HALLUCINATIONS AUDITIVES
L'image de la lampe. C’est un volubilis très creux; non, une poire en bois sculpté; non, une minuscule cloche à fromage, ou une pomme d'escalier à facettes.
Le sujet prend sa tête, qui n’est autre qu’un cube, et la range par rangs de huit, vingt, mille. Il opère ainsi debout au-dessus de lui, la tête sur l’oreiller. Il a les jambes écartées sur deux planches, et il se regarde, toujours couché, le nez en l’air, pendant qu’il écrit, appuyé sur le coude gauche 7; et les chevaux des gendarmes piétinent à la porte de l’auberge.
Mais ceci, ce sont les troubles auditifs, qui ont débuté il y a environ un quart d'heure.
Vers une heure du matin, les phénomènes visuels presque entièrement disparus, le sujet se met à surveiller ses perceptions auditives, et note, toujours très tardivement, souvent plusieurs minutes après l’événement : « Qu'est-ce que c’est ? vrt! 22271 VVNVVV? Une sorte de froufrou, avec un brusque clac. — Tiens? Et maintenant? Des pas dans l’escalier, sur la route. Maïs non, c’est le silence absolu, parfait, exact ».
« Mais non! Là, qu'est-ce que je viens d’entendre? Précisez donc, pour voir. Est-ce un cliquetis ou un frisselis? Ah! et ça? Auto? Train ? Tram? — Le vent dans les arbres, une ronde de feuilles mortes. Mais non, c’est beaucoup plus net. C’est un escadron au trot sur des pavés de bois, avec des passages de pierre et des plaques de fonte ».
« Et ce bruit? C’est continu. Rythmez-le : auto, locomotive, soupir de flot, battements d’aile, roue dentée, foule avec des clameurs et des coups de sifflet. Cahots des grands chars gémissants ».
« Ah! cette fois c’est une auto. — Vous ne le croyez pas? Et ce coup de claxon, est-il réel? — C’est précisément l’inattendu, la rupture, l’irruption, qui crée la réalité. Vous demandiez du « congruum » pour la faire et c’est « l’incongruum » qui vient de vous la spécifier. Justement, vous venez de créer auto et claxon. Uné auto à une heure du matin? Et 1c1 ? Pourquoi pas un défilé de gardes municipaux ? — Bon. Et ces pas? Sont-ils réels ou non? Ils sont irréels; vous ne savez même pas où ils sont. Si, ils sont dans le grenier. Non; dans la pièce à côté, ou en bas. C’est très net; des sabots sur le plancher, puis dans l’escalier de bois, puis dans le couloir de mosaïque, enfin sur l’escalier de pierre, dehors.
Ecoutez : des gens parlent sur la route en passant. Vous n’entendez pas ce qu’ils disent, et, cependant, vous entendez merveilleusement ».
« Encore une auto! » Et l’intoxiqué s’assied, un doigt levé, interrogatif. Est-elle réelle ?... Oui... Elle s'éloigne... C’est fini.
7. Cf. H. Ellis, dans Rouhier : « mon bras se détache et me sert le café... Je suis dans ma bouche, regardant ma chambre à travers ma joue »,