HALLUCINATIONS AUDITIVES
— Etait-elle réelle? « Tu ne le sauras pas. — Tenez, cette fois, vous êtes fixé : des gendarmes mettent pied à terre et causent devant la porte. Entendez-vous les chevaux? Ils piaffent, ils mordent les mors. Vous vous rappelez, dans l'Education Sentimentale, l’hallucination : et le bruit de la gourmette se confondait avec le murmure de leurs baisers 8 ».
«Toujours des pas. Il faut en avoir le cœur net ». L’intoxiqué se lève, et, dans l’ombre, va à la porte du palier, porte vitrée. En bas, logent deux internes, et il les entend, aller, venir, parler. Et il ne sait toujours pas si tout cela est réel ou hallucinatoire. Va-t-il ouvrir, descendre et poser la question ? « Décidément, non; ce n’est pas possible. Et ce reflet? D’où sort-1l? Du poêle, qui ronfle vaguement? De la lampe de l’interne, dehors et en bas? Mais ils dorment. Tout dort. Et le poêle n’est pas capable d'éclairer ainsi la vitre. C’est encore un reflet hallucinatoire.
Ah! cette porte brusquement fermée par un interne. Encore une hallucination. Mais non : du coup le reflet est éteint. Ils ont fermé leur porte; ils ont enfermé leur lumière chez eux. Leur lampe n’éclaire plus la vitre. Tout ce que le sujet a entendu est justifié par cet accord. C’étaient des bruits réels ».
« Est-ce bien sûr ? Notons l’heure ; 1 h. 25. Nous leur poserons la question ». Tout était bien réel. Le sujet revient à sa chambre avec un vertige « formidable », mais il s’oblige à revenir les yeux fermés et sans tâtonner ; même quand il faut tourner. Il réussit.
L’incertitude auditive continue. Il se représente involontairement, et avec une précision, une « intensité pseudo-hallucinatoire » qu’il ne retrouvera plus, la voix de plusieurs personnes qu’il connaît bien, avec les formules, les intonations et les gestes.
Deux heures du matin. Un tram qui se dépêche de toutes ses roues, parfaitement impossible à cette heure et en ce lieu. Un tic tac précipité. Des bruits de cämpagne au matin, des aboiements, un arrosoir qui se remplit sous une pompe.
Le sujet se lève et va à une fenêtre. Il analyse, correctement, semble-t-il, les vagues bruits d’une gare lointaine. Mais d’où lui viennent ces halètements soufflés, ces innombrables aboiements, ce tohu-bohu silencieux ? Il change de place, il organise le silence. Toujours le même tumulte imperceptible.
Il cesse de s’observer.
Voici une mise en ordre des faits :
D'abord, des perceptions visuelles « réelles ». Ces perceptions ne sont presque jamais celles d'objets extérieurs présents, et ceux-ci n’interviennent que deux fois : le