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Soury, II

292 ANOSOGNOSIE

siques : l’inconscience de la maladie, l’anosognosie. Il y a des paralytiques à qui on dit de lever le bras et qui répondent paisiblement : voilà, c’est fait. Ont-ils eu l’hallucination du mouvement non exécuté et la théorie de Descartes- Wundt s’applique-t-elle ? Je ne Le crois pas et ce n’est pas le moindre intérêt de ces faits, un mouvement qui n’est ni effectué ni perçu et qui est cependant affirmé, L’inertie et l’anesthésie du bras, l’inconscience de sa paralysie et de son anesthésie ne libèrent pas des hallucinations de mouvement; mais, jointes à l’oubli graduel des sensations de mouvements et d’attitudes, elles permettent à la démence cette affirmation vide : vous me dites de lever mon bras, voilà, je l’ai levé.

La protestation de l’observateur, la vue du bras pendant, l'élévation de l’autre bras peuvent éclairer le dément sur son erreur, Et peut-être cette « réduction » n'est-elle pas constante : avec une démence, une anesthésie, une amnésie et une agnosie suffisantes, le paralysé qui a pu dire, « j'ai levé le bras », pourra être indifférent à toutes les preuves du contraire. Dès qu’une affirmation absolument infondée est possible et se réalise, elle est absolument inattaquable. On frappe vainement les fantômes; le sujet capable de dire « je vois » quand il n’a pas même une hallucination, pas même une image, oppose à la critique un vide enfin réel, c’est-à-dire parfaitement impénétrable; c’est « le songe absolu ».

Il y a aussi, dans le domaine sensoriel, des aveugles, des sujets à cécité corticale, qui n’ont pas conscience de leur cécité et qui la nient#. Vivent-ils dans un formidable monde hallucinatoire ?

Pas un observateur ne l’a pensé. Ce sujet, qui dit « je vois » et qui le croit, ce visionnaire, plus prétentieux que ne le fut jamais halluciné, cet aveugle qui se conduit comme s’il vivait de visions, a un comportement hallucinatoire sans hallucinations. Il n’a ni perception visuelle, ni photopsies, ni hallucinations élémentaires ou complexes ; pourquoi dit-1l : jy vois ?

47. W. u. $S., VII, 104-106. Redlich et Bonvicini, U. d. Fehlen d. Wahrnehmung d. eig. Blindheit b. Hirnkr., 1908, et Neur. Chbt, 1911, 277 et 301. Bibliographie, etc.

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