‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 251 sur 422 · AUTO-CRITIQUE · texte numérisé non relu

AUTO-CRITIQUE

— Et voici le monstre, à la surface, menaçant, ses lèvres membraneuses mouvantes. « Encore là! D’où sort-il? » Un bond en arrière, un regard de la bête. Elle a disparu.

Il y a une multitude d’actes psychiques là-dedans : des projets, des entreprises, des doutes, des déceptions, des surprises, des étonnements, des souvenirs, des questions, de l'anxiété, de la peur. Il y a aussi, il y a surtout des perceptions. — Je gravis une pente abrupte, je me hisse à la force du poignet, et c’est laborieux, fatigant. Je suis loin de la délicieuse facilité des lévitations, si sûrement perçues que bien des fois, survolant des mers avec une merveilleuse sécurité, je me dis : « Enfin, la voici, je la tiens, cette fameuse lévitation. Le rêve est devenu réalité. Aujourd’hui, je ne rêve plus. C’est le moment d’étudier

ce que je sens. — Eh bien, c’est une sensation sui generis, absolument originale, et, comme toutes les sensations, indescriptible. — Peut-être y a-t-1l là des élans successifs,

et, peut-être, à chaque élan, un léger écartement des bras, plutôt préparé qu'exécuté, et une légère dilatation de la poitrine. Mais je peux fort bien m'’élever et donner l’équivalent du coup d’aile en pleine expiration. Il est même probable que ce coup d’aile, si j'avais des ailes, viderait ma poitrine plutôt qu'il ne me ferait faire une inspiration ».

Donc, loin de cette heureuse lévitation, si certaine que Nodier, dit-on !, en faisait l’essai le jour, je peine, et je considère, étonné et curieux, une roche toute différente, couleurs, formes et masses, de ce que je prévoyais. Je distingue, je circonscris, je mesure de l’œil des mamelons rocheux, je les compare aux assises plates et brisées, aux blocs ruineux et au caiïlloutis calcaire. Je remarque des croix vacillant dans des creux en entonnoir. Je vois le commencement de la chute d’un panneau réclame que j'ai heurté, et — perception — je constate que je n’en voyais pas l'inscription ; il me tournait le dos et il était, naturellement, opaque. Je m'amuse, sans me retourner, sans le regarder et sans le voir, à imaginer ses bonds sur la paroi de l’abîme, j'entends, j'entends extraordinairement, les chocs reten-

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