BRODERIES
à des images consécutives. Je n'ai vu dans ces objets, au cours de mon accès onirique, rien de plus que des occasions contingentes, et dont mes hallucinations se passaient aisément. Et mes visions ont pleinement affirmé leur double caractère de création du sujet et de perception identique à l’objet extérieur.
« Grippé », et constatant un soir la température axillaire de 40°, le sujet prend 1 gr. 50 d’aspirine. Deux heures après, à 37°, ruisselant de sueur et euphorique, il assiste pendant une nuit sans sommeil et sans malaise, à de nombreuses hallucinations. Il les observe de son mieux, mais, privé par la faculté de ce qu’il faut pour écrire, et pas fâché — j'y reviendrai — de cette obligatoire paresse, il n’a pu les noter que le lendemain matin. Voici la plupart de celles qu’il à retenues ?7.
I. — Tous les familiers des hallucinations visuelles décrivent d’abord ce qu’ils appellent des arabesques, des entrelacs, des tapis persans, dessins colorés dont ils ne se lassent pas de célébrer la richesse, la complexité, la perfection géométrique et le charme. Dans ce groupe, j'ai vu notamment ceci
1° À mi-hauteur d’une cuve rectangulaire, à grand axe oblique en avant et à droite, tendue comme un grillage, une splendide broderie d’or sur tulle noir.
2° Deux tapis formant un dièdre droit, l’un couvrant un plancher, l’autre un mur. Sur le plancher, c’est une luxueuse mais banale « moquette »; sur le mur, qui fuit vers ma droite, c’est une ravissante décoration : deux couples de fils verts; chaque couple est fait d’un fil superficiel et d’un fil profond, sur deux plans délicieusement parallèles; et ces deux couples montent en ondulant vers un invisible plafond, entrelaçant leurs parfaites sinusoïdes ; et ce motif vertical se répète indéfiniment, des centaines de fois sans doute, sur fond violet.
3 Négligemment étalé sur le sol, un tapis ne me montre que son bord, onduleux, d’où part une immense frange dont chaque brin est fait d’une centaine de perles rouges.
17. Cf. Auto-observation d'hallucinations visuelles. Journal de Psychologie, juin 1997.