H. ET INCONSCIENCE DE LA CÉCITÉ
lit; il babille puérilement pour les attirer et les saisir; il les entend caqueter. Mais ces visions sont décolorées, et il en est de même des représentations d'objets, assez aisément évoqués, semble-t-il.
En 1911, Redlich et Bonvicini semblaient attribuer l’agnosie à l’absence de perceptions, d'images et même d’'hallucinations. Dans le cas actuel, les auteurs # invoquent « le fléchissement du contrôle psychique et l’intensité du processus hallucinatoire ». Ils croient à une cécité corticale, calcarinienne, et non provoquée par la section des radiations optiques. Pour expliquer enfin la décoloration des visions et représentations, ils utilisent la très probable diffusion des lésions à l’ensemble de l’écorce.
Comme toutes les autres, cette observation est trop et pas assez riche. Cet aveugle anosognosique et halluciné a le tort, peut-être inévitable, d’être dément, formidablement désorienté, grabataire, euphorique, paraphasique, apraxique et agnosique tactile. À peu près certainement, sil voyait, 1l aurait aussi de l’agnosie visuelle. Que penser enfin des représentations visuelles d’un sujet qui sait, croit-on, imaginer un drapeau, mais ne lui trouve aucune couleur ? On désirerait ici la reproduction de son dialogue avec l’observateur, On voudrait également savoir comment il affirme y voir, comment il défend sa thèse et, s’il la défend, comment il résiste à la preuve du contraire, Il ne semble pas qu'il dise voir son lit, les lits voisins, les murs, les fenêtres, sa femme, le médecin, son bol de lait ou son assiette de soupe, sa propre main. On ne sait pas s’il dit voir les objets qu’on le prie d'évoquer. Il voit, entend et veut saisir des oiseaux voletant sur son lit, mais nous apprenons que ce sont des formes grises ou noires, et nous ignorons tout des discussions entre l'observateur et le malade sur ces oiseaux, ces animaux, ces paysages, réduits, disent les auteurs, « à des lignes et à des valeurs ».
Ce serait déjà bien beau; et c’est plus que jamais le moment de proposer que les hallucinations visuelles de la cécité corticale soient, tout au plus, d’humbles photopsies promues au rang d’objets complexes, oiseaux et paysages, par un dément ou un confus.
49. Lhermitte et Nicolas, Sur la maladie d'Alzheimer, A. M. P., 1993, I.