CONCESSIONS DU RÊVEUR
pendant sa propre durée et sans le secours trop tardif de la veille, ses propres idées, images, souvenirs, hallucinations psychiques, ses éléments noétiques, eidétiques, pseudesthésiques ; et il se prétend créateur d’un monde de perceptions, pleinement esthésiques et sans objets, absolument indépendantes de tout objet extérieur et de toute excitation périphérique, qu'aucun effort psychique ne permet pourtant de distinguer des réalités matérielles correspondantes, qu'aucun effort critique ne permet de réduire à des images, à des idées ou à une conduite motrice.
Cette affirmation passionnée ne doit pas faire oublier les concessions.
Le rêveur rêve qu’il perçoit, qu’il veut, qu’il est attentif, qu’il observe. « Je perçois, dit-il en rêve et maintient-il au réveil, je sais que je perçois et je crée ma perception ». Mais celui qui se critique et affirme ainsi, présente déjà, comme on sait, un « gradus amentiæ # », « la forme normale de l’aliénation mentale * ». Ce fou, ce dément peut-être, reconnaît, quand il veille, que la théorie périphérique du rêve s'applique parfois. Pour en éviter une tentative de généralisation, il à été obligé de recourir à une hypothétique théorie de la neutralisation des sensations. Il à beaucoup abandonné aux perceptions et objets ambigus. Il à avoué sa déplorable tendance à dire par exemple « serpent » non seulement devant ce merveilleux objet, mais aussi devant une ficelle, un débris végétal contourné, un phosphène linéaire surtout. Il dit lui-même que ses apparitions sont d'ordinaire de petits blocs de lumière pure, sans apparence de matière, et que cette libération leur permet des ambiguïtés interdites aux objets. Il se rappelle qu’il lui a fallu un effort pour découvrir les visions « psychiques ». Devant elles comme devant les visions les plus esthésiques, il a commencé par dire aussi « j'ai vu »; et cette affirmation, primitive et spontanée, ne s’est que peu à peu changée en le compliqué : « J’ai eu une pseudo-vision, une image pseudesthésique ». Inexact, « j'ai vu » a été un moment irréductible; l’irréductibilité
28. Van Helmont, cité par Moreau de Tours Identité du rêve et de. la folie, Ann. Méd. Psycho. 1855, 387. — 929. Boris Sidis, Enquête sur les hallucinations. Psych. Rev., 1904, 15.