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LE COMPORTEMENT HALLUCINATOIRE

N’aurait-il pas eu, non des hallucinations, mais une « conduite hallucinatoire » ? Ne se serait-il pas comporté, sans les voir, comme s’il eût vu le monstre, l’ange, la bergère ?

Non, assure-t-il. Aplati dans son lit par le toxique, les yeux clos, la face molle, les mains visqueuses et abandonnées, la bouche de plomb, le peyotlisé moyen assiste à la procession ou à la panique de ses visions, reçoit leurs offres ou leur assaut sans que ses muscles esquissent une réaction. À l’opposé de l’hystérique ou du délirant qui a la conduite et non la vision, il a la vision et non la conduite; comme le rêveur, il n’agit pas son rêve et ne rêve pas ses actes ; et il se rappelle des faits, de sa vie la plus quotidienne, de nature à renforcer cette opposition. Ne lui est-il pas arrivé, se mettant à table, et voyant par exemple la soupe, la percevant, l’identifiant, constatant sa présence, de dire « qu’attend-on pour apporter la soupe ? » Il a eu la perception de sa présence et la conduite de son absence. Dans ses visions, l’objet est vu, perçu, identifié, regardé avec curiosité; il provoque ou non, secondairement, l’ébauche des réactions affectives coutumières, le sujet pense peut-être le comportement à lui opposer; mais la vision est autre chose que les gestes et attitudes qui la simulent ou lui équivalent.

La foi du visionnaire oublie ici qu’il réalise pourtant, et pleinement, une partie du comportement hallucinatoire le comportement verbal. Il a souligné lui-même sa vive activité dénominatrice : à peine entrevu, l’objet est désigné ; il l’est avant d’être vu, et le nom n’est pas encore formé que l’objet a changé. Le malade constate son état hypomaniaque et se surprend livré à un bavardage concret que résume à merveille « la cocalanite » de Giraud, Sous l’action de « l’herbe aux à peu près », ne romançait-1l pas les apparences — en soi sans forme et sans figure — de ses lueurs métesthésiques ?

Il peut le nier et prétendre qu’au plus fort de la crise, quand le défilé des visions tourne à la panique, ou, plutôt, quand elles cessent de s'offrir pour assaillir, alors le comportement verbal lui-même cesse. Dans ses notes, 1l relève de nombreux arrêts, des « laissez-moi tranquille », « il y

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