CONCOMITANTS DE L’H. A. V
différence ?.… Il n’y a pas de voix dans ma pensée quand je ne parle pas. mais ils entendent ce que je pense; par un bruit... Quand ils pensent, je les entends comme au téléphone. C’est pourtant bien simple ».
La distinction est très nette, et M. I... ne s’y est pas perdu un seul instant. C’est l’observateur qui s’y est deux fois perdu, au point de provoquer des rectifications un peu vives. Le chiffonnier distinguait, l’observateur confondait.
Me J..…., ex-institutrice, psychasthénique et douteuse, s’exprimait ainsi : « J’ai l’impression que j'entends des paroles que les gens ne prononcent pas... je leur prête des paroles. Je suppose que je les leur prête... Le plus pénible, c’est que je ne sais pas si je les invente ou non... Quand il n’y a sûrement personne, il me semble que j’entends... Je me dis que j'entends, que ce n’est pas possible autrement... Pourtant je ne peux pas entendre, puisqu'il n’y a personne... Je vais ouvrir pour demander qui m'appelle ». Douteuse, cette malade l’était plutôt moins devant ses « voix » que devant les réalités de tout le monde ; et, peut-être, si elle avait nié ces dernières, aurait-elle plutôt maintenu la réalité des « voix » 6.
Une persécutée chronique intelligente et instruite à qui je me décidai un jour à dire : « Vous avez des hallucinations », me répondit — réponse exceptionnelle — « Ah! Ce sont des hallucinations ? Je ne savais pas; … Peu importe. C’est la même chose. Qu'ils me parlent ou me fassent fabriquer leur voix, le résultat est le même pour moi ».
Cette malade traite la question comme nos mystiques et les prophètes de Spinoza : faite ope solae imaginationis, 11 suffit que la voix ait été voulue par l’être qui agit sur nous et produise certains effets ; elle est vraie quoique imaginaire.
L’hallucination auditive verbale reconnue comme telle par le sujet, l’hallucinose, l’hallucination auditive verbale avec délire, l’hallucination avec ou sans paranoïa, « La Voix », a été jusqu'ici ressentie par le malade comme son mal unique ou la cause unique de ses maux. Elle va n’être plus qu’un symptôme — le plus voyant — parmi d’autres; ou, plus exactement, un matériau parmi d’autres matériaux du délire. Jusqu'ici, les malades, délirants ou non, paranoïaques ou non, schizophrènes ou syntones, débiles, confus, déments, ou intelligents et lucides, n’ont travaillé et pensé que sur des hallucinations auditives verbales.