LES VISIONS TOXIQUES CONTESTÉES
deux d’entre eux causent à voix basse; l’un d’eux est un noir. Devant moi, la porte vient de s’ouvrir sur la nuit très sombre; un vieux sergent tient une lanterne, le bras haut levé; il introduit un petit groupe de soldats en disant : entrez; vous serez ici comme chez vous ». Du tableau réel, M. Millot n’a pas perçu davantage. L'objet renfermait une infinité de détails, non sa perception, pourtant légitime et incontestable, L’inaptitude à retrouver les détails d’une vision n’établit pas qu’ils n’y étaient point; et l’indigence — en l’admettant — d’une perception sans objet que nous avions cru riche, ne prouve d’ailleurs rien contre son esthésicité.
La même situation va se reproduire avec les malades ils affirment des perceptions sans objet et des richesses esthésiques auxquelles l’observateur a peine à croire; 1l oppose à leur croyance des objections et propose à leur autocritique des explications, Les malades approuvent, font des concessions, et maintiennent l’essentiel de leur foi.
Les plus nombreux, les plus aisément observables partout, sont les intoxiqués, les fébricitants, les malades à délire onirique.
Le délire de l’alcoolique en est le type popularisé. Or, en 1921, M. Legrain ©, ayant étudié, ou du moins vu, près de 8.000 alcooliques, écrit ceci : « Je signalerai... en contradiction avec les notions classiques, la rareté des hallucinations de la vue... Il s’agit le plus souvent de pures créations imaginatives... de simples illusions suivies d’interprétations vicieuses de faits réels ». Malheureusement, M. L... mêle à ces remarques celle-ci : « Ces hallucinations des éthyliques sont des rêves ». Sachant qu'il n’est pas facile de réduire le rêve à la pure imagination, à l’illusion, à « l’interprétation vicieuse de faits réels », on peut se demander si les oniriques de M. L... estimeraient qu’il suffit de réduire leurs hallucinations à des rêves pour les réduire à des interprétations. Ils prétendraient vraisemblablement : si nos hallucinations sont des rêves, c’est précisément la preuve qu’elles sont bien des perceptions