PERCEPTIONS ET IMAGES ONIRIQUES
en faisant le moins de bruit possible. J’entends le professeur, mais je suis préoccupé, je n'arrive pas à l'écouter, et je suis incapable de dire de quoi il parle. Je regarde ma montre : trois heures ! ce n’est pas possible; elle doit être arrêtée. Je l’écoute : elle bat, très faiblement, mais elle bat.
On m'appelle au téléphone, de la Préfecture, et j'entends une
voix inconnue me dire : « On vous demande du ministère, d'urgence, le nombre de vos malades ».
La femme, en rêve, éveille son mari : « Qu'est-ce qui s’agite à
ta droite ? » Ils regardent. C’est le nouveau-né. Il fait très froid. Elle l’enveloppe d’un vieux manteau et le mari va chercher l’accoucheur. Les grands-parents arrivent. Le mari ne revient pas. La femme veut habiller le nouveau-né. Saisissement. Une
toute petite voix annonce : « Cristi, qu’il fait froid. J'ai les mains gelées ». Et l’enfant se frotte les mains. Le grand-père en tombe dans un fauteuil. — On habille le phénomène. Il
nomme les objets. On admire. Sa grande sœur, qui a quatre ans, est abasourdie. « C’est Ninine, c’est une éponge ». Il demande des nouvelles de « Tante ». On le couche. « Là! On est bien. Il fait chaud ». Le mari se décide à rentrer sans l’accoucheur ; et on lui raconte tout, puisque le langage des enfants l’intéresse.
Le rêveur reconnaît que les pseudo-hallucinations auditives ou visuelles, les hallucinations « psychiques » de ses rêves, ni vues ni entendues, sont aussi intenses, aussi précises et aussi détaillées que les propos et les objets qu’il prétend le plus obstinément voir et entendre. Entre le mur et le ruisseau, tout à l'heure, il n’y avait aucune différence d'intensité et de précision ; le mur avait 1 m. 60 de hauteur environ, il était crépi, avec des places dénudées, il était crêté de tuiles, et le rêveur dessinerait plus aisément le mur que la faune de son rêve, bien qu’il ait vu la faune et n’ait pas vu le mur.
Mais si Noéphème cherchait à abuser de cet aveu pour généraliser la théorie noétique ou, tout au plus, eidétique, du rêve, il se heurterait au dernier mot d’'Opsiphile : je distingue moi-même, à égalité d'intensité et de précision, entre les phrases ou les objets pseudesthésiques et esthésiques; dans le même rêve et au même moment, je classe les données en esthésiques, pseudesthésiques, eidétiques, noétiques, je vérifie mon classement, je tâche de ne pas me contenter d'idées claires et distinctes, mais d'étudier « les marques »; et, dans ma pleine veille, sous l’excitation de