IMAGES MOTRICES VERBALES
parole orale, ne peut-il la répéter ? Ce ne peut être par effacement immédiat du souvenir du mot entendu : il comprend des phrases, il exécute des ordres compliqués,
Le recours aux images auditives et visuelles n’est donc un fait observé et une explication suffisante ni dans le langage normal, ni dans ses accidents, ni dans l’aphasie motrice, ni dans sa guérison, ni enfin, ajouterai-je, dans l’aphasie sensorielle.
Quant aux images motrices, évitons d’abord une confusion, On dit : « nous ignorons d’ordinaire nos mouvements d’articulation ; il ne peut donc pas y avoir d'images verbales motrices ». Ce que nous ignorons, ce sont les sensations visuelles des mouvements de nos organes vocaux, mais nous en avons des sensations motrices et tactiles directes très nettes, sensations labiales, linguales ou gutturales et non visuelles ou manuelles; un aveugle-né privé aussi, et de naissance, de ses deux mains, à ces sensations comme nous, Ces sensations ont des images. La plupart des sujets, bouche au repos, se représentent à merveille l’articulation des mots. Et il ne faut pas dire qu’il s’agit de sensations ébauchées : quand, la bouche ouverte, on se représente l’émission d’une labiale, on ne se donne pas de sensations ébauchées, mais tout au plus préparées, anticipées. D'ailleurs, l’inhibition soigneuse ou la contracture fixe, diffuse et énergique de l’appareil phonatoire permettent encore l'imagination très vive des mouvements d’articulation verbale. On évoque fort bien l’émission des mots, tout en effectuant des mouvements d'inspiration. Or prononcer un mot en inspiration est un travail difficile et, surtout, habituellement inconnu des sujets.
On peut se représenter n’importe quelle émission verbale, aussi compliquée qu’on voudra, en répétant indéfiniment un ou deux phonèmes. On peut même réussir, enfin, à s’'imaginer articulant « le chêne un jour dit au roseau » tout en disant en fait « il était un petit navire », et sans loger l’image motrice de la fable dans les silences de la chanson. Il y a donc des images motrices distinctes de leurs mouvements phonatoires, effectifs ou naissants 6.
6. Cf. Piéron, Le cerveau et la pensée; Quercy, Congrès de Psychiatrie de Bruxelles, 1924, discussion du rapport de Froment sur l’aphasie.