique, le sujet voit la lampe et peut volontairement organiser le geste de la souffler, mais 1l ne la reconnaît pas, Apraxique, 1l voit la lampe et la reconnaît, mais il ne peut organiser le mouvement volontaire qui s’appelle souffler la lampe. Il est bien difficile d’être agnosique sans être plus ou moins apraxique, mais cela paraît être affaire de limitation des lésions. Malgré l’habituelle complexité des cas et la trop grande diffusion des désordres, la distinction des agnosies et des apraxies reste généralement admise et on ne renonce pas à chercher, soit dans la région calcarinienne elle-même, soit au delà, dans le pli courbe par exemple, un centre de l’agnosie visuelle, situé de toutes façons en decà des centres ou régions de l’apraxie.
On peut voir un objet, on peut l’évoquer visuellement, on peut le reconnaître, tout en gardant une magnifique inertie motrice, tout en ayant perdu sa reconnaissance motrice, tout en ne sachant plus s’en servir, La région calcarinienne reste un centre sensitif, et il y a, en lui ou ailleurs, un centre gnosique où imaginatif. L'un et l’autre, qu'ils ne fassent qu’un ou qu’ils soient deux, ne sauraient sans confusion ou anarchie s'appeler moteurs. Ils préparent des mouvements; mais la rétine et la lumière en préparent
VISION ET GNOSIE 269
aussi et les centres sensitifs, gnosiques ou imaginatifs ne sont pas plus moteurs que la question n’est la réponse, la rétine un muscle et la lampe le souffle qui l’éteint. Evidemment, on y voit mieux si on a un lobe pariétal capable d'utiliser convenablement ce qu’on voit, on reconnaît mieux des ciseaux, si on sait, les ayant vus, les prendre et s’en servir; mais cette réaction des aptitudes praxiques sur la vision et les gnosies visuelles n'empêche pas l'originalité de ces dernières ; l'indépendance n’interdit pas l'interaction et n'exige pas le splendide isolement. L’âme n’y voit pas avec la deuxième circonvolution pariétale; elle y voit avec l'écorce de la calcarine et peut-être du pli courbe. Taine a raison : organe de mouvement, la rétine corticale est aussi organe de sensation; et la vision est déjà tout entière dans ce centre tandis que les centres gnosiques, praxiques et moteurs n’intéressent qu'une vision chargée d'intelligence.
Nous avons distingué vision et gnosie en admettant que cela revenait à distinguer sensation et image, et nous avons rencontré l'hypothèse du centre unique, affecté à la fois aux sensations et aux images, et l'hypothèse des deux centres, celui dont l’activité est solidaire de la sensation, et celui sans qui l’évocation des souvenirs n’est plus.
La solution de cette affaire importe beaucoup aux hallucinations et elle est loin d’être acquise, On a multiplié les raisons pour ou contre la division ou la réunion des pouvoirs perceptifs ou imaginatifs sans apporter de fait crucial : cécité corticale, avec destruction totale des deux écorces visuelles, sans plus de troubles de la vision mentale que n’en provoque la section des nerfs optiques ; ou, fait inverse, suppression de toute vision mentale et agnosie visuelle profonde avec conservation parfaite de l’acuité visuelle et du sens des couleurs sinon du sens stéréoscopique, avec intégrité des voies optiques et de la région calcarinienne. Ces observations sont loin d'exister à l’état parfait et, chose plus grave, on voit d'ordinaire les lésions de la rétine corticale et l’hémianopsie se compliquer d’agnosie visuelle; la cécité corticale, l’agnosie et la démence sont, dans la règle, au moins concomitantes.
On pourrait citer de nombreuses autorités mais bien peu