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LÉSION PÉRIPHÉRIQUE, CÉCITÉ ET H

Les hallucinations des maladies du globe, selon le sujet et selon le moment, sont des points lumineux, des ombres informes, les éclairs, les zig-zags à la Vauban des migraineux, des ondes d’eaux courantes ou d’étoffes agitées, des courses de nuages, des vols d'insectes, des arabesques, des géométries, des visages, des scènes. Ce sont alors « des bossus dans la cour », une femme de chambre en blouse bleue à gros pois noirs, de jolies blondes à robes colorées, à la Loïe Füller, des hommes grotesques et incolores, des nacelles d’une richesse infinie, avec des baldaquins de diamants et de fleurs, où brillent de belles femmes aux costumes chatoyants #6, Ici, comme dans tous les chapitres de l’étiologie neurogène ou psychogène de l'hallucination, on la voit parcourir la même gamme : du point lumineux ou obscur à l’objet infiniment complexe.

La maladie de l’œ1l, abstraction faite de l’état du cerveau ou du psychisme, la lésion du globe agit de plusieurs façons. Elle gêne la vision distincte, elle crée des scotomes et même la cécité, elle bouleverse plus ou moins l’espace subjectif, la forme, l’orientation et la place des objets; elle apporte enfin aux centres des excitations nouvelles, originales.

Avec ces excitations, venues de la cornée, de l’iris, du cristallin, de leurs muscles, de la rétine, des voies optiques touchées ici ou là, les centres corticaux du trijumeau et de la II° paire feront les seuls mouvements qu’ils sachent faire; et le sujet, incapable de perceptions inédites, ne pourra tirer, de l’excitation la plus nouvelle de son appareil visuel, que des visions de lumières, de couleurs, de formes, d’espace et de choses.

Dans tous les cas, la lésion, qu’elle mérite ou non l’épithète d’irritative, affaiblit la perception, et l’on va ainsi, de degré en degré, du plus translucide nuage flottant dans le vitré à l’énucléation des deux globes, la suppression de l’œil pouvant parfois multiplier, amplifier et magnifier les visions. Même quand il n’y a plus d’œil, les centres reçoivent toujours des excitations, maïs elles viennent d’un moignon

56. Truc. Phantopsies d’origine oculaire, Ann. d’ocul., 1925, IX. Flournoy, Hall. lilliputiennes chez un vieillard atteint de cataracte, Encéphale,

novembre 1923.

que la lumière n’atteint plus. Elles ne sont plus optiques et elles vont être élaborées par des centres avec lesquels nous ne savons faire que de la lumière.

La situation est un peu celle de l’amputé : son moignon lui donne des sensations dont il fait des hallucinations tactiles et motrices de la main. Mais il y a une immense différence. Le sujet atteint de chorio-rétinite et qui peuple ses scotomes d’hallucinations, ou le sujet aveugle par extirpation des deux yeux et qui a des visions, ne nous dit pas qu'il sent son œ1l.

Il est probable qu’il le sent. C’est un amputé; et si un amputé de la main perçoit sa main, on ne voit pas pourquoi un amputé de l’œil ne percevrait pas son œil. Il est probable qu’il a ses sensations oculaires et nous allons voir qu’elles peuvent prétendre à un rôle intéressant. Mais ce ne sont pas à ces hallucinations-là que va l’intérêt de l’halluciné. L’amputé de l’œ1il, comme tout halluciné de la vue, voit des objets extérieurs, proches ou lointains, grands ou petits, fixes, ou en mouvement et en incessantes métamorphoses. L’amputé de la main, bien différent, nous dit qu'il sent sa main, mais ne nous dit guère que sa main, dans ses mouvements, manie des objets ; elle ne touche, ne saisit ni palpe ; elle est vide, réduite à elle-même. L’amputé de l’œil au contraire, ne sent pas son œil ou ne s'occupe pas à le sentir ; il n’utilise que sa faculté projective.

S'il à pourtant les sensations de son œil et des mouvements de son œ1l, n’en fait-il rien ? Il faudra savoir si elles ne travaillent pas à former l’espace hallucinatoire, la situation, l’orientation, les dimensions, les mouvements, les métamorphoses, les variations de grandeur des visions. Chez le voyant normal qui regarde l’espace et ses objets, les sensations oculaires fonderaient la géométrie naturelle de Descartes, qui se traduirait ainsi en nos sensations d'espace, de situation et de relief. Le sujet normal qui regarde, les yeux fermés ou dans la nuit, une image consécutive, la voit à son gré en haut, en bas, à droite ou à gauche, en déplaçant la tête ou les yeux, Mais, les yeux toujours fermés, ou toujours dans la nuit, il ne peut déplacer l’image en profondeur et faire ainsi varier comme on sait sa distance et sa grandeur. C’est peut-être parce

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