‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 235 sur 422 · VOIR », INCONSCIENCE DE NE PAS VOIR · texte numérisé non relu

VOIR », INCONSCIENCE DE NE PAS VOIR

Dans le je ne sais quoi où il est, qui n’est ni nuit ni jour, ni intermédiaire, s’éveillent peut-être quelques points lumineux; mais, comme on sait, il n’est pas dans le noir, si positif, et il a oublié le jour. Si on lui rendait la vue, il ne saurait plus rien reconnaître et identifier correctement; mais il ne s’en doute pas. Il n’a plus des choses visibles que des souvenirs réduits à de vagues linéaments complétés par des mots.

Il est inconscient de l’abîme entre son état et le seul état que sa mémoire, réduite à un vieux passé, lui permette de se vaguement représenter : l’état banal et ordinaire; il nie sa cécité, état extraordinaire qu’il subit sans pouvoir le « percevoir », l’imaginer, le concevoir, l’opposer à autre chose, en prendre conscience enfin ; et dans des phosphènes dont aucun témoin ne peut dire la forme, et qu’il est incapable d'identifier correctement, il ne trouve que les noms de ses perceptions de jadis, des oiseaux, des arbres, n'importe quoi, formes oubliées, mots conservés. Il est anosognosique, et 1l a un comportement hallucinatoire, parce qu’il ignore à la fois les particularités des états de voyant et d’aveugle, parce qu’il ne saurait plus rien voir et ne sait plus rien imaginer, parce qu’il est réduit à des souvenirs lointains dont il ignore la nature de souvenirs, parce qu'il ne sait plus ce que c’est que voir ou ne pas voir, parce qu’il ne peut plus comparer ses souvenirs à un présent vide, parce que ses souvenirs constituent dans sa pensée le présent peuplé, le réel et, fatalement, le perçu, parce que l’attitude perceptive est enfin la plus primitive, la plus simple, la plus commode et l’ultimum moriens. Quand cet anosognosique et les autres affirment : « j'y vois », ni un reste de vision, ni des images intenses, ni des hallucinations, ni quelque lumière subjective ne provoquent cette affirmation. Le contenu immédiat, positif et négatif, le donné de cette cécité inconsciente est celui des cécités conscientes, et cette affirmation de la vision n’est en effet que l’inconscience démentielle de la cécité. Ces aveugles sont ramenés à de vieilles affirmations, vides maintenant de leur contenu, les seules dont ils soient capables.

Il en est de leurs hallucinations comme de leur anosognosie. Leur vue n’est qu'inconscience de cécité; leur

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