Le Pevotl peut provoquer un état analogue, cf. p
406 H. AUDITIVO-VISUELLE
Elles seront maintenant un des phénomènes avec lesquels le malade fera, ou, plus rarement, ne fera pas un délire.
Les compagnons de l’hallucination auditive sont quelquefois des hallucinations visuelles, et, règle très générale, ce n’est pas ce qui est vu qui parle. « Les Voix » sont presque toujours des invisibles, et les êtres qui se montrent ne parlent pas. Le sujet qui voit un chien n’entend pas des aboiements, ou un mot tel que « chien », ou « Médor »; et s’il voit une apparition humaine, elle ne lui dit rien. Même dans l’histoire des mystiques, les visions parlantes, ou, plus généralement, les hallucinations phonopsiques sont rares, soit que la vue de l’objet s’accompagne de l’audition de son nom, soit que l’objet ou l’animal perçus fassent entendre les sons ou les cris qui les caractérisent — le violoncelle chante, la mitrailleuse crépite, le chien aboie —, soit que l’apparition humaine ou divine se nomme, gronde ou console. L’hallucination du type Marillier ? est exceptionnelle, même lorsqu'on se contente de faire collaborer deux sens seulement, l’ouïe et la vue, si ordinairement associés pourtant 8.
Un de mes sujets a présenté quelque chose qui se rapproche de ce très rare phénomène.
M. K.., vingt-cinq ans, est un bon employé de bureau, fort brave garçon, marié, mais buveur. Qu'il entre ou sorte, il est tenu de traverser la salle d’un débit, et, politesse, carte forcée, camaraderie, respect humain, goût, habitude, il boit, et voici une des scènes oniriques auxquelles 1l assiste bientôt. — II] se couche, et, sans dormir, assiste en accusé à une sorte de conseil de guerre. Ses juges ne se réunissent d’ailleurs pas. Il voit, très vivement mais mentalement, son propriétaire, son patron, un colocataire ennemi, une femme qui le déteste et lui-même, tous couchés, chacun chez soi, et tous discutant. Le propriétaire, le locataire et la femme l’accusent; il se défend, son patron le défend, et tous, séparés par des kilomètres, des maisons et la nuit, opèrent comme s'ils étaient réunis autour d’un tapis vert. « Vous avez trahi les secrets de l'association, vous devez mourir... Vous irez demain matin dans votre cave et vous vous y empoisonnerez » … « Il supplie. La femme, qui l’a d’abord terriblement chargé, demande l’indulgence à cause des enfants »
. & Soit, dit alors le propriétaire. Votre peine est commuée. On se contentera de vous rendre fou ».
HACTND: 339. — 8. Il est à peine besoin de rappeler que l'audition colorée n’a rien à voir avec ce dont il s'agit ici.
H. A. V. ET PSEUDESTHÉSIE VISUELLE 407
Une scène analogue a lieu à peu près chaque nuit, et, chaque matin, il part pour le bureau avec la terreur d’être assassiné ou enlevé en traversant la cour.
Une nuit, il n’y tient plus; se lève, s’habille, et va trouver, en face, sur le même palier, un de ses tourmenteurs, son propriétaire, pour lui demander des explications. Stupéfaction. Le bourreau, tout à l’heure couché mais menaçant, est tranquillement assis près de sa femme, au coin du feu, et lit son journal. Ce spectacle enlève à M. K... tous ses moyens. « Je me suis dégonfié, et je lui ai expliqué que J'étais venu lui dire un petit bonsoir en passant ».
Consentie et réussie, la suppression de l’alcool entraîne une guérison rapide; et M. K... maintiendra qu’il a très vivement imaginé mais seulement imaginé son bizarre tribunal visuel, et qu’il à entendu avec une terrible matérialité les accusations et les sentences. Il comprend mes observations, et, fort, comme M. I...9, de la comparaison qu’il se plaît à faire entre les paroles entendues, les visages imaginés, sa pensée verbale, et les paroles terrifiées ou rassurantes qu’il échangeait avec sa femme, il maintient avoir entendu ses tourmenteurs, sans les voir, mais pendant qu’un art diabolique les présentait à son imagination visuelle.
Me L... a fait mieux que M. K...; elle a matériellement vu. Mais elle à fait moins, car si elle à entendu quelque chose, ce n’est pas ce qu’elle à vu qui a parlé. — Voici l’histoire rapide des phénomènes psychiques, des matériaux qui se sont associés à ses hallucinations auditives verbales pour lui permettre de construire son délire.
Me L..., étiquetée mélancolique, était une malade calme, très correcte, excellente travailleuse, mais extrêmement réticente. Un jour pourtant, elle me prend à part, et, d’un trait, me fait un long récit solennel, coupé de larmes. A la mort de son fils, elle éprouve un profond chagrin, mais en constate un jour la subite et désespérante disparition. Elle cherche vainement à régénérer sa douleur, et doit cesser d’aller prier sur la tombe de l’enfant, qu’insultait la présence d’une mauvaise mère. Elle remarque toutes sortes de choses étranges. Dans une boîte où se trouvent un chapelet et une broche, la pointe de la broche touche le cœur du chapelet. Parmi de vieux papiers, une lettre de faire part d’un décès a été découpée comme si M L.. avait négligé d'assister à la cérémonie, mais était allée au repas. Très vite ces indices se multiplient... les yeux de son père deviennent bleus et lui disent un jour : je te maudis. Son mari la fait regarder dans des jumelles et elle y voit la lune toute petite. Le soleil à pour elle des aspects spéciaux : il est tout blanc. Un