LES VISIONS TOXIQUES « ATTITUDES
sans objet. En faire à la fois, au même moment et sous le même rapport, des rêves et des interprétations, c’est affirmer et nier simultanément que ce soient des perceptions, c’est se contredire.
Plus récemment, M. Wallon X n’est pas moins sévère que M. L... et n’hésite pas davantage à réduire les hallucinations des confus à des illusions et à des « attitudes ». — Pour ma part, disais-je moi-même l#, après sept ans d’observation dans un grand asile, je n’ai pas encore isolé une vision d’aliéné qui fût incontestablement une hallucination, et non la simple interprétation de la réalité environnante et perçue. Certes, les alcooliques de mon service voient, comme les autres, des rats, des serpents, des incendies, des assassins, la police; mais on retrouve aisément, sur le lit, le long des murs, au plafond ou dehors, l’objet, la mouche, la puce, la tache, le reflet, l’infirmier, qui à servi de prétexte au cri : un rat, au feu, à l’assassin, voilà les flics, et aux réactions appropriées. De plus, on n’a peut-être pas toujours assez dit que les états confusionnels et oniriques s’accompagnent volontiers de fuite des idées, de tendance aux associations par analogie ou par assonance, d’un certain goût de la mise en scène, de la plaisanterie, de l’à peu près et du mensonge. J’ai fait dire à des fébricitants, délirants, confus, agités, en plein délire onirique, qu'ils jouaient un peu la comédie; et le buveur qui, dans son lit, à l'hôpital, tue l’image hallucinatoire de sa femme infidèle, ne voit rien de ce qu’il dit voir, mais, avec plus où moins de sincérité, fait le mime.
En somme, je concluais : les prétendus hallucinés de la vue n’ont pas d’hallucinations ; ils en ont la conduite, ce qui est tout différent.
Je viens de voir deux criminels qui peuvent illustrer cette affirmation.
Le premier, une femme, avait été inculpé de vol. La femme était travailleuse, sobre, excellente épouse et mère, aimée de tous. Le vol était petit et elle y avait été poussée par la misère. Elle fut condamnée à un mois de prison avec sursis. Elle ne comprit pas, resta convaincue qu’elle avait à faire son mois
13. Psychologie pathologique, Paris, Alcan, 1926, p. 54-58. — 14. Journal de Psychologie, 15 juin 1927.