‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 319 sur 422 · FOI DE L'HALLUCINÉ · texte numérisé non relu

FOI DE L'HALLUCINÉ

grouillement lumineux. Dans les suprêmes drames visuels qui précèdent le kief, il n’y a pas d'autre matière qu’une lueur métesthésique diversifiée mais sans forme; tout le reste est images et mots.

Mais l’halluciné n'accepte pas ces jugements. Il croit avoir eu et gardé, tout au long de son intoxication, conscience de son état pathologique; et ses distinctions, quand il réussit à les faire, n’en auraient que plus de valeur. Conscient du silence, sachant qu’il est capable d’acouphènes et que tels et tels bruits extérieurs sont actuellement possibles, il entend parler d’irréels gendarmes, et des ombres de chevaux mordre des ombres de mors; il se représente et il sait qu’il se représente la voix et les formules familières de son ami; il voit un dé d’ivoire où est sculpté un monstre et, en même temps, il se représente, au-dessus du dé, un cube rouge, le pied postérieur droit d’un trône, une estrade, toute une pagode; il entend un piétinement de gens en sabots sur un plancher, un escalier de bois, un couloir de mosaïque, un escalier de granit, et il se représente des cavaliers sur une route, des pavés, des plaques de fonte ; il voit une post-image circulaire, homogène, rose, avec une tache violette et des linéaments non figurés: soudain y apparaît un défilé de personnages, et la post-image reparaît après eux, bleu saphir.

Hypomaniaque, un peu mythomane, confus, et le sachant, devant des phosphènes particulièrement vifs et complexes, qu’il perçoit et reconnaît, riche d'images vives, et les prenant pour ce qu’elles sont, riche de mots sans suite, et ne l’ignorant pas, ivre, mais avec conscience, de complication et de géométrie, de clairs labyrinthes, d’infini détail et de parfaite unité, témoin curieux et maître, comme dirait Giraud, de ses « ultravagances sous-encéphaliques », il prétend avoir le droit de dire « j’aï vu » où « je vois », quand il affirme les hallucinations qu’il énumère, comme il le prétendait au sortir de ses rêves quand il y vérifiait l’esthésie de ses visions.

La croyance de l’halluciné, étant une foi, doit être soumise à des épreuves incessamment renouvelées. Voici la dernière que le sujet ait subie dans cette observation.

Page 1